‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 13 sur 123 · CIRCULATION DU SANG · texte numérisé non relu

CIRCULATION DU SANG

cule gauche chasse du cœur 2 à 4 onces de sang; si donc nous admettons que la quantité totale est de 20 à 30 livres, nous serons amenés à conclure que toute la masse du sang doit passer à travers le cœur dans un très court espace de temps. Ce n'est là pourtant qu*un côté de la question. 11 est vrai qu'il existe un courant central de sang rouge qui circule rapidement et parcourt sa route en un temps très court, mais une bonne portion des liquides du corps circule très lentement à travers les tissus, et se trouve retenue dans le système capillaire pendant une période assez longue, avant de rentrer dans la circulation générale. Si vous comparez, sous le rapport de la circulation, les différentes espèces ani< maies, vous trouverez qu'elles diffèrent notablement, soit par la composition du sang, soit par la vitesse de son mouvement II est en effet des animaux qui n'ont que du sang blanc et des vaisseaux capillaires, sans artères ni veines distinctes; il en est d'autres qui ont des vaisseaux semblables aux artères et aux veines, mais ils n'ont aucun organe qui tienne lieu du cœur. Il est enfui une classe plus parfaite qui, avec des vaisseaux de deux ordres parfaitement distincts, possède un cœur également indépendant. Eh bien ! la circulation est beaucoup plus lente, beaucoup plus languissante dans la classe inférieure, que dans les deux autres. D*après cela, le sang ne doit pas se mouvoir aussi rapidement dans les tissus d'une organisation inférieure (comme les os, les éléments celluleux et les membranes fibreuses) que dans les parties rouges du corps. 11 n'est donc pas déraisonnable de supposer que les lois qui président à la nutrition des os, des aponévroses, des muscles, des nerfs sont différentes pour chacun de ces organes. Ces vues ne sont pas sans importance pour la question de l'inflammation, car elles rendent compte de la lenteur de ses progrès dans certains tissus.

Vous avez sans doute remarqué que durant tout le cours de cette discussion, j'ai rejeté l'idée qui attribue à la visatergo la propulsion du sang à travers les vaisseaux. Si cette idée était juste, le courant, tout en diminuant de rapidité à mesure qu'il s'éloigne du cœur, devrait être le même partout dans les vaisseaux de même calibre. Mais, selon moi, la rapidité de ce courant est susceptible d'un grand nombre de variations qui ne dépendent point exclusivement de la vis a tergo, de

moses, ces unions d'éléments les uns avec los autres, forment un système de conduits, de canaux, qu'il faut placer à côté des vaisseaux sanguins et Iympliati(iues.... Peut-être ces conduits sont-ils destinés à renaplacer ce que les anciens nommaient t'asa serosa, qui, comme on le sait, n'existent pas. » (Virchow, Pathologie cellulaire^ trad. de Picard. Paris, 1861.) (Note du Trad.)

7& (XINIQUE MÉDICALE.

la distance du cœur ou de la grandeur des vaisseaux (1)^ aiait qui proviennent bien plutôt de l'énergie vitale des vaisseaux eax^méaiet. Écoutez ce que dit Mûller à ce sujet : « La description qu'a donnée Wederoeyer du cours du sang dans les réseaux capillaires concorda parfaitement avec ce que j'ai observé moi-môme. Quelquetbis, dit*il, les globules rouges passent rapidement d'un courant dans un autre, comme s'ils étaient soumis à quelque attraction. Dans d'autres cas, le courant auquel ils viennent se joindre est fort rapide, et pourtant iU éprouvent une espèce d'arrêt dans un courant collatéral, comme $*iU n'avaient que de temps à autre la faculté d'entrer dans le vaisseau jcirtit* cipal. Parfois même un globule, chassé du courant le plus rapide, passe dans un plus faible, d'où il est bienlôt repoussé de nouveau. J*ai remarqué aussi que la branche nnastomotique qui réunit deux courants, reçoit le sang tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, et que toutes ces modifications reconnaissent pour causes les variations de pression, de position et les mouvements de l'animal. »

Telle est la doctrine de Mûller sur la circulation capillaire; elle est bien propre à me confirmer dans cette idée, que dans les capillaires une grande partie du sang (ce mot étant pris ici dans son sens le plus étendu, celui de liquide nutritif) se trouve dans un état de stagnation relative. Mais j*avoue que je suis tombé dans un profond élonnement en voyant le physiologiste allemand avancer (|ue v toutes ces variations, de môme que celles des cours d'eau qui arrosent un champ, sont le résultat de causes purement mécaniques ».

Après ces observations préliminaires, nous sommes à même de nous occuper des forces qui tiennent sous leur dépendance la circulation du sang. Beaucoup d'auteurs, et Millier avec eux, ont prétendu que la progression de ce liquide dans les capillaires ne reconnaît d'autre cause que l'action du cœur. Cependant ces vaisseaux ne sont (|ue des tubes membraneux, et leurs parois doivent posséder nii assez grand pouvoir d'endosmose et d'exosmose; ce qui a du reste été démontré par le docteur Rogers dans V American Jounml of médical science. Ce pouvoir doit exercer unegrande infiuence sur le mouvementdu sang, puisqu'il produit un échange réciproque de matériaux, soit entre les vaisseaux (pii sont en contact, soit entre eux et le parenchyme environnant. De plus, Draper

(1) La rapidité du courant sanguin diminue à mesure qu'il s'éloigne du cœur, et cela en vertu de deux causes toutes physiques, l'augmenlalion du frottement et l'accroissement en capacité de r:irbre vasculaire. (L'Auteur.)

CIRCULâTlOvN DU SANG. 7S

a prouvé {eodem toco) que le simple contact avec la surface interne des petits vaisseaux esoite un mouvement dans le liquide contenu, lorscjua ce liquide possède certaines propriétés physii|ties particulières.

