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08 CLINIQUE MÊDICilLE.
quelques cas, ces chaDgemenls vont jusqu'à produirenine inversion momentanée du mouvement dans certaines branches transversales ou anastomotiques, dans lesquelles l'écoulement naturel se fait toujours du courant le plus fort vers le plus faible. Souvent une stase complète précède ce renversement. Toutefois ces irrégularités sont rares lorsque l'action du cœur est partiellement suspendue, et c'est précisément ce qui 'a lieu ici; car il faut exercer une certaine pression sur l'animal, pour soumettre ces vaisseaux à l'examen microscopique. Ces conditions n'en sont pas moins très favorables, et elles permettent d'apprécier aisément les modifications que produisent dans la circulation capillaire des causes purement locales ; lorsque, en efifet, le courant a été complètement arrêté, et qu'une nouvelle impulsion du cœur le rétablit, le mouvement est loin d'être uniforme, comme on eût pu le croire, dans tous les réseaux alimentés par le même tronc artériel ; mais il est plus rapide dans certains vaisseaux que dans d'autres, et ces différences, complètement indépendantes du diamètre des canaux, sont modifiées elles-mêmes à de Courts intervalles.
» On a souvent étudié chez les animaux à sang froid le cours du sang dans les capillaires, après l'excision complète du cœur. Cette expérience ne peut être pratiquée avec succès chez les animaux à sang chaud, parce que la perturbation profonde qu'entraîne après elle une si grave opération, les fait périr beaucoup trop tôt; mais d'autres circonstances permettent cependant d'arriver au même but. Après la mort naturelle, on trouve bien souvent, au bout de quelque temps, le système artériel, complètement ou presque complètement vide ; sans aucun doute, ce résultat est dû, au moins en partie, à la contraction tonique des artères elles-mêmes ; mais le plus souvent la vacuité est trop complète pour qu'on puisse la rapporter à cette cause unique, et il faut l'attribuer alors à la persistance de la circulation capillaire. Lorsqu'au contraire la mort a lieu soudainement, sous l'influence de l'une de ces causes (un violent choc électrique, par exemple) qui détruisent instantanément la vie dans tous les points de l'organisme, les artères contiennent leur proportion normale de sang. Il a de plus été démontré qu'une véritable sécrétion se produit souvent après la mort générale r ainsi de Turine a été versée dans la vessie par les uretères, de la sueur^ été exhalée par la peau, diverses glandes enfin ont continué à accomplir leurs fonctions ; ces phénomènes sont entièrement subordonnés à la persistance de la circulation capillaire. Dans la première période de la vie embryonnaire des animaux supérieurs, la pro-
grecfiion du sang parait bien évidemment dépendre d'une force générale, et non point d'one impulsion centrale : la circulation commence dans l'area vascolaire, avant le développement du cœur ; les premiers moavements se font à la périphérie au lieu de partir du centre, et même lenqoe la cours du sang est définitivement établi, les parois du cœur, pendant quelque temps encore, ne se composent que de cellules lâchement nnîes entre elles, et Ton peut hardiment avancer que cet organe ne possède pas alors une bien grande puissance de contraction.
» On objectera peut-être que ces dernières considérations n'ont pas de rapport direct avec la question qui nous occupe, à savoir, Texistence de la puinanee capillaire chez les adultes : soit ; mais les phénomènes que présente parfois le fœtus à un âge plus avancé me semblent nettement démonstratifs. Il est des cas, assez rares, il est vrai, dans lesquels le cœur manque durant toute la vie embyronnaire, et cependant une grande partie des organes sont complètement développés. Dans la plupart de ces cas, sinon dans tous, il existe deux jumeaux; celui qui est parfait est en connexion plus ou moins intime, par rintermédiaire du placenta, avec le fœtus monstrueux, et l'on attribue généralement la circulation de celui-ci à l'influence du cœur du premier, influence qui se ferait sentir parles vaisseaux placentaires. Quelque invraisemblable que soit cette hypothèse, elle n'avait pas encore été renversée, lorsque tout récemment un fait de ce genre s'est présenté, qui a été, de la part d'un anatomiste accompli, Tobjct de l'examen le plus attentiC »
Carpenter rapporte ici le fait de Houston dont je vous ai parlé déjà ; je n*y reviendrai pas, et me bornerai à vous faire connaître les conclusions que l'auteur en a déduites: « Il est évident, dit-il, qu'un seul cas de ce genre irrévocablement démontré suffit à prouver l'existence, même chez les animaux supérieurs, d'une puissance capillaÎ7'c qu\, subordonnée ordinairement à l'action du cœur, est néanmoins assez forte pour assurer à elle seule la circulation, lorsque la puissance de l'organe central vient à diminuer. Ici, comme dans beaucoup d'autres cas, nous pouvons admirer la prodigieuse iacililé avec laciuelle l'organisme vivant se plie aux exi^'cnces les plus diverses. Chez le fœtus acardiaqae, la pwmance capillaive tient lieu de cœur jusqu'à l'époque de la naissance; à ce moment, la circulation s'arrête en général, vu l'absence d'hématose. Lecœurestquehjuefois, pendant la vie, le siège d'une dégénérescence si profonde, que c'est à peine si Ion y découvre à l'au- Uypàe quelque trace de tissu musculaire ; et cependant la circulation
ne subi t alors aucune de ces perturbations que l'on devrait assurément voir survenir, si le cœur était l'unique agent d'impulsion.
