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montre jusqu'à l'évidence que cette doctrine est incompatible avec les 1»\l& qu'on obserTejournellement. Il signale, à la lin de son travail, une expérience qui ne me paraît passible d'aucuneobjection, et qui est plus concluante encore peut-être que le luit du monstre de Houston ; car elle prouve d'une manière inconteslnble que la circulation dans les capilliires est entièrementdue aux propriétf^i vitales des vaisseaux, et qu'elle n'a rien à voir avec la vis a lergo. Mais il vauilra mieux laisser parler l'auteur lui-même : « La veine ombilicale transporte le sang artériel du placenta nu fœtus; lesartères ombilicales charrient le sang veineuxdu ftetus au placenta. Il règne encore lieaucoup d'obscurité sur la disposition de ces deux ordres de vaisseaux dans le placenta; du moins ne peul-on découvrir entre eux aucune communication directe : aussi, quelles que soient les opinions de cliacun sur les fonctions de cet organe et sur ses rapports avec l'utérus, il est infiniment probable que la veine se termine par des capillaires, et que les artères naissent de vaisseaux du même genre. Notre intention n'est point d'examiner ici les phénomènes de h circulation fœtale; nous ne voulons mettre en lumière (|u'une particularité très inléres8.inte, à savuir, la circulation du sang dans la veine ombilicale. Le liquide nourriiier passe du placenta au ffftus sans le secours d'un organe d 'impulsion ; les capillaires sont donc ici les seuls agents du mouvement de progression, et le placenta, même lorsqu'il est séparé de l'utérus, parait apte à mettre en jeu cette influence des capillaires, et à pousser ainsi le sang dans toute la longueur de ia veine. Dans le but de vérifier re fait, nous avons pris un placenta, extrait de l'utérus depuis vingt minutes, et nous l'avons enfermé, à l'exception du cordon, dans une vessie qui fut plongée dans l'eau à 100" Fahrenheit (1). L'extrémité libre du cordon fut en mfime temps élevéedefaçonàformerunanglode SOtlegrés; elle fut fixée sur le bord d'un verre, placé à un pied de distance. Au commencement de l'expérience, le sang ne s'échappa point de la veine ; mais deux minutes après l'immersion, il commença à rouler ; cet écoulement dura environ vingt minutes. Au bout de ce tennps, le verre contenait plus de deux onces de sang. Voilà une expérience qui ne peut donner aucune prise & la critique, et qui établit d'une façon péremptoire l'influence des capillaires sur la circulation, non-seulement dans leurs réseaux propres, mais encore dans des vaisseaux plus considérflbles, dont l'ensemble aboutit finalement à une grosse veine. Notex en outre que nous avions
(1) 37 degrés centigrades environ.
ici volontairement augmenté les obstacles au mouvement du sang, puisque nous avions élevé tout le cordon au-dessus de la surface du placenta. Si nous eussions négligé la précaution d'enfermer cet organe dans une vessie avant de le plonger dans Teau, l'absorption ou Timbibition de ce liquide eût infirmé Texpérience. L'eau jouait ici ler61e d'un stimulant extérieur, destiné, comme on le conçoit, à maintenir la température du placenta.
» L'écoulement du sang dans ces conditions nous parait entièrement dépendre des capillaires. Par suite de l'excitation produite par l'eau, le sang les fait contracter, dès lors aucun obstacle ne s'oppose à son libre cours. Nous ne pouvons admettre que ce procédé d'expérimentation apporte aucune modification importante dans les conditions du sang, car l'eau n'est pas absorbée et sa température ne dépasse pas celle du corps. Ici, en outre, L*étude de la circulation est complètement dégagée de toutes les circonstances qui peuvent agir accessoirement sur elle : les mouvements respiratoires, par exemple, ou la résistance d'un animal qu'on torture, et qu'on maintient dans une position anormale. »
Vous trouverez enfin , dans la Physiologie de l'homme d'Adelon, quelques remarques qui viennent étayer encore mon opinion sur la circulation capillaire.