Voilà donc deux sources de mouvement, complètement indépen-* dantes de Faction du cœur, et qui doivent néanmoins exercer une grande influence sur la circulation capillaire ; mais ce n*es( pas tout, car il exista dans les petits vaisseaux qui sont en rapport avec les capil* laires, c'est-è-dire dans les petites artères et dans les petites veines, une sensibilité mtale (\\A leur permet de modifier brusquement ou graduellement leur calibre, et par conséquent d'augmenter ou de diminuer la quantité de sang dans chaque organe et dans chaque tissu (1).

Des Faits en grand nombre peuvent être invoqués en preuve de cette assertion. Lorsqu'une tumeur graisseuse ou charnue se développe sur quelque point du corps, de nouveaux vaisseaux sont créés, et il n'y a pas de raison pour en attribuer la formation à quelque force dilata* trice, comme la vis a tergo Mais c'est le développement du système vasculaire chez le fœtus qui nous apporte la démonstration la plus péremptoire. Ici les parties les plus petites et les plus ténues sont for* mées les premières; la genèse commence par les capillaires, s'étend de là aux artérioles et aux veinules, puis aux gros troncs, jusqu'à ce qu'enfin l'œuvre soit complétée par la création du cœur, qui, simple d'abord, ne tarde pas à présenter une disposition très complexe.

Dans son ouvra^^e publié à KOnigsberg, en 1837 (2), de Baër a exposé d'une façon très remarquable le mode de développement du système vasculaire chez le fœtus. Pour lui, la formation du sang précède incontestablement celle des vaisseaux (part. II, p. 126). Ce liquide se forme sur place, puis il est mis en mouvement par quelque influence inconnue qui le pousse dans une direction déterminée, jusqu'au point central de formation ; autour de ce point se développe un canal tubulaire qui.

(1) On est frappé d'étonnement en voyant de combien Graves avait devancé son époque 8ur cette question de rinnammation. Il localise dans les petites artères et dans les petites veines les phénomènes principaux dû-processus inflammatoire ; il accorde à ces vaisseaux une sensibilité vitale qui leur permet de modifler leur calibre sous rinfluence des impressions anormales. Guidé par une induction rigoureuse, basée sur l'observation attentive des faits, il s'élève à la connaissance des lois générales qui président à leur évolution, et proclame, plusieurs années avant la découverte des nerfs vaso-moteurs, l'indépendance et l'activité propre des petits vaisseaux.

(Note du Trad.)

(2) De Baër, Vêler Enlwicklung Geschichte der Thicrc

profondément modifié, deviendra le cœur. En réalité, le$ premiers mouvements du sang sont indépendants du cœur, et conséquemmeni te$ jtremiers vaisseaux formés sont les veines; ce fait sufîSt à lui seul pour détruire l'hypothèse qui place exclusivement dans les ventricules cardiaques la puissance excitatrice du mouvement circulatoire, Que se passe-t-il pour les fausses membranes dans l'inflammation de la plèvre? Exactement ce qui a lieu pour le développement du fœtus. Il se fait un vaste épanchement de lymphe qui n'a d'abord aucun rapport vascu* laire avec les parois de la poitrine ; après quelque temps cependant, la lymphe épanchée s'organise, et des vaisseaux commencent à se former dans son épaisseur; ils s'allongent graduellement, et rejoignent bientôt les vaisseaux normaux des tissus avec lesquels l'épanchement est en rapport. Cette création de vaisseaux nouveaux ne saurait faire l'objet d'un doute; je l'ai souvent constatée avec admiration, et elle est également signalée par Andral. Lorsqu'un épanchement plastique, versé dans la cavité pleurale, commence à s'organiser et ù devenir vasculaire, un grand nombre de points rouges apparaissent dans la masse: ils sont en rapport avec de très petites lignes dont la disposition rappelle celle des vaisseaux. Ainsi donc, dans cette lymphe, comme chez le fœtus à la périoile initiale de son développement, du sang rouge est formé de toutes pièces, des vaisseaux nouveaux sont créés, un courant sanguin est établi (1).

Ces faits, je le répète, apportent un appui direct à la doctrine que je défends, car ils prouvent que, grâce à ses propriétés vitales, la matière vivante peut former des vaisseaux et en augmenter rapidement le volume, lorsqu'une fois ils sont formés. Si nous voulons nous rendre compte de l'agrandissement subit des vaisseaux dans une partie enflammée, c'est à ces considérations qu'il nous faut recourir, au lieu d'invoquer uniquement la visa tergo accrue et aidée de l'obstruction.

(I) U n*est point prouvé que du sang se forme de toutes pièces dans les fausses membranes ou dans les tissus nouveaux. Cette opinion, qui avait été admise pendant quelque temps sans démonstration sudlsantc, n'a pu tenir devant une élude plus attentive des faits; et quoique Luschka {CavernOse Blulgeschwulsl der Gehirns, in Virchow's Archiv^ VI, 1854) l'ait défendue de nouveau pour certains cas particuliers, elle est aujourd'hui complètement abandonnée. 11 est vrai que Hokistanky {Letirbuch der pathologisehen Anatomie, Wien, 1855, I, p. I9G) a constaté la présence de corpuscules sanguins, jouant le rôle d'éléments générateurs, dans des cellules et dans des kystes de formation nouvelle qui appartenaient à un enchondromo lesticulaire ; il est encore vrai que Virchow {Dessen ArchiVy IV, 1852) a rencontré dans une cellule à noyau vésiculeux des globules sanguins, dont les uns étaient renfermés dans la cellule.