» D'autre part, il est également facile de prouver qu'une influence née dans les capillaires peut arrêter complètement la circulation d'une partie, même lorsque l'action du cœur est intacte, et qu'il n'existe aucun obstacle mécanique à la transmission du sang. Ainsi, il n'est pas rare d'observer des cas degangrène spontanée des extrémités, dans lesquels la mort des parties solides reconnaît évidemment pour cause uu ralentissement local de la circulation ; et pourtant, lorsqu'on examine le membre après son ablation, on trouve les gros vaisseaux et les capillaires complètement perméables, de sorte que l'arrêt du cours du sang ne peut être attribué ici qu'à l'anéantissement de quelque puissance existant dans les capillaires, puissance qui a pour efietde maintenir la circulation dans leur intérieur.
» L'influence de l'application prolongée du froid sur une partie peut être encore invoquée à l'appui de notre tiièse ; car, bien que cet agent diminue le calibre des vaisseaux, ce resserrement n'est pourtant pas suffisant pour expliquer la cessation complète de l'abord du sang, et la perte devitalitéqui en estla conséquence ultime. Les phénomènes de l'asphyxie, dont je traiterai plus au long dans le chapitre suivant, nous fournissent une excellente démonstration. Il est aujourd'hui parfaitement établi que, si l'accès de l'air dans les poumons est empêché, la circulation s'arrête dans ces organes aussitôt que l'air qui y est contenu s'est dépouillé de son oxygène, ou plutôt s'est chargé d'acide carbonique, et cette stase se communique en général atout le reste du système circulatoire. Si elle ne dure pas assez longtemps pour détruire la vie dans les centres nerveux, le cours du sang peut être rétabli par l'entrée de l'air dans les poumons. Quant à la théorie qui attribue cet arrêt de la circulation à un obstacle mécanique résultant de la contraction des poumons, elle estcertainementerronée, puisque nous pouvons asphyxier des animaux en leur faisant respirer un gaz privé d'oxygène, et que nous observons alors la même stase sanguine.
» Si les diverses considérations qui précèdent établissent qu'il existe chez tous les ôtres doués d'un appareil circulatoire une puissance capillaire j si elles prouvent que celte puissance est indispensable au mouvement du fluide nutritif dans les régions où il entre en rapports plus intimes avec les solides, nous n'avons plus qu a nous occuper de la nature de cette force. Que les vaisseaux capillaires possèdent une propriété contractile plus développée que celle des gros troncs artériels,
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que leur oontractUité soit plus facilement excitée que celle des petites artères, voilà ce qui ne peut faire l'objet d'un doute ; mais on peut, à bon droit, demander à quoi est due cette propriété. Schwann a récemment avancé que les capillaires présentent dans leurs parois le même tissu fibreux que les gros vaisseaux, et cela n'est point improbable. Mais pour que cette contractilité pût avoir quelque influence sur la circulation capillaire et sur sa continuité, il faudrait qu'elle eût un mode d'action tout différent de celui que nous montre l'observation directe. Lorsqu'on examine au microscope le cours du sang dans les capillaires, on voit aussitôt que ces vaisseaux n'ont aucun mouvement apprédable, etque le courant rendu continu par l'élasticité des artères passe à travers eux, comme à travers des tubes privés de toute élasticité. Pour que la contractilité des capillaires pût exercer une influence régulière et constante sur le cours du sang, il faudrait (et c'est là une condition indispensable), il faudrait qu'elle se manifestât par des dilatations et des resserrements alternatifs, ou par un mouvement péristaltique : or, rien de pareil ne peut être constaté. Nous devons donc renoncer à ridée que les capillaires apportent un secours mécanique à la circulation du sang. Que la tunique contractile des capillaires ait pour fonction d'en modifier le calibre, on n'en saurait douter; mais il est également incontestable qu'une contraction générale et persistante n'aurait d'autre résultat que de faire obstacle au mouvement du sang, ainsiquel'ontmaintes fois démontré les injections stimulantes; celles-ci, en efTet, n'atteignent pas les capillaires lorsqu'elles sont pratiquées dans des vaisseaux dont la vitalité est encore intacte. 11 faut donc admettre que c'est en agissant directement sur la tunique contractile des capillaires que les excitants locaux en provoquent les contractions ; par malheur le résultat définitif est entièrement différent de celui que la théorie faisait supposer : loin d'être ralentie, la circulation est alors acélérée jusqu'au moment du moins où l'excitation, trop longtemps prolongée, amène des modifications anormales persistantes. Nouvelle preuve que la production des phénomènes n'est point sous la dépendance exclusive d'une cause mécanique, et(|u'il faut tenir compte ici d'un agent tout différent.
