‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 45 sur 123 · SOUBRESAUTS DES TENDONS · texte numérisé non relu

SOUBRESAUTS DES TENDONS

praticien doit y être préparé , afin de pouvoir faire face à toutes les éventualités.

Un autre malade a succombé il y a quelques jours dans notre salle des fiévreux. Il était atteint d'un typhus tacheté très sévère, et lorsqu'il entra à Thôpital, son état ne laissait plusaucun espoir. Je ne m'arrête sur ce fait que pour appeler votre attention sur une condition particulière du système cérébro-spinal, qui se rencontre assez fréquemment dans la forme éruptive du typhus, et quelquefois même dans d'autres variétés de la maladie. Vous avez pu constater que cet homme n'avait aucune tendance au sommeil; il avait les yeux toujours ouverts; il était en proie à un délire continuel; il avait des soubresauts dans les tendons, du crocidisme ; il essayait souvent de sortir de son lit ; ses extrémités étaient froides. Malgrécela, nous ne pouvions découvrir chez lui aucun signe évident d'inflammation cérébrale. La conjonctive était d'une blancheur parfaite, la face était pâle, la température de la tète n'était pas élevée. Par conséquent, l'insomnie, le délire, les soubresauts de tendons peuvent dépendre d'un état du système nerveux qui n'a aucun rapport avec la congestion de Tencéphalo, ou la détermination sanguine vers la tête. J'ai constaté ce fait dans bien des cas de typhus, et il m'a profondément étonné ; mais ce qui m'a le plus frappé, c'est l'existence des soubresauts de tendons dans des circonstances pareilles (1). Chez le malade dont il est question, ce pliénomène était accompagné d'insomnie; mais ces deux symptômes n'existent pas toujours simultanément.

Rappelez-vous, en effet, cet enfant couché dans notre petite salle, et qui présentait à un si haut degré le subsultus tendinum; il dormait remarquablement bien, et vous vous souvenez encore, je pense, des bons effets qu'a produits chez lui l'essence de térébenthine à la dose

(1) On sait aujourd'hui que l'anémie cérébrale peut donner lieu aux mêmes manifestations morbides que la congestion encéphalique; on sait également que ces manifestations ne sont pas seulement identiques par leurs caractères, et qu'elles le sont aussi par la soudaineté de leur production. Mais à l'époque où Oraves écrivait ces lignes, ces notions, si importantes au point de vue pratique, étaient encore parfaitement inconnues. Aussi j'appelle expressément l'attention sur ce passage remarquable, car il est bien propre à montrer la puissance d'observation dont était doué le médecin de Dublin, et la rectitude de son jugement dans l'interprétation des faits cliniques. En quelques mots il renferme toute une doctrine; il établit la ilistin«"lion capitale des deux ordres de symptômes cérébraux, et des deux formes de délire qu'on rencontre dans les maladies aiguës. Je n'ai pas besoin de rappeler que jusqu'à ces dernières années, on mettait indistinctement tous ces accidents sur le compte de la congestion ou de rinflammation des centres nerveux. (>'otc du Trad.)

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d'une drachme [k grammes). Du reste, ce D*esl pas la première foi; je signale ce fait aux élèves qui suivent ma clinique. Souvent di vous ai montré des malades qui dormaient. très bien, quoiqu'ils eu des soubresauts de tendons, et je vous ai fait remarquer la blanc perlée de la conjonctive, et l'absence de toute sutfusion .sanguin subsultus se présente donc dans deux conditions opposées du sys nerveux. Nous le voyons accompagné d'insomnie, et nous le rei trons encore chez les malades qui ont un sommeil lourd et prol d'où il est difâcile de les tirer. C'est là ce qui me porte à croire q cause des soubresauts réside bien moins dans les centres iierveus dans les extrémités périphériques des nerfs.

Je suis tellement convaincu de la vérité de cette proposition, c suis certain que le subsultus continuerait après l'ablation ducerve de la moelle épinière, si la vie et la maladie pouvaient persister une telle mutilation, il est pour moi hors de doute que la cause i phénomène morbide siège dans les extrémités des nerfs. Lorsque tard je vous parlerai de la paralysie, je vous montrerai que les périphériques peuvent être alFectés primitivement (1), sans ai lésion antérieure du cerveau ou de la moelle. Je crois que dans le t] les centres nerveux sont exposés à certaines altérations qui se ti sent par le coma, l'insomnie ou le délire; mais je crois fermement qu'il existe d'autres symptômes, imputables à une aiïection des» mités des nerfs; et en léte de ces symptômes, je place les soubn des tendons, phénomène qucuious observons dans des conditions plétemcnt opposées des organes nerveux centraux.

Mais revenons au malade qui a été victime de l'erreur dontjc ai parlé. Dans les premières périodes de la fièvre, il ne faut jamai des vésiailoires avant d'avoir appliqué des sangsues en suif quantité.

