‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 101 sur 123 · RHUMATISME · texte numérisé non relu

RHUMATISME

Je (bis ajouter que Tiodure de potassium est un adjuvant très utile du mercure, dont it assure et complète les effets. Voici, do reste, quelle est ma pratique lorsque j*ai à traiter une fièvre arthritique ou rhumatismale. Je cherche d'abord à abattre la fièvrtf et à diminuer le mouvement phlegmasique qui a lieu vers les articulations, au moyen de la saignée et des sangsues ; puis j'administre le tartre stibié ou le nitrate de potasse, quelquefois môme je les donne tous deuxen môme temps ; dans d'autres cas, après avoir employé la médication antiphlogistique générale et locale, j'apaise les douleurs articulaires par le moyen du colchique ou par les mercuriaux'unis à l'opium : c'est alors que l'iodure de potassium trouve son indication; il achève de faire disparaître la douleur, il dissipe le gonflement des jointures et contribue ainsi puissamment à hâter la terminaison de la maladie, en -môme temps qu'il diminue les chances de la récidive. Depuis que j'ai adopté cette méthode, je n'ai eu qu*à m'en louer, et j'entreprends avec beaucoup plus de confiance le traitement du rhumatisme ; car je no rencontre plus un seul de ces cas rebelles dans lesquels la maladie, devenue chronique, confine dans son lit le malheureux patient pendant des mois entiers. Vous avez pu voir que depuis quelque temps, quelle qu'ait été d'ailleurs la médication du début, je complète presque toujours le traitement du rhumatisme articulaire aigu en administrant l'iodure de potassium;

une des plus complètes que nous possédions, est arrivé au môme résultat, après avoir répété toutes ces expériences. Chez un chat qui avait été soumis pendant quatre jours ù des frictions avec l'onguent gris, il a retrouvé du mercure dans les reins, dans le foie et dans le sang ; chez uu chien qu'il avait frotté tous les jours pendant deux semaines avec une demi-drachme (2 gram.) d'onguent gris, le même auteur a constaté la présence de globules mercuriels dans les reins, dans le bassinet, dans les excréments; il y en avait aussi, mais on beaucoup moins grande quantité, dans le foie ; enfin il a trouvé un globule isolé dans le tissu musculaire du cœur, et un autre daus le cerveau. Mêmes résultais chez un moineau, qui mourut après deux onctions. Assurément, ajoute M. Ovcrbeck, on ne dira pas qu'ici le mercure avait été introduit par la bouche. — Il paraît donc bien établi que les mercuriaux employés comme topiques sont absorbés de la même façon que lorsqu'on les fait prendre à l'intérieur; d'aillenrs on n'a que trop souvent l'occasion de constater les accidents de l'hydrargyrosc chez les individus qui ont été soumis aux frictions mercurielles, et je n'ai pas besoin de rappeler que la Méthode thérapeutique de Swediaur est basée sur ce fait.

Oesterlen, Ilandbuch der IleUmiltellehre, ô*^ édit., 1853.

K. Voit, Physiologisch-chemische Untersuchungen, Augsburg, 1857.

Overbeck, Mercur und Syphilis. Berlin, 1861.

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je commence par une dose de 10 grains (Os',60), et j'arrive rapidement à faire prendre 20 (1!%20) ou 30 grains (is',80) trois fois par joor.'Je donne ce sel dans une décoction de salsepareille, à laquelle il'est bon d'ajouter un peu de morphine.

Nous avons eu dernièrement, dans nos salles, un oas de rbumatisme fébrile dont la marche a été très curieuse. Le malade nous avait présenté d'abord de la fièvre et des phlegmasies articulaires; la fièvre était tombée sous l'influence d'un traitement convenable, et l'affection dés jointures persistait seule. Soudain, la fièvre s'était rallumée, et un nouveau mouvement flunionnaire s'était fait vers les articulations : cette foiS'Ci nous étions venu à bout des deux ordres d'accidents. Maïs une autre rechute survint, caractérisée par dé la fiè\lre seulement, sans inflammation articulaire. Ce fait est extrêmement intéressant et mérite toute votre attention ; il vient confirmer une idée que j'ai depuis longtemps , à savoir que la fièvre rhumatismale peut exister sans inflammation des jointures.

