‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 120 sur 123 · CONVULSIONS DES ENFANTS. 7M · texte numérisé non relu

CONVULSIONS DES ENFANTS. 7M

que rapplication d'une seule sangsue chez un nouveau-né équivaut à une saignée chez Tadulle ; malheureusement, on voit encore aujourd'hui des médecins couvrir, pour ainsi dire, leurs petits malades de sangsues : ces malheureux deviennent exsangues, et ils sont tués par le traitement bien plus que par la maladie (1).

Il est un autre fait que je vous engage à ne jamais perdre de vue. Le lait est un liquide composé; c'est une admirable émulsion naturelle, dans laquelle le sucre, la graisse et le caséum sont mêlés à une certaine quantité d'eau. Or, lorsque ce liquide arrive dans l'estomac pour y être digéré, les parties solubles dans l'eau sont immédiatement absorbées, tandis que les matières insolubles se coagulent, pour être plus tard dissoutes par le suc gastrique; par conséquent, l'eau et le sucre sont absorbés d'abord, mais le caséum forme un coagulum solide (|ui doit être attaqué par les liquides gaslri(|ues, et contribuer à son tour h la nutrition. Aucune molécule de lait ne doit passer dans le duodénum, sans avoir préalablement subi la digestion stomacale. Celle-ci débute par la coagulation du caséum ; ce phénomène initial se produit avec une rapidité excessive. Cette promptitude de la solidification est même un indice de la bonne qualité du lait, et la caillette des jeunes animaux démontre la puissance de l'estomac pour cette opération. Mais si les fonctions gastriques ne sont pas régulières, si ce coagulum n'est pas dissous ultérieurement, que va-t-il arriver? Le caséum va passer dans le duodénum daîis des conditions qui ne sont plus celles de l'état normal, et il va irriter l'intestin ; aucun des purgatifs qu'on donne aux enfants ne détermine d'aussi violentes coliques que ce casé II m non digéré.

Nous pouvons par là nous rendre compte des accidents (|ue nous observons quelquefois. Un enfant est pris de coliques et de fièvre ; il a une langue blanche et chargée; il j)er(l le sommeil, il devient irritable, et de temps en temps il pousse un cri aigu. Si par hasard il s'endort, il se réveille en sursaut et en criant ; il se courbe alors en forme d'arc, et jette sa tête eu arrière comme dans l'opisthotonos. Cet état peut durer une semaine entière. On fait prendre aUu's d(î l'huile de ricin ou (pieUjne autre purgatif, et a la grande surprise des parents, l'enfant rend du eaMUirn ; les matières alvines sont composées de particules distinctes de grosseur variable, qui sont iînparfaitement recouvertes de

(1) Coinpar«;z C.h. West, On cérébral symptoms independent of cérébral dibease {Med. Times and Gaz., IHOi). (Note du Trad.)

IkS CLINIQUE MÉDICALE.

bile et paraissent comme desséchées. Si Ton brise ces fragments, on voit qu'ils ont à l'intérieur une coloration blanche, et qu'ils sont formés par du caséum que l'estomac n'a pas dissous. Vous donnez alors un second purgatif pour compléter l'évacuation, et l'enfant guérit.

