‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 100 sur 123 · DU RHUIHATISIIIE, DE LA SCIATIQUE ET DU LUMBAGO · texte numérisé non relu

DU RHUIHATISIIIE, DE LA SCIATIQUE ET DU LUMBAGO

Rhumatisme articulaire. — Remarques générales sur le traitement de cette maladie.

— Importance considérable des sueurs du début. — Effets des applications mercurielles locales. — Le mercure et l'iodure de potassium dans la fièvre rhumatismale.

— Observations. — Rhumatisme chronique. — Difficultés du traitement.

Sciatique et lumbago. - Traitement par les ventouses, par l'iodure de potassium. — Observations.— Traitement de la sciatique chronique.

Messieurs,

Je veux aujourd'hui vous dire quelques mots de celte affection rhumatismale des articulations à laquelle je donne le nom de rhumatisme articulaire. Il est des cas de rhiunatisme fébrile, et vous en rencontrerez certainement dans votre pralicjue, dans lesquels, une fois apaisée la violence des premiers accidents, l'inflammation articulaire continue à se promener, pour ainsi dire, de jointure en jointure; souvent môme elle semble sur le point de céder délinitivement la place, mais c'est pour reparaître quelques heures plus tard. Vous croyez que votre malade touche à la guérison, et il est en réalité beaucoup mieux; mais à votre prochaine visite, vous constatez qu'une autre articulation est devenue douloureuse. Si les symptômes généraux aigus existent encore, vous ajoutez au traitement général une médication loc<de; quelques médecins, le docteur Elliotson, par exemple, conseillent des ap|)lications froides sur la jointure douloureuse; je n'approuve pas cette pratique, et je ne vous conseille pas d'y avoir recours. Le plus ordinairement vous ferez mettre des sangsues sur l'articulation malade, et vous don-

Ici une question se présente : devez-vous compter sur les sangsues dans tous les cas, et à toutes les périodes de la maladie? A cette question je réponds sans hésiter par la négative; .il vient un moment où les vésicatoires sont de beaucoup préférables, et où il vous faut absolument recourir aux applications excitantes. Il en est exactement de même pour le traitement général ; vous mettez d'abord en œuvre la médication antiphlogistique, puis vous administrez les médicaments spécifiques, et en dernier lieu vous avez recours aux toniques. Au début, la sensibilité, hi douleur locale et le gonflement dépendent d'une inflammation active; ces accidents disparaissent rapidement sous l'influence des sangsues. Plus tard, les nouvelles poussées locales cèdent à un nombre moins considérable de sangsues; enfin il arrive un moment où ce moyen n'agit plus du tout, tandis que les vésicatoires produisent un soulagement certain et presque immédiat; de plus, et c'est ce qui explique Ja préférence que je leur accorde, ils ont le précieux avantage de ne pas affaiblir la partie malade. Je vous le dis donc avec une pleine et entière conviction, les vésicatoires sont tout-puîssîmts pour apaiser les douleurs de co genre, et ils sont indiqués dans bien des cas d'arthrite où on ne les a pas employés jusqu'ici.

Il est un autre point d'un intérêt tout pratique, sur lequel je désire appeler votre attention. Vous avez pu voir dans nos salles des cas de rhumatisme articulaire dans lesquels la douleur et la fièvre sont accompagnées, dès le début, de sueurs abondantes, et ces sueurs ne produisent aucun soulagement; le pouls reste fréquent, la fièvre ne tombe pas, la douleur persiste avec toute sa violence : or c'est précisément dans œ cas-là que l'inflammation articulaire tend à produire dans les jointures des lésions permanentes. Soit dans ma pratique particulière, soit à l'hôpital des Incurables, j'ai conslaté que la plupart des individus dont les membres sont restés roidcs ou déformés à la suite d'affections rhumatismales, avaient souffert pendant des années de cette arthrite accompagnée de sueurs. Chez un des pensionnaires de cet hospice, la maladie avait eu des suites vraiment curieuses. Au début, la sueur était générale et couvrait tout le corps; au bout de quelque temps elle disparut des membres inférieurs comme s'ils eussent été incapables de fournir à une plus longue sécrétion; l'épiderme s'exfolia alors, il devint sec et dur. Plus tard une nouvelle modification eut lieu, et les extrémités inférieures se couvrirent d'ichthyose. Le malade, dont l'état ne laissait plus aucune espérance, restait couché sur le dos ; il avait les jand)es et les cuisses couvertes d'un épidcrme corné et

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résistant, mais sa poitrine et son visage étaient, comme précédemment, couverts de sueurs profuses (1).

