MÉDICATION RÉFRIGÉRANTE PAR L'EAU FROIDE
malade », ne l'empoisonne pas, et « ne lui retii-ant rien», ne le spolie pas. Elle peut, il est vrai, modifier à ce point son innervation, qu'il en meure par syncope !
Il est donc absolument certain que, dès 1786, la médication réfrigéi'ante systématisée a été mise en œuvre dans un pays essentiellement pratique, en Angleterre, Eh bien, dans ce pays si pratique, cette médication a été abandonnée. C'est là un fait, puisque c'est près de cent ans plus tard qu'elle a ressuscité sous la forme de médication de Brand, non pas en Angleterre, mais en Allemagne. Si elle avait été abandonnée, ce n'est assurément pas parce qu'elle était bonne, c'est vraisemblablement parce qu'il y a eu des accidents ; et ces accidents sont ceux dont je vous parlerai bientôt d'une façon très complète.
Je le répète en quelques mots, Brand, considérant la chaleur fébrile comme le résultat de fermentations morbides, et voulant entraver celles-ci, ainsi qu'on fait du moût de bière en le refroidissant, veut refroidir le typhoïdique. Pour cela, dès que sa température dépasse 38 degrés centigrades, il le plonge dans un bain froid à 18 degrés, où on le laisse de cinq à dix minutes. Et comme la température du malade ne tarde pas à se surélever, il le plonge de nouveau toutes les trois heures dans un bain à 18 degrés, tant que la température morbide dépasse 38 degrés.
Les accidents que peut déterminer le bain froid systématique (et peut-être aussi l'affusion froide également systématique) sont : des accidents immédiats, des accidents consécutifs prochains, des accidents consécutifs éloignés; je vous en parlerai longuement dans une prochaine leçon (I).
Cependant, voici que, de nos jours, cette médication réfrigérante, réinventée en Allemagne au bénéfice exclusif des typhoïdiques, a été importée à Lyon, et appliquée depuis plusieurs années au traitement de la fièvre typhoïde.
Voyons donc quels en sont les résultats :
Un médecin très distingué de Lyon, M. liumbert MoUière, médecin de l'Hôtel-Dieu de cette ville, vient de faire paraître (1888)
(1) Voir plua loin, leçon eu.
LES TYPHOIDIOUES.
un travail intiLul6 : Cinq années de traitement do la fièvre typhoïde dans un service hospitalier.
Voici ce qu'il a obtenu de la médication réfrigérante dans les quatre premières années de sa pratique :
nécùs, Morlalité.
1882. 12 cas 0 0,0 pour 100.
73 cas 8 10,9 pour 100.
Ainsi la mortalité moyenne a été de 10,9 pour 100, pour ces quatre séries de malades traités par l'eau froide.
Or, voici le résultat de ma pratique par la médication rationnelle, c'est-à-dire «suivant les indications» dont j'ai les détails circonstanciés, pour les années 1882 et 1883, h l'hôpital de la Charité :
Décès. Mortalité.
1882. 90 cas 12 13,0 pour 100.
127 cas 14 11,0 pour 100.
Ainsi ma mortalité moyenne est précisément celle de M. HumbertMollière (1).
Je ne vois pas trop ce que je gagnerais à changer ma médication.
Suis-je donc, d'ailleurs, le seul à voir ainsi dans les chiffres de la mortalité suivant les médications? Yoici textuellement ce que M. le professeur Teissier père écrivait à M. Yulpian à propos de la grande discussion qui eut lieu à l'Académie de médecine, en 1884, relativement au traitement de la fièvre typhoïde (2).
« Ce serait, dit-il, une grande illusion de croire qu'on abaissera considérablement le chiffre de la morlalité par cette méthode, les ablutions froides, les lavements et les bains froids, et surtout par l'emploi exclusif des bains froids appliqués suivant
(1) Voir plus liauf, luçon xcvu, p. 208. Le cliifTie tle ma morlalité a élê également de 11 pour 100 en 18S8.
(2) Voir Bulletin de l'Académie de médecine, 1884.
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la méthode de Brand. Je les ai vu administrer et je les ai employés moi-môme assez souvent, pour avoir, sur cette question, une conviction mûrie et bien arrêtée.
tt On no peut avoir la prétention légitime de faire du bain Iroid un traitement spécifique. Jl peut être utilisé avantageusement pour combattre l'excès de température et l'ataxie... Le bain froid peut donc contribuer à abaisser le chiffre de la mortalité dans des cas où l'on ne pouvait réussir antérieurement aussi bien par les autres méthodes. Voilà, à mon sens, la note vraie et juste. Aller plus loin, c'est commettre une exagération contraire à la saine observation... A joutons que le bain froid n'est pas toujours sans inconvénients; qu'il peut produire des pleurésies, des pneumonies, des péricardiles, de Ventérorrhagie, ce que j'ai vu, ainsi que beaucoup d'autres... «
iVl. Teissier, après cette appréciation du traitement par les bains froids, tel qu'il l'a vu appliquer et qu'il l'a appliqué luimôme à Lyon, dit qu'il est bien résolu à continuer de se conlormer aux règles d'un sage éclectisme.
u A l'appui de cette appréciation, dit-il, je puis invoquer ma propre pratique et citer, cette fois, une statistique personnelle, exacte et assez convaincante. Je viens de recueillir exprès, pour vous en adresser le résumé, toutes les feuilles d'observation des fièvres typhoïdes traitées par moi depuis cinq ans dans mon service de clinique. Elles se montent au chiffre assez imposant de 78, sur lesquelles 6 seulement se sont terminées par la mort (7,69 POUR lOOj. Et veuillez bien noter que j'ai éliminé avec grand soin tous les faits qui pouvaient être à la rigueur considérés comme des typhus abortifs ou des fièvres gastriques, lesquels s'élevaient au chiffre de IS, ce qui, si j'en avais tenu compte, aurait diminué notablement le chiffre de la mortalité. A peu près tous ces malades ont été traités par une méthode mixte, expectation armée au début, purgatifs légers, quinine, lotions fraîches, lavements froids plus ou moins répétés et quelquefois bains froids ; mais dix de ces malades ont été soumis à la méthode de Brand dans 'ouie sa rigueur, à cause de la gravité de leur état, et, sur ces dix, deux ont succombé (20 pour 100)... »
« Tels sont, messieurs, ajoutait M. Vulpian (qu'on ne peut