» Dans quelles limites, dans quelles conditions cet agent lait-il sentir son influence, c'est là ce que les considérations précédentes nous permettent de concevoir et d'exposer nettement. C'est à raclion du cœur qu'est due l'arrivée du sang dans les capillaires ; mais la rapidité de la circulation dans cet ordre de vaisseaux est grandement modifiée sui-
Tant ractivité plus ou moins grande des différents processus auxquels doit servir le liquide nourricier : cette activité est-elle augmentée, le courant devient aussitôt plus rapide; est-elle, au contraire, affaiblie ou anéantie, la stase se produit. Il semble donc que les capillaires exercent sur le sang une influence distributive, et qu'ils règlent la circulation locale, selon le besoin de chaque partie, sans être soumis à la puissance du cœur. S'il en est ainsi, il est clair que la dilatation ou la contraction de ces vaisseaux ne peut avoir qu'une action secondaire sur le mouvement du sang dans leur intérieur. Cette dilatation dénote, la plupart du temps, un abaissement de la force vitale ; elle a pour conséquence obligée le ralentissement ou même la stagnation partielle du courant sanguin (1] ; tout au contraire, l'application d'un stimulus modéré qui excite la contractilité des capillaires accélère le mouvement du sang en augmentant l'activité des phénomènes interstitiels, qui résultent du contact des liquides et des tissus environnants. C'est là, pour dire le vrai^ la condition qui a le plus d'influence sur le cours du sang. »
Le docteur Holland, de Sheffield, a publié àeLïïsVEdinburgh médical and surgical Journal un mémoire fort remarquable sur les agents de la circulation du sang dans les vaisseaux capillaires.
L'auteur réduit à néant tous les arguments au moyen desquels on a voulu soutenir la théorie de l'influence exclusive du cœur, et il dé-
(1) Introduite dans la science par Thomson {Traité de l'inflammation) y cette assertion, qui consacre une erreur, a été admise comme exacte jusqu'en ces dernières années : mais M. Poiseuille a formulé ainsi la loi qui préside à l'écoulement des liquides dans les tubes capillaires : « L'écoulement est proporlionnel à la quatrième puissance des diamètres des tubes traversés, » (Voy. Segond, Système capillaire, thèse de l'agrégation. Paris, 1853.) Conséquemment la contraction des petits vaisseaux ralentit la circulation et leur dilatation l'accélère. M. Marey a parfaitement indiqué la cause de l'erreur de Thomson. « Si un tube donné, dit-il, offre des renflements et des resserrements, c'est dans les points resserrés que le liquide coule le plus vite. Ce fait est parfaitement vrai ; mais voyons ce qu'il signifie. Chaque segment du tube, lorsque l'écoulement est établi, doit laisser passer une quantité de liquide égale, quel que soit son diamètre ; il s'ensuit que les molécules liquides devront marcher plus vite là où elles ne peuvent passer pour ainsi dire que successivement, à cause de l'élroitesse du tube, et que dans les points plus larges où plusieurs peuvent passer de front, elles auront moins de vitesse. Mais en somme, la quantité de liquide qui s'écoule par le tube est diminuée par ce rétrécissement. Il ne faut donc pas confondre l'accélération du mouvement dechaque molécule en un point avec l'accélération de l'écoulement lui-môme.» (Marey, Recherches sur la circulation du sang, etc., thèse de Paris, 1859.) Déjà en 1850, Paget, dans ses Leçons (Joe. cit.), avait admis que la contraction des vaisseaux amène le ralentissement du cours du sang. (Note du Tr ad.)