‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 87 sur 287 · FIÈVRE TYPHOÏDE SPONTANÉE · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE SPONTANÉE

« fièvre de fatigue ». Or, il n'a pas que la fièvre de fatigue, il a tous les symptômes de la « fièvre Lyplioïde », il en a les taches rosées lenticulaires, il vient d'avoir une hémorrhagie intestinale; par conséquent, il a la fièvre typhoïde d'une façon non douteuse.

Je le répète à dessein : où l'a-t-il prise? Ce n'est pas au chanip de courses d'Auteuil ! Ce n'est pas dans les bois! C'est dans les profondeurs mêmes de son propre organisme, dans ses latrines internes.

Et d'ailleurs, en pareil cas, voici ce qu'on peut observer. Ils sont trois qui chassent : A, B, G.

A est très robuste, par hypothèse, il résiste à cette fatigue excessive, il a de la courbature, et, pendant deux, trois jours, à la suite de ces excès de chasse, il se repose parce qu'il est ((courbatu », mais il n'a pas de fièvre.

B, qui est moins résistant, a ce que j'ai décrit avec tant de preuves à l'appui sous le nom de « fièvre de fatigue, de surmenage(l))). Mal de tête, saignements de nez, diarrhée fétide, parce qu'il élimine les leucomaïnes qu'il a emmagasinées dans son organisme. Au bout de sept, huit, neuf, dix jours, il guérit de sa « leucomaïnémie » . (Il y en a d'autres qui ne guérissent pas, qui ont des troubles du côté des fonctions rénales, des altérations des reins ; d'autres ont des endocardites môme infectieuses, avec .une prolifération exagérée de l'épithélium, et en meurent.)

Puis enfin, G (c'est le cas de notre malade de l'Est) a cette même fièvre de surmenage, avec, en plus, les plaques de Peyer malades et les taches rosées lenticulaires ; il a, comme B, la leucomaïnémie, et, en plus que B, le bacille d'Eberth (?) ; il a la fièvre typhoïde qu'il s'est faite, dans des conditions identiques à celles de A et de B, mais avec exagération des phénomènes morbides. Car, je ne vois pas comment vous pourriez interpréter sa fièvre typhoïde et comment elle s'est déclarée chez lui. Groyezvous que, dans les champs, il ait bu, mangé et respiré du bacille d'Eberth? Assurément non. 11 s'est surmené, et son organisme a fait non seulement des leucomaïnes, mais, j'ose le dire, il u a

(1) Voir, plus haut, leçon xci, p. 100 et suiv. ; leçon xcii, p. 123 -, Itçon xciii, p. 135 et suiv.

«00 LES TYPHOIDIQUES.

fait son bacille». Prenez-le comme vous voudrez, je dis que le bacille de la fièvre typhoïde n'est « venu qu'après ».

Eh bien, savez-vous pourquoi notre malade a été si fortement atteint? C'est qu'il avait eu une syphilis grave deux ans auparavant, et que, depuis ce temps, son organisme en avait été déprimé.

Je laisse un moment de côté la spontanéité de l'organisme pour fabriquer la fièvre typhoïde. Vous m'accorderez bien la spontanéité de l'organisme pour accepter ou refuser l'action du bacille d'Eberth, lequel s'introduit tous les jours en nous et qui, cependant, n'y est pas toujours pathogène; car nous ne devenons pas tous malades. C'est donc l'état de réceptivité de notre organisme qui peut déterminer la pathogénie de la fièvre typhoïde.

En résumé, et pour conclure, il y a des cas oîi, avec toute la sincérité possible, il n'est pas permis de ne pas croire à la génération spontanée de la fièvre typhoïde.