Rappelez-vous donc, messieurs, que cette forme de rhumatisme expose plus que toute autre à une arthrite incurable. Ceux de vous qui suivent depuis longtemps mon service, se souviennent peut-être d*un pauvre homme qui était dans la salle consacrée aux maladies chroniques. 11 souffrait depuis des mois de cette cruelle affection ; couché dans un coin, il était pour tout le monde u:i ohjet de pilié, parce qu'on ne voyait pour lui aucune chance d'amélioration, 11 est bon (|ue vous le sachiez, le médecin peut très aisément faire fausse route «laits le traitement de cette maladie. Le pouls est fréquent, mais rarement fort, et il semble interdire les émissions sanguines. Ce sont elles cependant qui doivent l'aire la base de noire médication. Commencez avec prudence; tirez (rabord cin(| ou six onces de sang, et observez l'eflet. Si le pouls reprend de la force, si la douleur et les sueurs diminueni, vous pouvez al()rs saigner plus hardiment ; la l.mcette est ici 4iotre ancre de salut. Vous avez remarcjui; sjiiis doule cond/icMi le malade qui est dans notre salle d'en haut sesl bien trouvé de la saignée, et combien son sang était couenneux. Peu après, les sueurs diminuaient notablement, et nous en avons complètement triomphé avec de petites doses de tartre slibié et d'opinm. J'avais fait fiiire une mixture composé(î d'une demi-once (16 gram.) de solution d'émétique, une demi-draclime (2 gram.) de teinture d'opium dans 16 onces d'eau ; et l'on donna une demi- once de celte potion loiites les heures. Il serait ditlicile d'expliquer le fait, mais il n'en est pas moins vrai que vous arrêterez souvent les sueurs persistantes, surtout celles de la lièvre hectique, en faisant prendre le soir quelques grains de poudre de Dover.

Vous n'avez sans doute pas oublié ce malade sur lequel j'appelais votre attention ce matin, au moment de la visite. Ce pauvre homme, d'un âge déjà assez avancé, est atteint depuis plusieurs mois d'une

(1) Cullen avait dit, en parlant du rhumatisme articulaire aigu : « Cette maladie est communément accompagnée d'une sueur qui paraît de bonne heure; mais il est rare qu'elle coule facilement ou qu'elle soit abondante, et qu'elle diminue les douleurs ou qu'elle soit critique. » El à propos du rhumatisme chronique : « II n'y a pas de rougeur sur les articulations douloureuses, elles sont froi<ies et roides; on ne peut facilement y exciter la sueur; ou bien, pendant qu'une sueur abondante et visqueuse sort du reste du corps, les articulations douloureuses ne sont couvertes que d'une sueur visqueuse et épaisse. » {Élcments de médecine pratique, traduction de Bosquillon, tome I, p. 300 et 302.^

inflammi^on rliumatismale désarticulations^ qui se manifeste pacde la douleur, de la roideur et du gonflement ; il existe probablement uu léger épanohetnent dans les synoviales. Ces symptôifnes ont été o(HnpUqués dès le d.ébut de sueurs profuses continuelles et de diarrhée; c'en était assez pour abattre les forces et miner la constitution ; aussi cet homme devint-il pâle, amaigri et cachectique. Ces accidents ont été littéralement intraitables ^ le malade a fait un long séjour à Tbôpital, il a été soumis à toute espèce de médication, sans obtenir aucun soulagement notablB ; les articulations sont restées douloureuses, et elles ont perdu presque complètement leur mobilité : cet homme, à bout de forces, ne peut plus quitter le lit. En outre, le pouls conserve la même fréquence, et c'est toujours un signe défavorable; le rhumatisme articulaire qui est accompagné de sueurs abondantes et d*une excitation fébrile de longue durée passe le plus ordinairement à l'état chronique, il déjoue alors tous les efforts de la thérapeutique, et l'infortuné malade est estropié pour la vie.

Chez notre hommes, nous avons déjà essayé sans succès un grand nombre de remèdes, et aujourd'hui l'état de sa constitution et la susceptibilité de ses organes digestifs réduisent à bien peu de chose les moyens d'action dont nous pouvons encore disposer. H ne peut plus être question des médicaments altérants, et nous avons inutilement employé les applications loc<des les plus diverses. Dans cette occurrence, j'ai pensé que nous pouvions retirer quelque avantage des frictions mercurielles, si surtout nous prenions soin d'en seconder l'action en entourant les articulations d'une bande roulée. Fort heureusement nos prévisions se sont réalisées : dans l'espace de dix jours, le gonflement a considérablement diminué, la douleur a presque entièrement disparu, et les jointures ont repris quelque mobilité. Nous avons vu survenir la salivation ; niais, néanmoins, l'amélioration dépend ici de l'effet local exercé sur cha(jue articulation en particulier, bien plus que de la saturation de réconomie ; et la preuve, c'est (|ue cet homme avait déjà été soumis, sans aucun résultat favorable, à un traitement mercuriel interne.

Il y a donc ici, messieurs, un (ait qui mérite d'être noté. Un malade présente une série d'inflammations locales sur lesquelles le mercure, donné jusqu'à salivation, n'a aucune prise; nous essayons alors le même agent sous une autre forme, nous l'employons en frictions sur les parties affectées, et nous obtenons l'amélioration désirée. Voilà le l'ait ; vous me demanderez pcut-êire de l'expliquer, je ne le puis ; mais

il me serait facile de vous citer des exemples analogues. Lisez, entre autres, le mémoire sur Térysipèle qu*a publié H. M'Dowel, dans un des premiers numéros du Dublin médical Journal, vous verrez que, dans un grand nombre de cas, les friction^ avec l'onguent mercuriel ont été plus utiles que l'administration des préparations hydrargyriques à l'intérieur.

