LE POULS. «S
journée d'hier la respiration est montée à ^0, et le pouls s'est abaissé à 86. Que penser de Tétat de cette malade ? Est-il amélioré ? Préférezvous les conditions actuelles ou celles des jours précédents? Pour moi, je dois dire qu'en pareil cas je redoute moins raccélération du pouls que celle de la respiration. Car lorsque celle-ci survient dans le cours d'une fièvre, en dehors de toute lésion appréciable des viscères thoraciques, c'est toujours une preuve que les puissances musculaires de la vie organique ont été atteintes, que le diaphragme et les muscles respiratoires sont troublés dans leur action, et que la maladie est d'un carac* tère dangereux.
Les rapports existant entre le pouls et la respiration dans les divers états de l'organisme sain ou malade mériteraient certainement d'être étudiés, et pourtant il n'est pas de question sur laquelle nous manquions aussi complètement d'observations exactes. Il serait facile de rassembler des matériaux sur ce point, et Ton arriverait ainsi à des résultats aussi curieux qu'instructifs. Ce serait là un excellent sujet de monographie, et il est à la portée de tout étudiant qui veut utiliser avec attention et persévérance les moyens d'observation dont il dispose.
Quoiqu'il en soit, les recherches ultérieures surles variations du pouls dans les diverses positions ont entièrement confirmé la valeur du procédé que j'ai le premier fait connaître, pour distinguer les troubles fonctionnels des lésions organiques du cœur. La loi générale que j'ai formulée est aujourd'hui parfaitement démontrée, et lorsque, chez un malade affaibli, un changement subit de position n'amène que peu ou point de variation dans la fréquence du pouls, nous sommes autorisés à conclure que le cœur, ou au moins le ventricule gauche, est accru en volume et en force (I ).
(1) Dans un travail récent, le docteur Dùtcher a appelé l'altention sur un fait intéressant qui n'a pas été signalé jusqu'ici. Il lésulle de ses recherches, que dans \n phttiisie pulmonaire au deuxième el au troisième degré, la fréquence du pouls n'est plus modifiée par le changement de position, ou du moins (|ue la diflférenre observée est beaucoup moindre qu'à l'état sain. Si, sous ritinucnce d'un traitement convenable, rétat du malade s'améliore, on voit celte diiïérence dans \c nombre des battements artériels augmenter peu à peu, et se rapprocher du chifTro normal, qu'elle n'atteint cependant jamais; par conséquent, dans le cours d'une tuberculisalion pulmonaire, le retour de l'impressionnabilité du pouls sous rinfluence de la posture est un signe favorable. (Dutcher, The puise; ils value as a diagnoslic si<jn ofpulmonary InbercuîosiSy in Médical and surg. Reporter. Philadelphia, 22 décembre ISGO.) — Si la phlhisie pulmonaire s'accompagnait ordinairement d'hypertrophie du cœur, ou pourrait craindre que le médecin américain n'ait été induit eu erreur par cette coïucideuce ; mais on sait
Le pouls dicrote est un signe pronostique d'une bauie valeur dans un grand nombre de maladies. Les considérations suivantes, fort importantes au point de vue pratique, méritent surtout la plus sérieuse attention.
Dans les fièvres, le pouls dicrote, qui est en même temps dur, est un très fâcheux symptôme , s'il persiste pendant plus de vingt-quatre heures; mais 8*il est suivi d'une épistaxis modérée qui modifie ces caractères, ce n'est point un mauvais signe. Dans la même fièvre ce pouls peut paraître et disparaître à plusieurs reprises, mais chaque apparition nouvelle augmente la sévérité du pronostic. Si dans une fièvre le pouls reste dicrote et dur pendant plusieurs jours, sans aucune tendance hémorrhagique, neuf fois sur dix la terminaison est fatale.