Voulez-vous un autre cas de maladie spontanée? Ce n'est pas de la fièvre typhoïde qu'il s'agit, c'est de la diphthérie (où l'on a trouvé également un bacille). Il m'a été donné, il y a trois mois, de voir, à Argenteuil, près de Paris, avec le docteur Biron, médecin des plus instruits, une femme qui avait une angine diphthérique des plus graves, avec la gorge, les amygdales, la luette, le voile du palais tapissés par des fausses membranes, qu'il était difficile de détacher sans faire saigner abondamment la partie où elles étaient fixées. Elle avait de plus du nasonnement et, évidemment, de la diphthérie laryngée, avec tirage. Fallait-il faire la trachéotomie? L'indication n'était pas pressante, la femme était âgée de cinquante ans, un peu grasse et d'une résistance vitale assez grande. Je conseillai de temporiser, de faire des lavages avec de l'eau boriquée et de soutenir les forces de la malade. Le fait est qu'elle n'est pas morte du croup, dont elle présentait les symptômes non douteux. Il y a deux mois, je fus appelé pour la voir absolument paraplégique, c'est-à-dire, pouvant à peine se mouvoir de son fauteuil à la chaise voisine, après avoir eu la paralysie type du voile du palais ; elle avait donc la paralysie diphthérique la plus complète; mais, ce qui était

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grave, c'est que ses bras commençaient à faiblir, la paralysie devenait donc ascendante aiguë.

Ainsi, cette femme a eu une diphthérie typique ; comment est-elle devenue diphthérique? Elle était très active; un jour, elle travaillait dans son jardin, ot. elle bôcha pendant huit ou dix heures par un temps froid et humide. Le soir, elle fut prise de frissons avec mal de gorge, et, le lendemain, le docteur Biron, appelé par la famille, constate une angine simple avec un petit malaise, comme on l'observe en pareil cas. Pendant deux jours, l'angine est restée simple; le troisième jour, les fausses membranes apparurent, et, vers le huitième jour, je fus appelé pour constater cette invasion considérable de la diphthérie, généraUsation que je vous ai signalée. Ma première parole fut de demander au docteur Biron s'il y avait des cas semblables dans la localité. Il n'y en avait pas eu un depuis dix-huit mois. Deux mois après, quand je fus appelé pour constater la paralysie, je demandai à nouveau s'il y avait eu d'autres cas de diphthérie. Il n'y en avait pas eu. On ne peut donc pas contester ici l'influence du i'efroidissement dans la genèse de l'angine, puis de lai diphthérie. Il faut ajouter que cette femme vit dans un milieu très confortable; son mari, son fils, n'ont absolument rien, la gardemalade non plus; par conséquent, cette femme a eu une diphthérie primitive, une diphthérie quelle s'est faite (fausse membrane et bacille), une diphthérie d'origine a /Ov'^ore. Comment, en effet, ne pas voir qu'il s'agit ici d'un cas de d/pht/iérie spontanée ; car, enfin, il faut avoir perdu le sens commun pour supposer qu'il y a dans Argenteuil, d'une façon continue, des bacilles de la diphthérie voltigeant dans l'air et allant juste frapper cette femme travaillant dans sou jardin. Mais cette diphthérie, que cette femme s'est ainsi faite, elle peut la transmettre à d'autres. Car, je vous le dis, « on peut s'autotyphiser puis hétérotyphiser autrui » .

De tels faits m'autorisent à professer que toutes les maladies infectieuses peuvent spontanément apparaître dans l'organisme et peuvent être ultérieurement transmises.

Maintenant, pour revenir à la fièvre typhoïde et à sa genèse par contagiosité, mon collègue M. Brouardel, dans ses intéressantes

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Recherches sur la fièvre typhoïde dans C armée, arrive à ce résultat que la fréquence de la fièvre typhoïde est la plus grande et la mortalité la plus considérable dans les villes où cette maladie règne d'une façon endémique et épidémique ; et il en conclut d'abord qu'il faut donner aux soldats à boire de l'eau très pure, c'est-à-dire contenant le moins possible de bacilles (ce qui est assez difflcilej puisque nous venons devoir que la survie du bacille d'Eberth dans de l'eau distillée est de plus de trente jours); et, en second lieu, qu'il faut surveiller les latrines d'une façon spéciale dans les casernes. Mais ce que j'ajoute aux conclusions de M. Brouardel, c'est que ce n'est pas l'eau seule qui détermine chez le soldat la fièvre typhoïde, c'est aussi et surtout « Tencombrement », le « surmenage », la « réparation insuffisante ».