« Dans des observations microscopiques sur des animaux vivants, on a vu directement le sang, dans les petits vaisseaux, non-seulement circuler des artères vers les veines, à travers les systèmes capillaires, avec des phénomènes tels, que sa progression ne pouvait pas être attribuée à l'action du cœur ; mais souvent encore s'arrêter, être comme hésitant sur la direction qu'il suivrait, et même rétrograder avec une promptitude étonnante et pendant un temps tort long. En irritant une partie blanche, on voyait le sang affluer tout à coup dans le système capillaire de cette partie, et ce systènie paraissait exercer une sorte d'aspiration sur ce liquide (1). »
Tels sont, messieurs, les principaux arguments en faveur de la doctrine que je vous ai exposée. Je pourrais vous apporter d'autres preuves encore, mais nous sommes à l'hôpital, et je ne dois pas m'écarterplus longtemps des études véritablement cliniques. Peut-être même vous demandez-vous pourquoi j'ai abordé cette discussion, pourquoi je me
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suis arrêté si lopgtemps sur des questions qui n*ont, en apparence du moins, qu'on intérêt purement théorique. C/est que je suis convaincu qu'il existe bien des erreurs sur la nature des agents qui président à la circulation; c'est que j'estime qu'il est pour vous de la dernière importanoe de posséder sur ce sujet des notions exactes, qui puissent vous servir de guide dans les circonstances souvent dit'ticiles de la pratique. Dans l'évolution qu'il subit pour atteindre une organisation parfaite, le corps de l'homme ne perd aucun de ses caractères; il présente un développement ascensionnel, mais à mesure qu'il s'élève, il conserve tout ce qu'il possédait dans les périodes antérieures. Il n'a d'abord qu'un système nerveux diffus, un système circulatoire sans limites déterminées ; il acquiert ensuite de petits filets nerveux et des vaisseaux capillaires, et arrive à posséder finalement de grosses artères, des nerfs volumineux, des centres d'innervation et un cœur. Il en va de même pour la circulation : elle débute par les petits vaisseaux, s'étend de là aux canaux plus considérables, aidée par la vis a tergo dont elle reste sous beaucoup de rapports indépendante. Il suit de là que dans bien descas de maladie nous devons nous préoccuper surtout des agents de la circulation locale, et non pas de la t;i^ a tergo^ ou du pouvoir impulsif du cœur (1 ). Le médecin et le chirurgien doivent étudier le mode de vita-
(1) Si l'on S6 reporte â l'époque où cette leçon a été écrite (1843), on conviendra sans doute tTec moi que la doctrine de Graves sur la circulation périphérique est vraiment difne d'admiration; elle contient, dans ce qu'elles ont d'essentiel, toutes les notions physiologiques qui sont basées aujourd'hui sur l'expérimentation directe. Nous sommes mieux renseignés maintenant sur le mécanisme et sur les agents de ces phénomènes, mais les principes fondamentaux sont les mêmes. Que nous dit en effet M. (Uaude Bernard? « La pression du système artériel et l'impulsion cardiaque sont les conditions mécaniques communes que la circulation générale dispense à tous les organes. Mais lo système nerveux spécial qui anime chaque système capillaire et chaque tissu or^Mnique règle dans chaque partie le cours du sang en rapport avec les états fonction oels chimiques particuliers des organes. Ces modifu-ations nerveuses de la circulation capillaire se font sur place, et sans qu'aucune perturbation circulatoire soit apporltV' dans les organes voisins, et à plus forte raison dans la circulation générale. Chaque partie est liée à l'ensemble par les conditions communes de la circulation générale, ei en même temps, par le moyen du système nerveux, chaque partie peut avoir une circulation propre et s'individuali.ser physiologiquement. m Ne trouvons-nous pas là toute la doctrine de Graves sur la puiisance vitale des capillaires? L'anatomie a parlé à son tour, et elle est venue nous rendre compte de cette indépendance de la circulation capiUaire. On sait aujourd'hui qu'il y a deux ::ortes de vaisseaux capillaires : les uns, plus larges, n'ont d'autre fonction que d'établir la communication entre les artères et les veines ; les autres, plus ténus, entourent les éléments histologiques, et constituent
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lîté de chaque partie, s'ils veulent pouvoir en saisir les conditions morbides. C'est précisément le défaut de connaissances approfondies sur ce sujet, qui a conduit à tant d'erreurs pratiques. Je vous signalerai, entre autres, le traitement de l'ophthalmie d'Egypte, dans laquelle on croyait nécessaire d'épuiser le malade à force de saignées, et cela dans le but de détruire un état inflammatoire purement local. Du reste, le traitement des inflammations locales, qu'elles affectent le tégument externe, comme le phlegmon, le charbon et l'érysipèle, ou bien les organes internes, comme la pleurésie et la péritonite, ne pourra être institué sur des bases convenables que le jour où lancienne doctrine étant complètement mise de côté, on adoptera enfin des errements plus conformes à la saine observation. J'entends par ancienne doctrine celle qui prétend que tous les phénomènes inflammatoires dépendent de la vis a tergoy et qui conduit ainsi à l'usage immodéré des émissions sanguines générales.
le réseau nutritif propre de chaque organe. Déjà Bowman avait signalé ce fhit pour le rein {système porte rénal), et l'exactitude de ses recherches a été constatée par Virchow et par Beale ; M. Claude Bernard a fait les mêmes observations pour le foie; Billroth et Grohe ont vu la même chose pour la rate. Et l'on peut dire que, dans tous les orjçanes, il existe deux systèmes de capillaires, dont l'un est destiné à entretenir le plu'iioniènc mécanique de la circulation , tandis que l'autre doit fournir à l'échange interstitiel qui constitue la nutrition et les sécrétions. N'y a-t-il pas là, demanderai-je encore, une confirmation éclatante des vues de Graves sur l'autonomie de la circulation capillaire ?
Cl. Bernard, De Vinfluence de detix ordres de nerfs qui déterminent les variations de couleur du sang veineux dans les organes glandulaires {Comptes rendus de l'Acad, des sciences y 1858).
Bowman, On the structure and use ofthe Malpighian bodies of the kidney {Philosoph. Transact.f iSti2). — Virchow, loc. cit.— Beale, The Microscope in its application to practical medicine^ 2^ édit. London, 1858. — Grohe, Deitriige zur pathologischen Anatomie und Physiologie {Virchow's ArchiVy XX, 1860). — Billrolh, Zur normalen und pathologischen Anatomie der menschlichen MHz {Ibid,, X\, 186 1).
(Note du Trad.)