‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 111 sur 123 · ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

ÉPILEPSIE

mémoire un appel pressant, il se rappelait parfaitement toutes les circonstances qui avaient précédé et suivi la perte de connaissance. Immédiatement avant l'attaiyie, le malade perd le fil de ses idées; il marmotte quelques mots inintelligibles, et il éprouve un sentiment de suffocation ; parfois il potisse un cri ; quelques accès sont précédés d'une éjaculation involontaire.

Jusqu'alors cet homme n'avait suivi aucun traitement; lors de sa dernière attaque, on lui avait fait une saignée du bras de douze à seize onces. Au commencement de février 18^/i, il avait consullé un médecin qui lui avait ordonné des pilules de gomme-gulte et de calomel, dix grains (Op',60) d'asa foetida par jour, et des douches en pluie; il lui avait, en outre, conseillé de prenrln; do temps en temps une médecine noire et d'éviter touîe fatigue inlelleclnelle. d* traitement avait eu pour cfTet de régulariser les fonctions inleslinalcs, de calmer un peu l'irritabilité nerveuse; mais, quoicpi'il eût été continué jusqu'au mois de juin, les phénomènes principaux n'avaient point été modifiés. A ee momentlà, les accès étaient moins violents, mais ils devinrent plus IVé(pients ; le malade se mit alors à voyn^ujr pour essayer ce <]ue produiraient le changement d'air et la distraction. Il s'en trouva fort bien, car les paroxysmes s'éloignèrent notablement.

A la fin (le juillet de la méfne année, il se trouvait à Londres. On lui conseilla de se faire mettre des ventouses à la nucpje s'il ressentait fpielque pesanteur de tête; il se soumit (jiiatre fois à cette opéiatiun : on lui tirait, à chnque fois, de six à huit onces de sang. On lui jivait également recommandé de prendre, deux fois par jour, quatre onces d'infusion de quas^ia amara, (1<; maintenir la réL;ularité de-> fonctions intestinales au moyen de pilules dont il avait us<'; précédemment, de faire le plus d'exercice possil)le, d'avoir un régime exclusivement compose de ])ain et de viand<;, et de ne boire à son diner (jue deux verres de vin, ou la moitié d'un }>etit verre (reau-d(^-vir avec de l'eau. Il observa religieusement ce trailemcMit jusqu'au mois de sejitendjre : les organes digestifs et le système nerveux avaient l'fpi i- de la force ; l'intervalle des accès était beau(^oup plu-, lonn (pj'au|Kuavanl.

Mais pendant le mois de septend)re, cet homme eut un accès di^s plus violents, ('/est alors ({u'on lui prescrivit des pilules de sulfate de zinc et d'extrait de gentiane, en lui conseill;nil d'élever les doses autant (|u'il le pouirait ; on lui ordonna en même lenq>^ de prendie ;isse/. d'exercice pour maigrir un peu, et d'allern<':", au bout d'un certain temps, le s(d de zinc avec le sulfate de quinine, aux mêmes doses. Le

malade prit d'abord 9 grains (0<^,5^) de sulfalc de zinc par jour en trois fois, puis il monta graduellement juqu*à 30 (1*%80) ; au bout de douze semaines, il abandonna le zinc, pour prendre le sulfata de quinine. 11 alterna ainsi jusqu'au mois de mars'18/i5; mais le sel de zinc était, en dérinitive, son remède principal^ parce qu*il en continuait plus longtemps l'usage.

Ce traitement eut pour effet de prolonger Tintcrmission jusqu'au milieu de novembre ; à ce moment, il y eut un léger accès. Les mouvements convulsifs de la main et du bras, qui jusqu'ici ne s'étaient montrés que pendant tes paroxysmes, survinrent alors dans leur intervalle, mais sans aucune régularité : tantôt on en observait deux ou trois dans la môme journée, tantôt ils manquaient pendant plusieurs jours ; néanmoins ils devinrent si violents que la volonté n'avait plus aucune prise sur eux, et que 1q malade était obligé de s'accroclier à tous les objets qui Tenvironnaient ; ces convulsions étaient précédées d'une espèce de secousse ,très pénible qui se faisait sentir au même instant dans tout le corps. Les choses allèrent ainsi jusqu'au mois de juillet de 18^5 ; à partir de ce moment, ces accès convulsifs sont devenus moins violents, ils se sont éloignés, mais aujourd'hui encore ils reparaissent de temps en temps. Je dois ajouter que, depuis la seconde ou la troisième attaque de la maladie, cet homme est sujet h des moments d'oubli qui durent une minute environ ; cet accident est, du reste, très irrégulier : à certaines époques, il a lieu deux et môme trois fois par jour ; puis deux ou trois jours s'écoulent sans qu'on observe rien de semblable. Cet état d'absence disparaît sans laisser de traces.

