GÉNÉRATION SPONTANÉE DES TYPHUS
donc cela est. Nous voilà loin de la logique d'Aristote el nous tombons du domaine scientifique dans celui de la foi 1
Mais voici qui est bien plus curieux : c'est qu'on peut engendrer les spirilles. M. Gharrin prend le bâtonnet de la maladie pyocyanique; c'est un microorganisme rectiligne dont la longueur égale deux fois le diamètre. Si l'on cultive ce bâtonnet dans un liquide stérilisé spécial, on obtient une autre figuration: les bâtonnets se transforment en longs filaments; autre culture, autre forme; et enfin, si l'on cultive dans un milieu de culture contenant 7 grammes d'acide borique par litre, le spirille apparaît. M. Gharrin dit: C'est du polymorphisme. Moi, je dis : C'est du transformisme. Non seulement la forme est changée, mais les propriétés aussi (c'est-à-dire ce qui constitue Vespèce)» Le microbe pyocyanique ainsi modifié, mentant doublement à son nom, ne fait plus ni pus ni è/ew.
Et ce que peut faire un simple bouillon inerte, décoction de choses mortes, l'organisme actif et vivant ne le pourrait faire 1
Je ne désire pas argumenter, mais ce sont là des faits d'expérimentation ; je m'en empare et je cherche à les interpréter.
En résumé, pour en revenir aux cas de nos malades français (porteuse de pain, danseur et palefrenier) :
1° Si jamais maladies furent spontanément engendrées, ce furent bien celles-là. C'est, en toute évidence, de la génération spontanée. Ces maladies furent fabriquées de toute pièce par l'organisme, à ses dépens et à son détriment ;
2° Gomment furent-elles fabriquées? Comment? sinon par le surmenage entraînant l'extractihémie, la leucomaïnémie, etc.; c'est-à-dire l'autotyphisation, la typhisation de soi par soi;
A quel type nosologique abstrait doit-on les rattacher ? A quel type ? sinon à celui de typhus « ébauché », lequel typhus est « complété » (soit le typhus à rechute, soit le typhus proprement dit) dans les conditions que nous avons déterminées tout à l'heure (1) ;
4» Ces affections sont-elles parasitaires ? S'il y a eu dans nos cas des parasites, on avouera que, étant connue la genèse si
(1) Voir plus haut, p. 154 et suiv.
simple et toute physique du cas morbide de nos malades, les parasites n'y sont venus qu'après, et qu'ils n'ont joué dans le drame pathologique que le rôle assez effacé de comparses.
En tout cas, ils n'ont nullement — et ne le pouvaient — inspiré notre thérapeutique. Nos malades ont guéri par le repos, une alimentation graduellement plus réparatrice, les toniques, le quinquina, de petites doses de sulfate de quinine — et par les forces de la nature médicatrice respectée et non troublée par nous.
Pour moi, il y a bientôt quarante ans (dès 1852) que j'ai constaté par l'observation que la plupart des maladies fébriles étaient le fait de la déviation ou de l'exagération de nos actes fonctionnels ; et il y à plus de vingt ans que je l'enseigne I
Or, dans les faits observés par nous, apparaît en pleine et vive lumière la spontanéité morbide pour fabriquer les maladies et même pour fabriquer leurs microbes dits pathogènes.
Quant aux parasitistes, poussés dans leurs derniers retranchements, en raison de l'éclatante évidence des faits, ils veulent bien m'accorder la spontanéité de l'organisme pour accepter ou REFUSER les maladies ; alors nous finirons par nous entendre : car, au fond, ils m'accordent tout en m'accordant la prédisposition.