COMMENT ON FABRIQUE LA DOTIIIÉNENTÉRIE
fièvres gastriques sont rares. Mais les embarras gastriques simples motivent de nombreuses exemptions de service.
« En 188-4, le bataillon tient la montagne pendant 86 jours (du 25 mai au 18 août); durant cette période, on enregistre deux fièvres typhoïdes, 2 fièvres gastriques et U embarras gastriques simples.
(V En 1885, ayant un programmeplus chargé, il manœuvre pendant 104 jours (du 26 mai au 4 septembre) et compte Ifeize cas de fièvre typhoïde, dont 7 en juin et 6 dans la première moitié d'août; 5 fièvres gastriques, dont 4 en juin et 1 en juillet, enfin 39 embarras gastriques, dont 10 en juin, 14 en juillet et 15 en août. Après la rentrée du bataillon à Lyon, 17 hommes sont encore atteints de cette dernière affection.
« Enfin, en 1886, les exercices de la montagne se prolongent pendant 108 jours (du 30 mai au 14 septembre). Dix-sept fièvres typhoïdes se déclarent pendant les manœuvres : 4 du 10 au 31 août, 13 du l" au 9 septembre, 2 d'entre elles sont mortelles. En outre, on note en juin 12 embarras gastriques simples ; en juillet, 5 embarras gastriques simples ou fébriles et de nombreuses diarrhées ; en août, 36 embarras gastriques fébriles ou simples et beaucoup de diarrhées ; enfin, du 1" au 9 septembre, 3 fièvres gastriques et 13 embarras gastriques simples.
« Ces intéressantes observations non seulement démontrent, mais nous font mesurer en quelque sorte les effets du surmenage eu égard à la fièvre typhoïde. Ces effets ont été surtout manifestes dans la dernière épreuve imposée au bataillon, celle de 1886. M. Lèques a pu les suivre pas à pas, depuis juin, où la fatigue engendra des embarras gastriques simples et des diarrhées, jusqu'en août, où apparut la fièvre typhoïde; celle-ci atteignit ensuite son plus grand développement dans les premiers jours de septembre, au moment du dernier effort nécessité par les manœuvres de division. Ajoutons, comme particularité intéressante, que les 220 réservistes qui vinrent participer à ces dernières sans avoir subi les fatigues antérieures, furent complètement épargnés par la maladie régnante (1). »
(l) Lègues, Elude mr l'hygiène des bataillons alpins {Avcliiues de médecine militaire, 1888, t. II, p. 373 îi 373),
On dirait des expériences de palhologie expérimentale instituées par des chefs militaires, qui semblent ignorer que lalorce de résistance de l'organisme humain a des bornes.
« Dans l'expédition de Tunisie, la première et la deuxième brigade de renfort, employées contre les Kroumirs, restèrent toujours éloignées de plus de 50 kilomètres de la première, et n'eurent jamais aucune communication indirecte avec elle. Or, parties de Marseille dans un état sanitaire parfait au commencement d'avril, elles subirent les premières atteintes de la lièvre typhoïde le 20 mai, c'est-à-dire plus de quarante jours après l'embarquement, en pleine forêt, dans un pays demi-sauvage, sur un sol vierge, où les campements étaient renouvelés presque chaque jour.
« Pareille observation fut faite à la même époque dans le corps expéditionnaire du Sud-Oranais (1). Partie de Saïda dans la première semaine de mai, au milieu des conditions sanitaires les plus satisfaisantes, la colonne Innocenti continua à en jouir jusqu'à la fin du mois de juin. C'est à ce moment seulement, c'est-à-dire deux mois après le commencement des hostilités, que la fièvre typhoïde débuta, en plein désert, sur un sol vierge de toute contamination humaine. »
D'autre part, entre la fièvre de surmenage, qui dure cinq ou six jours, et la fièvre typhoïde, il y a, je l'ai démontré, toute une série d'intermédiaires, de sorte que la fièvre de surmenage semble n'être qu'une fièvre typhoïde embryonnaire; c'est, en effet, ce qu'admettent la plupart des épidémiologistes modernes, qui sont partisans résolus de la spécificité morbide.
Cependant, nous sommes peut-être à la veille de voir les idées bactériologiques se modifier dans le sens que j'indique depuis quatre ans. En effet, la microbiologie entre dans une voie nouvelle en montrant la présence, dans les cavités de sujets saiïis, de microbes susceptibles de devenir pathogènes ; tels les microbes de la suppuration, de la pneumonie, de la diphlhérie. Si les recherches de MM. Rodet et Roux (de Lyon) sont confirmées, c'est-à-dire s'il est démontré que le bacille d'Eberlh n'est
(1) Delmas, Archives de médecine militaire.