Depuis ratta(|uc du mois de novembre 1866, le malade a eu un intervalle de calme plus long que tous ceux qui l'avaient, précédé ; après avoir continue, pendant six mois, son traitement avec le zinc et le sulfate de quinine, il en fut fatigué et le laissa là. Cette médication n'avait pas eu seulement pour effet d'éloigner les accès, elle en avait aussi diminué la violence. Quelque temps avant d'y renoncer, notre homme avait ressenti un goût métallique qui indiquait évidemment la saturation de Téconomie. Depuis cette époque jusqu'au 27 janvier 186G (date du dernier accès), les paroxysmes, variables en intensité, sont revenus à des intervalles irréguliers de trois, cinq, huity et même douze et quinze semaines.

L'indication des attaques qu'a éprouvées ce malade pendant un espace de trois années vous permettra d'apprécier l'intluence du sulfate de zinc sur la prolongation des intermissions : — 1863 : 26 septembre,

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25 novembre, 18 décembre. — iSkk : du 5 février au 3 septembre, cinq accès ; on commence le traitement par le zinc. — Depuis cette époque jusqu*au mois de février 18^6, c'est-à-dire pendant une période de dii-huit mois, neuf accès ou un tous les deux mois; il y en avait auparavant un par mois.

Dans un autre cas, pour lequel le docteur Taylor ^de Bailieborough) avait bien voulu me demander mon avis. J'ai administré le sulfate de zinc à doses beaucoup plus élevées, mais je n'en ai obtenu aucun avantage. Si je vous signale ce fait, c'est uniquement pour vous montrer quelle quantité de ce médicament peut être toléœe sans inconvénient. En réponse à sa demande, j'avais conseillé au docteur Taylor, le 5 août 18^5, de faire suivre à sa jeune malade le traitement suivant : Donner pendant trois jours un grain (0s%06) de sulfate de zinc quatre fois par jour; augmenter tous les trois jours chaque dose d'un grain, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à 8 grains (0«',68) quatre fois par jour. C'est ce qui eut lieu au bout d'un mois. « Pendant ce mois (c'est M. Taylor (|ui parle) la malade avait eu (luatre accès. A celte époque, elle se plaignit de souffrir de l'estomac, immédiatement après avoir pris son médicament ; on retrancha pendant un ou deux jours une des quatre doses quotidiennes, et le traitement put être continué. Du 8 septembre au 22 octobre cette jeune femme prit quelquefois jusqu'à ûO grains (2^',/i()) de sulfate de zinc par jour; elle eut pendant cette période onze accès d'une violence plus qu'ordinaire. J'avais précédemment écrit au docteur Graves, et, d'après son conseil, j'avais continué le sel de zinc à la môme dose ; mais le 23 novembre, je recevais de lui une lettre dans laquelle il me déclarait qu'il croyait dangereux d'insister plus longtemps sur l'usage de ce médicament; il me conseillait d'en diminuer la quantité de deux grains tous les jours pendant une quinzaine, et do mettre alors la malade à l'usage de la valériane, du camphre, de l'esprit d'ammoniaque aromatique (1), pour combattre l'affaiblissement extrême de sa constitution. »

(1) Esprit d'ammoniaque aromatique.

If Hydrochlorate d'ammoniaque 5 onces -^ KiO granuiios,

Carbonate d'ammoniaque 8 onces = 250

Cannelle en poudre ) -^^ ^ «

^ J aa 2 gros = 8

Girofle en poudre )

Écorce de citron A onces = 128

Esprit rectifié ) —ai >inor»

' [ aa 4 pmles = 1920

Eau )

69& GLlfilQUE MÉDICALE.