On dit généralement que la fièvre rhumatismale est caractérisée par la douleur^ le gonflement et la rougeur des articulations, mais j'ai remarqué depuis fort longtemps que cette fièvre présente plusieurs autres signes distinctifs. Là, comme dans les autres espèces de fièvres, nous avons une augmentation de la température, une tendance aux sueurs, un pouls fréquent et dur; nous avons une urine qui, pâle d'abord, devient d'une couleur très foncée; nous avons, enfin, un sang couenneux. Mais les fondions sensoriales demeurent intactes; il n'y a pas de céphalalgie, et si les douleurs articulaires ne sont pas trop vives, le malade peut goûter quelque repos; la langue est chargée, mais souvent l'appétit reste bon ; il n'y a pas de dégoût pour les aliments et pas de nausées. J*ai bien souvent observé ces particularités, mais c'est tout dernièrement que j'ai acquis la certitude de l'existence de cette fièvre spéciale, sans inflammation des articulations.

D'un autre côté, on sait parfaitement que l'arthrite peut exister sans fièvre : c'est la combinaison de ces deux affeclions bien distinctes, mais fréquemment associées, qui constitue la maladie à laquelle on donne le nom de fièvre rhumatismale. C'est là ce qui explique pourquoi nous devons attendre que la fièvre s6it tombée, avant de donner les toniques. Comme je vous l'ai dit, nous commençons le traitement par les anliphlogistiques, puis nous administrons les médicaments spécifiques, tels que le ^nercure ou le colchique, et nous arrivons ensuite aux

RHUMATISME. 6Si

Vous VOUS souvenez d'un homme du nom de Coghlan, qui est resté pendant quelque temps dans notre salle des maladies chroniques. 11 y était entré le 10 décembre pour une arthrite, et il avait été soumis à diverses médications. Le jour de son arrivée, ce malade nous racontait qu'il avait été atteint déjà plusieurs fois de rhumatisme articulaire. Cette maladie est un des plus grands fléaux qui puissent frapper les ouvriers: non-seulement elle les prive de toutes leurs ressources en les retenant au lit pendant un temps trop long, mais fort souvent, hélas! elle les laisse estropiés pour le reste de leui* vie; déplus ces malheureux, que la nature de leurs travaux expose sans cesse à l'action des mêmes causes, sont sujets à des récidives qui finissent par amener des lésions articulaires incurables. 1^ jeune malade dont il est ici question présentait une association d'états morbides qu'il n*est pas rare de rencontrer chez les individus de la cljasse ouvrière; le froid avait agi à la fois sur la poitrine et sur les jointures, de sorte que l'artlirile était compliquée d'inflammation de la muqueuse bronchique.

Or, lorsque l'affection articulaire est très violente, lorsqu'elle est accompagnée d'une fièvre intense, la bronchite ajoute beaucoup à la gravité de la maladie. Chaque accès de toux est la cause d'une nouvelle torture ; chacune des secousses convulsives de la poitrine détermine dans les jointures une horrible douleur, qui met le patient à l'agonie. Les cas de ce genre sont souvent difficiles à traiter, même lorsque la maladie est récente, et que l'on a affaire à un malade d'une bonne constitution. Mais s'il s'agit d'un individu dont les forces ont déjà été abattues par plusieurs attaques, les difficultés sont bien autrement grandes, et elles exigent toute l'attention du médecin. Si le malade est pris pour la première fois, je regarde les deux affections comme étant de la même nature, et en conséquence j'institue un seul et môme traitement dirigé à la fois contre l'arthrite et contre la bronchite : je pratique une saignée, je fais mettre des sangsues sur la poitrine et sur les articulations douloureuses; je donne le nilre et le lartre stibié à hautes doses. Il est bien entendu que c^tte médication n'est mise en usage que dans la période aiguë d'une première attaque, alors que les forces du malade sont encore intactes ; mais s'il est aff*aibli déjà, ou si la maladie est devenue chroni(|ue, vous ne devez pas vous hasarder à donner l'émétiquo et le nitrate de potasse à doses élevées. En revanche, vous vous trouverez très bien de l'usaj^^e du colchique, surtout s'il y a encore un peu de lièvre. Voici la formule dont je

nie sei*s habiluellemont ; elle m*a souvent Uonué de très bons résultats :

']f Mixtures amygdalarum f . 5 viij.