SYSTÈME VASGULAIRE. 77

ToQle la théorie de Marshall-Hull repose sur ces deux influences. Moi, je prétends, au contraire, que des vaisseaux peuvent se former, se multiplier et s*agrandir indépendamment de ces causes mécaniques, et par le fait seul de la perturbation vitale, survenue dans les parties qui sont le ûége de la détermination morbide. Fermettez^moi de vous rappeler ce qui se passe dans l'utérus. A l'état de vacuité, c'est un organe peu développé, pourvu de vaisseaux et de nerfs si petits qu'ils peuvent à peine être décrits avec précision. Mais qu*arrive-t-il après la conception? L'or-* gane est chargé de fonctions nouvelles et importantes : son volume et son énergie vitale s'accroissent aussitôt; ses artères et ses veines augmentent en longueur et en capacité, ses parois s'épaississent, ses nerfs eux-mêmes ft'hypertrophient. Nous dira-t-on encore que cet accroissement des vaisseaux dépend d'une obstruction 7 Mais où est-elle? Quelle preuve avons-nous du surcroit d'action de la vis a tergof Et en tout cas, laquelle de ces deux influences pourrait nous rendre compte de l'augmentation de volume des nerfs? Tiedemann a mis hors de doute l'hypertrophie du tissu nerveux dans l'utérus gravide; il a montré que de petits filets, à peine visibles en temps ordinaire, même avec le secours du microscope, s'étalent alors en rubans facilement appréciables à l'œil nu. 11 en va de même pour les artères et les veines; elles étaient à peine perceptibles , elles ofl'rent maintenant l'aspect de vaisseaux larges et tortueux, qui charrient une abondante quantité de sang, et accomplissent leurs fonctions avec une activité extraordinaire. Je ne prétends point vous donner l'explication de ces faits ; je veux simplement, en les exposant devant vous, vous montrer l'analogie qui existe entre le développement du tissu vasculaireet celui du tissu nerveux.

[.es nerfs, comme les vaisseaux, peuvent augmenter de volume;

tandis que les aulrex occupaient le noyau ; mais de là à la formation libre du sang il y a loin, et en fait, l'enveloppement de ces corpuscules sanguins nouveaux par une membrane de vaisseau reste excessivement problématiiiue. Quant au développement des vaisseaux nouveaux, il se fait par deux processus distincts : lanlùt c'est tout simplement un prolongement des vaisseaux anci»'ns, ainsi que J. Meyer l'a constaté par l'obsenralion directe sur les animaux [Ueber dte Xeiibildung von Bltttgâfassen in plastischen Exsudaten serOser Membranen und in Ilautwunden, in Annalen der lierl. Charl. IV, 1853); tantôt les vaisseaux nouveaux résultent de la fusion de cellules cubiques ou polygonales, dont les parois contigurs et le contenu sont résorbés, tandis que le noyau reste appliqué sur la membrane de cellule, métamorphosée ainsi en membrane de capillaire.

Compares: Schwann, Mikroskopische Untersuchungen, etc. Berlin, 1838. — Rokitansky, loc. cil. (Note du Trad.)

78 rXIMQUE MÉDICALE.

ce phénomèiie est dans les deux cas sous la dépendance de la même cause inconnue. Chez le fœtus, les nerfs sejforroent comme les vaisseaux, et se développent également de la circonférence au centre. Bien plus, je suis persuadé que, si nous avions pour l'étude des nerfs des procédés d'investigation aussi parfaits que ceuxdont noua disposons pour les vaisseaux, nous verrions bien souvent, dans les parties enflammées, le tissu nerveux augmenter de volume au môme degré que le tissu vasculaire, et avec la même rapidité.

Je me suis eflTorcé, messieurs, de vous démontrer Tindépendance de la circulation capillaire; c'est une doctrine que j'enseigne depuis longtemps dans mes leçons, et que j*ai exposée en détail dans mon examen du livre de Joerg sur Vatélectasit des enfants nouveau -nés. Je suis heureux que le docteur Houston ait ultérieurement confirmé ces vues, dans les essais qu'il a publiés dans le dixième et le vingt-quatrième volume du Dublin Journal, Dans ces mémoires, dont je recommande la lecture attentive à chacun de vous, Houston rapporte l'histoire extraordinaire de deux jumeaux nés d'une jeune femme en parfaite santé, entre le septième et le huitième mois de la gestation. L'un de ces enfants avait tous les caractères extérieurs d'une bonne conlorrnîUion et d'un parfait développement; l'autre, qui a motivé la communication de l'auteur, était un peu niohïs gros : c'était un monstre du sexe léminin. Tous deux vivaient au moment de la naissance, mais ils moururent immédiatement après. 11 y avait pour chaque fœtus des membranes et un cordon distincts. Le monstre n'avait ni cerveau, ni cœur, ni poumons, ni foie; les reins, d'un voUnue énorme, remplissaient presque tout labdomen, et atteij^naient le sommet de la cavité formée par les côtes. La veine ombilicale, après avoir quitté le cordon, descendait entre les muscles abdominaux et le péritoine jusqu'au ligament de Poupart, et là elle se jetait dans la veine iliaque externe, dilatée en ce point. De cette dernière veine naissaient toutes celles du corps ; de gros troncs se rendaient au bassin, aux cuisses et aux reins; déplus petites branches gagnaient les espaces intercostaux, d'autres se distribuaient à la protubérance qui représentait la tête. Ces veines, dépourvues de valvules, aboutissaient à des capillaires. Ces derniers donnaient naissance à de très fines artérioles qui, se réunissant successivement, venaient constituer une sorte d'aorte au-devant de la coloime vertébrale. Celte aorte des-

CIBGULATION CANLLAIRE. 79

Tel est l6 fiûi très retnarquable dont Houston nous a donné la relation. Il en a ftit r(d>jet d'une discussion très approfondie dans les détails de laquelle le temps ne me permet pas d'entrer ; mais pour moi, il a proové jusqu'à Tévidence que dans ce cas la circulation se faisait unîqaenient par l'action vitale des capillaires et des autres vaisseaux, et qu'elle n'était aidée en rien, ni par le cœur de l'autre jumeau (comme l'avait supposé sir Astley Cooper), ni par le cœur de la mère.

Le docteur Jackson (de Boston) (1) a rapporté une autre observation de monstre sans cœur. Il s'agit également d'un jumeau dont la circulation était bien certainement indépendante du cœur de son irère.

