CONSTITUTIONS MÉDICALES
QUATEE-YINGÏ-QUINZIÈME LEÇON
Les constitutions médicales.
Constitulions médicales et séries morbides. — État catarrhal simple, puis fébrile; angines; érysipèles; scarlatines. — Grippe et dengue. — Épidémies de fièvre lyplioïde engendrées par les constitutions médicales. — Individualisation des maladies les plus spécifiques.
Messieurs,
Nos devanciers ont soigneusement étudié ce qu'ils appelaient les conslitutions médicales saisonnières ; ils les opposaient aux constitulions médicales fixes, c'est-à-dire qui ne paraissaient dépendre ni des saisons, ni des météores; les épidémies bilieuses de Stoll, par exemple, sont le fait d'une constitution médicale fixe.
Les constitutions médicales saisonnières sont dominées par les conditions atmosphériques. Nous traversons actuellement une phase bien particulière; nous subissons une constitution médicale qui dépend de la saison et des météores ; et rien n'est plus intéressant que les faits observés en ce moment dans notre service.
Que voyons-nous, en effet? D'abord des angines simples; en second lieu, des érysipèles ; enRn des scai'latines. Telles sont les principales maladies que nous observons.
Mais l'angine la plus simple nous mène de proche en proche, d'une part jusqu'à la fièvre catarrhale, d'autre part jusqu'à la diphthérie. La fièvre catarrhale confine, d'une part à la grippe, d'autre part à la rougeole. La grippe, avec un élément éruplif surajouté, confine à la fièvre dengue ou fièvre rouge de Syrie.
Dans la fièvre dengue, il y a angine et état catarrhal; de plus. Peter. — Clin. méd. ni. — 12
178 8ÉIIIB8 MOHBIDES PnQORESSIVES.
il y a une éruption. Cette éruption est parfois morbilliforme ; or, la rougeole est, elle aussi, une fièvre catarrhale, plus une éruption. D'autres fois^ l'éruption est scarlaliniforme.
La fièvre dengueest encore remarquable par les douleurs qui l'accompagnent; il y a surtout une douleur de rein abominable, qui est à rapprocher de la rachialgie de la variole ; il y a aussi une violente céphalalgie; il y a des douleurs dans les genoux, comme dans le rhumatisme. Enfin, on a pu observer dans la dengue de l'endocardite et de la péricardite.
En un mot, la dengue emprunte ses caractères à la fièvre catarrhale, à la grippe, à la rougeole, à la scarlatine, au rhumatisme.
Or il est impossible, pour qui sait voir de haut et de loin, de ne pas apercevoir, dans ces faits morbides successifs observés par nous, une filiation graduelle en même temps qu'une aggravation, et la naissance spontanée des microbes ou la réalisation des conditions nécessaires à leur malfaisance et à leur évolution .
Pour moi, telle ou telle maladie naît par l'aggravation progressive des premiers termes d'une série morbide (angines simples, puis herpétiques, puis diphthériques ; — surmenage et encombrement, puis dothiénentérie, puis relapsing fever, puis typhus), aggravation due soit aux conditions du milieu interne du malade, soit aux conditions de son milieu externe (1).
Pour les microbiens (et c'est ici que nous nous rencontrons), il leur faut admettre une modification de l'organisme (« prédisposition »> de nos devanciers) ; cet organisme devenant une sorte de terrain fumé, et propre ainsi à l'éclosion comme au développement des germes microbiques, germes partout et toujours répandus, et, comme le lion de l'Écriture : Quxrenles quem dévoilent.
Quoi qu'il en soit, en ce moment, nous avons la grippe, et, après la grippe, nous aurons la rougeole. Cette grippe est liée à la constitution atmosphérique. Dans la forme la plus simple, on a observé un état catarrhal avec mal de gorge, parfois avec quel' ques nausées, sans anorexie absolue. A un degré plus élevé, il y
(1) Voir In leçon précédente, p. 160 et suiy.