Car, enfin, qu'est-ce que l'encombrement? C'est la souillure de l'air respiré par la présence d'un certain nombre d'individus entassés dans un même lieu.

Qu'est-ce que le surmenage de ces jeunes soldats qu'on fatigue dès cinq heures du matin en leur faisant faire «l'exercice»? C'est l'accumulation des leucomaïnes dans leur organisme.

Qu'est-ce que l'alimentation insuffisante? C'est une alimentation toujours la môme, c'est-à-dire monotone, prise souvent avec dégoût, oîi les éléments de la réparation ne sont pas suffisamment répartis.

Ajoutez-y la nostalgie, c'est-à-dire la dépression morale de l'organisme par les souvenirs lointains du pays, l'éloignement de la famille, etc.

Vous comprenez, du reste, que si l'eau plus ou moins impure peut contribuer à donner la fièvre typhoïde, cependant d'autres facteurs entrent en jeu, bien plus puissants, suivant moi, qui frappent le soldat dans ses casernes, et qui sont, je le répète, l'encombrement, l'alimentation insuffisante, et la dépression morale par nostalgie. De sorte qu'il ne faudrait pas croire que, parce qu'on aura donné de l'eau plus pure aux soldats, la fièvre typhoïde disparaîtra, les autres causes typhoïgènes que je viens d'indiquer persistant.

Voulez-vous des exemples? Voici que, presque simultanément.

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la fièvre typhoïde a sévi « dans des casernes » à Dinan, à Agen et à Nice.

A Dinan d'abord, où elle décima le W dragons et le 2' hussards. Imbus des doctrines microbiennes à la mode, les médecins déclarèrent qu'un «tremblement de terre (! !) » avait permis aux conduites de latrines de communiquer avec les conduites d'eau potable et de souiller celle-ci. Et l'on était content.

Mais voici que, à quelques jours de là, on apprenait que la fièvre typhoïde sévissait dans la garnison d'Agen et dans celle de Nice. Était-ce encore là le «tremblement de terre » qui était le coupable?

On n'oubliait qu'une chose : c'est qu'on était en juillet, et que la chaleur excessive avait ajouté son coefficient de dépression à toutes les autres causes typhoïgènes.

En vérité, si la bactériologie est le dernier mot de la pathogénie, nous sommes de toutes parts entourés de microbes pathogènes, et si, dans l'espèce, le bacille d'Eberth se trouve dans l'eau que nous buvons comme dans l'air que nous respirons, il nous est impossible de ne pas être assaillis par lui. Mais, si nous résistons à l'assaut que nous livre incessamment cet ennemi, c'est donc que nous avons une force de résistance suffisante; c'est Ifi une vérité de sens commun! Conclusion : si nous ne pouvons pas empêcher ce bacille de s'introduire en nous par les voies respiratoires ou digestives, il nous faut nous maintenir dans cet état de résistance grâce à une hygiène personnelle aussi complète et aussi parfaite que possible, c'est-à-dire «rester bien portants pour ne pas tomber malades ».

Gela, c'est de la pathogénie; maintenant, voici de la pathologie.

11 s'agit d'individus atteints par la fièvre typhoïde. Que faut-il faire à ces typhoïdiques dans lesquels (suivant la doctrine bacillaire actuellement [1889] en vigueur) le bacille d'Eberth fait ses tavages. Nous ne pouvons rien contre le bacille; nous ne pouvons pas empêcher les plaques de Peyer d'être envahies par lui. Nous ne pouvons pas empêcher la rate, le rein, d'être des lieux de dépôt de colonies de bacilles. Mais nous pouvons peut-être

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faire quelque chose à ces typhoïdiques, qui réagissent comme ils peuvent; et nous nous trouvons alors en présence d'une série de malades qui sont absolument différents les uns des autres.

L'un a une dolhiénentérie à forme légère, un autre à forme plus sérieuse, un troisième à forme très grave.