J*aî déjà dit que la dilatation des artères et des veines dans les parties enflammées reconnaît une tout autre cause qu*une simple distension; loin d'admettre en effet qu'elle est passive, je la regarde comme essentiellement active. Quiconque a observé les temporales dans la phrénésie ou l'apoplexie, ne peut révoquer en doute cette dilatation active des grosses artères; quant aux veines, il snltit, pour démontrer qu'elles possèdent le même pouvoir, de plonger les mains ou les pieds dans un milieu chaud, humide ou sec, peu imporle. L'application d'un vésicatoire détermine une dilatation momentanée des veines cutanées, et les ulcères des jambes produisent des varices, lorsqu'ils sont étendus, et qu'ils persistent pendant un certain temps. Lorsqu'un grain de sable tombe dans l'œil, vous savez tous combien la rougeur est instantanée, combien sont nombreux les vaisseaux qui vous apparaissent gorgés de sang. Ces changements se produisent en quelques seconues, et il me parait difDci le d'en donner une explication satislaisante, si l'on n'accorde pas aux capillaires et aux petits vaisseaux une puissante faculté d'extension qui leur permet daugmenler ou de diminuer leur calibre, selon l'état de la circulation et les exigences de chaque cas particulier. Cette propriété n'est d'ailleurs contestée par per.^onncî pour les artères et les veines volumineuses; elle est bien prouvée par la contraction au moyen de laquelle les troncs artériels mainii*^nnent toujours au même degré leur tension propre, quelle que soit la quantité de sang qui ait été extraite du système vasculaire. Des propriétés identiques appartiennent aux grosses veines, et l'on n'est point fondé a les refuser aux petites artères qui possèdent une tunique élastique relativement plus épaisse. Les phénomènes vasculaires qui produisent la rougeur devraient avoir appris aux physiologistes avec quelle rapidité, a ver quelle soudaineté

(1) American Journal of médical science, lévrier ISIiS.

le sang peut affluer vers une partie et Tabaudonner bientôt après, et cela dans des circonstances où la vis a tergo n'agit pas plus sur un point déterminé du corps que sur tout autre. Est-il besoin de rappeler ici les observations microscopiques faites sur les capillaires des animaux récemment tués? Les phénomènes sont alors tellement évidents qu'ils mettent ces faits à l'abri de toute contestation. Lorsque Tenfant nouveau-né respire pour la première ibis, l'entrée de l'air dans les poumons imprime une nouvelle énergie à leurs capillaires, et le courant sanguin, abandonnant le canal artériel, se précipite dans les artères pulmonaires. Chez le fœtus de sept mois, lecaUbre du canal artériel est encore très considérable, et pourtant si, naissant avant terme, l'enfant respire à cette époque, le sang n'en prend pas moins son cours dans les artères du poumon.

Nous voyons par là que les artères peuvent s'accrotlre en dehors de toute influence de pression; car les artères et les veines pulmonaires se dilatent, bien longtemps avant qu'elles soient appelées à contenir une quantité de sang proportionnelle à leur diamètre. John Hunter a étudié la dilatation des artères dans les parties enflammées, et ses observations, celles de beaucoup d'autres auteurs, nous ont fait connaître raccroissement remarquable et périodique des vaisseaux destinés à assurer l'évolution des cornes du cerf. Invoquerons-nous encore ici la dilatation par l'obstruction ou par la vis a tergo? Cela est impossible, et nous devons chercher dans les vaisseaux eux-mêmes la solution de la question. Ici, comme dans le cas de l'utérus gravide, les vaisseaux sont doués de la propriété de croître et de se dilater, et cette propriété est complètement indépendante du système vasculaire général et de son organe central.

J'ai d'autant plus à cœur de vous convaincre, que beaucoup d'auteurs ont adopté, tout récemment encore, l'hypothèse de l'obstruction pour rendre compte des moditications locales de la circulation, dans l'état inflammatoire. Williams, par exemple, dans ses admirables leçons (1), s'exprime ainsi : « Dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons douter que le cours du sang à travers les vaisseaux enflammés ne soit, jusqu'à un certain point, obstrué; en même temps, soit par suite de cette obstruction, soit par quelque influence adjuvante, les vaisseaux qui se rendent à la partie enflammée se dilatent ; étant dès lors plus accessibles que les autres à l'ondée sanguine lancée par le

(1) Médical Gazette, n^ 528.

EFFETS DE L'INFLAMMSTION StIR LA CIHCULATrON. Si

cœur, ils deviennent lesiégede ces pulsulions dures que l'on n rapportées k tort à l'action nccrue des vâissciiux ei)\-mâmes. n

Vous voyez, messieurs, que Williams liésile quelque j)eu à attribuer à l'obstruction la dilntalion des vaisseaux, et qu'il parle mf'me d'une iiifiuence adjuvante. Nous nous bornerons donc à cet exposé de ses idées. Je dois vous faire observer cependant que la dilatation des vaisseaux, quelle qu'en soil la cause, ne peut en aucune façon rendre compte des pulsations ondulées et <lures qu'ils présentent: ils sont plus ouverts à l'impulsion du cœur, je le veux bien , mais cela n'a d'autre effet que de les placer dans la condition des artères qui ont naturellement un voiumeégal il ceiuiqu'ils ont atteint; or nous ne voyons pas que les pulsations de ces artères soient ondulées ou dures. Et en fait, ce n'est pas la grosseur d'une artère qui peut rendre compte de ses palpitiitions, ou de la durelé de ses pulsations; dès lors l'explication de Williams ne saurait être admise.

Wealherliead est arrivé sur ce sujet il des opinions presque identiques avec celles que je professe moi-même : « Le premier effet, dit-il, d'un excitant ou d'un irritant appliqué sur quelque partie du corps, est d'attirer le sang au siège de l'irrilation, et d'eu précipiter le cours dans les capillaires. » Jusqu'ici nous sommes parfaitement d'accord ; car l'auteur estime à sa juste valeur l'action vitale des vaisseaux, et n'appelle point h son aide la vis a tergo augmentée , pour se rendre compte de l'appel du sang vers un {)oint particulier. Mais je ne saurais admettre ce qui suit : » Si ces effets durent uu delà d'un certain temps, ou dépassent un certain degré, l'irrilation continuera bien à attirer autant de sang qu'auparavant, mais les capillaires perdront peu à peu la faculté de le faire progresser, parce que l'épuisement succédera à cette suractivité prolongée (1). " Cela revient à dire que l'actiuii vasculairf

