‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 20 sur 123 · TBÊ0R1£S DU TYPHUS FEVER. 13S · texte numérisé non relu

TBÊ0R1£S DU TYPHUS FEVER. 13S

d'un malade, a conduit h penser que la contagion agit sur l'économie par rintermédiaire des nerfs; et beaucoup de médecins rappellent, poar jostifier cette hypothèse, le mode exaction de Tacide prussique, qui tue, disent-ils^ par son influence sur le système nerveux, et avant d'avoir été absorbé.

Il en est d'autres qui soutiennent que le sang subit la première modification morbide, et ils invoquent, avec une égale confiance, l'action des poisons végétaux, qu'ils affirment ne produire aucun effet, à moins qu'ils ne soient entrés dans la circulation (1). Dans l'état actuel de nos connaissances il est absolument impossible de déterminer de quelle manière agit le poison, et fort heureusement c'est là une question sans importance. Un seul fait est certain, c'est que des modifications se produisent à la fois et dans le sang et dans les sécrétions, telles que la sueur, les crachats, le mucus lingual, les fèces et les urines ; mais ces perturbations dérivent toutes d'une seule et même cause complètement inconnue. D'une manière générale, une fois le sang modifié, les sécrétions deviennent plus rapidement anormales; celles-ci une fois atteintes, le sang est beaucoup plus promptement altéré; mais la connaissance de ces phénomènes ne conduit à aucune théorie satisfaisante, à aucun résultat pratiqua

Les recherches récentes des chimistes sur la composition du sang, dans la fièvre et les autres maladies, ont fait espéirer que nous étions au moment de découvrir une loi certaine, fondée sur l'analyse de ce liquide. Pour moi, tout en applaudissant à ces efforts, je dois confesser que je ne crois guère aux résultats avantageux qu'on en attend ; car, à l'exception du traitement du diabète sucré par la diminution des féculents dans l'alimentation, à l'exception des heureux effeisqui résultent de l'emploi de certaines substances et d'un régime particulier, dans quelques troubles des fonctions urinaires, la diatlièse phosphatique et Uthique par exemple, je ne pourrais citer aucun perfectionnement pratique dont nous soyons redevables aux chimistes ; encore ici, remarquez-le bien, ces résultats ont été acquis, non pas par Texaraen des liquides vivants, mais par l'étude des liquides sécrétés, et en fait, il est fort inutile de chercher des médications basées sur les principes de la chimie, alors que cette science est dans l'impossibilité de nous rendre compte de l'action de nos médicaments les plus usités.

(1) Expériences de Blake, Edinburgh med. and surg. Journal^ LUI, p. àô. — Pkysiologk de MuUer, traduite par Baly, 2« édil., 1,'p. 262. (L'Auteur.)

iSà CLlNlQUtt MÊDIGALK.

(iorsqtiela ohimie nous aura révélé pourquoi le tartre stibié fait vomir, pourquoi le jalap purge, pourquoi Topiu m fait dormir ; lorsqu'elle aura découvert les modifications que ces substances produisent dans le sang» alors, mais aloi*s seulement, nous serons en droit de demander à celte science quelque chose de plus; alors nous pourrons espérer qu'après nous avoir fait connaître les conditions morbides du èang, elle pourra venir à notre aide^ en nous indiquant les moyens de faire disparattre« ou môme de prévenir ces altérations.

Les différentes théories de la fièvre , comme on dit , ont eu bien souvent de fâcheuses conséquences pour la pratique. Les doctrines spé* culatives de Browri, de Cullen, de Clutterbuck, de Broussais, de Rasori, d'Arrastrong et de nos médecins des Indes, ont successivement mis en honneur la médication slimulante, et la diaphorétique, et Tantiphlogistique, et les sangsues, et le tartre émétique, et le mercure; chacune de ces méthodes a été tour à tour un objet d'enjouement extrême, le tout au grand préjudice du malade. En ce qui me concerne, j'ai depuis long* temps renoncé à l'espérance d'élre jamais en état de formuler une théorie satisfaisante du typhus; en conséquence je me borne à en étudier avec soin les symptômes, je me contente d'observer l'association et la succession des phénomènes morbides, et de me taire une idée exacte de l'action des médicaments sur leur évolution; je suis guidé dans le choix des moyens thérapeutiques, soit par l'expérience, soit par la connaissance de l'action des remèdes dans d'autres maladies, qui ont la plus grande analogie avec les complications du typhus.

