‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 109 sur 123 · CHORÉE · texte numérisé non relu

CHORÉE

Les tablettes de stramoine avaient été ainsi formulées :

!^ Sulphatis quinse grs viij.

Extracti stramonii gr« j 7»

Pulveris glycyrrhizœ gr. xv.

Theriac» ... q. s.

Fiat massa, et divide in partes quatuor. Sumat unain quater in die (1).

Avant l'usage des douches, la peau était tellement irritée, surtout sur les épaules, le tronc et les joues, qu'on était obligé d'y faire constamment des lotions avec de l'eau de Cologne.

Le 19, la malade se sent mieux, les douches lui sont très utiles ; depuis lel/i, elle a éU'îmise à un régime fortifiant, commandé par l'état d'amaigrissement auquel elle était arrivée. Après avoir pris ses tablettes pendant huit jours, elle éprouve une amélioration sensible; à partir du second jour, le stramonium n'a plus agi sur les pupilles. Aujourd'hui, pour recevoir sa douche, elle s'assied dans une cuve ovale qu'on garnit de laine et de couvertures grossières.

L'impuissance de tous les remèdes qui avaient été essayés avant le traitement proposé par sir Henry Marsh n'est pas plus surprenante que l'efficacité rapide de ce dernier; au moment où il a été mis en pratique, je considérais la malade comme perdue, et j'étais convaincu que la mort allait sous peu do jours terniiner ses souffrances.

La douche en pluie tut d'abord donnée chaude, puis tiède. Nous étions fort embarrassés pour l'administrer : nous placions la malade sur un lar^'ematelas garni de couvertures ; elles y étaient maintenues par un aide qui jouissait forcément des bénéfices de la douche; d'autres personnes, montées sur des chaises, versaient l'eau au moyen de grands arrosoirs. Cela fait, la jeune (ille était transportée dans une autre chambre, où on l'habillait après l'avoir soigneusement essuyée.

Quoique fort gênante, cette o[>ération fut pratiquée avec persévérance trois t'ois par jour ; lorsque la malade fut un peu mieux, nous n'avons plus été ol)ligés d'inonder l'appartement, parce qu'elle put rerevoir son allusion dans une grande cuve rembourrée. Après avoir suivi de très près le> eiïets de œ traitement, je suis porté à attribuer

(1) '^ Sulfate (le quinine 0K^48

• Kxlrait de stramoine O^'^OJâ

Poudre de réglisse Q^\90

Thériaque q. s.

M. et f. s. a. une masse que vous diviserez en quatre parties. A prendre dans le

la guérison ciux douches , bien plutôt qu'au sulfalc de quinine ou aa stramonium ; on ne peut nier toutefois que ces deux médicaments n'aient eu une influence puissante, puisque, au bout de quelques heures, ils avalent amené une dilatation extrême de la pupille. Quoi qu'il en soit, cette médication dans son ensemble a eu des résultats vraiment surprenants; la jeune fille a repris son embonpoint et ses forces; la volonté a rapidement reconquis son empire sur les fonctions musculaires, et aujourd'hui c'est à peine s'il reste quelque trace de cette cruelle maladie.

Les faits abondent pour démontrer les puissants effets des douches d'eau chaude, tiède ou froide; mais il n'est pas facile de démêler si ces effets sont dus à l'impression que produit la tompéralnre du liquide sur les nerfs cutanés ou à la force d'impulsion avec laquelle il est projeté. Il est probable cependant que c'est le concours de ces deux actions qui fait de la douche un remède héroïque. Sous l'influence des afTusions froides, les accès d'hystérie et les affections convulsives sont souvent enrayés; les individus narcotisés par l'opium ou par l'acide prussique sont rapidement réveillés. Soit en jet violent et continu, soit en pluie, la douche est souvent d'un grand secours dans le traitement des maladies aiguës ou chroniques, tant générales que locales. Le fait précédent est une preuve de plus, et une preuve convaincante, de l'efBcacité de ce moyen.

Depuis cette époque, on a cité un grand nombre de faits qui témoignent (le l'utilité du sulfate de zinc dans le traitement des afl'ections convulsives, soit hystériques, soit épileptiquos ; cela m'a donné l'idée d'en essayer dans la chorée, et je puis vous affirmer (ju'il n'est pas de médicament qui soit aussi généralement efficace. Dans plusieurs cas, il a suffi, sans adjuvant aucun, pour amener une guérison rapide et complète. Cependant chez un malade que je voyais avec M. Barker, le sulfate de zinc ne nous a donné aucun résultat: il est vrai que tous les autres remèdes avaient échoué, h l'exception de l'opium; encore ce dernier n'agissait-il qu'en amenant le sommeil (i). Sans lesoulagement que lui donnaient ces instants de repos, le patient, jeune enfant de

(1) M. le professeur Trousseau a également insisté sur ce fait, que l'opium n*agit dans la rliorée qu'à la condition d'amoiirr le sommeil ; aussi veut-il qu'on le donne à haute dose, ou du moins à dose proportionnée à l'intensité des accidents. Du reste, il réserve l'emploi de ce médicament pour les chorécs avec agitation extrême et délire non fébrile.

Trousseau, Des chorces {i'niou n:éd.^ 1850). (Note du Trad.)

Page 1