I. L'expectation
Fièvre typhoïde devenue moins grave dans Paris rendu plus salubre. — Tendance naturelle de l'organisme îl se débarrasser de l'infectieux. — Le médecin doit s'inspirer des accidents morbides et non de la présence du microbe supposé. — La médication doit ainsi varier suivant les formes de la dothiénentérie. — L'expectation n'est pas l'abstention.
Messieurs,
Je commence par vous déclarer « qu'on m'a changé ma fièvre typhoïde», je veux dire celle de ma jeunesse médicale, celle que j'ai observée du temps de Chomel et de Louis. Je ne vois plus, couramment, ces ballonnements excessifs du ventre, ces langues rôties, ces narines fuligineuses, non plus que ces délires bruyants et ces agitations incessantes. La fièvre typhoïde de nos jours est beaucoup moins grave que celle d'autrefois, ou, en d'autres termes — et ceci exprime mieux la chose — les formes cliniques graves sont plus rares.
C'est là un fait incontestable, qui me paraît dû aux modifications profondes de l'hygiène dans Paris — dans Paris, où l'air est plus pur, le soleil plus largement répandu, l'eau plus saine et plus abondante, l'alimentation de meilleure qualité, les salaires plus rémunérateurs. Il faut savoir le reconnaître, c'est à un grand administrateur, Haussmann, que nous devons ce triple bienfait quant à l'air, quant au soleil, quant à l'eau. Grâce aux vastes trouées faites dans "le Paris de mon enfance, grâce aux voies plus larges et aux logements plus spacieux, l'air circule partout plus librement, plus pur et plus vivifiant, renouvelé qu'il
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est sans cesse. Pour ces mêmes raisons, le soleil inonde de ses rayons eL de ses bienfaits des espaces où il ne pénétrait jamais atitrefois. Dans ma jeunesse, on ne buvait guère que de l'eau de Seine — à peine clarifiée pour les riches — et de l'eau d'Arcueil; de nos jours, ce que l'on boit à Paris, c'est de l'eau de source, de l'eau de la Vanne et de l'eau de la Dhuys. Voilà pour l'édilité.
11 n'est pas douteux, d'ailleurs, que les révolutions économiques, d'une part, et la facilité des transports, d'autre part, ont à la fois surélevé les salaires et permis à la population ouvrière de se mieux nourrir, de se mieux vêtir et de se mieux loger; toutes conditions qui donnent à l'organisme une plus grande force de résistance, en raison môme du meilleur état des organes.
Je ne crains donc pas d'affirmer, comme proposition générale, que les formes graves de la fièvre typhoïde sont devenues plus rares, parce que les organes sont plus résistants.
Ces prémisses étant posées, j'aborde la question du traitement.
11 n'y a pas un traitement de la fièvre typhoïde, il y a les traitements des typhoïdiques.
En fait, le médecin est en présence non pas de la dothiénentérie, ou fièvre typhoïde, mais en présence de dothiénentériques, c'est-à-dire d'organismes infectés réagissant par leurs forces propres contre un infectieux, ou mieux contre l'infection, ou, en d'autres termes, contre le mal réalisé.
Que l'infectieux soit un microbe introduit dans l'organisme ou né dans cet organisme et de lui; que l'infectieux soit un alcaloïde (ptomaïne) sécrété par le microbe, ou que cet alcaloïde (leucomaïne) soit engendré dans l'organisme môme et par le jeu plus ou moins normal de cet organisme, »io«s n'y pouvons rien.
Nous ne pouvons rien, en effet, dans l'hypothèse soUdiste du microbe; une fois celui-ci dans l'organisme, c'estaflaireà la cellule de se défendre ; nous ne pouvons le tuer, ce microbe, quoiqu'on l'ait tenté, mais vainement pour le microbe, homicidement pour le typhoïdique.
Nous ne pouvons rien, en effet, dans l'hypothèse A«mom/e des alcaloïdes infectieux et nous n'avons pas à tenter d'introduire