Dans notre pays, cette fièvre présente une grande variété decaracières ; bien plus, on peut, durant le cours d'une même épidémie, constater des différences remarquables dans les manifestations morbides; jugezen par le résumé suivant que j'emprunte à la description remarquable qu'ont donnée Cheyne et Barker de l'épidémie de 181 7 et de 1818 (vol. I , p. 425).

«On observa à Limerick un délire furieux et d'autres symptômes indiquant une congestion sanguine vers la télé ; on vit surtout des hémorrliagies nasales, qui présentèrent dans quelques cas une pei^sistance inquiétante.

» Quant aux organes qui étaient le siège des principales déterminations morbides, il y eut à cet égard de notables différences. Dans beaucoup de cas le cerveau fut surtout affecté. Dans quelques endroits, à Ënnis, par exemple, il n'y eut pas de phénomènes pulmonaires pendant les premières périodes de In fièvre épidémique ; ailleurs, au contraire,

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Gomme à Liïlowel, les poumons fuient avec le cerveau les organes le plus profondément ntteinls, La niâme nbservntion b élè faite h Tnilce, et le docteur Bishop, iiui exerçait it Kirsale, a constaté que chez les eofanu les poumons étaient le siège de lésions très nombreuses.

La malniiie pré5enta à Ennis une particularité qu'on a notée ; des sueurs profiuesse monlraienl au début, sans aucun avantage pour le patient; la mémt! remarque fut faite k Waterford, elle est consignée à la page 251 du rapport A Cork, on observa dans bo[i nombre de c;is une teinte ictérique de la peau'et <!e b cunjonctive. La tôle et les organes de la sécrétion biliaire étaient plus IVéquemment atteints qu'ils ne le sont ordinairement.

a Lorsque la maladie avait fait quelques progrès, il survenait presque toujours des éruptions de diverses espèces; elles étaient parfois identiques avec cellesqu'on nomme pétécliiales ; parfois aussi elles en conslituaient des variétés plus ou moins éloignées : ces pliénomènes furent observés dans presque toutes les parties de la province. Dans queliiucs cas, c'était une éruption papuleuse ; cliez {l'autres malades la peau )iréienUiil un aspect bigarre; ailleurs nnlin se montraient des taches ayant quelque ressemblance avec celles dt! la rougeole. Barry, qui observait l'épidémie à Cork, a noté que dans la forme Ji laquelle il a dunné le nom àe tj/noc/iui, les pétéchies se montraient rarement avant le quatrième ou le cinquième jour ; cette remarque renferme implicitement, sinon directement, la nolion de la fréquence de celle éruption. Crs tac/iet étaient générnlement d'un rouge brillant; les eliinpnsiuns en étnient varia&lei. Il ne les regardait point comme un signe l'Aclieux, et n'y voyait poÏDt une contre-indication à l'emploi de^ moyens déplélifs, qui étaient utiles pour combattre les phénomènes d'excitation. A Clonmcl, d'après le docteur Fitzgerald, les pétécliieS se montrèrent quatre f(li^; ■ur cinq ; à Fermoy, elles furent surtout fréquentes ciiez les pauvres. A Kirsale, on eut alfaire à une éruption rouge, probnblemcnl identique avec celle dont la ressemblance avec la rougeole a été inenlioniiée; les pétéchies claient plutôt rouges que brunes. L'éruption pétécliiale fut si commune à Lis[owel,(|ue iedoi;teur U'Connell n'a pas ru six cas de fièvre qui en fussent eicempts; elle npp'^rut souvent dés le début de la maladie. Cette mémeéruplion fut observée è WiUerford, où l'on nota également celle qui rassemble à l'exanthème morbilleux. LesdocteursClark et Jenkins eurent de fréquentes occasions d'observer à Bandon celte éruption morbilliforme. A Clonme! tes pétécliics furent très communes, même cliez les enfants ; chez eux elles n'indiquaient