(I) Cette luerUon que combat le profeseeur de Dublin e>t parraLlenienl exacte ; comme tout les organes cunlracliles, les vaisacaux ■ Tibrea muscuiairir» perdent monientiDémenl leur fjcuUé de réaclioii, lorsque iciir conlraclioii a Èlc trop Inuglrnips on trop Tiulemment mise en jeu; ils >e ditslenl alors, alteinU d'une vùrîtable paraljsiepar ipuiietnenl. Ce fait, qu'il est Tacili: de constater en plongeant luccessivenient la niain d«ni de l'eau tiède et dans de l'eau cliaude, avait déjà ^lé entrevu par Hailinga (A ^reoliie on in/lammalian, Kdinburgli, 1H2U}, cl il a £té mis liorf de doute par lea expérience! lubtéquenlei, tiu reste, il u'j a rien là qui >oil contraire k la doctrine de Cravea : ce lerait en effet une grave erreur que de voir dam ces madillcalionB de la cantriclilitt vasculajre le résultat d'une action mécanique; elles dépendent avant tout d'un trouble >ital. qui se traduit litntûl imr l'psi:ilalioii,lanlflt parla paralïsie momentaoée des nerfs vasu luolrur». l'yole du Thau.)

augmentée doit néoessairemeot avoir pour résultat Tépuiaeinent vatculaire, assertion qui ne me parait avoir en sa faveur qu'une bien faible analogie.

On peut objecter à ma manière de voir qu'une dilatabilité active ne peut être accordée aux capillaires, dont les tuniques sont entièrement transparentes et membraneuses ; mais lorsque les objets sont si petits, il devient impossible de déterminer les propriétés physiques ou vitales des tissus; nous devons songer en outre que la grosseur des éléments peut être suppléée par leur nombre, surtout lorsqu'il s'agit de vaisseaux capillaires, qui recouvrent de leurs innombrables réseaux toutes les parties du corps. Toutes les observations faites jusqu'ici paraissent démontrer la propriété vitale dont il s'agit (1).

Huiler, dont les doctrines physiologiques méritent une sérieuse considération^ a adopté sur ce sujet une hypothèse qui me paraît tout à fait insoutenable. H est facile de voir que, lorsqu'il écrivait le premier des paragraphes que je vais vous citer, il avait la conscience que les phénomènes remarquables âe la turgescence vitale sont inconciliables avec la théorie qui soutient l'action exclusive du cœur, et qui enseigne que le mouvement du sang dans les capillaires dépend entièrement de cet organe. Eœutez ce qu'il dit sur la turgescence vitale des vaisseaux sanguins: « Bien que la circulation ne soit point aidée par une attraction exercée entre le sang et les capillaires, cependant l'existence de celte attraction , de cette alfmité, peut être admise dans le cas de turgescence, de turgor vitalis ow d'orgasme; on voit cet état survenir dans certaines parties du corps qui sont le siège d'une action vitale accrue, indépendante de l'influence du cœur. Cet état de turgescence est très évident dans les plantes : Burdach a remarqué qu'il se fait un atllux de sève considérable vers le pistil qui renferme l'ovule imprégné: ubi stimi//M.<f, ibi (iffluxus.

)) L'action vitale réciproque ^ ou, en d'autres ternies , l'affinité entre le sang et les tissus du corps^ qui constitue une partie essentielle du processus nutritif, est grandement augmentée dans beaucoup de circonstances; elle détermine alors raccumulation du sang dans les vaisseaux dilatés de l'organe. C'e6t ce qu'il est facile d'observer dans les organes

(1) C'est cette année seulement que les physiologistes ont admis pour la première fois l'existence de« fibres musculaires dans la tunique moyenne élastique des artères. La découverte de ce fait, due aux recherches de Henle, a élé confirmée par les expériences électro-majjnéliqucs d'Ed. et de E.-H. Weber. {Supplément à /o Physiologie de Muner, par B;»ly et Kiike», ISûS, p. 2. ; (L'Auteur.)

INFLAUUATION. — Cl RC Ut. AT ION. 8^1

géniuux, SOUS l'influence des désirs vénériens, dnns l'ulérus pendant la grossesse, dans l'estoiiiiic durant la digestion, vl dnns la t'ornialion des os du crAne, sur lesquels doivent s'implanler, à l'époque de leur reproduction, les andouiilers du cert*. Cependant c'est dons l'embryon qu'on peut étudier le plus fréquemment l'accumulation locale du sang, la dilatation des vaisseaux anciens, et la l'unnalion de nouveaux canaux ^asculaires : ici, en e(fet, de nouveaux organes se HéveloppenL, tandis que d'autres, comme les branchies de la salamandre et de la grenouille, comme la queue de c^le dernière, s'atroptiient et disparaissent, dès que l'affiDilé vitale qui existait entre le sang el leurs tissus cesse de s'exercer.

H Les phénomènes de turgescence oui été l'apportés à raction ou à la contraction augmeutée des artères. Mais les artères ne se contractent pas périodiquement comme les organes musculaires; et unu contraction po-inanenle, à moins i\v la supposeï- progressive ou vermiculaire, secondée par des valvules i'avorablement dispo$t>es, serait incapable de pro<luire l'état de turgescence.

p Pour nous rendre compte de l 'orgasme de l'utérus diininl la grossesse, et des productions osseuses qui portent les cornes du cerl', nous devons supposer une aflinité plus grande entre le sang el les tissus de l'organe. Cette condition peut se réaliser d'ailleurs très rapidement, comme nous le voyons dans l'injection iiislanlariée des joues, et en général sous l'influence des émotions vives ; dans tous ces cas, les phénomènes locaux résultent évidentnient d'une influence nerveuse. La congcslion active de certains organes, du cerveau par exemple, pendant l'état d'excitation, est encore un phénomène du même ordre.