II faut, en effet, que je vous en prévienne : on a accusé les préparations de zinc d'amener, au bout d'un certain temps, un marasme général ; vous devez donc prendre soin de n'en pas prolonger outre mesure l'administration. Chez la malade dont je viens de vous entretenir, ces funestes effets commençaient à se faire sentir ; aussi ai-je fait suspendre graduellement l'emploi du sel.

Avant de terminer, je veux vous communiquer un autre cas d'épiiepsie dont l'histoire a été tracée par le malade lui-même : c'est un homme d'un immense talent et un parfait observateur. C'est un exemple d'épil(^psie causée par une altération des os du cràile, mais les accès n'ont apparu (lue plusieurs années après l'accident.

Voici les renseignements que m'envoya le malade lorsqu'il demanda mon avis : « Il y a vingl-cinq ans environ, j'étais avec mon domestique dans mon cabriolet, ]ors([ue tout à coup je perdis l'usage de la parole ; pendant quelques instants j'eus conscience de cet accident, et je lui fis signe de me ramener chez moi; puis je perdis connaissance, et je restai dans cet' état, à ce qu'on m'a dit, pendant vingt ou trente minutes. A dater de ce moment, j'ai éprouvé plusieurs attaques du même geine. J'avais auparavant souffert de maux de tête très violents, et l'iniprcssion de la lumière m'était très pénible ; sur ces entrefaites j'étais venu à Dublin, et pendant (juinze jours ou trois semaines j'avais consulté les médecins les plus distingués, sans obtenir aucune amélioration dans mon état. Un jour je me rendais à une consultation que j'avais dcînandce, lors(|uejô m'aperçus qu'il m'était survenu une tumeur douloureuse au sommet de la tèle ; jo me rappelai alors, et je le (lis aux médecins, cpje trois ou quatre ans auparavant, mon cheval, lancé à fond de train, était tombé tout d'un coup, qu'il s'était blessé à la tète et non ])as aux genoux, que inim chapeau avait été emporté, qu'en me relevant je m'étais senti étourdi, mais que je m'étais remis presque aussitôt. Après avoir examiné la tumeur, les médecins l'ouvrirent avec un caustique, ri (jiielques jours après, des fragments oiseux furent éliniinés. Avant mon voyage à Dublin, on m'avait mis un séton à la iin(|ue, mais je n'en avais éprouvé aucun soulagemenL Telle parnît être l'origine de ma maladie.

» Depuis cette épo(jue, ces accès, caractérisés par la perte de la parole ( t ])ar l'insensiliililé, sont revenus à des intervalles très irréguliers : il nj'est arrivé d'en ètn; cjuitte pendant des années; une ou deux fois seulement, Tintervalhî n'a été que de trois ou quatre mois; et alors l'accès a été pour ainsi dire incomplet. Je sentais mon esprit s'égarer;

il m'était impossible, malgré tous mes efforts, de parler oih d'écrire, mais je ne perdais pas connaissance. Dans tous les cas, dès éructations gazeuses amenaient la fin de l'attaque. Je ne serais vraiment pas éloigné de croire qu'une dyspepsie, ou une disposition goutteuse avec flatulence, est la cause déterminante de ces accidents. Je suis sujet à des douleurs d'estomac : j'éprouve alors un sentiment de distension très pénible, et à chaque mouvement des muscles du ventre, j'entends le bruit occasionné par le déplacement des gaz dans la région ombilicale. Lorsque je suis ainsi incommodé, je me trouve bien de mâcher un morceau de gingembre que j'avale ensuite ; les gaz sont aussitôt expulsés. Puis ces phénomènes disparaissent pour quelque temps, lorsque j'ai une attaque de goutte dans les pieds, ce qui m'arrive à peu près tous les douze ou quinze mois. Les bains et les pédiluves chauds me donnent des faiblesses, de l'insonniie et un petit mouvement rie lièvre; mon appétit est excellent. Je fais des marches de quatre ou cinq milles sans être fatigué; presque toujours je fais une promenade d'un mille avant déjeuner. J*ai parfois de la constipation ; mon sommeil est troublé par des songes, et je me réveille souvent en sursaut; en un mot, je suis sujet au cauchemar; ei chaque fois je souffre de l'estomac jusqu'à ce que j'aie rendu des gaz

