THÉORIE DE LA CHALEUR ANIMALE
la production de certains exanthèmes, spécifiquenoent distincts et aussi difTéreuts entre eux qu*un acide peut Tétre d*un alcali; tandis qu'il rapporte aux restes du virus reproduit des manifestations qui se montrent indifiéremment après la variole, la scarlatine ou la rougeole. Suivant lui, par conséquent, trois poisons animaux différents donnent lieu, par une influence toute chimique, d'abord à trois maladies distinctes, et plus tard à une seule et mémo maladie. Je ferai encore une remarque : lorsqu'un brasseur prenant une certaine quantité dé malt sucré, le met dans un vase et y ajoute une partie de levure, il sait que s'il remplit en même temps et de la môme manière cinquante vases semblables, la fermentation développera dans chacun d'eux trente fois autant de ferment qu'il en avait primitivement employé. Mais, lorsque le virus variolique est introduit dans le sang de cinquante individus, la multiplication en est-elle proportionnelle à la quantité de sang de cha*' cun d'eux? Certainement non, et les partisans mêmes de l'hypothèse deLiebig, forcés d'en convenir, cherchent à éluder les conséquences de cet aveu, en avançant que les particules du sang susceptibles de décomposition et de métamorphose, varient de proportion chez les diflérents sujets.
C'est là une logique à la fois nouvelle et peu concluante ; c'est un raisonnement qui tourne sans cesse, non pas en dedans, mais en dehors d'un cercle.
L'extrait suivant du Provincial médical Jourtial renferme une analyse concise et complète de la théorie de Liebig sur la chaleur, ainsi que l'indication des conséquences qui en découlent au point de vue de la pathologie. « Le carbone et riiydrogèiie des aliments, par leur conversion en acide carbonique et en eau sous l'influence de l'oxygène, doivent produire autant de chaleur que s'ils étaient brûlés à l'air libre. Le temps nécessaire différerait dans les deux cas, mais le résultai flnal est toujours le même. La température du corps de l'homme demeure constante, et dans la zone torride, et dans la zone glaciale. Mais le corps pouvant être considéré comme un vase chaud qui se refroidit d'autant plus vite que la température du milieu ambiant est elle-même plus abaissée, il est clair que le combustible nécessaire pour conserver le même degré de chaleur variera en quantité, selon les différents climats. Il faut moins de chaleur à Palerme, où la température est à peu près celle de l'homme, que dans les régions polaires, où elle est inférieure de 90°. Chez l'animal, les alim(?nls sont des matériaux combustibles, dont la proportion doit varier en rai-^on inverse de la température.
Lorsque nous prenons de l'exercice dans une atmosphère fhlMkl» éott respirons une plus grande proportion d'oxygène, d*où la néoeMlté d*toii plus forte quantité de carbone dans les substances alimentairat; oettw ci constituent à leur tour le meilleur préservatif contre le tiroiâ L*homme affamé est exposé à mourir de froid, et chacun sait qM la animaux carnassiers des régions arctiques sont bien plus Toraow ^m ceux de la zone torride (i). Nos habillements sont tout simplement HH moyen de suppléer à Talimentation ; plus nous sommes chaudement vôtus, moins nous consommons d'aliments. Si nous étions sans Tèlements, comme certaines tribus sauvages, ou si nous étions expoaât pendant la chasse ou la pèche an mémedegré de froid que les Samoyèdes^ nous pourrions absorber comme eux dix livres de viande, et peut-dtfe une douzaine de chandelles par-dessus le marché, s'il faut en ôroire ' quelques voyageurs chaudement vêtus. Nous pourrions aussi consom-* mer sans inconvénients la même quantité d'eau-de-vie ou de graisse de poisson, nous pourrions apprendre à apprécier les qualités délicates de l'huile de baleine.
