LONGUE SURVIE DES DACILLES
barry ont recherché quelle pouvait être la durée de la vie de bacilles pathogènes dans des milieux qui ne seraient autres que l'eau, celle du canal del'Ourcq, par exemple, qui est chargée de matières organiques plus ou moins putréfiées et qui semble être un terrain favorable à la culture des bacilles pathogènes ou non pathogènes. Cette eau de l'Ourcq a été prise aussi impure que possible, et une portion de cette eau, M. Straus l'a purifiée autant qu'il se. pouvait faire, c'est-à-dire en la distillant. Puis il a mis dans 10 centimètres cubes de cette eau des bacilles dits pathogènes, et, dans l'espèce, des bacilles prétendus pathogènes de la fièvre typhoïde, c'est-à-dire des bacilles d'Eberth. Pour ce faire, il a pris, avec un Cl de platine préalablement chauffé, une quantité pour ainsi dire infinitésimale d'une culture de bacilles d'Eberth sur de la pomme de terre. (Il est bien évident qu'en ce faisant, il prenait en même temps et le bacille et un peu du terrain de culture, c'est-à-dire tant soit peu de molécule de la pomme de terre.) Il plaçait le tout dans des flacons contenant, les uns, de l'eau de l'Ourcq impure, et les autres de l'eau de rOurcq distillée ; et non seulement l'eau était distillée, mais elle était stérilisée, c'est-à-dire qu'au préalable il plaçait les flacons dans l'autoclave et portait le tout à une température de 120 degrés, de manière à pouvoir détruire tous les germes de bacilles pathogènes ou non. Par conséquent, lorsqu'il mettait des bacilles d'Eberth dans de l'eau distillée et stérilisée, il plaçait ces bacilles dans des conditions telles que si, ultérieurement, les bacilles pouvaient se développer, celui d'Eberth seul devait le faire, puisque tous les autres germes avaient été détruits par la stérilisation préalable de l'eau. Or, voici ce qu'il a observé. Pendant un très grand nombre de jours, le bacille d'Eberth peut vivre, et non seulement vivre, mais se reproduire. (Pour entretenir la vie de ces micro-organismes, il ajoutait de temps à Sutre un peu de bouillon de veau stérilisé, c'est-à-dire qui avait 4té préalablement porté à une température telle, que tous les germes pathogènes devaient y être détruits.) Voici les résultats obtenus.
Dans une première série, la durée maxima de la vie des bacilles d'Eberth a été de trente-deux jours dans l'eau de l'Ourcq
196 LES TYPHOIDIQUES.
impure, et de trente jours dans cette môme eau distillée (l'une et l'autre étant à la température de 20 degrés) ; dans une seconde série, la durée de la vie a été de quatre-vingt-un jours dans l'eau de l'Ourcq impure, et de soixante-neuf jours dans cette môme eau distillée (l'une et l'autre étant à la température de 25 degrés). Dans une troisième série, la durée de la vie a été de trente-sept jours dans l'eau de l'Ourcq impure, et de vingtsept jours dans cette même eau distillée (l'une et l'autre étant à la température de 35 degrés).
Par conséquent, la durée de l'existence des bacilles dans de l'eau distillée stérilisée varie entre vingt-sept et soixante-neuf jours, soit une quarantaine de jours en moyenne. C'est absolument effrayant.
Ce qui ne l'est pas moins, c'est ce qui résulte également des expériences de MM. Grancher et Deschamps, qui ont recherché ce que devenait le bacille de laffièvre typhoïde après fiUration dans le sol.
Ils oQt mis dans des tubes percés à leurs extrémités de la terre végétale, et ils ont fait filtrer à travers cette terre végétale préalablement stérilisée de l'eau contenant en suspension des bacilles dits pathogènes de la fièvre typhoïde. Eh bien, entre 40 et 50 centimètres, le bacille liltre avec l'eau, mais au delà, le bacille ne passe plus. Ainsi, quand un liquide chargé de matières fécales de typhoïdiques, contenant le bacille d'Eberth, a traversé le sol, ce bacille peut pénétrer jusqu'à 50 centimètres, et à cette profondeur le bacille persiste, vit, prolifère.
A vrai dire, ces expériences de M. Grancher étaient assez inu* tiles; on sait depuis longtemps que la terre est un excellent filtre; à Gennevilliers, près Paris, cela s'appelle 1' «épandage » : on fait passer à travers le sol dos torrents d'eau de Seine charriant des millions de milliards de microbes d'une malfaisance supposée infinie (« bacille d'Eberth », « streptocoque doré » ou non doré, etc., etc.), et l'eau sort du sol limpide et pure. Or, de ce sol où grouillent tous ces bacilles, naissent dejplantureux légumes dont les Parisiens se nourrissent sans dommage.
Ainsi, endn, le bacille d'Eberth ayant une survie de quarante jours, môme;dans l'eau distillée, nous sommes presque toujours