> Si l'organe qui est le siège de celle augmentation d'alTmilé entre le sang et le tissu, est eu même temps susceptible d'une grande distension, la mmêfaction et Vérection survieiment (1). »

Chacun recoimaitra facilement, je lu suppose, que l'explication de Mûller n'est après tout qu'une hypothèse. Celle allinilé entre le sang et les tissus est-elle de naïuic chimique? Elst-ce au conlraire une influence vitale réciproque î Si l'on admet cette dernièie opinion, la conséquence e»t forcée : les vaisseaux, seuls (issui en conlact avec le sanij, sont actifs, conlruirement à la priJinière assertion. Quant à lu théorie cbiaiique de la rougeur, elle ne mérite assuiémenl pas qu'un s'y arrête.

Les faits rapportés par Mùller, dans iu passage que je viens de vous

(I) Pltysiolùgie d» A/iiUer. Iraduile yurV. Balv. 2'''^<lil., vnl. I, |>. 2^)*.

Sh CLINIQUE MÉDICALE.

citer, tendent tous à confirmer ropinion que j'ai adoptée; car ils démontrent que des modifications locales dans la nutrition, la vascularisatiou et la circulation, peuvent être tout à fait indépendantes de Taction du cœur.

Voyons maintenant ce qui se passe lors de la dilatation des grosses artères.

<x Appliquez une ligature sur Tartère principale d*un membre^ dit Marshall-Hall, la circulation va se faire par les branches collatérales qui se dilatent précisément dans ce but, et par suite de l'oblitération. » Etudions ces phénomènes avec un peu plus de soin, et nous ne tarderons pas à reconnaître combien cette explication est erronée.

Et d'abord quels sont les effets physiques de la ligature d'une des grosses artères d'un membre ? La vis a tergo, ou le pouvoir impulsif du cœur, existe comme auparavant ; la quantité de sang renfermée dans l'ensemble du système artériel n'a point changé, et les obstacles que doit surmonter le liquide en circulation sont demeurés exactement les mêmes. En somme, toutes les conditions physiques sont identiques, si ce n'est que rarlère liée est devenue inaccessible au courant sanguin. Voyons donc quelle influence cette circonstance peut exercer sur le reste du système artériel. Lorsque l'artère principale d'un membre a été liée, là pression exercée par le sang sur les autres artères du membre, et sur toutes les artères du corps en général, s'élève au-dessus de la limite normale. Mais comme l'eflort produit par cet excès de pression ne se fait pas sentir sur une artère particulière, mais bien sur toutes également, il est évident qu'une force aussi divisée, et dont la sphère d'action est aussi étendue, ne peut distendre qu'à un bien faible degré chaque artère prise individuellement; ce qui revient à dire qu'elle ne peut avoir qu'un elï'et très restreint sur la dilatation de l'un quelconque des tubes artériels. H n'est pas moins évident, d'après les lois de riiydrostalique, que cette augmentation de pression aura une influence relativement plus puissante sur les grosses collatérales du membre que sur les petites; elle sera réellement à peine appréciable sur ces dernières, et ce sont celles-là pourtant qui se dilatent les premières après l'opération de l'anévrysme. Ainsi donc l'accroissement du calibre des artères, loin de se montrer d'abord sur celles qui ont un certain volume, et sur les collatérales les plus rapprochées de la ligature, ce qui devrait avoir lieu si cette dilatation dépendait uniquement de l'exc^^s de pression, cet accroissement, dis-je, apparaît en preniier lieu dans les ramilicalions les plus petites et les plus éloignées. De plus,

Ueiique les petites artères aient à supporter une pression comparativeroenl plus faible, elles ont néanmoins, nous le savons, îles parois proporUonnellement plus épaisses que les grosses, et c'est encore là une objection naturelle à la théorie de Marshall- Hall.

Quels sont les phénomènes observés après la ligature d'un gros tronc artériel, lorsqu'une circulation collatérale suffisante peut s'établir ? La diminution subite de la circulation dans les parties situées au-dessous de la ligature amène d'abord le refroidissement et la pâleur du membre; mais au bout de peu d'heures, le cours du sang se rétablit peu à peu, la température thermométrique s'élève, et l'activité du système capillaire est plus gn^nde que dans les conditions normales. Cette suractivité dure un certain temps, puis diminue, et tout rentre dans Tordre. Ainsi, huit, douze ou vingt-quatre heures après la ligature, nous trouvons la peau pâle et froide, mais quelques heures plus tard la températore s'est élevée, et tout démontre un accroissement notable dans l'activité de la circulation. Il est bien difficile de concevoir que les grosses branches collatérales aient pu se dilater dans un aussi court espace de temps.

Je crois qu'on peut se rendre, de ces phénomènes, un compte bien plus satisfaisant, en les interprétant de la façon suivante. Lorsqu'une portion considérable du sang destiné à la nutrition d'un membre est subitement supprimée, tous les tissus de cette partie reçoivent un choc ; les muscles, les nerfs, les capillaires, ou plutôt leurs fonctions vitales, sont plus ou moins affectés. Après quelque temps cependant, la réaction succède à la dépression vitale ; cette réaction commence dans les petites artères et dans les vaisseaux capillaires, et elle se manifeste par des sensations pénibles, l'élévation de la température et les battements des artères. Le rétablissement de la circulation a lieu d'abord dans les vaisseaux les plus éloignés dont l'activité est accrue, puis le mouvement réactionnel gagne peu à peu les artères plus considérables ; leur action propre augmente aussi, elles se dilatent et se distendent, et les conditions de circulation dans le membre affecté redeviennent équivalentes, sinon identiques, à ce qu'elles étaient primitivement. On nous dit, il est vrai, que la suractivité des capillaires doit être rapportée à la vis a tergo qui se fait sentir par les branches collatérales. C'est là une assertion dénuée de fondement ; car, lorsque le sang est obligé de suivre une route détournée, et de se frayer une voie \h travers de petits rameaux anastomotiques, l'influence du cœur doit être bien moins puissante qu'avant l'opération, alors que les canaux principaux étaient ou-

verts (1). La visa tergoesi donc diminuée, et pourtant la distension des capillaires est plus grande qu'avant la ligature, ou que dans le membre sain.

