‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 92 sur 287 · TENDANCE NATURELLE A LA GUÉHISON · texte numérisé non relu

TENDANCE NATURELLE A LA GUÉHISON

dans le sang ainsi infecté l'acide saturateur et neutralisateur de cet alcaloïde.

Nous, médecins, une fois l'infection réalisée, n'avons plus à nous occuper de l'infectieux, mais de Vinfecté.

L'infectieux/ mais il est toujours le même ; Vinfecté seul est variable.

. Et c'est à ces variations mômes de l'être infecté que sont dues les variétés de types cliniques d'une maladie infectieuse et, en particulierj de la dothiénentérie; ce qui justifie ma première proposition, à savoir qu'il n'y a pas un traitement de la fièvre typhoïde, mais des traitements des typhoïdiques, chacun d'eux ayant individualisé sa fièvre typhoïde.

Or l'observation nous enseigne que Vorganisme vivant tend à ,se débarrasser spontanément des agents infectieux^ et cela par ses émonctoires naturels. Il y a, dans l'organisme supposé primitivement robuste, une tendance naturelle à guérir des maladies accidentelles aiguës, une disposition innée à survivre à sou mal en rejetant au dehors l'infectieux ou les produits d'infection par Jes selles, par les urines, par les sueurs (avec ou sans éruptions), par des hémorrhagies. Ainsi, les intestins et le foie, les reins et la peau sont, en maladie comme en santé, des organes d'émonction.

Le rôle du médecin est donc d'observer l'évolution des phénomènes morbides et de savoir s'abstenir tant que cette évolution est régulière; j'en veux pour exemple les fièvres érupLives où il y a un infectieux, assurément spécifique, et un organisme infecté, et oii la tendance naturelle de l'organisme est de se débarrasser spontanément de l'infection par une crise cutanée qu'on appelle « l'éruption ».

Est-ce qu'en pareil cas nous intervenons? Est-ce qu'il y a /e traitement de la variole, de la rougeole ou de la scarlatine? Est-ce que nous cherchons à combattre, à terrasser et à occire l'infectieux variolique, rubéolique ou scarlalineux? Pareille folie ne hante pas nos esprits. Nous laissons faire la nature. Seulement, nous intervenons dès qu'un accident morbide se produit dans le cours de cette variole, de cette rougeole ou de cette scarlatine; et cela, avec une énergie proportionnée à la gravité

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de l'accident. S'il survient, je suppose, une bronchite chez un morbillcux, nous ne traitons pas une bronchite morbilleuse, mais la bronchite de ce morbilleux.

Eh bien, messieurs, ce qui est vrai des fièvres éruptives l'est également de la dothiénentérie où, naturellement, des crises se font par l'intestin, parla peau et par lapituitaire: par l'intestin (oû il y a une éruption comme dans la variole) sous forme de selles liquides ; par la peau (où il y a une éruption comme dans les fièvres dites éruptives) sous forme de sueurs; et parla pituitaire parfois sous forme d'épistaxis.

Dans ces cas, qu'il faut savoir reconnaître, le médecin ne doit pas intervenir ; l'abstention, comme dans les fièvres éruptives, doit être sa ligne de conduite. C'est ainsi que nous avons agi pour le numéro 6 et le numéro 9 de notre salle des hommes, qui étaient atteints de dothiénentérie sous cette forme qu'on appelait autrefois si justement « fièvre muqueuse ».

Dans la fièvre muqueuse, c'est-à-dire dans cette forme de l'infection dothiénentérique où le typhoïdique se débarrasse spontanément de son infectieux, Vexpectation est de rigueur; le médecin doit alors s'abstenir en observant la marche des phénomènes morbides, et toujours prêt à satisfaire aux indications — qui sont d'aider la nature, d'être le minister naturœ — non illius carnifex.

Il y a dans ces cas (où la guérison spontanée est presque de règle) des indices pronostiques qui sont également des indices thérapeutiques : c'est la langue^ l'abdomen, la peau et le pouls qui les fournissent.

La langue, alors qu'elle reste humide, dénote le peu de gravité de l'infection; car, si elle reste humide, c'est que les sécrétions normales des glandes salivaires et de la muqueuse buccale persistent, et si elles persistent, c'est que les altérations de l'appareil digestif sont peu graves.

De même, lorsque le ventre n'est pas ballonné, ou qu'il l'est à un faible degré, l'état du dothiénentérique n'est pas grave, car s'il n'y a qu'un ballonnement nul ou faible, c'est que la parésie des muscles intestinaux est nulle ou faible également.

