CINQUIÈME LEÇON
I4IIS «ÉNÉBALES DE L'INFIiAMNATIOBi. — DOdmmB HABSBAIJL-BALL. — CIRCULATIOIV DI3 HAMQ. — INPLI«M€)B DEt» CAPIIXAIRES.
Opinions de Marshall-Hall. — Réfutation de sa doctrine— Circulation du sang^ dans les capillaires. — Forces qui président au mouvement du rang dans les vaisseaux. — Système vasculaire du fœtus. — Circulation dans Tutérua gravide. — Fœtus acardiaque du docteur Houston. — Preuve de i'ind('>pendance de la circulation capillaire.
La dilatation des artères et des veines dans les parties enflammées n'est point passive. — Réfutation de l'opinion de Williams. — Conclusions du docteur Weatherhead. — Réfutation de l'hypothèse de Millier sur la circulation capillaire. — Augmentation de volume des artères. — Démonstration du pouvoir attractif des vaisseaux capillaires.
Messieurs,
Les lois générales qui régissent rinflaramation, les rapports de ce processus inorbideavec le système vasculaire, méritent la plus sérieuse attention, et depuis cinquante aimées les patliologistes les plus distingués de ce pays en ont fait l'objet constant «le leurs éludes. A dater du monient où l'œuvre à jamais «élèbredeJolm Himter eut donné l:^ première impulsion à ces recherches, un ^rand nombre d'écrivains, soit en Angleterre, soit sm* le conlinenl, ont con>acré tous leurs elforls à déierminer les modifications du systèrïie vasculaire pendant le cours de rinHammalion. Thomson, Haslings, \V. Philip, James, Burns et Marshall-Hall ont institué de nombreuses et iiiiéres anles expériences, (jui (Uit éclairé d'une vive lumière l'histoire de ces phénomènes ; le zèle et l'arJeur (|u'ils ont déployéN pour ériaircir un snjtt dont la dillicullé est bien connue ont été [>our nous la source de progrès incontestables. Et pourtant ces auteurs paraissent avoir a('cej)té (luelques vues erronées, ils ont mal interprété ou laissé dans l'ombre cerlains points d'une importance réelle. J appellerai (Tabord votn^ attention sur les opmions de Marshall-llall, telles qu'elles sont ex|)oséesdans Us leçons publiées par la Lancd. S'occupant avec une habileté remarquable de
travaux de physiologie et de pathologie, le docteur HaH a (ait des expériences et des observations microscopiques nombreuses, dans le but d'élucider laqnestion de Tinilammation; il jouit d'ailieurâ d'une haute réputation scientifique, et ses idées méritent à tous égards d'être prises en considération.
Parlant du processus inflammatoire, Hall s'exprime ainsi: u Je pense que toutes les causes d'inflammation produisent d'abord sur la surface interne des capillaires une modification physique, qui entraine Tadhé* rence des globules sanguins à la paroi, et par suite leur stagnation. A mesure que l'inflammation s'accroît, cette stase augnjente, et devient plus étendue ; c'est elle qui parait constituer le caractère essentiel de la lésion. » Vous voyez que, d'après lui, le premier degré est marqué par ladhérence des globules du sang à la paroi interne des capillaires; cette adhérence diminue considérablement le caTibre des vaisseaux, et en amène peu à peu l'obstruction : ainsi se trouve établie cette stase du sang que Hall considère comme le caractère essentiel de l'intlammatiou.
Il dit plus loin : « Je n'ai jamais pu parvenir à découvrir une activité propre dans les capillaires eux-mêmes. C'est sans doute par suite de leur obstruction partielle, que nous voyons les petites artères se dilater. » Ainsi, d'après celte manière de voir, la circulation étant empêchée dans les capillaires par l'adhérence des globules v<anguins à leurs parois, les artères correspondantes ne peuvent plus chasser le sang dans les vaisseaux oblitérés, et elles se dilatent. — Et pourquoi ? Hall nous le dit : « D'après cette loi bien connue qui amène l'hypertrophie des organes musculaires, lors(|ue quelque obstacle vient s'opposer à leur libre ronctiunnement. » A quoi je pourrais répondre d'abord que Hall n'est point autorisé à regarder les artères comme des organes musculaires (l); mais je laisst; de côté cette considération, et je me borne à demander coinmeiit la loi iuvoquéu peut expliquer l'augmentation de calibre des artérioles. Elle pourrait rendre compte d'un épaississement des parois, et voilà iout. Or n'est- il pas évident que, si cette augmentation d'épaisseur était réelle, le calibre, bien loin d'être accru, devrait être diminué?
Marshall-Hall continue en ces termes : « C'est probablement par
(I) La présence du lissu musculaire dans les pelite5 arlères n'est contestée aujourd'iîui par aucun anatomisle. L'auteur a eu soin de rectifier un peu plus loin son assertion. {^o\e du Tkad.)
le fait de la stase que rinflammation diflere des rougeurs» des émp^ tions, etc. » Vous voyez qu'il introduit ici par prudence le mot « probablement B. Il poursuit : « Il est généralement admis qu'il existe une série de vaisseaux qui ne contiennent que le sérum du sang, sans trace de globules. Je pense que c'est là une pure hypothèse. Les vaisseaux, qui ne renferment à l'état normal que des globules isolés, paraissent incolores; mais dans l'inflammation, ces mêmes artères se dilatent, reçoivent un plus grand nombre de corpuscules sanguins, et la couleur rouge apparaît alors. » Il ajoute d'ailleurs un peu plus loin : « Cette dilatation des vaisseaux sanguins n'est pas bornée aux très petites artères ; les canaux vasculaires plus considérables qui sont dans le voi* sinage immédiat de la partie enflammée s'agrandissent également... cela provient de l'obstruction des véritables capillaires. » Et pour démontret- celte assertion, il rappelle la dilatation des branches collatérales à la suite de l'oblitération, par la ligature, d'un gros tronc artériel. Nous verrons plus tard combien tout cela est ditïicile à prouver. Hall dit enfin : « Nous ne savons pas jusqu'à quelle distancedu siège de l'inflammation se produit cette augmentation du calibre des artères ; mais nous savons que, lorsque le doigt est enflammé, le pouls est plus fort au poignet correspondant que de l'autre côté. »
Telles sont les vues de Marshall-Hall sur l'inflanmialion ; tel est le rôle qu'il assigne aux capillaires et aux petites artères. Vous voyez, messieurs, par le court exposé que je viens de vous laire, qu'il fait déj)endre les phénomènes de trois conditions successives: l'adhérence des globules sanguins aux parois des capillaires, l'obslrnction consécutive de ces vaisseaux, et l'élargissement des petites artères. Dans cette théorie les vaisseaux sont regardés comme passifs; ils se distendent en vertu d'une cause entièrement mécanique ; et en fail, leur agrandissement est une simple dilatation.
Malgré tout le respect que je professe pour la science, l'habileté et l'ingéniosité de Marshall-Hall, je suis forcé de dire que je regarde ses vues comme purement hypothétiques, et je suis convaincu qu'il est arrivé à des conclusions erronées sur la nature de l'inflaniniation. Toutefois je ne veux pas m'arrèter à combattre une à une toutes ses propositions, j'aime mieux exposer devant vous les idées auxquelles j'ai été amené par l'observation et la méditation; je lésai ensei^Miées, il y a bien des années déjà, dans mes leçons sur les principes de la médecine. Je ne prétends pas, à l'exemple de Marshall- Hall, dévoiler la nature de l'inflammation, ou en découvrir la cause prochaine : non, je me