LE TYPHUS FE¥EE
Le typhof ferer endémique en Irlande.— Il dépend d'une modiAcation atmosphérique fénérale, et non pas des émanations miasmatiques. — Influence de Tagriculture et da dndaafa sur li tante publique. — Recherches de M. Ghadwick. — Influence de l'atmosphèro.
Mortalité du t jphus en Irlande. — Recherches de Gowan sur la fréquence du typhus dans la Grande-Bretagne. — De la coïncidence des épizooties et des épidémies.
Épidémie de 1847. — Ses causes. — La famine dans ses rapports avec le typhus. — Obserrations de Lalor. — De l'encombrement comme cause du typhus fever. — Les maisons d'asile. — Lettre du docteur Dillon. — Le typhus à Cork. — Eflets d'un changement subit dans l'alimentation.
Prenres de la contagion du typhus fever. — Le typhus des émigrants américains en 18A7. — Développement du typhus dans la prison de Galway.
MlSSUOBS,
Avant d'aborder Tétiide du traitement du typhus fever, je désire vous présenter quelques observations sur sa nature et sur ses caractères distinctifs. Sachez avant tout que la maladie est endémique dans ce pays, et qu'elle ne l'a jamais abandonné depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours ; c'est là un fait dont vous pourrez aisément vous convaincre, si vous consultez nos anciens auteurs et les rapports annuels émanés des hôpitaux spéciaux que Ton a établis dans diverses parties de l'Irlande. La fièvre est donc endémi([ue parmi nous ; mais il arrive parfois qu'elle sévit avec beaucoup plus d'intensité que de
(1) Dans le cours de ses leçons sur le typhus d'Irlande, Graves emploie à chaque instant le mot fever sans autre qualification ; mais tout nous prouve que cette expression est pour lui parfaitement synonyme de typhus fever^ et qu'il ne l'a employée que pour la rapidité du langage. En effet, dans le mt^me chapitre, souvent dans le même paragraphe, il se sert indistinctement de l'une ou de l'autre de ces dénominations. D'ailleurs il n'est point le créateur de cette synonymie; parmi les écrivains anglais qui ont traité du typhut fever, il en est plusieurs qui ont pris le mot fever dans la même acception. Les citations suivantes ne laisseront, je l'espère, aucun doute à cet éftrd : Haviland, Some Obtervations concerning the fever which prevailed at Cambridge {Médical Trans., V, p. 381). — Harrison, A stalemcnt nf (wo cases of fever
coutume; elle garde ses caractères de sévérité pendant une année ou une saison, pendant une série d'années ou de saisons, et l'on dit alors qu'elle est épidémique. Dans mon rapport sur la fièvre qui ravagea en 1822 la partie occidentale de l'Irlande, j'émis Topinion que ces épidémies reconnaissent pour cause la disette des subsistances et leur mauvaise qualité. Ce sont là, sans aucun doute, des circonstances aggravantes, mais on ne saurait y voir ni les seules, ni môme les principales causes des épidémies de typhus, puisque celles-ci se produisent également, ainsi que je l'ai souvent observé depuis, durant des années d'abondance : l'année 1826 en fut un remarquable exemple.
Un observateur superficiel pourrait voir dans la fièvre épidémique de iSUl un argument en faveur de mon opinion primitive sur la disette, opinion qui a d'ailleurs été souvent invoquée ; mais je vous montrerai bientôt que répidémie del8/i7, comme beaucoup d'autres, peut être rapportée à des causes d'un autre ordre, dont l'influence est beaucoup plus immédiate.
which occurredat Cambridge {Med, rran5.,V, p. A 00). — J. Crampton, Médical Repon offever deportment in Steeven's hospitaly containing a brief account ofthe late épidémie inDublin from September iSi7 to August 1819. Dublin, 181 9.— Prichard, AnHiston of the épidémie fever which prevailed in Bristol during Ihe years 1817, 1818, 1819. foundedon reports of St. Peter' s hospital and the Bristol infirmary. London, 1820 Les titres des ouvrages de Clutterbuck, de Graham, de Barker et Cheyne, que j'ai cité: à la fln de la note de la page 123, confirment également cette interprétation. Enfin le! journaux anglais les plus récents donnent le même sens au mot fever ^ à propos de 1: petite épidémie qui règne actuellement à Liverpool, et dans leur compte rendu \\\ emploient alternativement cette expression et celle de typhus fever. Cela est si vrai que la lettre du docteur Irvine dans le Médical Times du 20 avril 1861 porte ce titre : Fever at Liverpool (voy. plus loin la noie de la page 123). Il m*est arrivé de me ser vir du mot fièvre dans la même acception, mais dans les cas seulement où il ne pouvait y avoir de doute sur son véritable sens. Ce premier point éclairci, je dois, poui prévenir toute équivoque, appeler l'attention sur le véritable sens de ces expression; synonymes : fever, typhus fever. L'auteur entend par là le typhus d'Irlande, et nor point la fièvre typhoïde. Lorsqu'il veut parler de celte dernière maladie, il emploie 1; dénomination de typhoid fever qui a été introduite dans la langue anglaise à la suil( des travaux de MM. Petit et Serres, de M. Brelonneau et de M. Louis. Le caractèn éminemment contagieux de la maladie qu'il décrit, les manifestations symptomatiquei et la marche qu'il lui assigne, la violence et le mode de production des épidémies don il parle, tout nous montre qu'il n'a point en vue la fièvre typhoïde. Au surplus, cela m peut être contesté pour le typhus exantUématique^ auquel Graves a consacré la plu; grande partie de ses leçons sur la fièvre. Quant aux autres formes de lièvres continue! dont il donne le tableau un peu plus loin , il est probable que h^s quatre première: appartiennent à la fièvre typhoïde proprement dite; mais comme l'auteur ne les a poin décrites, je n'ai pas à m'en occuper ici. (Note du Thad.)