D'un autre côté, lorsque la maladie résiste à la salivation mercurielle, j'ai vu se développer assez fréquemment une entérite ou une péritonite, et j ai observé que ces accidents cèdent rapidement sous l'influence de frictions mercurielles pratiquées sur la paroi abdominale antérieure, préalablement dénudée par un vésicatoire.

Tout récemment, je voyais, avec sir Henry Marsh, un jeune homme atteint d'une fièvre lente; il avait le pouls rapide mais faible, et il éprouvait une grande agitation. Vers le dixième jour, le ventre devenait excessivement douloureux ; en même temps, je voyais survenir une soif vive, de la diarrhée et les autres symptômes d'une phlegmasie de l'intestin et du péritoine. Ce jeune homme était d'une constitution délicate, et il avait compromis sa santé dans des travaux de cabinet. Il était donc incapable de supporter les émissions sanguines ; l'affaiblissement qui avait succédé à l'application d'un petit nombre de sangsues nous l'avait assez prouvé. En présence de ces difficultés, nous avons fait couvrir le ventre d'un large vésicatoire, et nous avons fait panser avec l'onguent mercuriel la surface ainsi mise à nu. Bientôt le succès répondait à nos espérances ; les symptômes de péritonite et d'entérite disparaissaient, la fièvre tombait à son tour, et aujourd'hui ce jeune homme est en parfaite santé.

La même chose a lieu très souvent dans la pleurésie; le mercure reste impuissant tant qu'il n'est pas employé à l'extérieur. Je pourrais vous citer aussi plusieurs cas d'inflammation franche du testicule, dans lesquels les onctions mercurielles m'ont donné les résultats les plus nets et les plus avantageux. Mais il serait superflu de multiplier les exemples; j'en ai dit assez pour vous convaincre de l'utilité de cette pratique. A l'époque où je faisais mes études médicales, il était de mode de rejeter bien loin la doctrine de l'efficacité des applications mercurielles locales ; nos maîtres enseignaient, et cette proposition était pour eux un axiome, (jue le mercure, pour produire un effet quelconque, devait préalablement entrer dans Torganisnie par l'intermédiaire des lymphatiques. Par conséquent, nous disaient-ils, lorsque vous laites des onctions merruriellessur l'hypochondre droit pour combattre une

affection hépatique, votre médicament, avant de pouvoir exercer son influence sur le foie, doit passer dans le canal thoracique, se mêler au sang et impressionner l'économie. Aussi, ajoutaient-ils encore, dans l'hépatite comme dans Torchite, il est parfaitement inutile d'employer les frictions rûercurielles, puisque le médicaVnent doit accomplir sa route à travers Torganisme tout entier, avant de pouvoir agir.sur l'un des organes en particulier.

Ce raisonnement n'est que spécieux ; il est contredit par les faits. Les preuves abondent pour démontrer l'etlicacité des applicationsymercurielles locales, en dehors de toute modification générale de l'économie. Ne voyons-nous pas les bubons disparaître sous l'influence des frictions hydrargyriques, avant que les phénomènes de salivation aient eu le temps de se produire? Ne voyons-nous pas les affections du larynx et du foie céder aux onctions mercurielles, quoiqu'il n'y ait pas de salivation ? Est-ce que la stomatite est la condition indispensable des heureux effets que nous obtenons au moyen de l'emplâtre ammoniaco-merciiriel {!)? L'action favorable des frictions dans l'érysipèle^t dans l'orchile est-elle subordonnée à l'apparition des symptômes d'intoxication ? Quiconque étudiera cette question sans idée préconçue, arrivera à regarder comme insoutenable la doctrine qui enseigne que TatlBction hydrargyrique générale est la condition sine qua non des effets locaux du mercure ; il est de toute évidence, au contraire, que les applications extérieures ont une action prrmitive et distincte, complètement indépendante de celle qu'exerce le métal sur la constitution tout entière (2).

(1) Emplâtre de gomme ammoniaque hydrargyré,

Ijfl Comme ammoniaque \ livre == 375 grammes.

Mercure 3 ônccs = 90

Huile d'olive 1 gros fluide == 2S'',9

Soufre 8 grains = 08^48

Faites chauflfer l'huile, ajoutez-y le soufre peu à peu, en remuant toujours avec une spatule, jusqu'à incorporation ; broyez ensuite avec le mercure, jusqu'à ce qu'on n'aperçoive plus de globules métalliques ; ajoutez peu à peu la gomme ammoniaque fondue et mêlez le tout. {Pharm, de Londres,)

(Note du Trad.)

(2) Que les effets locaux du mercure puissent ôtre .obtenus sans intoxication gêné' raie, cela ne peut faire l'objet d'un doute ; mais il ne s'ensuit pas que les applications mercurielles extérieures aient une action primitive et distincte. D^à Oesterlen et Voit ont montré qu'après les onctions mercurielles, on peut constater la présence du métal dans le sang et dans les organes excréteurs ; et Overbeck, dont la monographie est

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