‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 4 sur 123 · THÉORIE DE LIBBIG SUR LA CONTAGION · texte numérisé non relu

THÉORIE DE LIBBIG SUR LA CONTAGION

époque en chimie organique, quoiqu'elle soit fortement appuyée par la' critique habile, tHenqu'anonyme du QuariitlyJtmiUfrî^ n'est eertea pas aisé de prouver la solidité des bases sur lesquelles elle repose. Et d'abord, comment Liebigpeut4l affirmer aussi positivementqu'il n'eiiste pas de substance toxique dans les saucisses dangereuses? Les chimistes n'pnt pu l'isoler, c'est vrai; mais Liebig sait bien mieux que personne qu'un principe animal peut rester absolument latent, s'il est intimement uni à un grand nombre d'autres principes du même ordre. Pendant combien de temps le sucre contenu dans le sang des diabétiques n'a* t-il pas échappé aux recherches des chimistes? Et pourtant il s'agissait ici d'un principe dont ils connaissaient déjà les propriétés. La découverte d'un principe toxique perdu dans un corps aussi complexe que le saucisson du Wurtemberg ne sera-t-ellè pas entourée de bien plus grandes difficultés? En outre, quel chimiste peut être sûr d'avoir analysé un saucisson vénéneux? Il y a ici une difficulté insurmontable ; il n'existe pas de moyen qui permette de distinguer un saucisson sain de celui qui ne l'est pas, à moins que' tous deux n'aient été mangés : il est trop tard, on en conviendra, pour l'analyse. Il y a bien longtemps que les dangereux effets de Tergot de seigle sont connus, et cependant le principe actif, malgré toutes les recherches auxquelles il a donné lieu, n'a pu être isolé que tout récemment.

Il ressort de là que l'exemple choisi par Liebig lui-même à l'appui de sa nouvelle théorie pathologique, n'est point du tout démonstratif; aussi ne croyons-nous point nécessairedesuivre l'auteur dans les régions de haute fantaisie où il s'est laissé entraîner par une analogie séduisantej mais spécieuse. La médecine cessera d'être une science le jour où l'étude des faits fera place à des rêveries semblables à celles que vous venez d'entendre sur les miasmes, les contages, la gravité des maladies et l'impossibilité de leur retour. Et cependant, chose pénible à dire, un de nos professeurs les plus distingués, Watson, a complètement adopté ces opinions dans son Traité de médecine pratique (vol .11, page 667).

Pour vous donner une idée de ce que l'auteur considère comme des conceptions remarqitables^ comme les révélations lumineuses de la théorie, je vous demande la permission de vous citer quelques passages tirés de son ouvrage.

« .... Ce n'est pas tout, cette théorie nous permetde concevoir clairement certaines déviations assez fréc^uentes de l'évolution réguKère et du type normal de ces maladies.

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» Les symptômes prodromiques sont quelquefois retardés, ou n dessinés, ou irréguliers dans leur marche; ils se montrent un jour, pt disparaissent pour revenir encore, de sorte que nous restons foroéiM dans le doute, jusqu'à ce que la maladie se soit nettement déelar avec tout le cortège de ses manifestations ordinaires.

» Nous pouvons supposer que cette irrégularité est due. à quelqii retard, ou à quelque interruption dans le processus anormal par i moyen duquel le virus est amené à maturité (je me sers ici de Tan cienne expression).

D^D'autre part, ainsi que je l'ai établi plus haut, les symptômes qu cai*actérisent les maladies spécifiques peuvent se montrer incomplelî dans leur association, ou irréguliers dans leur enchaînement. Il sefaii une éruption de rougeole, et les signes de catarrhe manquent ; une angine scarlatineuse apparaît, mais l'éruption l'ait complètement défaut L'expérience a prouvé que la maladie, ainsi imparfaitement développée, ne donne au sujet qu'une immunité également incomplète. Pour nous rendre compte de cette double aberration, nous pouvons raisonnablement invoquer une diminution proportionnelle dans la série des modifications que le poison tend à produire dans la masse du sang.

» Des hypertrophies glandulaires et des abcès chroni(|ues se montrent Iréquemmcnt à la suite de ces maladies exanthématiqnes. Ils peuvent être regardés comme représentant les restes du virus, imparfaitement éliminé de réconoinie par les voies habituelles. »

Nous ne dirons que quelques mots de ces hypothèses de Watson ; car le savant docteur est plus que réservé dans ses expressions, et tout en acceptant la théorie de Liebig, il n'admet (|u'aver la plus grande défiance les déductions auxquelles elle donne lieu. Il serait dilïirile, au reste, de se contenter d'une logi((ue qui consiste à attribuer j^Matuilement à un effet donné une cause tout hypothétique, et à chercher la confirmation de cette première hypothèse dans ce fait, que Ton peut supposef quelque irrégularité dans la cavse, lors(iue Veffet est lui-même irré-^ gulier.

Mais c'est raisonner d'une façon bien plus surprenante encore, que de prétendre faire connaître la nature d'une cause morbifique, en disant que dans ui»e maladie incomplète, on peut à bon droit conclure à une défectuosité proportionnelle dans la cause elle-même. Toute cette argumentation me paraît dérisoire; quant aux hypertrophies glandulaires et aux ab(^s chroniques, la conclusion deWatson implique contradiction, car il attribue au virus lui-même, et cela en vertu de son action chimique,

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