‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 19 sur 123 · MORTALITÉ DU TYPHUS F£VER · texte numérisé non relu

MORTALITÉ DU TYPHUS F£VER

Les lésHMéidtt diyerses provinces nous donnent les proportions sui- HDlM ealre las décès causés par la fièvre, et le nombre total des morts dans les dUKrents disiriets, dans les hôpitaux et les établissements pabUcs.

Ce doeomeiil nous montre qu*en Irlande, la mortalité par la fièvre ait un pea esoins que le dixième de la mortalité générale, tandis <|a'à Londres cette proportion n'est que d'un cinquantième. Cette différraoe devient encore plus frappante, si Ton considère qu'à Dublin seu* Ismsnt, le chiffre des décès causés par la fièvre est actuellement à peu près le doabiede ce qu'il est à Londres. Or, d'après le dernier recense- Bsnl, la popnlaiion de Londres est d'un million neuf cent mille âmes, tandis que Dublin n'a que deux cent trente-trois mille habitants.

Las remarquables travaux du docteur Cowan ont beaucoup élucidé la question de la fréquence comparative de la fièvre dans les différentes psriîes de la Grande-Bretagne. Ses relevés montrent que Glasgow est pins mal partagé sous ce rapport que la ville mémo de Dublin ; car eo iM5, \SZêj 4837, les cas de mort par la fièvre seulement se sont élevés aux chiffres de 612, Sti\ et 2180 ; le rapport avec la mortalité i;énérale était comme 1 est à 15,6 — 10 — 6,7. Cependant, comme il y sut mm 1837 nne effroyable épidémie, cette dernière proportion dépasse la moyenne ordinaire ; car Cowan montre dans une autre partie de son Mémoire, qne la moyenne annuelle de la fièvre, calculée sur une période de sept années finissant avec 1836, a éU\ de 1862 cas à Glasgow, qai a MO MO habiUnts, tandis qu'à Manchester (228 000 h.) elle a clé pour la même périodede ^97, à Leeds (123 000 h.) de 276, et qu'à Newcaatle (58 000 h.jellen'a été que de 39. Ces chiffres, (}ui contrastent sîngolièrement avec ceux de l'Irlande, démontrent l'immunité des pandcs villes de FAngleterre, et confirment l'observation que j'ai déjà faite, savoir, que la partie orientale et la partie centrale de la Grande-Bretagne, possédant un climat tout différent du nôtre, sont, par cela même, beaucoup moins sujettes au typhus fcver que les régions occidentales, dont les conditions atmosphériques se rapprochent bieD davantage de celles qui régnent en Irlande.

il est digne de remarque que les villes anglaises qui ont avec l'Irlande des relations suivies, Liverpool, Manchester, Bristol par exemple, fouroiflseDt au typhus un contingent plus considérable que celles qui ne sont pas placées dans les mêmes conditions. C'est même sur ce fait <]ue s'est appuyé le docteur Lombard^ lorsqu'il a annoncé que le typhus tachelé (tmaculMiid) est importé en Angleterre et en Ecosse par les ou-

vriers irlandais qui émigrent chaque année en grand nombre, à Tépo- (|ue des moissons. Hais en ce qui regarde l'Ecosse, les rapports statisti- (|ues de Cowan et d'autres auteurs ont démontré que cette interprétation n'est point acceptable II est bien plus probable que la partie occidentale de TAngleterre, TÉcosse et Tlrlande, possédant un climat presque identique, sont également soumises à ce concours de circonstances qui produit le typhus. Rien assurément n'est plus remarquable que la facilité avec laquelle l'impression du froid (qui ne présenterait aucun danger en Angleterre) amène la fièvre tachetée {maculated) ea Irlande, et cela chez des sujets qui sont à l'abri de tout soupçon de contagion. C'est au point qu'en dehors des temps d'épidémie, l'action du froid est la cause la plus ordinaire de la maladie,

On a souvent répété, on a souvent écrit que les épizooties régnent toujours en même temps que les épidémies, et l'on pourrait au besoin invoquer les témoignages d'Homère et d'Hérodote à l'appui de cette ' croyance populaire. Quant à moi, je suis convaincu que certaines maladies, telles que les fièvres intermittentes, rémittentes et bilieuses, etc., peuvent être engendrées par des miasmes, et que ceux-ci, émanant du sol, peuvent exercer une influence non moins funeste sur les bestiaux. L'ouvrage de M. Chadwick contient sur ce sujet quelques données intéressantes :

tt Lorsque j'étais occupé à rechercher les effets du drainage sur la santé générale, j'ai été fréquemment informé que les populations rurales n'avaient pas observé sur leur propre santé les heureux résultats de la nouvelle pratique agriculturale, mais qu'elles en avaient constaté l'influence favorable pour la santé et l'amélioration du bétail. Le drainage avait donc été pour ces campagnards la source d'un double avantage : il avait augmenté les produits du sol, et il avait diminué les pertes causées par les épizooties. »

Dans un travail où il s'est proposé de faire connaître les relations qui existent entre laclavelée et certaines maladies de l'espèce humaine, le docteur Edward Harrison a consigné les remarques suivantes :

a Tous les éleveurs expérimentés connaissent le rapport de causalité qui lie l'humidité à la clavelée. Il est d'observation que cette maladie est devenue beaucoup moins fréquente dans lecoraté de Lincoln, depuis que les cours d'eau et les ruisseaux sont mieux entretenus, depuis qu'on a desséché le sol en ouvrant des fossés, et en plaçant des tuyaux (le drainage. Sir John Pringle nous dit que des personnes se sont maintenues en bonne santé durant les saisoiis insalubres, en habitant

CADSES DES ÈI'tDftMIES, 117

les éUtgcs supérieurs de leurs mnisons, et je suis porté k croire, eu ce qui loucbe les moulons, qu'on peut les soustraire àlaclaveiée, simplement en leur faisant passer la nuit sur des terrains élevés.

u Feu M. Bakewell disait qu'aijrès le \" mai, il pouvait à voloDlé faire naître cette maladie, en arrosant ses étables et en les peuplant lorsqu'elles étaient encore Immides. »

Les bons effets de l'entretien [des routes et de quelques pratiques auxiliaires, tellesquele drainage des maisons et des chemins, ne se font p&s seulement sentir dans les rues des villes ou des villages, mais leur influeucc s'étend plus loin, nu delà des liabitalions qui bordent les grandes voies de communication.