11 est vrai que dans ce cas nous ne pouvions déterminer avec ]

(1) On trouvera dans les leçons que l'auteur a consacrées à Tclude des pai d'origine périphérique l'exposé complet de sa doctrine. Mais je liens à faire renu dès à présent, que, pour cette question comme pour la précédente, Graves a à de plusieurs aimées tous ses contemporains, et cela, grâce à une profondeur < peu commune, grâce à l'observation rigoureuse et attentive des faits. En fait, les paralysies qu'on a décrites dans ces derniers temps sous le nom de pai réflexes, sans altération primitive des centres nerveux, rentrent dans la cla paralysies périphériques, que le professeur de Dublin a créée le premier. Déji la première édition de son livre (1843;, il avait fait connaître ses vues sur ce s

(Note du Trad/

VOMISSEMENTS AL DElilii DU TÏPHLS FKVER. 219

sion à quelle période nous avions affaire, car le malade était en délire^ et nous ne savions rien de ses antécédents; si nous avions pu être renseigné sur ce point, si nous avions pu connaître la médication employée jusque-là, il est probable que nous n'aurions pas commis la faute que je vous ai signalée. Que cette erreur au moins vous soit profitable, et qu'elle serve à vous montrer que dans tous les cas de typhus tacheté, vous devez examiner la tête avec le plus grand soin, et rechercher attentivement s'il y a quelque signe de congestion cérébrale. Si vous constatez de la céphalalgie, des pulsations très fortes dans les carotides, de l'injection des yeux, de la chaleur à la tôte, ainsi que les autres phénomènes qui dénotent une altération des fonctions du cerveau, vous devez avoir recours aux sangsues ; commencez doucement, et continuez-en Tapplication aussi longtemps que le malade s*en trouvera bien. Faites mettre d'abord une ou deux sangues aux narines, ou bien six ou huit aux tempes ou derrière les oreilles, et vous y reviendrez deux ou trois fois par jour, selon les cas. Le meilleur moyen de se servir des sangsues, c'est de les appliquer en petit nombre toutes les six ou huit heures, de manière à obtenir un écoulement constant. Après cela, vous pouvez en venir aux vésicatoires. Dans cette modification du traitement, tout dépend de la sagacité et de Tliabileté du mcHlecin; il faut un tact peu ordinaire pour déterminer avec justesse le moment où il convient de renoncer aux sangsues, et de mettre en œuvre les vésicatoires.

Je passe sans transition à un autre sujet qui est également important pour la pathologie et pour lo traitement du typhus; nous avons pu l'étudier tout récemment chez une jeune (ille qui est morte dans nos salles, avec un cortège de phénomènes fort rcrnarquabies. Toute fièvre qui débute par des vomissements et de la diarrhée, que ce soit une scarlatine, une rougeole ou un typhus, est une maladie d'un caractère redoutable; dans les cas de ce genre, le médecin doit être perpétuellement sur ses gardes, et il ne doit pas perdre de vue un seul inslant l'état du cerveau. Il y a une très grande difTéreiire entre les vomissements et la diarrhée de la gastro-entérite, et les vomissements et la diarrhée d'origine cérébrale. Ces derniers surviennent dès le début de la maladie, souvent le premier ou le second jour, et ils sont raremerjt accompagnés de la rougeur et dos enduits de la laiigiu\ i\c l'amertume de la bouche, de la soif dévorante et de la sensibilité j'pigaslrique (jui caractérisent l'inflammation gastro-intestinale.

Il Cil une considération d'une moindre importance, il e>t vrai,(jui per-

met encore d'assurer le diagnostic: c'est le résultat du traitement. Les vomissements et la diarrhée de la gastro-entérite sont guéris par TappUcation de sangsues sur le ventre; je n'ai pas b&soin d'ajouter que cette thérapeutique est sans aucune influence sur ces phénomènes, lorsqu'ils sont la manifestation d'une affection cérébrale. Ce n'est pas tout: dans la pTiIegmasie gastro-intestinale, on n'observe jamais d'aussi abondantes évacuations de bile que lorsque le cerveau est pris. Dans ce dernier cas, la quantité de bile qui passe dans les selles est vraiment prodigieuse; du reste, fait non moins surprenant, lorsque le vomissement reconnaît pour cause un trouble de la circulation cérébrale, en dehors de toute fièvre, la bile est vomie avec une égale abondance. Cest ce que l'on a bien souvent l'occasion de constater chez les personnes que l'escarpolette ou la navigation a rendues malades. Dans tous les cas, la quantité de bile rendue est beauœup plus considérable que dans la simple irritation gastrique (1).

Au début des maladies cérébrales, qu'il y ait congestion ou inflammation, des vomissements abondants et des selles bilieuses constituent l'un des premiers symptômes. C'est ce qui se voit fréquemment dans la scarlatine, et il est bien peu de cas dans lesquels ces phénomènes soient d'un aussi fâcheux augure. La jeune fille dont je parlais tout à l'heure a présenté tous ces accidents , et dans des circonstances très défavorables. D'après les quelques renseignements que nous avons pu obtenir, il paraît qu'elle avait été atteinte de typhus quatorze jours avant son entrée à l'hôpital, et qu'elle avait été prise en outre d'une broncho-pneumonie grave. Elle souffrait en même temps d'une inflammation de l'estomac, et elle eut enfin une congestion du cerveau, que nous révélèrent

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