Âceti colchici. / f. 5 fi.

Acetatis morpbiœ ^< j«

Nitratis potassœ 3 6.

Fiat mixtura, cujus sumat cochicare unum amplum otnnt vel secunda quaque hora (1).

Chez Goghlan nous avons adminisk'é cette potion, nous avons combattu par des moyens locaux la douleur articulaire, et no^ avons fait mettre un vésiçatoire sur la poitrine ; néanmoins nous n'avions obtenu aucune amélioration sensible au bout de quelques jours. Or, lorsque les choses se passent ainsi, vous ne devez pas perdre inutilement votre temps en insistant sur ce traitement; n'oubliez jamais que si lecolchU que ne soulage pas rapidement et à doses modérées, il est superflu d'en continuer remploi. Nous avons ici à combattre deux afiections tontes deux très sérieuses ; car l'une peut laissée le malade estropié, l'autre peut «imener la sutTocation, si rinflammatioii, gagnant les petites ramifications bronchiques^ détermine la congestion du tissu pulmonaire. Aussi, je le répète, il n'y a pas de temps à perdre; nous devons laisser de côté toute autre médication et nous en remettre entièrement à la puissance du mercure: la saturation mercurielle est le seul moyen qui nous permette d'espérer la gnérison ; c'est à elle que nous devons recourir, pour peu qbele malade nous paraisse en état de la supporter. C'est ce que nous avons fait ici: nous.avons prescrit dix grains (0*\60) d'hydrargy" ruih, cum creta (2), et c^Hie dose a été répétée quatre fois par jour ; de plus, pour caimei la toux et l'irritation de la muqueuse bronchique,

(1) Ijfi Mixture d'amandes 199 grammes.

Vinaigre de colchique 12

Acétate de morphine 0,06

Nitrate de potasse 2

Mêlez pour une potion, dont on prendra une grande cuillerée ioulet les heures ou toutes les deux heures.

La Pharmacopée de Londres assigne la composition suivante au vinaigre de colchique :

']f Colchiqne frais coupé 1 once =s 32 grammes.

Vinaigre distillé 16 onces fluides =s 384

Esprit faible 1 once fluide = 24

Faites macérer le colchique avec l'acide pendant trois jours, dans un vase de verre couvert ; ensuite exprimez et laissez reposer, pour que le trouble se dépose ; décantes la liqueur et ajoulez-y l'esprit. (Note du Trad.)

/o\ tr^..^.. i • j » rt j '.

nous avons fait prendre trois Tois par jour une mixture composée d'une demi-once d'émulsion d*amandes, avec dix gouttes de teinture de jus^ quiarae et une goutte diacide cyanhydrique.

Nous avons dans notre service un homme atteint de rhumatisme chronique, et je ne veux pas laisser échapper celte occasion de vous dire quelques mots de cette maladie. Cet homme se plaint de douleurs, d*afl'aiblissement et d'engourdissement dans les membres inférieurs ; il a pris pendant quinze jours de la décoction de salsepareille avec de petites doses de sublimé corrosif, sans obtenir aucun soulagement. Du reste il y a longtemps qu'il souffre, car le début de sa maladie remonte à quinze semaines. Cette circonstance, je n'ai pas besoin de vous le dire, nous commande une très grande réserve dans le pronostic. Un rhumatisme qui dure depuis trois à quatre mois est une affection rebelle et intraitable; il n'en est pas qui mette autant à l'épreuve la patience et l'ingéniosité du médecin. Celte fois-ci, cependant, nous avons eu le bonheur de mettre la main sur un médicament convenable; dans l'espace de quinze jours nous avons obtenu un notable amélioration, et aujour* d'hui cet homme est presque complètement guéri.

