‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 116 sur 123 · AFFECTIONS NÉVRALGIQUES OU LARYNX · texte numérisé non relu

AFFECTIONS NÉVRALGIQUES OU LARYNX

déviation des traits de la face et les symptômes paralytiques ordinaires. Deux mois après, ce gentleman mourait d'apoplexie.

Dans un grand nombre de cas de paralysie, les malades perdent la faculté d'émettre des sons, quoiqu'ils aient conservé tous les mouvements de la langue; ils peuvent la raccourcir, l'allonger, l'élevef, l'abaisser, la porter d'un côté à l'autre aussi facilement que dans l'état de santé, et cependant la voix est profondément altérée, parfois même elle est éteinte. Il est probable que c'est alors la glotte qui est compromise; c'est elle en effet qui produit le son, tandis que la langue et les lèvres le divisent et l'articulent. Ce mécanisme est incontestable lorsqu'on a observé les efforts saccadés et convuisifs que font les individus paralysés lorsqu'ils parlent ; en fait, ils sont tous bègues.

Un jeune homme, d'une constitution délicate, qui a aujourd'hui seize ans, avait eu une bonne santé jusqu'à l'âge de six ans; à cette époque, il se mit un soir au lit, sans avoir éprouvé aucun symptôme particulier, et lorsqu'il se leva le lendemain, il avait perdu la parole, il ne pouvait articuler un seul mot. La fjimille alarmée envova immédiatement chercher un médecin : l'enfant prit uu purgatif; on lui prescrivit un gargarisme stimulant, et au bout de quelques jours, il avait recouvré la parole sans avoir présenté le moindre signe d'inflammation laryngée ou d'affection cérébrale; mais ce garçon qui, auparavant, parlait distinctement et avec facilité, était resté bègue à la suite de cet accident.

Rebelle à tout traitement, ce bégayement persista pendant dix années ; il était si prononcé, le malade en était tellement ennuyé, qu'il frappait du pied avec colère toutes les fois qu'il ne pouvait dire ce qu'il désirait. Au mois de mai dernier, ce jeune homme a été pris d'une laryngite chronique de nature scrofuleuse, qui est évidemment l'avant-coureur de la phtliisie, car le docteur Stokes et moi avons constaté la présence de dépôts tuberculeux dans les poumons. Mais voici le fait sur lequel je désire appeler votre attention : l'inflamm^ition du larynx a modifii'î le timbre de la voix, qui est devenue rauque, mais lebf'gayeineiit a disparu.

Vous savez, messieurs, qu'on explique cette infir.mité par le spasme des muscles qui sont ( liargés de diriger la colonne d'air à travers l'ouverture T'troite de la glotte. Dans certaines circonstances, ces organes musculaires si délicats sont pris de convulsions spasmodiques, les

cordes vocales np sont plus exactement tendues ni relAchéeSt et la voix est émise par jets saccadés, à cause de l'occlusion fréquente et «inomale de la glotte.

Chez le jeune homme dont je vous ai rapporté rhistoire, U muqueuse qui couvre ces petits muscles a été enflammée,. et Ton coqçoit sans peine que l'épaississement de cette membrane, ou la modification de sa vitalité ait pu changer l'état de Torgane, et rendre désormais impossibles ces contractions rapides qui produisent le bégayement, en fermant la glotte au moment môme où elle devrait être ouverte. Cette observation n'en est pas moins tort curieuse, et je ne crois pas qu'on en ait rapporté une semblable. Tout ce qui tend à guérir le bégayement, la guérison fût-elle accidentelle et indépendante de la thérapeutique et de riiabileté du médecin, mérite d'être signalé, parce qu'il peut en résulter quelques éclaircissements sur la nature de cette affection. C'est à ce point de vue que j'attache une grande importance au fait précédent.

H faut que je vous signale, à propos du bégayement, un fait vraiment curieux qui, je crois, n'a pas encore été noté; c'est la rareté de cette aifection chez les femmes. Je connais unç famille dans laquelle cette iiilirinité frappe tous les enfants mâles depuis trois générations, mais les filles n'en ont jamais été atteintes.

J'ai découvert tout récemment une méthode de traitement qui permet au bègue, môme dans les cas anciens, déparier avec une facilité suffisante. Cette méthode consiste tout simplement à détourner l'attention du malade de façon qu'il ne stiit plus préoccupé de son intirmité. Par exenj[)le, je lui fais tenir un morceau de bois dans la main droite, et je lui prescris d'(în frapper l'indicateur gauche avec une mesure rcguliè/e, à clia(|ue fois (|u'il prononce un mot; il est obligé de concentrer ses regards et son attention sur ses mains, afin que chaque coup coïncide exactement avec l'^Mnissioii dus sous. J'ai déjà eu recours plusieurs fois à ce procédé avec un succès complet, et le docteur Néliij;an m'a aflirnié que, depuis que je le lui ai communiqué, il a eu de nombreuses occasions d'en constater l'efticacité. Le plus souvent, cette méthode ne produit qu'une amélioration temporaire, mais cela tient à ce qu'on ne s'y conforme pas strictement ; je suis convaincu que si on rapplicjuait avec persévérance chez les jeunes gens qui bégayent, si on la leur faisait observer lorsqu il> lisent et lorsqu'ils parlent, on les débarrasserait définitivement de celle triste infirmité. Les heureux

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