» La dernière fois que j'ai eu une attaque avec perte de connaissance, j'étais couché, et si j'avais été seul, je n'aurais pas eu conscience de sa durée. Le lendemain, je vis que j'avais une contusion à l'œil et une Hjeui trissure à la cuisse, près de la haoche ; on ma dit qu'au commencement de l'accès, j'avais poussé un cii. Cela se passait le 28 ou le 29 janvier; depuis plusieurs jours les fonctions intestinales étaient irrégulières, je souffrais dans le bas-ventre, et j'étais incommodé par des gaz J'ai été plus mal encore pendant les jours qui ont suivi cet accès ; j'ai une petite morsure sur un des bords de la langue, et je sens des crampes et de la roideur dans la cuisse. La plaie qui a donné issue aux fragments osseux du crâne est maintenue ouverte conmie un cautère, au moyen d'une fève; de temps en temps elle devient douloureuse et elle s'enflamme, ce qui augmente peut-être les accidents gastriques; mais le nitrate d'argent (ait disparaître rapidement ces symptômes inllammatoircï). Jusqu'au moment où j'ai été ])ris de douleur de tète, je me trouvais très bien dus bains de nier et de l'exercice de la natation ; mais aujourd'hui, l'application de Teau froide m'est très pénible, saut sur la tête : tous les matins, avant de panser ma plaie, je fais des lotions froides sur ma tète et sur mon cou. »

Nous avons actuellement dans notre salle de femmes une ma atteinte de paralysie agitante. Elle mérite de fixer quelcfues inst notre attention (1). C'est une jè'une femme dé vingt«cinq ans envi: nommée Ellen Davis. Son habitus extérieur est des plus remarquai et comme elle présente un état morbide assez rare, je pense qu*aij de vous ne négligera cette occasion de Tétudier par lui-même. D'à ce que nous raconte cette femme, c'est une émotion morale soud et violente qui a été la cause déterminante de sa maladie. Coi beaucoup d'individus appartenant aux classes inférieuresde la soc celte pauvre fille a une foi profonde dans l'existence des revena elle croit à toutes les fables de ce genre, et cette superstition a été l gine de son mal. Malheureusement pour elle, elle était logée dam lieu bien fait pour entretenir une telle disposition d'esprit : sa ma occupait le bord d'une route sise entre deux cimetières ; un tel em cernent était assurément bien favorable à Vapparition des spectres les voisins ne se faisaient pas faute d'affirmer qu'ils avaient vu à sieurs reprises des figures de l'autre monde.

Quelques personnes de la connaissance d'Ellen, bien informées^ crédulité superstitieuse, résolurent un jour de s'amuser à sesdép et imaginèrent dans ce but une plaisanterie des plus cruelles. afi*ubla d'un linceul une baratte à beurre^ qui offrit dès lors une a grande ressemblance avec un corps sans tête dans son drap mortua le tout fut suspendu au moyen d'une corde entre deux arbres, pauvre fille qui était alors en train de se coucher, fut soudainen terrifiée par cette apparition qu'elle prit pour un spectre glissant r dément dans les airs; sur-le-champ elle tomba dans un état d'im sibilité absolue. Cette frayeur détermina chez elle des troubles nen vraiment extraordinaires; elle devint sujette à des vertiges, elle p^ l'usage de ses membres d'un côté, et elle a dû rester au lit pem trois mois.

Du reste, messieurs, cette histoire présente plus d'une diffici Dans les affections chroniques et lorsqu'il s'agit de malades d basse classe, on ne peut guère espérer un récit fidèle et circonsta des antécédents. Ce qui est certain, c'est qu'Ellen a eu une hémi gie; mais celte hémiplégie est-elle oui ou non le résultat de sa p(

(1) Ce fragment sur la paralysie agitante est tiré de la première édition (1843 leçons de Graves. Je ne sais pourquoi l'auteur ne Ta pas fait réimprimer dans 1 conde édition de son ouvrage ; pour moi j*ai cru devoir le rétablir ici dans son inté{

(Note du Ta AD.)

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