Uarrison, dont j'ai déjii invoqué le témoignage à propos des analogies qui eiislent entre les épizooties et les épidémies, s'est occupé des moyens de prévenir l'invasion de la fièvre ou de la clavelée, et il iTertit les bergers que, tout en ayant des piUurages bien drainés, tout ED évitant avec soin ce qu'on appelle' dans les champs les « places pourries >, ils verront toutes leurs précautions rester inutiles, s'ils n'évitent pas avec la même attention de conduire leurs troupeaux dans les chemins boueux, remplis de tlaques d'eau stagnante, qui sont en icsiité aussi pernicieuses que les a places pourries » des champs. Il in~ àste, eu outre, avec beaucoup de force sur celait, que la clavelée, c'està-dire le typhus, a pu être contractée en dix miuutes, que dos troupeaux entiers peuvent être infectés en un quart d'heure, lorsque le sol a gardé son humidité, et que la température est très élevée. Il cite, entre mires, le fait suivant pour montrer le danger des terrains mal draines :* Un propriétaire avait envoyé de fort loin quatre-vingt-dix moutons à sa maison de campagne. En arrivant à un pontjeté sur le Berlin^j, l'un d'eux tomba dans un fossé et se cassa la jambe. Le berger prit aussitât l'animal dans ses bras, et le porta dnns une maison voisine oïl il le pansa. Pendant ce temps, <|ui ne dépassa pas une heure, les autres moutons eurent toiile liberté de brouter l'herbe des fossés et du chemin. Le troupeau arriva enfin à destination, et un mois plus lard il fut rejoint par le blessé. Le berger découvrit bienlât que tous ses moutons, à l'exception du boiteux , avaient pris la clavelée ; et conimi' ils n'avaient été séparés dans aucune autre circonstance, il est tout naturel de penser qu'ils avaient contracté la maladie en paissant dans les bas-Ibnds humides. • Ccs])récautions que l'on <loit prendre pour les bestiaux, paraissent également applicables aux populations ouvrières, qui se trouvent placées tlans des conditions analogues.

Néanmoins, messieurs, je dois tous dire que, malgré toute la sollicitude avec laquelle j'ai étudié depuis plus d'un quart de siècle la marche du typhus en Irlande, je n'ai jamais pu saisir de relation bien directe entre ces épidémies et les maladies épizootiques. Il est certain qu'on peut voir régner le typhus dans le moment même où une maladie meurtrière frappe les bétes à cornes^ les cochons et les moutons, et un logicien imprudent pourra facilement conclure d'un simple rapport de coïncidence à un rapport de causalité. Hais une observation plus prolongée dissipera bientôt cette erreur, en montrant que la coexistence est purement accidentelle. Les années 18^1 et 18^2 sont fort démonstratives à cet égard : durant cette période, le bétail de l'Irlande fut décimé par une effroyable épizootie, et je ne me rappelle pas avoir vu à aucune autre époque une plus grande immunité contre le typhus ; il n'y en avait quelquefois pas un seul cas dans les salles de cet hôpital,

Je vais maintenant remplir la promesse que je vous ai faite au commencement de cette leçon, et vous présenter l'histoire abrégée de l'épidémie de 1867, en insistant surtout sur les causes qui l'ont ame^ née. Je terminerai en résumant mes opinions sur le sujet.

Après avoir fait quelques recherches (1) sur l'extension de la fièvre en Irlande pendant les années 1837 et 1838, je fus amené à cette conclusion, que les causes principales de la diffusion des épidémies dans notre pays doivent avoir un caractère de généralité très prononcé, puisque nous observons le plus parfait accord entre les résultats fournis par les villes les plus éloignées, et les plus différentes sous le rapport de la situation et de l'exposition. Il faut que l'île tout entière soit soumise au rac^me instant à une influence générale, agissant partout avec la môme violence; c'est là ce qui explique la coïncidence dont je viens de parler, c'est là ce qui permet de comprendre comment l'épidémie présente en môme temps son maximumd'intensitédansdes lieux très différents. 11 va sans dire que la connaissance de cette influence épidémique inconnue, qui, même à son degré le plus faible, îi'esl encore que trop puissante en Irlande, ne doit pas nous empêcher d'admettre l'action de plusieurs autres , causes, moins importantes, il est vrai, mais également aptes à produire le typhus. Nous devons signaler ici le refroidissement subit, les fatigues, les émotions morales et la contagion. La dernière épidémie a pleinement justifié ces assertions.

(1) Ces recherches ont été publiées tout au ionp: dans «lansleXIV volume du Dublin Journal of médical science, (I/Aitkcr.)

