LE POULS
obstacle anormal à rissu6 du sang hors du ventricule gauche. Le pouU est évidemment mpins fort dans la station droite que dans la station horizontale; cette dernière produit donc à la t'ois le maximum de force et le minimum de fréquence. Ainsi se trouve expliqué, ce me semble, plus clairement qu'il n a pu Tôtre jusqu'ici, le résultat que nous obtenons lorsque nous faisons coucher nos malades dans le but de les soustraire à une syncope, dans la saignée par exemple. Dans toutes les maladies sur lesquelles ont porté mes recherches, j'ai consUimment trouvé une différence appréciable dans la fréquence du pouls, dans les différentes positions droite,assise et horizontale (1 ) ; mais dans six cas d'hypertrophie du cœur accompagnée de dilatation de l'organe, je n'ai pu saisir aucune différence, quoique tous ces malades, au moment de mes expériences, /ussent^très affaiblis : or il faut savoir que c'est précisément dans l'état de débilité qu'on observe les modifications les plus marquées, sous l'influence des changements de position. Dans quatre de ces cas, l'existence de l'hypertrophie avec dilatation fut constatée par Texamen cadavérique; quant aux deux autres malades, un homme et une femme^ ils sont encore aujourd'hui à l'hôpital de Meath : chez l'un deux, l'état du cœur ne peut être l'objet d'aucun doute ; chez l'autre, l'hypertrophie est plus que probable. Pour plus de précision je vais vous indiquer les résultats des expériences que j'ai faites devant vous sur ces malades. Lorsque je donne deuxnorabres différents pour une même attitude, ils se rapportent à deux quarts de minute consécutifs, et le premier cliiffre appartient à l'instant qui a suivi immédiatement le changement de position.
DOYLE. Lundi. . . Pouls dans l'aUilude horizontale 72
— assise 72
— droite 80
— Mardi . . . Pouls dans ratlitude horizontale 72
— assise 80, 72
— droite 80, 72
— Vendredi. Pouls dans l'attitude horizontale 72
— assise 7 2
— droite 72
Malone. Vendredi. Pouls dans ratlitude horizontale 60
— assise 76, 60
— droite 76, 00
Dans ces deux cas, le pouls augmentait de fré(|uence pendant le pre-
(1) Grâce à l'obligeance de M. Sohan, j'ai [)u «Hudier le pouls d'une dame âgée de cinquante ans, d'une forte constitution, qui depuis son enfance n'a jamais eu plus de trente-huit pulsations par minute. Le pouls est le même dans toutes les attitudes, et
60 CLINIQUE MÉDiCAlX.
mier quart de minute après le changement de position, mats pendant le quart suivant il revenait à son état primitif. 11 faut remarquer, en effet, que dans l'état de santé, et surtout dans l'état de maladie, l'augmentation de fréquence amenée par Yaction musculaire, est observée pendant les dix premières secondes qui succèdent au changement d'attitude. Par conséquent, lorsque nous voulons déterminer avec précision la modification permanente ainsi produite, nous devons laisser de côté le premier quart et même la première moitié de la minute.
Dans les deux cas de Gorman et ileReilli/, chez qui l'hypertrophie avec dilatation avait atteint de très grandes dimensions, cette accélération était à peine perceptible, même pendant les cinq premières secondes, et le pouls revenait presque aussitôt à son type primitif*. J'en puis dire autant des deux malades qui sont aujourd'hui (5 juillet) dans cet hôpital : riiomme a 76 pulsations, qu'il soit couché ou assis; chez la femme, qui porte certainement une hypertrophie considérable, avec dilatation, le pouls est toujours au-dessus de 100, et il reste le même dans les deux attitudes. Tous deux sont depuis longtemps souffrants, et sont très affaiblis, soit par la maladie elle-même, soit par la médication qu'on a instituée pour en atténuer la violence.
Chez tous ces malades, je l'ai déjà fait remarquer, l'hypertrophie et la dilatation étaient très prononcées ; chez cinq d'entre eux, le ventricule gauche était certainement intéressé, il l'était aussi probablement chez le sixième. Or, je suis porté à croire que cette identité du pouls dans toutes les positions du corps ne se rencontrera que dans les c^s de ce genre, et qu'elle manquera lorsque l'hypertrophie et la dilatation seront moins considérables; alors aussi le diagnostic est plus obscur. Celte circonstance, il est vrai, Ole de la valeur à mes recherches en tant que procédé diagnostique, mais elle n'en diminue en rien l'intérêt physiologicjue. Que des observations ultérieures viennent continuer mon opinion, et démontrer que riiypertrophie du cœur ne produit pas toujours l'identité du pouls, il n'en sera pas moins fort intéressant de savoir
cas. Si Ton poursuit ces expériences, il sera nécessaire de comparer les cfiets de la position dans les diverses espèces d'hypertrophies ^ dans celle qui est simple, par exemple, et dans celle qui esl compliquée de lésions des valvules cardiaques et aortiques. Il serait sans doute prématuré de rechercher, dès à présent, la cause de ce phénomène; et pourtant une explication toute naturelle se présente d'elle-même à l'esprit : ce fait dépend sans doute d'un accroissement notable dans la force et l'énergie d'action du ventricule gauche hypertrophié ; il semble que le cœur dérobe alors presque entièrement ses contractions à Tinfluence de ces causes qui, dans les autres maladies, amènent la débilité, et qui, même en l'état de santé, produisent souvent une modification remarquable de la fréquence du pouls, sous l'influence d'un simple changement d'attitude. Je vais maintenant vous faire connaître les résultats d'un grand nombre d'observations que j'ai faites soit à l'hôpital, soit dans ma pratique privée, pour déterminer, dans d'autres maladies, l'influence delà position sur les pulsations artérielles.