Eh bien, allons-nous, étant donnée l'infection de l'organisme par le bacille, faire une médication bacillicide? En aucune façon. Nous oublions absolument le bacille, comme autrefois on oubliait la lésion dothiénentérique des plaques de Peyer quand il s'agissait de traiter le dothiénentérique.

En fait, nous n'avons à nous occuper que de !'« individu » atteint de fièvre typhoïde. Or, il est des cas où l'intervention du médecin doit être absolument^ pacifique; il est une sentinelle qui prend garde à soi. Survient-il quelque incident, il intervient. C'est de l'expectation vigilante. Elle est de mise dans les cas légers. Telle a toujours été notre conduite, et vous allez en voir tout à l'heure les résultats très satisfaisants.

L'expectation n'est pas la négation de tout traitement. Voilà un individu atteint de fièvre typhoïde. Nous lui prescrivons (d'ailleurs, il se le prescrit lui-môme) de se coucher; mais « le lit», c'est, à la fois, le repos et la température chaude et constante. Il a soif, donnez-lui à boire de l'eau. Ici, permettez-moi de vous dire en passant que mon fils aîné a été traité de cette façon par moi d'une fièvre typhoïde des plus graves. Il avait onze ans, il était surmené par le lycée, et il a eu jusqu'à 42 degrés de température (son plateau ayant toujours été au-dessus de 40 degrés). Sur la foi de la loi de Wunderlich, je crus qu'il allait mourir. Eh bien, malgré tout, il a survécu, et je n'ai jamais pu lui faire boire que de l'eau. Il refusait même l'eau rougie. Il acceptait de temps en temps une cuillerée de bouillon, mais c'était tout. J'arrivais à lui faire prendre, dans des grains de raisin, de 30 à 75 centigrammes de sulfate de quinine à peu près par jour. Eh bien, avec ce minimum de traitement, il a guéri. Ce qui vous démontre qu'on peut guérir de la fièvre typhoïde avec une tisane qu'on appelle l'eau pure et un peu de sulfate de quinine. Il est bon de mettre de l'eau dansée sang brûlé parla fièvre; il est mieux de donner de l'eau additionnée d'un suc vé-

gélal tel que celui de l'orange ou du citron, les sucs végétaux acides étant toujours bienfaisants dans les maladies infectieuses. Ajoutez-y du vin, voilà de la limoncide vineuse ; et cela, messieurs, est un traitement. Si la température n'est pas excessive, qu'elle ne dépasse pas 38°, 5, vous pouvez très bien ne pas donner de sulfate de quinine. S'élève-t-elle ù 39 degrés, vous donnerez 25 ou 30 centigrammes de ce sel. Voilà déjà que l'expectation cesse d'être vigilante pour devenir agissante.

Il y a des désordres matériels dans l'intestin, c'est pourquoi il faut donner de temps à autre un très léger purgatif salin afin de balayer cet intestin qui sécrète des matières mauvaises. D'autre part, il faut envoyer dans le gros intestin un lavement d'eau ordinaire ou d'infusion de tilleul, afin de rafraîchir cet organe que traversent des matières irritantes et nocives.

Yoilàce que vous devez faire. Et, si je vous ai cité le fait de mon fils, c'est pour vous prouver qu'on peut guérir d'une fièvre typhoïde, même des plus graves, avec de l'eau, du sulfate de quinine, et, de temps en temps, un bain tiède. Nous avons guéri de la sorte un certain nombre de malades sans même leur donner de sulfate de quinine ; et j'y tenais beaucoup.

Dans des cas plus sérieux, il se fait des congestions, car la do thiénentérie est une maladie à congestions. Des indications spéciales surgissent alors. Supposez qu'il y ait de la congestion pulmonaire^ il faut intervenir pour la combattre, et, cela, par une saignée du bras de 400 à 500 grammes ou par l'application d'une douzaine de ventouses scarifiées ; mais ces émissions sanguines ne sont pas pour combattre la fièvre typhoïde, c'est le bon sens qui le dit.