TYPHUS ÉPIDtMIQUB DE 18^7. 119

Les ralâtioiis qu'on a eberché à établir entre les épidémies de fièvre el k disette ont été l'origine de bien des maux. La diffusion considérable de le flèfre de 1867, son développement rapide, la mortalité extreotdioaife k laquelle elle a donné lieu, tout cela peut être en grande partie attriboé à l'importance fort exagérée que Ton a, dès le début, aeoordée k la fiimine. Cette maxime, érigée en loi absolue : « S11 n'y avait pas de famine, il n*y aurait pas d'épidémie^ » empêcha de donner aoieeiisesréelles de la maladie toute l'attention qu'elles exigeaient. Bien plus, ose causes étaient directement mises en action par les mesures mêmes qo'on adoptait, pour suppléer à Tinsufflsance de la nourriture.

L'usage d'une alimentation insuffisante ou malsaine prédispose à la maladie, {Mir suite de l'influence débilitante qu'elle exerce sur l'économie; les individus sont alors plus susceptibles d'être touchés par la contagion, lorsqu'une épidémie existe, mais je ne puis admettre que cette cause soit suffisante pour engendrer une épidémie. L'encom- • brement, le manque d'air et la saleté, voilà des influences qui, par ellesmêmes, peuvent produire des maladies épidémiques; s'il vient s'y ajouter l'action éminemment dépressive de la famine, nous aurons réunies toutes les conditions les plus capables de provoquer la diffusion d'une maladie contagieuse existant déjà ; or, nous l'avons dit^ le typhus est constamment endémique en Irlande.

One récolte insuffisante de pommes de terre, jointe à d'autres circonstances fâcheuses, fut pour tout le pays une cause de disette en 18^5 et en 1846. Dans la première année, les cas de typhus ne dépassèrent pas de beaucoup leur chiffre ordinaire, et l'on prit des mesures très actives pour donner au peuple de l'occupation, et une nourriture suffisante. Ces mesures eurent pour effet d'exposer à l'action de l'air, pendant une saison froide et humide, une foule d'individus réunis, et d'encombrer, dans toute la contrée et dans une proportion vraiment épouvantable, les maisons d'asile et les établissements hospitaliers.

C'est alors que la famine (dit le docteur Lalor dans sa description de l'épidémie de Kilkenny) poussa les flots d'une population à demi affamée dans les grandes villes, dans les cités opulentes, où les moyens d'alimentation étaient plusabondants; les misérables auberges où ces gens trouvaient un abri furent bientôt remplies ; elles devinrent autant de foyers de contagion, où l'on vit naître les plus mauvaises formes de la lièvre. L'impureté de l'air fut encore auginentée par suite de l'accumulation dans les rues et dans les allées d'une prodigieuse quantité de fumier etd'excrénients humains. Ces tristes circonstances étaient dues,

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soit à la prédominance désaffections intestinales, soit à la cherté et à la disette des vivres, chacun n'ayant d'autre souci que d'assurer sa subsistance, soit enfin à l'impuissance et à la mauvaise volonté des fermiers, peu disposés à faire des frais d'engrais pour une culture aussi précaire que celle des pommes de terre. C'est dans le voisinage de ces rues et de ces ruelles que la fièvre sévissait principalement, réservant aux classes aisées ses coups les plus meurtriers.

Le rassemblement d'un grand nombre d'individus, aussi bien en plein air que dans l'intérieur des maisons, a été de tout temps une cause active de maladie. Ainsi, en 1812, dans la province defiujerat (Indes occidentales), la population encombrait les villes par suite d'une grande disette, lorsqu'une épidémie vint la décimer impitoyablement ; seulement c'était ici une épidémie de variole. Mais on ne trouverait peutêtre pas dans les annales du monde entier une démonstration aussi effroyable des effets de VerUassement^ que celle qui a été fournie en Irlande par l'année 1847. Tous les journaux, tous les écrits périodiques du temps s'accordent sur ce point, que Vépidèmie de 1847 a été produite par le rassemblement d'une énorme quantité d'individus sur le même point, dans les maisons d'asile par exemple, et dans les bâtiments oh l'on distribuait des vivres. Voici d'ailleurs quelques preuves à l'appui.

Le rapport des Commissaires du droit des pauvres, publié en mai 1847, renferme des détails d'un terrible intérêt sur les progrès de la mortalité en Irlande. Pour la semaine de 1846, qui finissait le 4 avril, le nombre total des décès dans les maisons d'asile de l'Irlande avait été de 159 ; pour la semaine correspondante de 1847, finissant au 3 avril, il s'éleva à 2706. L'augmentation des cas de maladie et l'extension de la fièvre sont plus effroyables encore. Le nombre des malades avait plus que doublé : au 4 avril 1846 il yen avait50861, etau 3 avril 1847 106 888; dans les hôpitaux, la proportion s'était élevée de 8121 à 28 239, et dans les établissements consacrés spécialement au typhus, elle avait monté de 864 au chiffre colossal de 8931.

Mais ces rapports sont encore plus effrayants, s'il est possible, lorsqu'ils nous font connaître la mortalité qui existait alors, et son augmentation rapide à partir du mois de novembre. En avril 1846, la mortalité hebdomadaire était de 3 sur 1000 habitants. Dès le mois de novembre, elle montra une tendance à s'accroître; pendant les quatre semaines de décembre, elle arriva successivement aux chiffres 7,6, — 8,6 — 10,3 — 11. En janvier 1847, elle fut de 12,2 dans la première semaine, de 13,3 dans ladernière. Pendant la premièiesemainedefévrier

TÏPUIS ÉPIDÉMIQUE DE ll*Ù7. 121

lu proportion tut de 17. et pendant la dernière elle monta ii 19,5. En mars elle oscilla entre 20 et 32, et enfin en avril elle s'éleva à 25. 11 y eut 25 décès par chaque millier d'habitants, dans la dernière semaine dont il est tait mention dans le rapport.