Vous êtes tous en état d'obtenir des succès de ce genre. Ces principes sont exposés tout'au long dans vos livres ; on vous conseille à chaque instant d'examiner les matières fécales, et d'administrer un purgatif lorsque cet examen vous en a démontré la nécessita Mais il est un détail qui n'a pas été signalé : lorsque vous avez guéri un enfant par le traitement que je viens de vous indiquer, tout n'est pas dit encore. Si votre petit malade est d'une très forte santé, il pourra reprendre le sein impunén)ent ; mais s'il est faible, s'il est irritable, les mêmes accidents d'indigestion reparaissent dès qu'on recommence à lui donner du lait. Le médecin, rappelé, fait prendre un autre purgatif, et pour la seconde fois Tenfant est guéri ; mais les phénomènes se reproduisent encore, et le malade va ainsi du purgatif du médecin au lait de la mère, et chacun de s'étonner de la quantité des matières évacuées. Comment vous y prendrez-vous pour éviter de tels ennuis? D'une façon bien simple: vous interdirez le lait à l'enfant pendant un, deux et même trois jours» s'il le faut ; mais vous l'interdirez complètement, car il suffit de la plus légère quantité de ce liquide, fût-il étendu d'eau, pour entretenir celte indisposition. Il semblerait vraiment que le lait agit alors comme une espèce de poison sur la muqueuse intestinale. Vous savez bien que les poisons animaux, tels que le virus varioleux ou le virus vaccin, empoisonnent l'économie, même lorsqu'ils sont extrêmement dilués, et vous pouvez concevoir que le lait agisse de la même manière.

J'étais appelé, il y a quelque temps, auprès d'un enfant qui était précisément sous le coup d'une rechute de cette affection, et je demandai aussitôt à la mère si elle lui avait donné du lait. Elle me répondit qu'elle ne lui en avait presque pas fait prendre. Mes soupçons sont toujours éveillés lorsque j'entends le mot presque ; j'insistai et l'on me montra un bol d'eau d'orge mêlée, selon l'usage, à du lait sucré. C'est ainsi que nous voyons quelquefois cette indisposition se prolonger pendant des semaines entières, grâce à l'entêtement des parents ou à l'ignorance du médecin. Mais, dlrez-vous, si nous le privons de lait, que donnerons-nous à l'enfant? Vous pouvez lui faire prendre du bouillon de poulet, de l'eau d'orge, des panades claires, de l'eau de veau ou du petit-lait. Vous continuerez ce régime aussi longtemps que les fonctions gastriques ne seront pas parfaitement rétablies ; chez quelques enfants.

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l'estomac qui est malade un jour est tout à fait bien le lendemain, je ne puis donc pas vous donner à cet égard une limite précise.

Toutes les fois que vous arrivez auprès d'un enfant qui est sujet aux convulsions, faitesvous renseigner sur les phénomènesde l'accès, examinez les évacuations alvines, informez-vous de la qualité et de la quantité de l'alimentation ; si vous apprenez qu'avant d'être malade, l'enfant soufiTrait du ventre, s'il y a, depuis plusieurs semaines, une tendance à la diarrhée, si les selles présentent les caractères que je vous ai indiqués, vous êtes en état alors d'apprécier avec justesse la nature de l'affection, et il est probable que vous la guérirez au moyen des purgatifs, et que vous empêcherez du même coup le retour des accidents convulsifs. Parfois cependant vous les verrez persister malgré l'évacuation des matières non digérées: vous devez alors administrer les absorbants. Dans bon nombre de cas, ils sont d'une utilité incontestable ; d'un autre côté, ils ne peuvent faire aucun mal, et si l'estomac renferme des acides (ce qui est bien plus fréquent chezl'enfant que chez l'adulte), ils sont légèrement purgatifs.

Mais enfin, si les convulsions persistent, que faire? Je me rappelle avoir vu il n'y a pas longtemps un enfant de trois ou quatre mois qui était depuis quelque temps en traitement ; on lui avait mis des sangsues à l'épigastre, on lui avait donné du calomel, de l'huile de ricin, du mercure éteint dans la craie; on lui avait administré des absorbants, des lavements purgatifs et antispasmodiques; on lui avait mis enfin des vésicatoires sur la tête et au niveau de l'estomac, et les convulsions duraient toujours. Je prescrivis la potion suivante:

'^ Olei Icrebentliinio 3 j.

Olei ricini 3 iv.

Syrupi papaveris albi \

Mucilaginis gunimi arabici . . l aa J ij.

A<iu;c fœniculi )

Miscc (1).

