‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 90 sur 287 · COMMENT SE FONT LES TYPHUS · texte numérisé non relu

COMMENT SE FONT LES TYPHUS

Les habitants de Bourges sont obligés de boire cette eau, et cependant les cas de Hèvre typhoïde sont rares dans cette ville, où il n'y a pas eu d'épidémie depuis quatre ou cinq ans. Par contre, la fièvre typhoïde sévit parfois dans les casernes. Mais ici les causes sont bien évidentes : c'est l'encombrement dans le domaine restreint de la caserne, et aussi le surmenage chez les soldats casernés.

Et dans ces épidémies, si je restreins le rôle de l'eau, je me déclare tout prêt à incriminer l'air ; je dis que de petits foyers épidémiques, tels que celui de Billancourt, peuvent s'étendre, et cela grâce aux émanations exhalées du corps de ces typhiques qui peuvent infecter d'autres individus. Ces cas sont plus rares à Paris depuis les larges voies qu'y a tracées Haussmann ; mais il y a encore des foyers épidémiques dans certaines agglomérations malsaines, telles que la cité Jeanne-d'Arc et d'autres analogues.

11 est un pays livré depuis de longues années à la misère, c'est l'Irlande. Là, ainsi que je vous l'ai dit (1), on observe d'une fagon continue des épidémies de relapsing feue?' et de typhus. Le relapsing fever n'est pas une fièvre de famine, la famine seule est incapable de donner la fièvre; nous avons un de nos malades qui est resté trente-trois jours sans manger, et il est apyrétique et hypothermique. Tandis que les Irlandais présentent toutes les conditions de l'encombrement et du surmenage. Nous n'avons en France ni relapsing fever ni typhus à l'état endémique ou épidémique, parce que, heureusement, nous n'avons pas ces épidémies de misère de l'Irlande. L'an dernier nous avons pu suivre quelques cas de relapsing fever chez les Annamites de l'Exposition ; mais le mal s'est éteint sur place, grâce au bien-être qui existe en France.

En Russie, le typhus règne; et il est plus fréquent à Moscou qu'à Saint-Pétersbourg, parce que, à Moscou, l'habitant est plus malheureux , qu'il vit dans la saleté et l'encombrement. Le seul cas de typhus exantiiéraatique que j'aie encore observé ç'a été chez un banquier russe de Moscou, descendu au Grand-Hôtel,

(1) Voir plus haut, Fièvre de surmenage et fièvre à rechute, p. 140, l/i2, 150 et 152.

Î16 , LES TYPHOIDIQUES.

à Paris. Ce malade présentait de la fièvre, de l'accablement, un état typhoïde, et, en plus, j'observais de nombreuses petites taches rouges sur le corps. Son médecin, Russe d'origine, pensa de suite au typhus exanthématique. C'était exact, et je n'avais, je l'avoue, jamais observé de cas semblable. Mais le typhus sévit à Moscou, même chez les banquiers.

Les conclusions à tirer de tous ces faits, c'est qu'il faut des conditions multiples pour déterminer une maladie. Dans ces affections que nous venons d'étudier, il y a bien des degrés.

Si les conditions de fatigue, de misère sont modérées, minimes, vous verrez évoluer la fièvre de surmenage. Multipliez toutes ces causes d'affaiblissement, vous assisterez au développement d'une dothiénentérie vraie. Mais c'est le malade lui-même qui aura fabriqué sa maladie. Le macrobe donne au microbe ses propriétés nuisibles; mais ce n'est qu'un rôle d'emprunt, passager, et le microbe pourra revenir à son état primitif, peu ou pas dangereux.

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