D'autre part, s'il y a une diarrhée considérable, des hémorrhagies redoutables par leur abondance et leur répétition, vous intervenez alors pour les combattre, et vous faites ainsi le traitement suivant les indications.

Je ne veux pas passer en revue tout ce que nous avons fait; vous l'avez vu dans le courant de l'année. Seulement je désire vous mentionner un ou deux cas, entre autres celui d'une jeune femme, qui est sortie guérie et qui serait certainement morte si nous avions institué un traitement systématique ;

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par exemple celui par le sulfate de quinine à haute dose massive, qu'on a abandonné, car il a tué des malades; ce qui n'est évidemment pas le rôle du médecin. Avec le traitement systématique par les bains froids, cette femme serait morte également.

Savez-vous pourquoi? C'est qu'elle avait des é/nstaxis redoutables et d'une répétition quotidienne, qui l'avaient considérablement affaiblie. Nous lui avons fait des injections d'élher pour soutenir son organisme (deux à trois par jour, de i gramme chacune) suivies d'injections d'ergotine (à la môme dose), destinées à arrêter l'hémorrhagie, Nous avons eu le succès le plus complet avec cette médication si simple. Supposez qu'on l'eût mise au bain, elle aurait eu des épistaxis absolument incoercibles et rapidement mortelles, ou encore une entérorrhagie avec affaiblissement progressif et mort consécutive (1).

Dans ces cas de diarrhée par trop abondante ou d'entérorrhagie périlleuse, indépendamment des piqûres d'éther et d'ergotine (une pleine seringuée de Pravaz chaque fois, une, deux à trois par jour), vous vous trouverez bien de l'application, pendant cinq à six heures, d'un vésicatoire sur la fosse iliaque droite, pour combattre le mouvement fluxionnaire dont les plaques de Peyer sont le siège ; la révulsion qui se fait ainsi loco dolenti est absolument rationnelle et certainement salutaire. Ce sont là des préceptes qui ne sont pas classiques dans les services hospitaliers. Or, il y a une trentaine d'années, on appliquait des ventouses scarifiées sur la fosse iliaque droite; et les hémorrha' gies intestinales étaient moins fréquentes dans le service de Bouillaud (qui ventousait) que dans le service de Chomel, qui ne le faisait pas. Ou bien encore c'étaient des vésicatoires qu'on appliquait au même point. Cette pratique est, depuis, tombée en désuétude, parce que, disait-on, il n'y a pas là d'inflammation et qu'il est inutile de faire de la révulsion dans une maladie spécir fique ; à plus forte raison (ou déraison) ce raisonnement spécieux et erroné est-il celui des bactériologues. Grande erreur, car, ce qu'il y a, c'est une hyperémie, qui peut engendrer soit

(1) Voir plus loin, IcQOii cij.

une inflammation spécifique pouvant aller jusqu'à la nécrose, soit une hémorrhagie trop souvent réalisée.