Void comment s'exprime un des journaux du temps : " Depuis quelques mois le typhus tait à Cork de lents, maiâ constants procès; ceux qui ont examiné attentivement le rapport médical publié en février dernier sur l'Iidpilal de (^ork seront fort étonnés non pas que la maladie ait tait irruption dans la ville avec une si terrible rapidité, mais que le Iléau qui épouvante aujourd'hui les habitants ait été si longtemps contenu. Dans l'hâpital on mettait troiri, quatre et même cinq malades dans le même lit, et dans les salles des convalescents il y avait quarante-cinq lits pour cent vin(,'t personnes. Oiinc pouvait attendre d'un tel élat de choses un autre résultalque celui que nous voyons aujourd'hui. >< Dans les autres hôpitaux, les mêmes effets se sont produits partout oij il y a eu encombrement. Il en lut ainsi it Dublin, àFertnanagh, àGalway, à Limcrick,à Waterlord, cic, L'Iu'ipital de Killmiillock, bftti pour 800 personnes, en rcntèrmait près de 1500 le 1 7 février. Aussi le typhus et la dysenterie y firent de nombreuses victimes, et les malades, affolés de terreur, commençaient à abandonner l'établissement, lorsque les commissaires du droit des pauvres défendirent toute idmiftsion ultérieure. Cet exemple prouve péremptoirement que l'entassement était lu cause de ces maladies; car, lorsqu'au mois d'avril le chiffre des pensionnaires fut réduit à 1000, il y eut une diminution rapide dans le nombre des malades.

Le docteur Dillnn, chirurgien de la Co. Mayo /afirmary, l'un des gardiens du droit des pauvres, m'a écrit au mois de mai 18ù7 une lettre dont je vais vous lire quelques lignes ; elles seront pour vous un témoij^afie de plus : « Les commissaires ont donné une truste preuve de leur ignorance en police médicale, et ils ont montréqu'ils sont complètement incompétents pour s'occuper de l'état sanitaire du pays: car la maladie régnait partout où leurs établissements étaient en aciivilé, mais elle régnait là seulement. Nous ne voudrions pas ouvrir nos portes et rassembler les pauvres, si nous n'avions pas d'argent pour subvenir k leurs dépenses, car nous serions délaisst^ et voué^ à la haine ; mais, grâce à Dieu, tious avons épargné, j>nr noire conduite, la vie des hommes, rt nous avons vu notre résidence élre moins cruellemeiU frappée que toute autre partie du royaume, soumise h l'institutioij du droit des pauvres. Nous avons en même temps secouru les malheureux par des

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souscriptions particuMèies, et la disette a fait chez nous moins de victimes que partout ailleurs (1). »

Je n'ai pas l'intention de vous exposer dans tous ses détails l'histoire de l'épidémie de 18^7. Je désire avant tout vous montrer que cette épidémie nous a révélé une fois de plus les causes de la propagation du typhus dans ce pays, ainsi que le caractère contagieux de la maladie. Aucune ville en Irlande n'a été plus éprouvée que Cork; nulle part aussi les inQuences pathogéniques n'ont été plus prononcées. Déjà je vous ai dit à quel point l'hôpital de cette ville était encombré ; aussi le nombre des victimes atteignit d'effroyables proportions. Du 22 décembre 18/i6au 24 avril 18/i7, c'est-à-dire dans un espace de quatre mois, 2130 personnes périrent dans l'enceinte de l'établissement. I^ période d'accroissement se déclara à peu près à la même époque, et dura jusqu'au milieu de mars; à ce moment, les mesures sanitaires prises par le conseil commencèrent à porter leurs fruits, e t amenèrent dans la mortalité un déclin graduel, mais non sans quelques oscilla-

TYPHUS ÉPIDÊMIQUE DE 18^7. 128

tioM. Voiei da reste les chiffres exacts des décès par semaine et par mois, à dater du 27 décembre.

JAlTfin. FÉVRIER. MARS. ATRU.

Datot. Morts.

Total ... 329 Total ... 606

Etl'on arrive ainsi, comme je l'ai dit, au chiffre presque incroyable de 2130. Dans le mois de mai il y eut encore 359 décès, et dans le mois de juin un peu plus de 200. A dater de ce moment, grâce à la diminution de l'encombrement et à quelques autres précautions hygiéniques, le nombre des malades et la mortalité proportionnelle s'abaissèrent rapidement^

n serait facile démultiplier les exemples, et de citer un grand nombre de cas dans lesquels le typhus a reconnu pour cause Vmiassement des malades. Feu Pearson, chirurgien des plus distingués, autrefois attaché au Lock bospital de Londres, a observé constamment que les cas de

grafco ttatistico comparativo délia febbre petecchiale che ha regnato epidemicamente nêgH a»iH1817 0 1818, etc. Milano, 4822 (voy., entre autres, p. 537). — J.V. ab Hikkwibrand, Ueb$r den ansteckenden Typhus nebst einigen Winken zur Beschrankung od9r g&mMUch$n TUgung der Kriegspest und mehrerer andercn Menschenseuchen^ 2* édil. Wien, 1815, p. 132. — Joseph Frank, Praxeos medicœ prœcepta Mn/t'er>o, 2* édit. Lipsiœ, 1826, art. Typhus.— W. W. Gerhard, Clinical Lectures. Philadelphia, 1848. — R. Reid, Transactions of fellows and licenciâtes of ihe king and queen's CotUge of pkyticians in Jreland, ill, 1820.