» Nous pouvons aussi nous rendre compte des habitudes bizarres en apparence des différentes nations. L'usage du macaroni chez l'Italieti, de l'huile de baleine chez le Groënlandais et le Russe, ne provient point des caprices du goût; ce sont là des objets de première nécessité, destinés à pourvoir aux besoins que le climat impose à ces populations. En un mot, plus le pays est froid, plus l'alimentation doit renfermer de matériaux combustibles. »
Que nos vêtements servent simplement à suppléer à la nourriture, que l'abondance de celle ci soit en raison inverse de la chaleur des premiers,
(I) Je ne saurais comprendre comment cliacun sait tout cela ; pour ma pari, je regarde comme certain que le tijçrc du Benfifale, ou l'hyène t\\i (^ip réclame, toute proportion gardée, des rations aussi copieuses qu'un carnassier quelconque du Nord, et je ne sache pas qu'on puisse trouver sur la terre, dans l'air ou dans l'eau, un animal plus glouton que le vautour de l'Hindoustau et de la Perse. Je suis également très éloigné de croire qu'il est prudent de compter sur l'abstinence du requin, mémo entre les tropiques. Des ordonnances religieuses interdisent aux Hindous l'usage du brruf, mais, comme les Arabes, ils dévorent parfois du mouton en quantité prodigieuse. Ceux qui parcourent, à raison de cent milles par jour, les p;\mpas de l'Amérique du Sud et qui restent sans cesse exposés aux rayons du soleil brûlant, ne vivent que de bœuf bouini et d'eau, sans aucune nourriture végétale, et pourtant ils se maintiennent en parfait état, et sont capables de supporter impunément les fitigues les plus dures et les plus longues, n faut que la théorie de Liebig soii bien élastique, si elle peut nous faire comprendre comment un régime exclusivement animal convient aussi bien à l'homme sous l'équaleur que sous le pôle arctique. (I/Ai tei'r.)
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voilà, je le confesse, quelque chose dernièrement nouveau pour moi. Voyez un propriétaire richement et chaudement vêtu, et comparez sou alimenlation aveccelle de ses laboureurs déguenillés; vous retrouverez certainement ici cette même supériorité qui le distingue dans sa toilette. Ces Samoyèdes voraces dont il a été question sont grossiers dans leurs manières, je le veux bien; mais ils n'en sont pas moins très chaudement vêtus, et d'ailleurs la graisse à demi pourrie de la baleine convient à l'estomac des Lapons aussi bien pendant les chaleurs de l'été que pendant les rigueurs de l'hiver. Dans les régions glaciales du globe l'homme est contraint par la nécessité de se borner à un régime animal, dont les matériaux lui sont fournis parles profondeurs de l'Océan ; les produits végétaux sont complètement inconnus dans ces contrées inhospitalières : c'est là le seul motif de l'alimentation exclusivement animale des Lapons, des Groënlandais et des Samoyèdes. On a pu voir dans les expéditions de Franklin, de l'arry et de Ross, nos compatriotes braver toutes les intempéries d'un hiver polaire sans avoir rien changé pourtant au régime usité dans les climats plus doux ; et s'il est vrai, comme on Ta dit plus haut, que chez les animaux, les aliments sont des matériaux combustibles dont la proportion doit varier en raison de la quantité d'oxygène absorbé, il est pour le moins étrange qu'il n'ait jamais été nécessaire d'augmenter la ration de nos marins pendant les froids extrêmes (1 ).
Bon nonibre des assertions de Liebig sont incompatibles avec les faits. Toutes les tribus chasseresses de l'espèce humaine vivent principalement
(1) H y a là encore une exagération, je dirai presque une inexactitude, que je ne puis laisser passer. L'inlime relation qui existe entre les conditions climatériques et l'alimentation est une vérité physiologique, qui ne peut aujourd'hui être révoquée en doute. Dans les climats chauds et dans les climats brûlants, il n'y a que peu ou point de différence entre la température normale de l'homme et la température extérieure. L'organisme n'a donc pas besoin de lutter par une production exagérée de chaleur contre l'influence du milieu dans lequel il vit. D'autre part, et en raison même de l'élévation de la température, l'absorption de l'oxygène est moins considérable; aussi voyons-nous les populations des pays chauds, obéissant pour ainsi dire à un instinct naturel, se contenter pour leur nourriture quotidienne d'une somme d'aliments plastiques qui serait insuffisante sous une autre latitude, et renoncer à peu près complètement aux aliments gras dont la combustion produirait une grande quantité de chaleur. Nous savons en outre que, dans les contrées tropicales, la combustion des graisses alimentaires est presque toujours incomplète par suite de la diminution de quantité de l'oxygène absoibé; aussi les habitants qui bravent 1rs exigences du climat et accordent aux corps gras une large place dans leur alimentation, sont- ils tout particulièrement exposés aux calculs de choleslérine, substance qui résulte de l'évolution incomplète des