Ces arguments acquerront plus de force encore, si Ton songe que la dilatation débutant dans les petites artères, ne gagne que peu à peu les grosses, de sorte que dans certains cas, les branches principales que le sang doit parcourir ne s'agrandissent pas d'une façon appréciable. M. Hodgson a signalé ce fait dans son livre sur les maladies des arlères. « La dilatation, dit-il, occupe d'abord les petites ramifications. Certaines préparations montrent très nettement que les troncs artériels et les embouchures des)vaisseaux qui se jettent dans Tartère principale nu-dessus de la ligature ne sont pas plus développés qu'à l'état normal ; dans un petit nombre de cas on ne pouvait constater qu*une dilatation très peu considérable. » 11 résulte de ces faits que les vaisseaux les plus dilatés sont ceux qui sont le moins soumis à l'influence du cœur. Mais l'argument le plus décisif, lepluspéremptoire, est celuici : les capillaires et les petites artères reviennent à leurs dimensions normales précisément au moment où les grosses branches se dilatent, au moment par consécjuent où la vis a tergo devrait avoir un effet toutpuissant. Nous conclurons donc que la dilatabilité réside dans lesartères elles-mêmes, et que l'irritation qui a débuté dans les capillaires se propage sympathiquement aux branches plus volumineuses. Cette manière de voir est encore confirmée par ce fait, que si l'on vient à diviser l'une des artères qui alimentent une partie enflammée ou une tumeur vasculaire, les autres se dilatent consécutivement.

Je n'ai pas besoin, je pense, d'appeler votre attention sur les phénomènes que présentent les tissus érecliles, tels que le corps caverneux, par exemple. H serait impossible de prétendre que l'afflux soudain du sang dans ces parties est dû à la vis a tergo ou à quelque augmentation momentanée de la force impulsive du cœur. Ce n'est point ainsi que les choses se passent; les tissus de ce genre possèdent la faculté d'attirer vers eux à certains moments donnés une plus grande quantité de sang, et cela, non pas en vertu d'une force extérieure quelconque, mais uniquement en raison des propriétés vitales qui leur sont

(l) Cette assertion n'est pas parfaitement exacte. On sait que, lorsqu'il existe un obstacle dans les voies circulaires périphériques, le cœur fait effort pour le surmonter, et que, si la lutte se prolonge, l'hypertrophie de l'organe central en est la conséquence. Ainsi s'explique l'augmentation de volume du cœur consécutive à l'ossiflcation des gros troncs artériels. (Note du Trad.)

inbérentts. Celte dilatation active des capillaires, cette attraction qu'ils eieromlMilr le sang paraît être un des principaux agents de la ciron* latîoii* Les fiûls abondent pour démontrer veiie assertion. On a pu obsenror dans les viTiiections que, lorsque le cœur a cessé de battre, les eapillftîres restent distendus et continuent à remplir leurs fonctions, aussi longtemps que du sang leur est apporté par les artères. On a re* marqué également que les vaisseaux artériels se vident dans Tordre suivant, les gros troncs d'abord, puis les branches moins volumineuses, enfin les eapillaires. Philip avance qu'il a vu la circulation continuer dans le mésentère quelques minutes après Texcision du cœur. C'est là la senle explication réelle de la vacuité des artères après la mort (1).

Les phénomènes dont les tumeurs vasculaires sont le siège démon<« trenty plus encore que toute autre considération, l'attraction que les capillaires exercent sur le sang. A la suite d'une érosion ou d'une blessure très légère, ces tumeurs devieiment souvent le siège d'une hémorrhagie alarmante, tandis que la division des artères qui s'y rendent et l'ablation totale de la masse morbide ne sont suivies que d'une perte de sang relativement peu considérable. Une opération plus fréquentei l'ouverture de l'artère temporale, peut nous fournir on eKHnple de même ordre. Si le vaisseau n'est divisé que partiellement, de façon que ses connexions avec les capillaires persistent, au moins en partie, l'écoulement sanguin est très abondant ; mais si Tartre complètement sectionnée a perdu tous rapports avec les petits vaisseaux, le sang cesse de couler (2).

(I) On ne peut iuToquer ici l'acliTilé propre des capillaires. La contraclililé, en effet, êiC ra|MUIâg€ etclufif des' éléments musculaires, et les vnisseaux capillaires qui, de l'aTÎs de tous les liistologistes, en sont complètement privés, ne sauraient être susceptibles de eontreetion ; leur accorder une telle propriété reviendrait à prétendre, propositi4Ml iflioiitènâble, que la fonction peut s'accomplir sans l'organe. En conséquence, je erois que l'idée de contracUon n'est applicable aux artérioles et aux veinules que jusqu'aux limites extrêmes où elles cessent de contenir des éléments contractiles; quant aux réietux intermédiaires, aux capillaires proprement dits, ils ne peuvent être quepassiik, ils ne peatent que reproduire consécutivement les modifications des vaisseaux qui possèdent une activité propre (contractilité). C'est à cela, ce me semble, que doit se réduire la vis a lergo^ que Graves prend si vivement à partie.

(Note du Trad.) (S) L'arfument n'est que spécieux ; si une artère complètement divisée donne moins de tany que dans le css de section partielle, ce n'est point parce qu'elle a perdu ses connexions arec le système capillaire, c'est parce que, obéissant à son élasticité, elle s'est retirée dans sa gaine, en même temps que les tuniques se sont rronc<''es et n'iranlées TOrS riolèrieuT du vaisseau. — Morand, Sur les changements qui arrivent aux

Dans un cas de gangrène sèche du pied et des malléoles, le profes* seur Smith (de Philadelphe) amputa la jambe au-dessous du genou (1). Les grosses artères, complètement altérées dans leur structure, étaient converties pour ainsi dire en tubes osseux. Quoique aucune compres* sion n*eût été exercée sur Tartère fémorale, quoiqu'on n'eût eu recours à aucun des moyens propres à arrêter une hémorrhagie, la quantité de sang perdu ne dépassa pas la moitié d'une grande cuillerée (2). Et pourtant l'action du cœur était vigoureuse, et le pouls, examiné au poignet, avait sa force et sa plénitude ordinaires. 11 est probable que dans ce cas une certaine quantité de sang avait passé à travers les artères tibiales avant l'opération, car il y avait encore des traces de circulation dans la jambe abattue, du moins jusqu'au cou-de-pied ; les artères collatérales et les branches anastomotiques n'étaient pas dilatées.