Je crois être utile en donnant ici rindication bibliographique des travaux que Graves a cités sans en indiquer la source.

. Pcrcival, Praclical observations on the treatment, palhology and prévention of typhus fever. London, 1819. — Bateman, Succinct Account of tlœ contagions feicr of thiscountry, exempli/ied in the épidémie now prevailing in London. I.ondoii, 1818. — Armstrong, A practical illustration of typhus fever, of the commun continued fever and ofinflammatory diseases. London, 1819. — H. Cluiterbuck, Observations on the pmervatory and treatment of the épidémie fever al présent prevailing in the metropoiis and most parts of the umted kingdom. London, 1819. — K. Graham, Practical obsennUions on continued fever, especially that form at présent exisling as an épidémie. Glasgow, 1818. — Barker and Cheyne, Account of the epidemical fever in Ireland. L4Midoo, 1824. (Note du Trad.)

fièvre augmentaient, toutes les fois que le nombre des malades, réunis dans la même salle, dépassait une certaine limite. Frappé de la constance de ces résultats, il eut l'idée de diminuer, dans chaque salle, le nombre des lits, et dès lors le typhus disparut sans retour.

Du reste, il y avait à Cork bien d'autres causes capables d'aider au développement de l'épidémia Écoutez ce que dit à ce sujet un journal du tcimps, et vous croiï%z qu'il s'agit d'une ville pestiférée du moyen âge, bien plutôt que delà seconde ville de l'Irlande, frappée du typhus au milieu du xix* siècle.

(( L'incursion des pauvres de la campagne continue dans les mêmes proportions, mais on s'en aperçoit moins, parce que ces malheureux attendent la nuit, dans les faubourgs de la ville ; ils entrent alors en rangs serrés; les vieux, parents portent liées sur les épaules les couvertures de leurs lits, les enfants traînent des pots, des casseroles, des cruches, de vieux sacs et d'autres objets de ce genre. En moyenne, il entre journellement 300 de ces misérables créatures dans notre ville ; elles y apportent à la fois la saleté, la vermine et la maladie. Elles sont entassées sur de la paille dans les rues principales, remplissent les ruelles et les allées, deviennent ainsi des sources trop abondantes, hélas ! de contagion. Si les hommes chargés de veiller à l'hygiène publique ne se hâtent pas de faire nettoyer et blanchir les maisons, il est à craindre que l'infection n'exerce des ravages épouvantables sur une telle agglomération de population, principalement dans les quartiers mal ventilés. Le nombre des déct\s s*élève aujourd'hui h une moyenne de 500 par semaine; dans cette évaluation sont comprises les maisons de secours, les prisons, les autres établissements publics ; on a tenu compte aussi des malheureux que la fièvre et la faim font mourir dans les rues. Quoiqu'on ait ouvert lundi \o Cat Fort hospital, qui peut recevoir 200 malades, cette ressource est complètement insuffisante, et une foule de patients sont couchés sur de la paille, dans la rue qui conduit à l'hôpital. On a créé dans le voisinage un autre établissement qui contient 120 lits. Les promenades, les lieux fréquentés sont encombrés de malheureux : les uns, accroupis sur de la paille, cherchent les rayons du soleil, les autres sont blottis sous des couvertures; tous, misérables sujets de pitié et de dégoût, vivent de la charité des passants. On a vu celte semaine de nouveaux convois arriver sur le quai de Camden. Quoique tous ces gens porlent sur eux Tempreinte de la misère, beaucoup cependant sont des imposteurs ; car ils ont un peu d'ar^ient, et lorsqu'on les conduit aux dépôts de vivres, ils refusent ce secours «vec dédain. La compassion mal entendue du pu-

TYPHUS ÉPIDÉMIQUË DE 18/^7. i25

blic maintient ces misérables dans Tintérieur de la ville , quoiqu'ils n'aient aucun droit à y rester ; il serait beaucoup plus sage de les renvoyer dans leurs propres districts, puisque des comités de secours et des dépMsde soupe sont établis maintenant dans toute la contrée. Vendredi dernier, une femme de la campagne a abandonné son enfant à moitié nu et en pleine éruption de variole ; elle Ta laissé dans le milieu de Patrick-street comme un legs aux citoyens. »

J'extrais encore du Westminster Bevtew, d'avril 1847, quelques observations judicieuses , qui ont directement trait au sujet qui nous occupe.

« Il est fort regrettable qu'avec une grande ardeur pour la création des moyens de secours, on se soit si peu occupé du meilleur procédé de leur application. L'infection a été le résultat de cette charité mal ordonnée; et la mort môme n'a éveillé aucun soupçon sur cette faute : nous n'avons pas vu que nous aidions nous-mêmes aux effroyables dévastations de la maladie. On dit que dans les maisons de secours de l'Irlande, la mortalité de Tannée a atteint le chiffre de 70000 décès; mais est-on fondé le moins du monde à prétendre que cette mortalité est l'effet des privations? Les pensionnaires de ces établissements ne sont-ils pas nourris, chauffés et habillés? Est-il un seul membre du comité de salubrité qui ne soit pas en mesure d'affirmer au gouvernement que ce triste résultat dépend avant tout de l'encombrement, et d'une aération défectueuse? Faut-il que de telles conditions soient maintenues plus longtemps sous prétexte de charité? Ne doivent-elles pas être au plus tôt dénoncées comme les agents de la mort? Le rapport de H. Twislelon nous a appris qu'au 17 octobre dernier, sur les 130 maisons de secours que possède l'Irlande, 29 seulement étaient pleines ou à peu près; les 101 autres pouvaient entre elles toutes recevoir encore Zk 000 pensionnaires. Mais lorsque rexécution des travaux publics entrepris par le gouvernement eut t'ait mettre sur pied, pour ainsi dire, une gigantesque armée de 500 000 hommes, qui consonjmèrent toutes les ressources du pays, lorsque le prix des subsistances eut incessamment augmenté, lorsque les familles eurent été abandonnées par leurs membres les plus robustes, alors la partie la plus faible de la population se précipita dans les maisons d'asile, seul reluge qui loi fût offert. Singulier refuge en vérité que celui où l'on n'entrait que