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d'une nourriture animale, et cela aussi bien dans les oonti^es IropK calesque dans les régions tempérées ou septentrionales. Il en esl dei Indiens du nord et du sud de FAmérique comme des Hottenlols, qui ont donné à nos voyageurs des preuves d*une gloutonnerie vraimeol prodigieuse. Lorsqu*en effet, après un long jeûne, ils se trouvent soudainement en possession d'une grande quantité de gibier, ils pasaont la nuit entière à le cuire et à le dévorer jusqu'au dernier morceau, saoÉ mélange d'aucun végétal, et leur voracité est si grande, que ces noiénies hommes qui la veille avaient dû resserrer jusqu'au dernier trou leur ceinture de famine, ont le lendemain le ventre distendu au delà de toute limite. Et où cela se passe-t-il? Sous le climat brûlant de l'Afrique* qui certes n'exige pas un surcroit de combustible pour le maintien de la température animale. Si la théorie de Liebig est vraie, comment se fait-il que les régions les plus chaudes soient la patrie des animaux carnassiers les plus voraces? Le tigre du Bengale et le lion d'Afrique, le boa conslriclor de l'Amérique du Sud, aussi bien que les alligators et les crocodiles du Nil, du Gange et de rOrénoque, ne mangent que de la
graisses dans récoiiomie. On observe des phénomènes précisément inverses dans les régions septentrionales : ici les indigènes s'adressent à la fois aux aliments plastiques et aux aliments respiratoires, pour i^tre en état de résister à rabaissement de la température extérieure ; et l'habitant des climats tempérés qui vient 8(*journer dans ce» contrées glaciales ne peut en supporter les rigueurs qu'à la condition d'adopter un régime semblable à celui des naturels. Cette assertion esit pleinement justifiée par la relation qu'a donnée le docteur Isaac Haycs de son voyage dans les mers polaires. « Bien souvent, dit-il, j'ai vu des Esquimaux, au moment de sortir pour la chasse, manger de six à douze livres de viande ; In graisse entrait pour im tiers dans cette énorme quantité d'aliments. Les hommes consomment en moyenne douze à quinze livres de substances solides par jour; c'est cette alimentation copieuse qui leur permet de
résister au froid Les habitants des pays tempérés sont soumis nux mêmes lois que
les Esquimaux; à mesure que nous nous sommes habitués à leur régime, nous avons acquis leur immunité contre les rigueurs du froid. Nous mangions conslammetit de la
viande et des graisses qui nous eussent dégoiUés sous d'autres latitudes Notre
acclimatement a été graduel : je me rappelle que, dans l'automne de 1853, nous avons grandement souffert d'une température que nous supportions aisément Tannée suivante, et je suis convaincu que notre capacité de résistance dépendait directement de notre alimentation exclusivement animale. » (Observations upou Ihc relations existing between food and the capabilities of men to resist low températures, hy Isaac J. Hayes, dans American Journal of médical sciences, juillet 1859.)
Comparez sur ce sujet : Donders, Der Stofftvechtel ah die Quelle der EigenwHrme bel Pflanzen und Thieren {Eine physiologisch-chemischfi Jbhandlung, Wiesbaden, 1847). — Nasse , r/iienVc/i^ WUrme, dans llnuàiv.jnrrhiich der l'iiysiologie, von Wagner, 1851. (Note du Thad.)
RESPONSAniI.lTÉ DES PROFESSEURS DE GLIMIQUE. 37
chair; les baleines vivent dans les régions de l'Ofiâù qui peuvent leur fournir une nourriture aninnale, et la même obserfution est applicable à tous les poissons en général. L'antilope et lEigazelle tremblent de froid pendant les chaleurs de nos étés d'Ai^gloicrm; le renne brave pendant des mois entiers une température bien infiBrieure à zéro; tous cependant vivent de végétaux: comment concilier ce fait avec la théorie de Liebig? Cela est impossible, les observations de ce genre la ruinent de fond en comble.
Je n*ai pas pour but, soyez-en convaincus, de déprécier certains côtés des connaissances humaines, ce serait une tentative stérile ; mais je veux avant tout que vous consacriez toutes vos facultés, toute votre énergie, à Tétudede ce qui constitue vraiment la médecine;je veux que vous donniez toute votre attention à la seule chose qui pourra faire de vous de bons praticiens. J'ai vu des élèves, égarés par de mauvais guides, perdre la moitié du temps qu'ils auraient dû employer à l'hôpital au lit du malade, dans des excursions à travers champs, sous prétexte d'herborisation, ou dans un laboratoire, à la recherche de quelque problème sans importance. Sachez-le bien, ce n'est pas là ce qui vous permettra de soulager et de guérir les malades. Lorsque je regarde autour de moi, et que je vois tant déjeunes gens embrasser une profession aussi honorable qu'importante, je sens que ma responsabihté est grande. Vous êtes tous à mes yeux des instruments de bien ou de mal, et ma conscience me dit que je me rendrais coupable d'un grand crime, si je ne cherchais pas, par tous les moyens possibles, à faire de vous des médecins capables et utiles. Dans tous les pays un professeur de clinique médicale est chargé d'une lourde responsabilité; mais, messieurs, lorsque ce professeur est chargé de l'enseignement dans une grande capitale, lorsque cette capitale appartient à l'Angleterre, lorsque l'hôpital (|u'il dirige doit envoyer chaque année des médecins dans toutes les parties du monde: dans les deux Amériques, la Nouvelle-Hollande, au cap de Bonne-Espérance, dans les Indes orientales et occidentales, dans les lies innombrables que le pavillon britannique visite dans l'un et l'autre hémisphère, alors, en vérité, c'est le professeur lui-même, avec cette influence éloignée et puissante, qui devient un instrument de bien ou de mal, et il y a vraiment lieu d'en être effrayé.