On avait soin de bien agiter la mixture avant fie l'administrer, et Ton en donnait 1 gros {k grammes) toutes les trois heures. Elle produisit

(I ) '^ Huile de térébenthine ^ grammes.

Huile de ricin 1 (J

Sirop de pavots blancs '\

Mucilage de gomme arabique . > ;ïïi «S

plusieurs selles, une diurèse abondante, et vers le soir, les convulâons avaient cessé.

Le docteur Brereton m'a dit que dans des cas semblables il avait réussi à prévenir le retour des convulsions au moyen d'une miiture dont je vais vous donner la formule; les doses sont celles qui çonvien* nent pour un enfant de six mois; mais avant de donner cette potkm, H faut vider Tintestin.

!^ Olei 'anisi gutUs i?.

Sacchari albi gr. x.

Intime misceantur et adde :

Aquœ 34-

Pulveris rhei gr. x.

Carbonatis magnesiœ 9j.

Tincturœ opii guttas iv.

Spiritus ammoniae fœtidi guttas x.

Sumat cochleare unum médium tertia quaque hora (1).

Ce n'est qu'avec de grandes précautions qu'on doit administrer aux enfants des préparations qui contiennent de Topium ; mais lorsque les évacuations alvines ont cessé d'être utiles, une potion analogue à celle de M. Brereton constitue le remède le plus efficace. Du reste, tians les cas de ce genre vous pouvez, pendant les premières vingt-quatre heures, ajouter aux moyens de traitement précédemment énumérés

(1) '^ Huile d'anis. . à gouttes.

Sucre blanc 0*'",60.

Mêlez intimement el ajoutez :

Eau , . . 64 grammes.

Poudre de rhubarbe , O^^CO.

Carbonate de magnésie 18'",30.

Teinture d'opium 4 gouttes.

Esprit d'ammoniaque fétide 10 gouttes.

A prendre une demi -cuillerée toutes les trois heures.

La Pharmacopée de Londres donne la formule suivante pour l'esprit d'ammoniaque fétide.

'Jj/i Hydrochlorate d'ammoniaque 10 onces = 320 grammes.

Carbonate de potasse 10 onces = 512

Esprit rectifié )

I aa 3 pmtes = 1425

Asa fœtida 5 onces = 160

Mêlez et distillez lentement 3 pintes =: 1425

(Note du Trad.)

(purgatifs — essence de térébenthine — suppression du lait), un bain chaud pendant lequel vous appliquez sur la tête de l'enfant une éponge imbibée d'eau froide ; si votre petit malade est très faible, vous pouvez appuyer sa tête sur le bord de son berceau, et lui faire des lotions froides; vous réussirez ainsi à diminuer la violence de l'accès.

Avant de terminer, je veux vous dire quelques mots de Tintlamma^ tion delà moelle ; car elle touche de près aux affections névralgiques. H est si facile de confondre la myélite avec plusieurs autres maladies dont la douleur est le symptôme prédominant, qu'il importe d'en faire connaître toutes les observations certaines, afin d'éclaircir cette question qui n'est pas encore complètement élucidée, malgré tous les tra-

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de l'opium; je lui en prescrivis à titre de palliatif. Le 16, elle se plaignit de ne plus sentir ses jambes, et elle mourut le 18, cinq jours après son entrée à Thôpital.

A Tautopsie nous avons trouvé tous les viscères dans leur état normal; l'intestin, notamment le caecum et le côlon étaient atrophiés ; ce qui nous porte à croire que cette malheureuse femme avait eu à souffrir de la faim. La portion inférieure de la moelle et les nerfs qui en émergent, étaient rouges et fortement injectés ; mais il n*y avait pas d'épanchement plastique. Chacun des nerfs de la queue de cheval présentait sur son côté postérieur une veine gorgée de sang ; sur le reste de leur étendue, ces cordons nerveux étaient le siège d'une vascularisation

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