pour souflVir et mourir! Nous pouvons montrer aussi comment

riufection extérieure fut la consé(|uence nécessaire de ces secours mal administrés. Un noble lord apprend, par la voie des journaux, (|uc la

se transporte d'Oxford à Skibbereen pour jager des faits par lui-même. Il eotre dans une chambre contenant trente individus, tous morts ou mourants. Il voit des hommes entasser les cadavres dans des charrettes avec une indécente précipitation. Gela lui ^u(flt ; il ne songe pas à s'enquérir si la maladie ne pourrait pas^ par hasard, s'ôtre développée dans ce lieu, sous Tinfluence d'une autre cause que la disette ; il ne remarque pas que Skibbereen, ville bien située, placée dans d'excellentes conditions, et relativement riche, estdevenue un centre de secours, uu foyer de la charité anglaise, et qu'en conséquence elle a été soudainement envahie par tous les pauvres des cantons environnants, qui viennent chercher dans les cloaques de ses rues un abri nocturne. Il n'accorde aucune attention aux rapports sanitaires, ni même à l'ancienne et vulgaire histoire du cachot de Calcutta. Il ne réfléchit pas que propager un pareil système de bienfaisance, c'est creuser plus profondément encore l'abîme de misère qu'il a ouvert. Il ne demande pas qu'on modifie les procédés de secours, il demande seulement qu'on fasse davantage, et frappé de terreur par ce qu'il a vu, il se hâte de retourner en Angleterre, où il contribuera, malgré lui, à augmenter encore l'horreur de cette désastreuse situation ! »

On commet une autre faute. Lorsque les pauvres étaient admis dans les maisons d'asile, ils passaient soudainement d*un régine insuffisant et malsain à l'usage d'une nourriture saine et abondante. Or, tout changement de ce genre, même lorsqu'il s'agit d'une amélioration, est dangereux, et augmente la susceptibilité morbide. A Cork, durant l'épidémie, on fut obligé de former un campement pour les troupes, parce que les recrues qui arrivaient à moitié affamées, souffraient beaucoup du changement de régime et tombaient malades. Il y a quelques années, par suite de causes ^mblables, un des meilleurs régiments de Suède, composé de Dalécarliens, perdit près de la moitié de ses hommes. Ces soldats avaient dû quitter leur pays pour se rendre dans la capitale: au pain noir et aux pois qui formaient leur alimentation habituelle, succéda la nourriture plus substantielle de Stockholm, et ce changement altéra tellement leur santé, que pour sauver les survivants, on dut les remettre à leur régime ordinaire.

Toutes les considérations qui précèdent sont autant de preuves du caractère contagieux du typhus; mais son développement rapide à Liverpool et à Glasgow, les deux villes de la Grande-Bretagne qui ont avec l'Irlande les communications les plus immédiates, son extension

TYPHUS ÉPlOÉMIQUfi OE 1867. 427

à rAmérique anglaise et à New- York par rinteriuédiaire des émigrants, ne peuvent laisser aucun doute sur cette question.

Au OQiiiiiieDceinent du mois de mai 1847, lord Brougham présenta à la diambre des lords une adresse des habitants de Liverpool, portant que 103 000 irlandais étaient arrivés dans la ville durant les six derniers mois; peu de temps après le typhus d'Irlande éclatait dans celte dté avec toute sa violence, et y faisait un nombre considérable de victimes. Si nous consultons le registre général des décès pour l'Angleterre, nous verrons qu'il y eut à Liverpool, district de Saint-Martin, paidant le deuxième trimestre de 1847, 661 décès, c'est-à-dire 200 de plus que dans la période correspondante de Tannée précédente; le typhus et la diarrhée Furent les affections dominantes. Dans le district de Greal Slewart-street, il y eut 1080 morts : ce grand accroissement de la mortalité doit être attribué, dit le rapport, à la fièvre dlrlande qui décime les pauvres. Dans le quartier de Dale-street a 809 décès, c'est-à-dire 320 de plus que dans le trimestre précédent (1). Cette différence est due tout entière aux ravages de la fièvre parmi les Irlandais de la basse classe; 280 succombèrent au typhus et 40 à la variole. » Dans le quartier de Saint-Thomas, « le chiffre des morts a notablement dépassé la moyenne ordinaire, et cela par suite des progrès alarmants de la fièvre. » Dans le district de Mounl-Pleasant « 1007 décès (ce qui constitue avec le précédent trimestre une différence de 499), provenant uniquement de rafflueuce des Irlandais pauvres dans la ville de Liverpool. » Dans le district d'islington, il y eut Zi66,morts, 193 de plus quedans la période parallèle de|18^6 ; dans l'arrondissement de Saint- George « le nombre des décès (1 88) dépassa celui de toute autre époque^ et présenta un excès de 88 sur le trimestre correspondant de 1846.

