‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 110 sur 123 · CHORÉE · texte numérisé non relu

CHORÉE

treize ans, aurait infailliblement succombé, tant étaient violents et continus les mouvements spasmodiques des membres. Cet enfant a fini par guérir. Vous pouvez administrer le sulfate de zinc en dissolution dans de Teau de rose, à la dose d'un demi-grain (0«%03) que vous répétez plusieurs fois par jour. Lorsque vous avez obtenu la tolérance de Testomac, vous pouvez aller jusqu'à 10 ou 15 grains (O^^GO ou 0*%90) par jour; mais il faut toujours surveiller les effets du médicament, et vous ne devez pas dépasser la quantité strictement nécessaire pour assurer la guérison.

Les auteurs qui ont écrit sur la chorce s^ accordent à dire qu'elle persiste rarement après la puberté. « Nous ne rencontrons presque jamais cette maladie chez l'adulte, dit le docteur Blackmore ; quelquefois cependant e//e ;;ersï*s/^ pendant toute la vie. )o 11 paraît évident, d'après ce passage, que M. Blackmore n'a jamais vu la choréc débuter à un âge avancé ; or je dois vous dire que le docteur Ireland m'a appelé en consultation auprès de M. Dyas, un honorable pharmacien de Castle-street, qui avait été pris à soixante et dix ans d'une chorée franche, dégagée de toute complication. La maladie était très violente, et elle a duré plusieurs mois. Est-ce que la vieillesse, cette seconde enfance, aurait pour apanage les affections du système nerveux, aussi bien que l'obnubilation de rinlelligcnce ?

Voici un autre exemple du même genre ; il m'a été communiqué par le docteur Patton (de Tanderagee) :

« La malade est âgée de cinquante ans ; il y a quatre ans que son mari l'a abandonnée, et deux ou trois de ses enfants l'ont quittée pour aller en Ecosse. Sous l'inlluencede ces chagrins domestiques, elle avait perdu ses forces, et elle avait considérablement maigri; au bout de quelque temps son sommeil fut troublé par des tressaillenients convulsifs ; elle fut tourmentée en outre par une dyspepsie flatulente, et à la fin de l'année elle fut prise de chorée. Quoique les mouvements spasmodiques fussent très violents, ils présentaient quelques inlermissions, pendant lesquelles l'état normal de cetle femme était plus satisfaisant. L'arrivée de chaque accès était annoncée par des soupirs et par un certain affaiblissement de rintelligence ; les mouvements choréiques et les tressaillements étaient moins prononcés pendant la nuit et pendant le sommeil, mais ils ne cessaient pas complètement. Aujourd'hui (juillet 18^7), cette maladie a trois ans de date; elle ne s(î traduit plus par (les attaques violentes; il y a dos accès légers (jui sont constamment agj^ravés par le chanf/etnent de lune^ \yAX la fatigue corporelle et par les

inquiétudes. Celte femme n'avait jamais eu de convulsions; elle n*est point épilcptique; elle mène une vie assez active pour son âge, et elle a toutes les apparences d'une santé parfaite. La ménopause a eu lieu

il y a dix ans (1). »

Je vous ai signalé tout à Theure les bons effets du sulfate de zinc dans les maladies convulsives ; le fait suivant >'ous permettra d'en apprécier l'utilité dans certains cas d'épiiepsie : «T. A..., trente-neuf ans, célibataire, d'une constitution pléthorique, est sujet depuis plusieurs années à des accidents bilieux ; il est parfois incommodé par des hémorrhoïdes qui sont de temps en temps le siège d'un flux sanguin ; il y a plusieurs mois qu'il est dyspeptique. Vers la fin de septembre 18^3, après de grandes fatigues pliysiques et intellectuelles, il a été pris d'une atlîKjue qui Ta fait tomber de son siège sans connaissance; mais aussitôt après, il a pu se relever et gagner son lit sans être aidé de personne. A la fin de novembre, étant un matin à sa toilette, il éprouva le môme accident tandis qu'il s'iiabillait : l'attaque dura de cinq à huit minutes; elle n'avait été précédre d'aucune sensation pénible, elle n*eut aucune suite fàeheuse. Vers le milieu de décembre de la môme année, il eut un autre aecès beaucoup plus long et beaucoup plus sévère, durant lequel il mordit sa langue. Cette fois-ci, Taccès fut suivi de douleurs mus(!ulaires très vives, d'abattement et de prostration intellectuelle; le malade resta dans un étal d'irritation nerveuse très prononcé, son caractère devint sombre et inégal ; il ne pouvait plus se livrer à ses oecupations ordinaires, parce que son esprit se fatiguait et se troublait au moindre ellbrt. Pendant ce paroxysme, comme pendant les deux ou trois accès (jui suivirent, la bouche était écuineuse, la res[)i ration était stertoreuse, les muscles étaient rigides ; vers la fin de l'attaque, il y avait quelques mouvements convulsifs dans la nmii et dans le bras droits. Après ces accès, cet homme n'avait pas de tendance au sommeil, et si l'on taisait à sa

(l) On sait que J. P. Frank a vu iiiiîlre la chorée chez un individu âgé de quarantecinq ans ; M. Andral en a cité unei>bseivation dont le >ujct avait quarante ans ; M. Cosle a oh<ervé la chorée cliez un malade à|;é di* soixante ans; enfin Bouteille Ta vue chex un vieillard de quatre vinjçts ans. Dans ces derniers temps, le doclcur Cazenave (de Pau) a publié l'histoire d'un lionnne qui lut pris de chorée à cinquante-cinq ans.

J. P. Frank, hc. cU. — Anilial. Leçons orales. Paris, 183G. — Cosle, De la chorée, thèse de Paris, 1827. — Houteille, Traité de la chorée ou danse de Saint-Guy, Paris, 1810.

Cazenave, Observation rare de chorée (Journ. de méd. de ToulousCj 1858).

(Note du Trad.)

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