FIÈVRE TYPHOÏDE SPONTANÉE
exposés îi absorber le bacille delà fièvre typhoïde; et, d'autre part, si le bacille d'Eberth peut aller jusqu'à 50 centimètres de profondeur dans le sol, nous voici en présence de la doctrine de Pettenkoffer, d'après laquelle, lorsque le niveau de la coucbe d'eau souterraine s'abaisse, la sécheresse des parties superficielles du sol devient telle, que celui-ci peut s'effriter, se pulvériser, et alors les bacilles contenus dans les couches superficielles voltigent dans l'atmosphère et peuvent être absorbés par nous.
De sorte que, de par ces expériences, j'aboutis à cette abominable conclusion que, lorsque je bois de l'eau, je ne suis pas sûr de ne pas avaler de bacilles d'Eberth, et que lorsque je respire, je ne suis pas plus sûr de ne pas inspirer ces mômes bacilles, que mon pied, effleurant le sol, a fait voltiger dans l'atmosphère; c'est-à-dire que je peux être contagionné et par l'eau et par l'air.
Si donc je ne contracte pas la fièvre typhoïde, malgré ce concours épouvantable de circonstances, c'est que je possède une force de résistance particulière (1).
Il y a cinquante ans, on niait absolument la contagiosité de la dothiénentérie, avec Andral et Chomel; et voici que, de nos jours, c'est le contraire que l'on admet. La vérité est entre les deux; il est des cas où la fièvre typhoïde s'est développée par contagion et d'autres où elle est survenue spontanément.
C'est alors qu'intervient l'observation de la ville, prise isolément et dans des conditions scientifiques , pour ainsi dire absolues.
11 m'a été donné de voir récemment, dans une grande ville de l'Est, un jeune homme très riche qui vit dans un château, au milieu d'un très beau parc et dans les conditions hygiéniques les meilleures. Je vous laisse à penser ce que devaient être les cabinets d'aisances que j'ai visités et qui n'avaient aucune odeur malsaine; tout était rigoureusement propre, et l'on ne devait pas tomber malade facilement dans un semblable milieu. Eh bien, ce jeune homme avait la fièvre typhoïde. Or, il n'y a pas eu de cas de fièvre typhoïde depuis plus de six
(1) Voir, plus haut, p. 182 et 190 (et surtout plus loin, leçon xcvm), ce qu'il faut penser de la spéciflcilc du bacille d'Eberth.
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mois dans la ville, je ne dis pas « d'épidémie » ; ce jeune homme avuit cependiinl la fièvre typhoïde : comment l'a-t-il eue?
11 n'est pas seul dans la maison, il y a de nombreux domestiques qui boivent la môme eau que lui, laquelle est pure d'ailleurs ; puis il y a sa mère, son frère, sa belle-sœur ; lui seul a la fièvre typhoïde.
L'a-L-il prise à Paris ? Il y est venu en effet quelques heures, deux mois avant l'apparition des prodromes dothiénentériques et dans les conditions que voici : le 1" novembre, il prend le train à 5 heures du matin, va directement au champ de courses d'Auteuil, y boit un verre de Champagne, parie sans perdre ni gagner, n'est par conséquent pas déprimé par les émotions et revient dansson château à minuit. Ainsi, dans cette courte apparition à Paris, il n'a ni bu de l'eau empoisonnée, ni respiré de l'air bacilliphore.
L'a-t-il prise dans les bois, sa fièvre typhoïde? Car du 15 au 17 décembre, il a été, avec des amis, chasser aux environs de la ville, marchant toute la journée, trois jours de suite, mangeant quand il pouvait et ce qu'il trouvait, au lieu des repas réguliers et excellents qu'il avait chez lui. Il avait surtout chassé dans les bois (il n'y a pas là, que je sache, beaucoup de bacilles pathogènes), et il est rentré fourbu chez lui le 17 décembre, ayant moins d'appétit et de la diarrhée (ainsi qu'on l'observe si souvent chez les soldats après « les manœuvres »). Enfin, le 23 décembre, il va au bal, y danse à peine; rentré chez lui, s'alite, et : le voilà atteint d'une fièvre typhoïde très grave.
Eh bien, ici, je me place au point de vue de la doctrine que ■ je soutiens, qui n'est pas la mienne, mais celle de la tradition; : et voici ce que je vois.
tJn jeune homme surmené, q\ii n'est pas un braconnier habitué ! à toujours vivre en plein air, à chasser plusieurs jours de suite, . mais un peintre amateur, grand, nerveux, le type de l'horarae î: distingué et non pas du braconnier ou de l'agriculteur. Il n'était i pas fait pour cette vie momentanément très active; il s'est sur- mené, et, sous l'influence du surmenage, il a emmagasiné uner très grande quantité de leucomaïnes; il a donc au moins, vous ^ l'admettrez bien, le droit d'avoir la «fièvre de surmenage», la