CIRCULATION DU SANC
propose un but plus modeste; je veux simplement essayer de classer les phénomènes, de vous en indiquer le mode de succession, et de vous montrer la part que prennent les capillaires dans le processus inflammatoire. Mais avant d'aborder ces questions, j'ai besoin ^de vous présenter quelques observations préalables sur la circulation en général.
De nombreux organes, différant entre eux par la structure intime, la composition chimique et les fonctions vitales, entrent dans la composition du corps humain. Je n'ai pas besoin de vous rappeler combien le tissu musculaire diffère du tissu aréolaire, combien celui-ci s'éloigne à son tour du tissu nerveux. Si nous faisons de ces parties un examen plus approfondi, nous verrons que les dissemblances ne portent pas seulement sur la texture, mais qu'elles proviennent aussi de la nature des substances qui constituent ces tissus. Dans le muscle, par exemple, nous trouvons une grande quantité de fibrine et de matière colorante; dans les cartilages, les membranes fibreuses et les tendons, nous retrouvons plus ou moins marquée la structure fibrillaire des muscles, mais nous ne rencontrons plus de fibrine, et il est impossible de déceler même une trace de matière colorante. C'est pourtant le même sang qui fournit à tous ces organes les matériaux de leur accroissement et de leur nutrition, et (fui transporte les éléments nutritifs dans les tissus blancs aussi bien que dans les tissus rouges ; mais les premiers n'ont pas besoin de sang rouge, et ils n'en reçoivent pas. Le sang est un liquide complexe qui contient à l'état fluide les matières premières de tous les tissus ; c'est en réalité une chair coulante qui, en se combinant -avec les parties solides de l'organisme, doit en assurer l'existence. Lancé par les artères dans tous les points du corps, il fournit partout des matériaux appropriés, et pourvoit avec abondance, mais parles procédés les plus économiques, à la nutrition, à l'accroissement et à la réparalion de tous les organes. Le sang ne pénètre pas dans tous les tissus à l'état de sang artériel, c'est-à-dire sous la forme d'un liquide d'un rouge éclatant. Ce serait une faute dont la nature ne peut se rendre coupable. Il serait absurde que toutes les parties du sang fussent apportées partout indistinctement; ce sérail une dépense fort superflue de forces mécaniques et d'actions vitales. Le sanj; se compose principalement d'un liquide transparent, ou lymphe, tenant en solution de l'albumine, de la fibrine et divers sels. Les globules rouges sont suspendus, et non pas dissous dans ce liquide; et il résulte des observations de Mayer, que dans les petits vaisseaux, les corpuscules colorés
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occupent le centre du canal, et sont entourés de toute part par la fluide trnnsparent (1). Indispensables à la nutrition des tissus musculaires, muqueux et de quelques autres encore, ils sont |K)rtés par lès petits vaisseaux partout où il en est besoin. Tous les éléments du sang sont nécessaires aux muscles : la fibrine et la matière colorante pour la fibre qui les constitue essenliellement; Taibumine, la graisse, etc., pour le tissu aréolaire et adipeux. Mais il est un fait non moins certain, c*est que les parties blanches ne reçoivent pas de sang rouge parce qu'elles n*en ont pas besoin. I^cs membranes séreuses, par exemple, ne ren* ferment ni fibrine, ni matière colorante. A quel moment, demanderat-on, la séparation de Talbumim; a-t-elle lieu dans le liquide en circulation? Faut-il voir là un acte de sécrétion nutritive qui fait sortir cette substance de la masse totale du sang artériel? Ou bien faut-il admettre que le sérum du sang arrive seul jusqu'aux tissus blancs? « On peut concevoir, dit Mûller, qu'il y ait des vaisseaux séreux, c'està-dire des vaisseaux qui, trop petits pour donner accès aux globules rouges, ne sont parcourus que par le sérum du sang; mais leur existence n'a pas encore été démontrée. »
Quant à moi, je crois que des vaisseaux peuvent ne contenir que du sérum, sans être néanmoins trop petits pour recevoir les globules colorés. L'arrivée de ceux-ci dans les canaux vascnlaires ne dé|>end pas exclusivement de la capacité de ces derniers : déjà, lorsque le sang approche du système capillaire, le microscope permet de saisir une tendance évidente à la séparation du sérum et des globules, et je ne doute pas que cette séparation ne se complète sous l'influence d'une action vitale, indépendante du calibre du vaisseau. Il devient aisé de comprendre de cette façon l'absence du sang rouge dans les membranes séreuses à l'état normal ; mais dès que l'inflammation s'y établit, le jeu naturel des actions vitales est troublé, et les globules rouges trouvent une voie à travers des c<maux qui leur sont d'ordinaire inac-
(1) Bennett (loc. cil.) a vérifié liii-nième cette situation relative des deux ordres de globules dans les vaisseaux capillaires. En élu^liant les vaisseaux de la membrane interdigitaie de la grenouille, il a constaté que les corpuscules colorés occupent le centre du couranl hanguin ; mais l'espace qui les sépare de la paroi vascul.iire n'est point uniquement rempli par le sérum ; c'est également là que se trouv(Mit les globules blancs, et c'est cette disposition qui avait fait croire à Weber que chaque capillaire est contenu dans un vaisseau lym|)h.'jtique. Cette situation excentrique d<'s globules blancs tiendrait, d'après Asclierson, à leur viscosité, pro|>riélé qui a en outre pour clTet de ralentir leur marche dans les petits vaisseaux. (Comparez Virchow, Die cellular Pntho-
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cessibles; aussi voyons-nous (fevenir soudainement visibles d'innom* brables vaisseaux qui échappaient primitivement à la vue; c'est qu'ils ne renfermaient alors qu'un sérum transparent, et qu'ils sont parcourus maintenant par un liquide opaque et coloré.