aucun danger ; elles accompagnaient souvent au contraire les formes atténuées de la maladie. On vit dans le voisinage de Tramore (et nous croyons qu'il en fut de même dans toute l'Irlande) un homme présenter des pétéchies et les symptômes les plus fâcheux du typhus, tandis que les autres membres de sa famille, couchés dans la môme chambre, n'en avaient que les manifestations les plus bénignes. Dans beaucoup de cas, surtout lorsque l'épidémie eut atteint sa période d'état, les poumons furent particulièrement engagés ; c'est ce qu'on observa à Fermoy, à Listowel et à Mallow; mais à Cork et à Ennis, villes fort éloignées l'une de l'autre, les organes respiratoires ne furent que rarement affectés par la fièvre, du moins au début de l'épidémie.

» Lorsque celle-ci eut existé depuis quelque temps, des symptômes gastriques se manifestèrent, et la dysenterie devint fréquente; dans beaucoup de parties du Munster, elle suivit la marche de la fièvre. Le docteur Grogan (de Limerick) a noté la fréquence des douleurs rhumaloïdes, et il a signalé un symptôme qui s'est rencontré assez fréquemment aussi dans les autres parties de l'Irlande : la langue, qui, dans les maladies fébriles est blanche, et altérée dans sa coloration et dans l'ensemble de ses caractères physiques, ne présentait souvent aucune modification, et restait humide et nette durant une bonne partie de la maladie. Le môme observateur nous a appris que l'élévation de la température de la surface du corps fit souvent défaut à Limerick, bien que ce soit là un des phénomènes les plus caractéristiques de la fièvre ; cetteabsence de la chaleur fébrile ne fut observée du reste que dans les formes les plus sévères de la maladie. »

Et un peu plus loin nous lisons : « Le docteur Milner Barry (de Cork) , dans sa relation de l'épidémie de cette ville, a insisté sur le fait que la maladie a revêtu différentes formes ; il les groupe sous les chefs suivants : l** Synoclius, 2" S. cephalica, 3** S.pulmonica, k'* S, hepatica, 5" S, gasirica, 6"* S. cnterica^ 1° typhus gravior, 8" typhus mitior, 9° febricula. Cette classification de Barry démontre bien qu'il y eut à Cork, comme ailleurs, des déterminations morbides fréquentes sur quelques organes particuliers. »

Depuis plus de vingt années, je professe que l'anatomie pathologique n'a pu parvenir à nous révéler la cause de la fièvre; je la regarde comme une m^\^à\G essentielle^ et j'adopte pleinement la définition deFordyce: « La fièvre (typhus fever) ^5^ une maladie qui attaque r économie tout entièi^e ; elle affecte la téte^ le tronc et les monbves; elle trouble la circulation^ V absorption et le système nerveux ; elle atteint à la fois le corps et

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ttsprit: c'est dotic, dans toute retendue du terme, une maladie de l'éeommie tout entière. Il we ïensuit pas que tmites les parties doivent être miformément H également atteintes; au contraire, il arrive quelquefois fu une partie est plus affectée qu'une autre, n « Celle exrellfnle délinitinii de la fiè%'re esl complètement justiliée par l'obscrvalion moderne, nolammeiit m a qui touche les ilêlerminations locales plus prononcées sur certains points que sur d'autres. Ainsi en étudinnl les fièvres c*Tébr^les, nerveuses, bilieuses, (■nsiriques, catarrhnies, nous .sommes amenés à penser qu'il faut y voir autre chose qu'une simple maladie du cerveau, des nerfs, du foie, des intestins ou de l'appareil respiratoire, et nous concluons que ce sont lii tout autant de fièvres accompagnées d'alTecUons locales prédominantes. Lors donc que nous parlerons de ces fièvres, ce sera dans le sens indiqué par Fordyce, et nous entendrons parler de maladies générales, dans lesquelles une partie du <:orps est plus affectée que les autres (1). i>