Nous avons en ce moment, dans nos salles, un jeune homme atteint de fièvre typhoïdejà forme nerveuse. Il était en plein délire ; cependant, depuis le traitement que je vais vous indiquer, le délire a cessé et il a guéri. Il avait le bonheur de ne pas avoir d'agitation, il avait le délire de l'intelligence, mais pas le délire des muscles; il était calme, et « se trouvait bien » , disant qu'« il n'était pas trop malade ». En un mot, il était optimiste, et c'est parce qu'il était optimiste que sa maladie marchait mieux. Comment l'avons-nous traité? L'avons-nous placé dans le bain froid? Nullement. Que lui avons-nous fait? Il avait du délire, c'està-dire une perversion du système nerveux intellectuel; nous l'avons lotionné purement et simplement. On lui a fait deux lotions le premier jour, cinq ou six les autres jours, et il s'en est bien trouvé. Voilà donc un dolhiénenlérique que, en raison des troubles de son système nerveux, nous aurions pu plonger d'emblée dans l'eau froide. Nous nous réservions de le faire si le délire n'avait pas cédé aux lotions, et nous l'aurions alors baigné dans l'eau à 18 ou 20 degrés deux fois par vingt-quatre heures. Mais nous ne l'avons pasfait, parce que nous n'envoyions pas l'utilité et qu'il nous était agréable de vous faire voir que, malgré la gravité apparente des troubles nerveux, on peut guérir par des moyens moins révolutionnaires, c'est-à-dire par les lotions. La température s'était élevée à 40 degrés; depuis ces lotions, elle s'est abaissée pour revenir graduellement à la normale. Le pouls, qui était à 120 degrés le jour où nous l'avons observé pour la première fois, est tombé à 108, 100, 106, puis à 80, chiffre qu'il a conservé pendant sa convalescence. S'il avait eu une diarrhée très abondante, qui eût pris des proportions telles que l'affaiblissement de l'organisme et l'extinction de la voix en fussent la conséquence, je lui aurais fait appliquer sur la fosse iliaque droite, comme dans le cas d'hémorrhagie, un vésicatoire destiné à combattre ce flux qui résulte de l'hyperémie dont l'intestin est le siège, un grave péril pouvant résulter d'une spoliation intestinale abondante. Je le répète à satiété, lorsque le pouls devient filiforme, avec vingt ou vingt-quatre garde-robes dans les

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vingt-quatre heures, que la voix s'éteint comme dans l'entérite cholérilbrme, alors, je vous en conjure, laites de la révulsion, et soutenez l'organisme par des injections d'élher, mais n'employez pas le bain froid, qui serait extrêmement dangereux.

En résumé, lavements, bouillon, limonade vineuse, lait, sulfate de quinine, trois ou quatre lotions fraîches par jour, et pas de bains froids : tel est le traitement que nous avons suivi chez un dothiénentérique délirant, et il a guéri.

Eh bien, c'est avec cette médication rationnelle, qui s'inspire des seules indications, que nous sommes arrivé aux résultats statistiques que je vais vous dire. Nous avons eu, dans le courant de l'année (J888) qui vient de s'écouler, trente-six cas de fièvre typhoïde, et nous avons perdu -4 malades. Par conséquent, nous avons eu une mortalité de 1 1 pour 100. C'est un chiffre aussi faible que rassurant, puisque la mortalité, dans les hôpitaux de Paris, est de 17 pour 100.

Je ne veux pas prendre, avec les statistiques, ces familiarités que se permettent certains auteurs; cependant, je dois vous dire que l'un de ces cas me semble très douteux en tant que lièvre typhoïde. Il s'agit d'un homme qui est entré avec un délire absolu et qui n'avait pas de taches rosées lenticulaires. Il est mort deux jours après son entrée, malgré un bain froid. J'hésitais entre la méningite, incurable, et la lièvre typhoïde, curable. J'ai donné le bain froid, parce qu'il est éminemment salutaire dans ces cas de dothiénentérie ataxique. Il est mort, néanmoins, et nous n'avons pas pu faire l'autopsie, de sorte que ce cas reste douteux. Imitant certains auteurs, je pourrais l'éliminer et faire ainsi tomber ma mortalité à 9 pour 100; mais je l'accepte quand même. Nous avons donc eu 11 pour 100 de mortalité; eh bien, je m'en contente, et je crois que j'ai fait une fort belle campagne cette année. Si je voulais me permettre encore d'autres familiarités statistiques, je vous ferais voir qu'il y a eu des séries étonnantes. J'ai eu trois cas de mort en janvier et février, en quinze jours de temps; et, ensuite, sur vingt-cinq cas, je n'ai plus eu que des guérisons. Je pourrais donc dire que j'ai eu 25 cas de guérison sur une série de 25, soitlOO pour 100.

Eh bien, je le répète, et je vous en souhaite autant, j'ai eu H [)our 100 de mortalité, et c'est très suffisant pour un médecin qui, comme moi, ne se place pas au point de vue des bacilles l'L des bacillicides, mais n'envisage que les accidents déterminés par la fièvre typhoïde, et pratique la « médecine des indilations».

Peter. — Clin. méd.

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