D'après Hall^ Mûller et d'autres physiologistes, tous les vaisseaux, même les plus petits, contiennent des corpuscules rouges; seulement ils ne modifient pas la couleur blanche du vaisseau, aussi longtemps qu'ils y circulent isolément l'un nprès l'autre. Dans l'état inflammatoire, les conditions changent, et Hall enseigne que les vaisseaux, se dilatant à la suite de l'obstruction des capillaires, admettent alors une plus grande proportion de globules colorés. Mais, messieurs, rappelez vous' avec quelle rapidité la conjonctive scléroiicale irritée se couvre de vaisseaux remplis de sang rouge. Certes, la soudaineté du phénomène ne permet guère d'invoquer ici Tadhérence des globules à la surface interne des capillaires, ou la dilatation graduelle de vaisseaux, trop petits d'abord pour admettre les globules : non, toutes ces explications sont inacceptables ; tous ces vaisseaux existaient déjà, mais ils n'admettaient pas de corpuscules rouges, parce que la présence en eût été inutile ou même nuisible (1). Je ne nie point la dilatation subite des petits vaisseaux; j'y crois au contraire fermement, et je suis persuadé que les capillaires artériels, qui, à l'état sain, ne renferment que du sérum, peuvent soudainement s'agrandir et augmenter de calibre. Mais, pour des motifs que je vous exposerai plus loin, je ne puis considérer celte expansion comme passive, et je crois que ces petits vaisseaux ne renferment primitivement que peu ou pc/mt de globules rouges. II est du reste très illogique de conclure à la présence de ceux-ci, par cela seul qu'ils ffeuvent exister en petit nombre, sans communiquer au liquide nne coloration rouge. Lorsque le contenu d'un vaisseau nous paraît incolore, c'est celui qui affirme la présence d'une matière i^Ouge qui a charge de preuve, et jusqu'à ce qu'il l'ait déiiiontrée dans cliacjue cas particulier, le liquide doit être tenu pour incolore.
(1) Cet argument tiré de la coii>iclératioii des causes finaiesy rappelle un pou, ce me .*emble, la théorie si commode des attraciiovs moléculaires et des affinités électives. Mais il n'est pas besoin de recourir à de telles hypothèses, pour expliquer la conjçestion sul»ite des parties de la conjonctive dans lesi|uelles on ne dislingue point de vaisseaux à Tétat normal Mieux connus aujourd'hui , le< phénomènes de l'innervation vasculaire nous permettent de comprendre l'afflux des globules rouges dans des vaisseaux ariormaUment dilatés, et la promptitude de leur apparition n'a rien qui doive nous étonner, si nous songeons à la rapidité, à l'instanlnnéité des mouvements commandés par le syslf-me nerveux. (Note du Trad.)
Quant à Tidée qui Tait dépeniire Texislence des vaisseaux uniquement de la petitesse de leur calibre, elle est par trop mécanique pour mériter une sérieuse attention. L'entrée et la progression des substances animales dans les vaisseaux sont assurément subordonnées à d'autres conditions qu'à la grandeur des parties. Mûller dit expressément : « Les capillaires les plus ténus ne sont ni rouges, ni même jaunes, ils restent entièrement transparents ; ils renferment en file isolée des globules rouges qui se succèdent à des intervalles inégaux, mais de temps en temps il est impossible de distinguer aucun cot*puscule coloré dans ces vaisseaux incolores. Mais je n*ai jamais vu de vaisseaux qui ne donnassent pas occasionnellement passage à des globules rouges, et qui méritassent par conséquent le nom de vasa serosa; et Wedemeyer, qui dit avoir observé lui-même des vaisseaux séreux, avoue que quelques corpuscules rouges les traversaient de temps en temps. » Mon opinion se trouve ainsi confirmée par Tobservation, et il est bien établi maintenant que V accès et la progression des globules rouges ne dépendent pas uniquement de la grandeur des vaisseaux.
Si nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur la circulation générale, nous trouvons un liquide rouge contenant les matériaux bruts de tous les tissus; ce liquide, avec tous les éléments qui le composent, est destiné principalement aux deux ordres de muscles, dont toutes les parties constituantes sont pénétrées par des vaisseaux rouges et donnent naissance à des vaisseaux de retour également rouges. En réalité, le sang roui;e forme pour ainsi dire une circulation séparée qui n'intéresse |K)int les tissus blancs : à ceux-ci, des capillaires remplis d'un sérum incolore; aux lissns colorés, des capillaires remplis de sang rouge. I^orsque les petites artères atteignent les parties qui n'ont pas besoin d'éléments rouges, il s'en détache de petits vaisseaux qui ne cx)nliennent que A\x sang blanc, mêlé à une proportion très faible ou même nulle de globules colorés; en même temps, les branches plus considérables qui charrient le sang rouge vont s'aboucher avec les veines correspondantes (1).
Je ne partage point l'opinion généralement admise sur la rapidité deî In circulation du sang. On a calculé que chaque contraction du ventri-
(l) C'est li, il faut l'avouer, une pure jjypolhùse. Les parties blanches, pour parler le langage de l'auteur, sont nourries au moyen du plasma du san;^, par imbibition, et non point par des vaisseaux particuliers, détachés du système artériel. Si les sucs destinés à la nutrition des tissus blancs parcourent une voie déterminée et constante, cette voie ne peut leur être olTcrtc que par les espaces inlercellulaircs : « Ces anasto-