I. — La différence la plus prononcée se montre chez les malades atteints de fièvre, et chez ceux qui sont affaiblis par une fièvre ou une autre maladie antérieure. J'ai pu observer alors dans l'attitude droite, 30, ûO, et même 50 battements de plus que dans la position horizontale.
II. — Cette différence décroît souvent après le premier quart d'heure, mais elle reste toujours très marquée aussi longtemps que le malade garde la même position.
III. — Chez les sujets non débilités, l'écart est moins considérable, et souvent il ne dépasse pas 10 pulsations.
IV. — Lorsque le malade se couche, le pouls revient rapidement à sa fréquence primitive.
V. — Chez bon nombre d'individus, l'écart est pins grand entre l'altitude horizontale et l'attitude assise, qu'entre celle-ci et la station droite; chez d'autres, c'est le contraire qui a lieu : aussi la IVéquence (Ui ponis chez le malade assis peut être considérée comme une vioi/nim.
VI. — Chez les convalescents de fièvres ou d'autres maladies algues, je pense qu'il est très utile de connaître la Iréquence comparative du pouls dans la station horizontale et dans la position debout. La différence esl ici proportionnelle à la faiblesse; aussi le médecin devra-t-H se tenir en garde, et ne pcimettre guavec réserve à son imdudedc rester debout, surtout si le pouls ne retombe pas, dans la position liorizontide, à sa fréquence habituelle.
Chez un jeune homme, nommé Saint-Léger, qui était dernièrement à l'hôpital de Sir Patrick Dun, les variations du pouls dans les diverMs attitudes du corps étaient fort remarquables. Ce malade venait d'avoir la fièvre, et son pouls présentait des caractères qu'il n*est pas rare de constater dans de semblables circonstances ; il avait peu à peu diminué de fréquence, pendant la convalescence, au point de tomber à 36batte^ ments par minute. Lorsque je fis asseoir le malade sur son lit, le pouls s*éleva rapidement, et dans l'espace d'une minute il monta à 6/i ; il augmenta encore de fréquence pendant la station debout, mais il devint en même temps si faible et si peu distinct, qu'il n'était plus perceptible au poignet. En appliquant un stéthoscope sur la région du cœur, je pus compter 112 battements par minute; c'est là une différence bien surprenante, et qui dépend entièrement du changement déposition. Examinant en môme temps les mouvements d'inspiration, je constatai qu'ils étaient au nombre de iU lorsque le malade était couché, et qu'ils atteignaient le chiffre 30, lorsqu'il était debout. C'est encore là un fait très intéressant, et qui n'a pas été signalé.
Ici, en effet, la fréquence du pouls, comparée à celle de l'inspiration, était dans le rapport de 2 1/2 à 1, tandis qu'elle eût dû être comme U est à 1 (1). Il y avait en même temps dans l'hôpital un autre malade qui avait SU pulsations, et /42 inspirations par minute; chez un troisième individu dont le pouls battait 120, l'inspiration ne se répétait que 20 fois. J'ai observé moi-même un cas dans lequel le pouls était à GO et la respiration à 50.
Ces variations dans les rapports normaux du pouls et de la respiralion ^ont principalement observées dans les fièvres et dans les affections pulmonaires. Je donne des soins à une dame atteinte de fièvre, dont le pouls avait jusqu'ici été à 120, la respiration à 26; mais pendant la
(1) Double attachait également une grande importance à la relation numérique des battements artériels et des mouvement> respiratoires. Lorsque le rapport de 4 à 1, qui est la moyenne. normale, présentait une modification notable, il j voyait l'indice d'un trouble morbide de la circulation ou de la respiration. « 11 y a nn moyen beaucoup plus médical que le calcul mathématique pour déterminer la fréquence de la respiration, c'est de la juger comparativement au pouls. En général, dans l'étal de santé, il y a quatre pulsations artérielles par chaque respiration. On peut, en toute sûreté, partir de cette base, et faire, d'après cela, ses observations. On a l'avantage de fixer à la fois l'attention sur les deux sources les plus fécondes des signes, et de s'attacluM- plus longtemps et plus fortement à l'étude de chacune d'elles. Cette méthode m'a été infiniment utile dans un grand nombre de cas. u (Double, Sémiologie générale. Paris, 1817, t. Il, p. 45.) (NolpduTRAD.)