Dans l'hémoptysie, l'épistaxis et les inflammations internes, un pouls dicrote et très dur, qui persiste malgré le traitement, annonce une issue funeste; aussi longtemps que les pulsations présentent ces caractères, quel que soit d'ailleurs l'amendement des autres symptônies, le malade est sous le coup d'un danger imminent.
iMais je n'en ai point fini avec les effets de l'attitude sur le pouls. Les auteurs qui ont écrit sur l'action de la digitale ont mentionné une variation de fréquence du pouls dans les diverses positions du corps ; mais ils regardent cette différence comme une inexplicable anomalie ; ils paraissent ignorer complètement qu'un phénomène identique se produit dans beaucoup de maladies, et qu'on l'observe également,
que chez les tuberculeux le cœur est le plus souvent alropliié ou gras, et il y a loin de là à une hypertrophie avec suractivité fonctionnelle ; je crois donc qu'il n'y a pas lieu de soupçonner ici une méprise, et que nous pouvons accepter comme exactes les assertions de M. Diitcher.
11 ne sera pas hors de propos, ce me semble, de menlioimer ici les reclierches qu'a entreprises tout dernièrement un médecin de Londres, dans le but d'étudier Tinfluence de la position sur les bruits valvulaires anormaux. Vuici les principales conclusions auxquelles il est arrivé. — Les bruits de !^ou^^c sont |)ius éclatants, [dus rudes, et d'une tonalité moins élevée dans la position horizontale que dans la «station assise ou droite. — Les bruits qui î^iégent à l'orifice mitral sont plus modiliés [»ar le changement de position que les bruits aortiques. L'auteur a vu dans quelques cas le suuifle mitral disparaître complètement lorsque le malade se levait. — Ces modifications des bruits proviennent de ce que l'impulsion du cœur est plus forte dans la position couchée que dans la position debout. '.Sydney Kiriger, On Ihe influence of the change of
posture on the characlers of endocardial murmurSf wiih an attempt lo explain the cause, in Edinburgh médical Journal, février 1861.) Celle variation de la force d'impulsion du cœur dans les différentes attitudes a été, comme on l'a vu, signalée par
quoique moins marqué, dans l'état de santé. Quant k moi, je pense que la digitale n*a pos seulement la propriété d'affaiblir réconomie, et en particulier le système nerveux ; je crois que, par une influence spéciale^ elle diminue la fréquéDce du pouls ; il n'y a donc rien (Tanormal à ce que des malades qui ont été affaiblis par l'usage de ce médicament, et qui en ont prb d'assez fortes doses pour avoir le pouls ralenti, prér sentent dans sa fréquence de grandes variations, suivant qu'on les examine couchés, assis ou debout.
Je n'ai pas besoin d'ajouter, messieurs, qu'il me serait impossible d'émettre la moindre conjecture sur la cause des phénomènes dontje vous ai entretenus. Il est assez curieux toutefois que Humboldt ait observé les mêmes faits sur des cœurs de grenouilles, extraits du corps après la ligature des gros vaisseaux. Dans une de ses expériences, le cœur, placé sur une plaque de verre horizontale, n'eut plus, après douze minutes, que 12 pulsations par minute ; il fut alors suspendu verticalement, et après un intervalle de deux minutes, le nombre des battements s'éleva à 20 (1 )• Baér, dans son livre sur le développement des animaux^ nous a communiqué une observation bien remarquable. Lorsqu'on fait éclore des œufs artificiellement, si on les place dé telle façon qu'ils reposent sur l'une ou l'autre de leurs extrémités, le poulet ne tarde pas à mourir. Ce fait, dont l'auteur ne cherche pas à se rendre compte, nous fournit une explication bien évidente et bien belle du motif pour lequel les œufe, au lieu d'être ronds, sont ovales : cette dernière forme les empêche de prendre dans le nid une position, qui serait fatale au fœtus qu'ils renferment. Dans quelques espèces animales, chez les reptiles par exemple, les œufs sont ronds ; mais je ne connais aucun oiseau dont les œufs ne soient pas plus ou moins ovules. 11 serait intéressant d'étudier la cause de cette disposition ; il ne le serait pas moins de rechercher pourquoi les effets de l'attitude diffèrent chez le fœtus humain dans l'utérus, et chez l'homme adulte, (^hez le premier, l'attitude renversée ou demi-renversée est la position naturelle ; chez le second, elle ne peut être tolérée au delà d'un certain temps.
(1) AnnaU ofmedkine, vol. IV, p. 239. (L'auteur.)