Le médecin chargé d'un service de clinique à Berlin, à Stockholm, à Vienne ou a Paris, a sans doute une lourde charge, et il doit répondre de sa conduite s'il ne remplit pas avec zèle et activité les devoirs de sa position ; mais enfin ses erreurs, bien que déplorables, n'ont qu'une
portée assez r6g^ain40, et ne pàseot le plus souvent quesor tmi triotes. U en est teiit autrement du professeur anglais : soo datnaÙM dépasse singulièrement en étendue et la Suède et la Prusse, et l*Autrîfltit! et la France, car ses élèves sont destinés à pratiquer sous tous les eUmats, à exercer leur art dans toutes les régions habitables du globe, t prodiguer leurs soins à toutes les races humaines, aux hardis ooloQS du Canada aussi bien qu'aux Peaux-Rouges aborigènes de rAmériqw du Nord, aux Nègres de la Jamaïque, aux Hotlentots et aux Cafret dd l'Afrique aussi bien qu'aux tribus sans nombre de THindoustan. En réalité, messieurs, lé professeur de clinique, en Angleterre, exerce une influence sans analogue au double point de vue de l'importance et de l'étendue, et il a des occasions sans cesse renaissantes de nuire ou d'être utile aux autres hommes. Nt^glige-t-il son devoir, abandonne^ t-il dans son enseignement la voie de la vérité, et aussitôt ses erreurs sont multipliées et répandues à l'inftni par ceux-là mêmes auxquels \\ devait inculquer de bons principes. Le théâtre de son crime (quel autre nom mérite une telle conduite?) s'agrandit incessamment; il est vraiment sans bornes, car il n'est pas de contrée, si reculée qu'on la suppose, qui ne soit appelée à payer son tribut de victimes à Tincapacité des élèves qu'il a formés. Si, au contraire, le professeur travaille avec zèle, s'il accomplit en conscience et avec persévérance la tâche importante dont il est chargé, une récompense l'attend qui est sans pareille dans aucune autre profession. Quel salaire peut être mis en parallèle avec cette pensée qu'il a contribué de sa personne à doter do connaissances réellement pratiques celte multitude de jeunes gens entreprenants qui, chaque année, quittent nos hôpitaux, pour accomplir dans toutes les parties du monde les devoirs sacrés de la profession médicale? N'est-ce pas un bien beau privilège que de combattre la maladie et de lutter contre la mort, par délégation pour ainsi dire, dans tant de lieux différents? L'homme peut-il rêver une joie plus pure et plus noble? Lorsque j'apprends qu'un de mes élèves favoris, après avoir accpiis dans cet hôpital un riche bagage scientifique, s'établit dans quelque ville ou dans quelque canton éloigné, je ne puis m'empècher de penser que mes collègues et moi sommes les humbles intermédiaires de ce bienfait, et je 'suis heureux alors d'occuper une position qui fructifie au centuple nos efforts pour être utiles, et qui nous permet d'étendre au loin les mains pour guérir les hommes de toutes les nations. Le conquérant peut étendre sa souveraineté sur de vastes régions, il peut exercer un contrôle illimité sur des millions de vassaux, il dispense à son gré les titres
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ot lis liûiiiieur;», il châtie et tue selon son bon plaisir : il peut, nouvel Alexandre, se trouvera Tétroit dans les limites de son empire et méditer (le glorieuses entreprises ; mais il ne peut chasser la douleur, apaiser la soif qui dévore, ou f$\xe succéder le repos 4 l'insomnie ; il ne peut rendre le mouvement au paralytique ni la vue à Taveugle; il ne possède point enfin ce divin privilège de l'art de guérir, qui permet à l'homme de rappeler chez son frère une raison longtemps, absente, et de rendre à la société l'infortunée victime de la folie.
Certes, messieurs, la profession que vous embrassez est la plus noble que puisse rêver l'esprit humain, lorsque les devoirs en sont consciencieusement accomplis ; mais ses adeptes ont besoin d'autant d*acti\ité que de persévérance, s'ils veulent triompher des obstacles qui encom-* brent la route. Tout rempli de ce sentiment, j'ai dépassé peut-être les bornes de votre attention ; mais j'ai cru devoir vous exposer, aussi coibplétement que possible, les vues que je regarde comme les plus favorables à votre avancement dans la pratique.
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