Je suis heureux de voir les opinions que j'ai si longtemps défendues contre la plupart des auteurs de l'Angleterre et du continent être aujourd'hui généralement adoptées, ainsi que le montre lu citation suivante (|ue j'extrais du travail de r.lirislison sur la lièvre continue :

« Caractères anutomiques de la fièore 'continue. — L'anatoniie pathologique de cette maladie est demeurée jusqu'à nos jours dans l'enl'ance et dans l'imperfeelion. Mais depuis vingl-cinq ans, il n'est pas de sujet qui ait été plus travaillé, il n'en est pas dont l'étude ait été mûrie avec plus de succès, en raison du grand nombre de faits qui ont été observes. Et cependant il est encore (lermis de se demander s'il sortira de toutes ws recherches quelque résultat vraiment avantageux , soit pour les iloctrincs, soit pour la pratique niédirales. Des modifications anatnmiqties aussi nombreuses que diverses ont été décrites ; plusieurs d'entre elles doivent être regardées comme purement accidentelles, parce qu'elles ne se présentent avec aucune régularité; il en est d'autres qui ont été données comme Constantes, et quelqnes auteurs ont cherché Ui nature et l'essence de la lièvre dnns U condition morbide locale qui amène ces ehaiigenieiiis matériels. Mais si l'on tient eomplo de l'entemble des résultats auxquels l'observation a conduit lus patliologisles les plus autorisés, il devient impossible de formuler d'autres coneluûons que celles-ci : la congestion des organes interne.i est le seul caractère aiialomiquc constant ; toutes lus autres altérations tjui ont été

(1) Stolie'i l'raclkc of/ihysie, American eililion, ji. HU. (L'AuTtr».)

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observées sont sujettes à manquer^ et doivent en conséquence ôtre ra|>portées, lorsqu'elles existent, à quelque affection secondaire. Les recherches faites jusqu'ici sur l'anatoniie pathologique de la fièvre nous révè* lent les effets et non pat les causes de la maladie. Les notions nouvelles que nous avons acquises sont importantes au point de vue pratique* car elles ont fait comprendre aux médecins la nécessité d'étudier et de traiter ces affections secondaires, qui peuvent être à la fois des causes de souffrance et de dangers. Hais la question de Tessence réelle de la fièvre n'en sera pas beaucoup élucidée ; et la persistance téméraire que l'on met à la découvrir a conduit déjà à de graves erreurs, soit en théorie, soit en pratique (1). »

En réalité, messieurs, nos connaissances sur la pathogénie du typhus sont purement négatives ; nous savons ce qu'il n'est pas, et nous ignorons ce qu'il est. L'observation nous apprend que ce n'est ni une cérébrite, ni une méningite, ni une pneumonie, ni une pleurésie, ni une gastrite, ni une entérite, puisqu'il peut exister sans être accompagné d'aucune de ces affectioiis, et que celles-ci à leur tour peuvent naître en dehors du typhus; mais nous savons aussi que Tune ou l'autre de ces déterminations morbides se développe fréquemment dans le cours de la fièvre, et réclame une attention toute spéciale.

Il est diflicile de classer les différentes formes de fièvres qu'on observe à Dublin. Voici les plus remarquables de celles que j'ai eu l'occasion d'observer:

L — Fièvre continue simple sans taches, sans détermination organique bien appréciable.

II. — Fièvre continue sans taches, mais avec affection prédominante d'un organe.

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