Lorsque j'ai commencé à le traiter, il n'avait pas de fièvre, sa santé générale n'élait pas encore compromise, le pouls était calme, l'appétit suffisant; les articulations n'étaient pas très rouges, et elles n'étaient pas fort sensibles à la pression ; bref, il il'y avait aucun signe d'inflammation aigué : il eût donc été fort inutile d'avoir recours aux saignées et aux sangsues, ou de donner les anlimoniaux, le nilre ou le colchique. Dans ces cas-là les indications sont toutes différentes ; vous devez employer les excitants diaplioréliques, dans le but d'augmenter les séoétions de la peau, en même temps que vous stimulez les capillaires et le système nerveux. Nous avons fait faire pour notre malade l'élecluaire suivant, dont il prenait une petite cuillerée trois fois par jour:

Poudre de quinquina jj= ^ grammes.

Poudre de gaïac 5j= à

Crème de tarlre § j = 32

Fleur de soufre 5(5= 2

Poudre de gingembre 3j= 4

Faites un électuaire avec le sirop commun des hôpitaux (i).

Le gaïac n'agit pas seulement sur les nerfs en combattant les anciennes

(1) (>ellc prescriplion est en anglais dans le texte.

iS& CLINIQUE MÉDICALE.

douleurs, mais il active aussi les fonctions de la peau ; vous trouvères à ce sujet tous les détails nécessaires dans vos livres de matière médioile. Administré en poudre ou sous forme de teinture, il est souvent extrêmement utile dans le rhumatisme chronique , mais seulement lorsqu'il n'y a ni fièvre, ni inflammation locale violente^

Le gingembre possède aussi des propriétés stimulante^i mais c'est un agent beaucoup moins puissant. €'est un remède^à la mode dans les familles; nos rivales en théi^peutique, les vieilles ladies, lèpres* crivent souvent contre ce qu'elles appellent le rhumatisme froid ; et je

dois avouer que j'ai plusieurs fois constaté Tutilité de leur spécifique : le thé de gingembre. Comme vous l'avez vu, nous associons à ces 'deux substances le soufre, qui exerce une action excitante toute spéciale sur la peau et sur le tube digestif. Médicament très énergique, le soufre se fraye une voie, pour ainsi dire, à travers tous les tissus du corps, et modifie toutes les sécrétions. Vous le trouverez dans l'urine à V^tat de sulfate, vous le retrouverez à la surface de la peau et de l'intestin sous la forme d'acide sulfhydrique. S'il en est ainsi, direz-vous peutrétre, pourquoi ai-je prescrit en outre du quinquina ? Je serais fort en peine de vous donner l'explication théorique du fait; ce qu'il y a de certain, car c'est un résultat de l'expérience, c'est que dans beaucoup de cas de rhumatisme, lorsque la fièvre est tombée et que les accidents locaux sont atténués, le quinquina et les autres toniques sont extrêmement utiles. La crème de tartre, en raison de ses propriétés rafraîchissantes et laxatives, modère l'action des remèdes excitants. Toutes ces substances réunies forment un composé très analogue à la mixture antirhumaiismale, connue du peuple sous le nom de Chelsea Pemioner,

Cet électuaire se donne ordinairement à la dose de trois petites cuillerées par jour; il ne peut pas y avoir à cet égard de règle fixe: la seule indication constante est d'agir légèrement sur les intestins, et de produire au moins une fois par jour une selle abondante. Si donc la dose ordinaire ne remplit pas le but, vous devez l'augmenter; si vous apercevez une tendance à la diarrhée, vous devez au contraire la diminuer. Aussi longtemps que vous continuez l'usage de cet électuaire, vous devez apporter une attention extrême à l'état des fonctions intestinales: c'est le seul moyen d'assurer à votre malade le bénéfice du traitement. Outre son action sur l'intestin, le mélange fci-dessus possède une influence remarquable sur les fonctions de la peau ; grâce à celte double propriété, il amène souvent en fort peu de temps la terminaison de la maladie. En outre je prescris toujours des bains chauds qui

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