Les plaies desarlères présentent des phénomènes identiques avec ceux que je vous ai rappelés à propos de la saignée delà temporale ; dans un membre blessé, l'artère intéressée donne lieu à une hémorrhagie plus considérable qu'après l'amputation. Et c'est là ce qui explique pourquoi des branches artérielles qui donneraient issue à une grande quantité de sang, si elles étaient partiellement lésées^ n'exigent quelquefois aucune ligature, alors cependant que leurs orifices sont béants à

artères coupées , où l*on fait voir qu*ils conlributnt essentiellement à la cessation des hémorrhagies (Mémoires de V Académie des sciences, i73C). — Pouteau, OEuvres posthumes. Paris, 1783. — Taxil Saint-Vincent, Mémoire sur la rétraction longitudinale des grosses artères lors de leur section transversale complète {Journal univers, des sciences méd,, 1816). — Cette dernière citation est empruntée à M. le professeur Malgaigne (Anatomie chirurgicale. Paris, 1859, 1, p. 246).

(Note du Trad.)

(1) Ce fait est rapporté dans un mémoire que j'ai reçu d'Amérique, il y a quelques années. Malheureusement je l'ai perdu, et je ne puis me rappeler le nom de l'auteur. Il exposait des opinions analogues à celles que je défends ici, et c'est à lui que je suis redevable de l'argument tiré de la circulation placentaire. (L'Auteur.)

(2) 11 est impossible d'attribuer l'absence d'hémorrhagie à l'ossification simple des artères ; il est de toute évidence que cette ossification devait être accompagnée d'une oblitération plus ou moins complète du tronc principal. Déjà Avisard, en 1819, avançait que la gangrène ne succède à ro:<sification que lorsque cclle-ci a amené l'oblitération des artères (065. sur la gangrène spontanée, dans Bibliothèque médicale, LXIV et L\V); et M. le professeur Malgaigne, parlant de deux faits rapportés par François, dans lesquels l'amputation delà jambe n'a pas donné de sang, déclare que «jamais rien de pareil n'a été vu par des observateurs compétents qu'avec l'oblitération des artères. » (Malgaigne, loc.cit., 1, p. 496.) (Note du Trad.)

INFLAMMATION. — CIHCUI.ATIOV. 89

la surface d'un moîfjnon (1). On peut encore si: tiiire une très bonne iitée (lu pouvoir attractii' des capil laires dans les cas, déj^ nombreux aujourd'hui, où des portions de doigts complètement détaciiées ont pu néanmoins être réunies. Ici les fluides versés à la surfare de la plaie supérieure sont absorbés, et mis eii circulalion par les vaisseaux de la partie séparée.

l'ajoutemi entîri que la circulation du sang dans le placenta apporte à la doctrine que je défends une éclatante démonstration. Le cours du sang dans les artères ombilicales a été attribué A In vis a tcrgo provenant du cœur du fcelus. liais après la naissance de ciliii-ci, après l'ex- Iraction du délivre, nous voyons les pulsiitions cesser d'abord dans le placenla, et ensuite à l'ombilic <3e l'enrant. Si l'on pratique alors la section du cordon, on observe une légère liémorrhagie qui n'est point proportionnée au diamètre des vaisseaux divisés, quelquefois même il n'y a aucune perle de sang. Ehbi«n! [wurquoi le cours du sang cessel-il dans les arlères ombilicales? La vis a tergo est certes aussi puissante après qu'avant la naissance, et les canaux vasculaires sont libres de tout obstacle. On ne peut invoquer l'action du froid, puisque la circulalion continue à se faire dans toutes les autres parties du corps; on n'est pas plus autorist; k mettre en avant l'épuisement, car le fœtus ne perd pas de sang, et sa circulation est maintenant indépendante de la mère. Aura-t-on recours à l'intlnence des poumons, dont les fojictions nouvelles détournent, dil-ou, le sang du placenta? Mais, quoique les octanes respiratoires reçoivent en effet après la naissance une quantité de sang bien plus considérable, ce fait ne peut en aucune façon rendre compte de la cessation complète de la circulation dans des vaisseaux aussi volumineux que les arlères ombilicales. Toutes ces explications, admises un peu à la légère, sont insoutenables, et les faits que j'ai exposés

(I) Kocb (de Munich) a même prilendu qu'il i:l»H de beaucoup préférable de ne pas bire de lifiturfc dan* le* ampulalions; il s'appuyait précisément suree fait, que Ici rapil- ItirM oe pouvaient plus exercer d'appel lur le tang en circulation. M ajoutai! que la pnilion. un bandage conveuible «t une légère compression eiercée >ur le tronc principal du membre, tufniaient pour prévenir loule hémorrbsgie. Malgré les faits qu'il a dtés, il n'a pu convaincre personne. Kt cependant Vacupreftun dci arlèrca nous a montré que t'iccolement des paroi* d'un vaisseau (art, crurales, tibiales. ek.) pendant Tingl-quatre ou trente-six heures réussit à en amener l'oblilêrnlion.

Kocb, De prailanlissimaamputationis -rael^iodo. Landisbuli, 1826. — Celte tlicse a tti résumée dans le lome 111 (1827) du Journal des progrèi des iciences et intMulioni mtUcalet, sm» ce litre : Sur l'ampulation «I l'omiiiion de la ligature

(^ote du Trah

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devant vous nous amènent à cette conclusion : c'est que toutes les propriétés organiques et vitales du placenta dépendent de sa vie propre et individuelle ; vientrïl à être détaché de Tutérus, il meurt, et les fonctions des capillaires cessent immédialement. Le pouvoir attractif des petits vaisseaux ne venant plus dès lors en aide à la vis a teryo^ le sang ne peut plus parcourir lés artères ombilicales, et la circulation s'y arrête à leur point de jonction avec Tabdonien du fœtus, après s'être suspendue d abord dans le placenta.

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