TYPHUS ËPlDËMIQUb D'IRLANDE, 109
II estcertainqiie le typhus, enldande du moins, résulte de quelque modification atmosphérique générale, qui se fait sentir à la fois sur l'Ile tout entière, etquieslcomplélemenl indépeiiiiaiile de la situation, de l'exposition, de l'altitude, de la sécheresse ou de l'humidité du sol; îodépendaDte, eo un mot, de toutes lesconditions de localitâ Loisqu'en cSét les cas de typhus commencent à s'élever daus les hôpitaux de Dublin au-dessus de leur proportion ordinaire, nous |)ouvous être certains qu'une augmentation semblable v6l observée à Cork, à Calway, à Limerick, à Belfiist, et pour mou compte je nie suis plusieurs fois assuré du fait, en écrivant aux médecins des hôpitaux de ces diB'érentes villes.
Pendant fort longtemps, les médecins lurent portés à attribuer l'oi'igine du typhus et de presque toutes les variétés de fièvres à la malaria, ou à des émanations malsaines provenant des matières végétales en décomposition. Ce qu'on observe i:n Irlande ne justifie point cette manière de voir; car, ainsi que je l'iii dit déjà, lorsiju'une épidémie s'établit, elle envahit simullanément les localités les plus diverses, et ravage des rê{;ions dans lesquelles on ne saurait admettre l'existence de ces muiiiations dangereuses. J'ai vu tous les membres d une même lamdle être frappés par l'épidémie, et pourtant celte famille habitait le poste lélégraphiquesitué au sommetduKilliney, montagne de gr<init eiilierenieut Due. Mais d'ailleurs il n'est pas besoin de cet exemple isole, car les districts granitiques et montagneux situés au delà de Ratlifainham, de Tallaghtet de Killikee fournissent l'hôpital de Meath des typhus les plus sévères. Du reste, celle origine miasmatique de la lièvre est devenue beaucoup moins probable encore, depuis la publication des documenls olficiels sur l'élat sanitaire des troupes anglaises dans les colonies. Il résulte, en effet, du rapport du major Tulloch, que des fièvres du plus mauvais caractère se développent fréquemment dans les lieux qui o&ent toutes les garanties possibles contre les émanations malsaines, tandis que la maladie n'est pas endémiquedans d'autres stations qui réunissent au plus haut degré lotilcs les conditions de malaria.
11 est certain que l'extension de l'agriculture et du drainage produit sur la santé générale des effets très remarquables, aussi bien en Irlande que dans d'autres contrées; et j 'ai moi-même bien souvent constaté ramélioration qui en est résultée dnns l'état sanitaire du pays. Les fièvres d'accès étaient anciennement très communes dans certains cantons marécageux voisins tic Dublin ; aussi, à l'époque oii je faisais mes études médicales, il y avait constamment dans les hôpitaux des cas
plus OU moins nombreux de fièvre intermittente; mais aujourd'hui les bas-fonds du sol ont été drainés, et les fièvres maremmatiques ont entièrement disparu. S'il était besoin de donner ici la preuve de leur fréquence primitive, il me suffirait sans doute de rappeler qu'après la découverte du sulfate de quinine en France, les propriétés fébrifuges de cette substance ont été vérifiées en Irlande, avant de l'être dans aucune autre partie de la Grande-Bretagne. Le docteur Baker et moi, nous avons alors publié les tableaux d'un grand nombre de fièvres guéries par le nouveau médicament, et même, si je suis bien renseigné, la première dose de sulfate de quinine administrée en Irlande, Ta été par moi à riiôpital de Drumcondra, qui est destiné aux fébricitants.
11 est généralement admis aujourd'hui que le drainage améliore considérablement la sanlé publique, et cette opinion a été récemment confirmée par les recherches de M. Chadwick sur les conditions sanitaires des l>opulatioiis ouvrières. Je vais vous lire quelques passages de son travail :
« L'examen des différentes circonstances d'hygiène extérieure qui influent sur la santé générale, l'étude des causes des maladies prédominantes dans un pays, démontrent que le drainage généralisé a une importance qu'on n'aurait certes jamais soupçonnée, sans ces recherches spéciales. Cette importance est rendue manifeste, soit par les déplorables conséquences qu'entraîne la négligence de cette pratique, soit au contraire par l'augmentation des produits, par l'amélioration des conditions de salubrité, partout où cette opération est convenablement exécutée. En voici un exemple extrait d'un rapport de M. John Marshall le jeune, secrétaire de l'Union (1) dans l'île d'Ely.
» On sait que l'île d'Ely fut pendant longtemps dans un état véritablement déplorable; dépourvue de tous moyens de drainage, elle était sans cesse inondée par les eaux des hautes terres : aussi les parties basses ne présentaient dans toute leur étendue que de vastes étangs stagnants, dont les vapeurs étaient pour l'atmosphère une source intarissable de miasmes pestilentiels. Aujourd'hui, par suite d'améliorations successives qui se sont faites principalement pendant les cinquante dernières années, une métamorphose a eu lieu (pii tient vraiment du prodige. Par leur labeur, leur activité et leur courage, les habitants ont transformé ces plaines désolées en de gracieux et fertiles pâturages, et ils ont vu leurs travaux récompensés par d'abon-
(1) Ou donne, en Angleterre, le nom d'union aux administrations de bienfaisance qui étendent leur patronage sur un certain nombre de communes. (Note du Tuad.)