Dans le compte rendu du troisième trimestre de 1847, le rapporteur consigne les remarques suivantes : « Une des villes les plus malsaines du royaume, Liverpool, a été, pendant une année, l'hôpital et le tombeau de l'Irlande. Les nombres des décès pour les quatre trimestres de 1846 ont été 1034, 2098, 2966 et 2735 ; pour les trois premiers trimestres de 1847, les chiffres sont 3068, 4809 et 5669 I Ajoutons à ces résultats le chiffre de 3735 qui appartient aux derniers trois mois de l'année, et nous avons une mortalité totale de 17 271. La popu-

(1) Le texte porte 230 , mais c'est évidemment une faute typographique, puisque nous lisons uu peu plus loin que 280 malades succombèrent au typhus, et âO à Id

(Note du Trad.)

i28 CLINIQUE MÉDICALE.

latioii de Liverpool était au dernier recensement de 223 05& habitants. Il est impossible de décrire plus éloquemment que ne le font ces courtes notes du rapport le spectacle pitoyable que présentait cette gninde cité avec ses lazarets flottants sur la Hersey, ses maisons d'asile regorgeant de pauvres affamés, ses trois hangars préparés pour 300 personnes, et constamment pleins de malades; et le fléau commençait à ravager les classes élevées. »

De Liverpool, le typhus ne tarda pas à envahir toutes les grandes cités de l'Angleterre, frappant de ses coups les plus meurtriers les villes manufacturières, encombrées de population : Manchester, par exemple, Leeds, Birmingham, Sheffield et Londres.

A Glasgow, la maladie fut directement importée d'Irlande, et la mortalité y fut si considérable, qu'elle dépassa de beaucoup celle qu'on avait observée pendant Tannée du choléra. Les tables nécrologiques donnent, pour 1867, 18 886 décès, 7250 de plus qu'en 1846. 11 a été démontré que ce triste résultat fut dû à l'immigration des pauvres irlandais, dont la maladie se propagea rapidement à toute la ville.

On a calculé que pendant l'année 18/!i7, le nombre des émigraiits pour TAmérique a dépassé de plus du double celui de Tannée précédente ; aussi ne serait-il pas suffisamment exact de dire que les passa* gers encombraient les navires, ils y étaient littéralement entassés. A peine un seul vaisseau resta -t-il indemne du typhus durant la traversée, et la mortalité, comme on pouvait s'y attendre, fut beaucoup plus grande que sur terre 11 résulte de documents authenti(iues que j'ai sous les yeux, que Ik 539 Irlandais émigrèrent en iSUl pour TAuiérique anglaise septentrionale, et je vous donne l'estimation la plus basse : sur ce total, 5293 sont morts pendant le voyage; 8563 furent admis à l'hôpital des quarantaines à Grosse-lsland, et d'après le rapport, 3452 succombèrent, ce qui fait une moyenne de UO pour 100. Parmi ceux qui entrèrent à Québec , dans les hôpitaux de la marine et des émigrants, ou qui logèrent dans cette ville jusqu'au 9 octobre, il y eut encore 1041 décès , ce qui donne un total de 9786 morts jusqu'au moment où les survivants partirent pour Montréal : c'est donc une moyenne générale de plus de 12 p. 100. D'après les rapports particuliers de chaque navire, je suis parfaitement certain que ces chiffres ne sont entachés d'aucune exagération. Le Ce/y/an avait 275 passagers; à l'arrivée à destination, 30 étaient morts, 115 étaient atteints du typhus. Lq Loosthank^ qui portait 349 voyageurs, eut 117 niortb; 20 personnes? seulement furent respectées par la fièvre. Trois vaisseaux perdirent

TYPHUS ftPIDÉMIOCE RE 18-'l7. 129

ensemble 275 individus. Le rapport des commissaires de la salubrité à New-YorK nous apprend que les vaisseaux en provenance de l'Europe avaient eu en mer 957 décès, et que les trois quarts des malades (Irlandais pour ia plupart] admis dans les Ii6pilaux des quarantaines provenaient de navires anglais.

Cesfaitsparlentd'eux-mêmes.eldémontrentavec une triste éloquence les causes du typlius irlandais, et le caractère contagieux de la maladie (I), En résumé, l'élude attentive de la dernière épidémie et de celles qui l'ont précédée m'a amené aux conclusions suivantes :

I. — Le lypbus peut se développer épidémi<]uement en Irlande, en l'absence de toute disette; l'iiisloire de beaucoup d'épidémies est là pour le prouver. Pour les détails de la question, je renvoie au commenlaire de M. Wiide sur le recenscmenl du gouvernement en 18ù1; ce commenlaim a été publié dans le rappot l des commissaires.

It. — La famine peut coïncider avec l'épidémie.

(I) Dsni le nombrr; conHilùrible d'auteurs i]ii[ ontlrailédu Ijphus, il eu es: fort peu qni nient le csractùre conlagieux de la maladie, et en vérité ce curaclère ressort avec éiidenee de toutes les retati'jns d'épidémies. Tous les auteurs que j'ai cités, bien d'antres encore que je pourrais nommer, ont admis la toute- puissance du contsgiuni Ijpliique. Il ne saurait donc y avoir de doute à cet égard. Mats si l'on étudie nttenlivement les (kits rapportés par Graves, si l'on lient compte, en outre, do la diffusion rapidement généralisée de la maladie, je crois qu'im sera porté à admettre que le Ijphus Ht aussi inferlieux que conlagieuTC. C'est d'abord la coiit!i|[ion , cl lo contagion seule qsi pmpKe Téjiidémîe ; mais lorsque le noailrc des malades est devenu plus considérable sur le même point, l'almospliére ne tarde pas à être empaisonnée par les cfluvea qu'ils dégagent ; i partir de ce moment, l'infection vient prêter il la contagion Son redoutable concours, et la propagation de la maladie arquiert une épouvantable rapidité. Le typhus est donc, k ce point de vue, une maladie contagiD-infectieuae : il semble même que c'est l'élément infectieux qui fait toute la ditTérence, au point de vue de la génération, entre le typhus épidémique et le Ijphus endémique. Dans ee dernier CM, cet élément tout-puissant mangue, et la lièvre limite ses coups a quelques victimes qu'elle frappe [à et là à de rares intervalles ; c'est alors aussi qu'en prenant toutes les luturea nécessaires pour empêcher les eflcl' de la contagion, on rcusslt souvent â Htîndre la maladie sur place. le n'ai pas besoin d'ajouter, je pense, que je réserve lu queition de prédisposition individuelle ; ici, comme partout, celte question domine toutes les autres.