Ainsi pour la peau ; lorsqu'elle reste « ouverte », c'est-à-dire.

l'eXPECTATION n'est pas l'abstention. 221

lorsque chaque jour vous constatez une chaleur halitueuse ou des sueurs chaudes modérément profuses, vous pouvez dire que cette peau est celle d'un dothiénentérique faiblement atteint

— ce qui signifie qu'il résiste vigoureusement et victorieusement contre l'infection, et « fait chaque jour sa petite crise ».

Ainsi, enfin, pour le pouls : lorsqu'il est peu fréquent, lorsqu'il atteint à peine ou dépasse médiocrement chez l'adulte le chifl're de 100 par minute, vous pouvez être sûrs que l'innervation cardiaque est faiblement touchée et que la dothiénentérie n'est pas grave.

(Je ne vous parle pas de la chaleur, qui m'est à peu près indifférente, et à l'occasion de laquelle tant de médecins professent, de nos jours, des doctrines que je ne saurais adopter, et que je me propose de discuter devant vous.)

- En présence de cet ensemble de symptômes qui caractérisent la forme muqueuse de la dothiénentérie, savez-vous ce qu'il faut faire? Eh bien, il faut ne rien faire.

Je m'entends : il faut agir suivant la règle du sens commun et suivre, pour ainsi dire, l'exemple instinctif du malade. D'abord lui conseiller le «repos», et le malheureux s'y soumet d'autant plus volontiers qu'il s'est de lui-môme alité — épuisé qu'il était dans ses forces ; lui prescrire la « diète», mais il la pratiquait déjà, par suite même de son anorexie; lui administrer des boissons abondantes qu'il boit d'autant plus volontiers que la soif est vive. — Et c'est tout.

■ Cependant, il importe de préciser. Pour soutenir les forces de cet organisme infecté, et qui lutte contre l'infectieux, la diète ne doit pas être rigoureuse; le malade doit prendre chaque jour du lait — breuvage d'une assimilation si facile — et des bouillons que leur saveur rend agréables au malade.

Pour préciserencore, quant aux boissons, la meilleure de toutes est l'eau pure, l'eau fraîche, la plus fraîche possible, et largement administrée ; mais comme cette eau n'est pas suffisamment tt médicale » et que d'ailleurs les acides végétaux sont éminemment anti-infectieux, vous pouvez y ajouter du suc de limon et cette eau devient de la « limonade » ; et comme, d'autre part, le vin est le cordial par excellence en un pareil état, à cette eau

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transformée en limonade vous ajouterez avantageusement un tiers de vin : c'est (t la limonade vineuse ». • Mais des médicaments? Eh bien, il n'en faut pas.

Ici encore précisons : de temps à autre, tous les deux ou trois jours, pour aider la nature, pour faciliter l'émonction, pour modifier la surface sécrétante et laver les étables d'Augias, vous pourrez donner un sel purgatif, un verre d'eau de Sedlitz par exemple; et, d'autre part, ce que vous ne devez jamais omettre, c'est de faire administrer une ou deux fois par jour, un lavement frais (mais non p/iéniqué, grand Dieu!).

Vous voyez que je ne suis déjà pas tant adversaire de l'eau froide puisque je la donne par la bouche et par le rectum, même dans le cas où je prescris l'abstention médicale, — scientifiquement appelée « l'expectation ».

Quant au sulfate de quinine, que je donne volontiers dans certaines autres formes, ici je m'en abstiens, et c'est ce que j'ai fait pour les deux malades dont je vous parle et qui ont guéri, l'un en dix-huit jours, l'autre en vingt et un jours. Je dis : qui ont guéri, mais que je n'ai pas guéris, que j'ai laissé guérir. (Et cependant la température s'est élevée chez le numéro 6 à 39°, 5; mais ils présentaient l'un et l'autre cet état de la langue, du ventre et du pouls que je vous ai dit.) Ils ont guéri, et peut-être les choses eussent-elles marché différemment si j'avais employé à leur égard une des médications systématiques dont il sera question dans une leçon prochaine. Ce n'est pas à dire pour cela que je ne me laisse pas aller à donner, dans ces cas légers, du sulfate de quinine à la dose minime de 25 à 50 centigrammes chez l'adulte; mais je le prescris comme je le ferais du café, à titre de névrosthénique.

Voilà, messieurs, que nous connaissons déjà le traitement d'une des formes cliniques de la dothiénentérie, de cette forme oii l'organisme résiste de lui-même à l'infectieux et en triomphe, à moins d'incidents. Ce traitement, c'est rea;/jec/a/îon avec intervention possible et nécessaire. Dès qu'un incident se produit, une indication formelle se présente et s'impose: ainsi, celle delà révulsion même sanglante; vous me l'avez vu pratiquer sans hésitation, comme sans parcimonie, sous forme de ventouses scari-

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