Tout en reconnaissant l'inlluGnce de la contagion. Graves ne nous dit rien du mode par lequel elle s'opère. Si nous clicrchons quelques renseignements à ce sujet dans Ih lateum, nous verrons que la propagalion de la maladie peut avoir lieu, et par la contagion vive, et pir la conlo^ion morte. Les agents de la première sont, au dire d'Hildenbnnd (loc. ctl.), le pus, la pituite et la lymplie. Joseph Frank [toc. cil,), trad. traotaUe de Bajrle, I, p. &18) accuse avont tout la sueur et la Iranspiralinu insensible, s'éeartant en cela d'Omodei, qui »sFurc que Ici liquides de l'cxcrùlion cutanée,

i90 '. GLIBIIQUC IIÉOXCALE.

III. -^ Comipe las épidémies se suocàdent à d'assea courts intorvalles et que U disette e$t malbeureusemeut trop fréquenta, il s'ensuit qu*une tendance épidémique du typhus peut exister en m4«e temps que celle-ci.

IV. —Comme il n'y avait pas eu d'épidtoie depuis plusieurs années, les chances de coïncidence étaient encore plus grandes en i8&7.

y. — La propriété contagieuse du typhus d'Irlande a été amplement démontrée par la dernière épidémie. En revenant de leurs tournées, les avocats et les avoués apportaient avec eux la maladie dans les villes. Il y eut un moment où je soignais ici à Dublin cinq d'entre eux : tous les cinq étaient de Galway ; et M. Raynul m'a fait savoir que dans les dépôts des prisons, tous les cas de fièvre provenaient de la campagne.

VI. — Si les familles qui rentrent à Dublin, après avoir séjourné à la campagne, sont rarement atteintes, cela prouve que les causes qui

en s'évaporanl, doivent perdre leurs propriélùs nuisibles {soltanto col volatilizarsi egli vede perdere la virtu infeltante) {loc. ct7., p. 482). Mais c'est trop m'arrèler sur une question de détail, d'autant plus inutile qu'on ne peut vraiment pas admettre que la contagion soit localisée dans telle ou telle partie de l'organisme à l'exclusion des autres. J'ai encore ici pour moi l'autorité du médecin italien, qui déclare que toutes les parties solides et liquides sont plus ou moins imprégnées de molécules contagieuses (ptù 0 meno impregnate di molécule contagiose) (OmoJei, loc, cit. y p. 480). — Quanta la contagion morte, elle peut avoir lieu par l'atmosplière propre à chaque malade, par les vêtements, par les lits, les tentes, clc. Frank et quelques autres admettent, en outr , que les cadavres peuvent devenir une cause de contagion, mais Lind [Two papers on fevcrs and iufcctiony London, 17G3)et Hildenbrand ne partagent pas cette manière de voir.

Le principe contagieux du typhus manifeste ses effets tanlOt sur-le-champ, tantôt plus tard : on dit alors que la contagion est latente. Je ne connais pas d'exemple de contagion instantanée plus démonstratif que celui qui a été rapporté par Frank {loc. cit. y p. 416) : « Dans une épidémie du bourg de Gernsbach, duché de Bade, en 1769, mon père quitta la maison, plein de santé pour visiter ses malades; mais pendant qu'il prodiguait les soins «le son ministère» il fut saisi tout à coup d'une telle prostration, qu'il eut à peine la force de regagner l'endroit d'où il était parti ; la face s'altéra subitement. Mon frèrCy qui paraissait bien portant, élail entré à la clinique de Vienne; tandis qu'il était auprès du lit d'un malade affecté de typhus, il se sentit tout à coup indisposé. « Ho ricevulo la pistolella^ » dit-il aussitôt. Et, en effet, les forces lui manquèrent pour retourner chez lui, et, à peine ramené dans une voiture, il fut atteint du typhus, dont il mourut. »

Voyez, pour plus de détails sur la contagion latente : llaygarth, Lctlers to thephysicians of feier hospital tn Dublin^ printed by the Society for bettering the condition of poor in Ireland, 1815. (Note du TnAD")

TYPMl'S ÉPIDÈMIQIIU Dt! 18fl7. 131

agiâscnt avec criicacilé hors de la ville sont précisément celles que j'ai signalées : l'entassement, le défaut du renouvellement de l'nir, la malproprelé, elc.

Pendant que ces feuilles élaienl sous presse, nous nvous eu une nouvelle preuve de l'intluence toute-puissante de ces causes. Au commencement de cette année, lu prison de (;al^vay était encombrœ de prisonnien; leur nombre dépassait de près du double la proixtrtion compatible avec la conservation de la santé. Aussi le lypliii-s s'est développé rapidement chez ces mnllieureux, eiifeimûs dans un espace trop étroit; puis, sortant de cet établissement comme d'un foyer d'irradialion, il s'est propagé dans toute lu ville. Un tel fait n'a pas besoin de commentaires.

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