‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 60 sur 123 · DIX-HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME LEÇON

MM TYPHUS EXANTHÉNATIQUE.— LE TARTRE STIRIÉ A HAUTES DOSES DANS LES DERNIÈRES. PÉRIODES DU TYPHUS.

Le typhus exan thématique de 1834-1835. — Sensibilité de toute la surface du corps dans le typhus fever. — Excitation nerveuse primitive et congestion cérébrale secondaire.— Le tartre stibic à hautes doses dans le typhus mnlin. — Faits à l'appui. — Opinion du docteur Marryatt (de Bristol). — Nécessité de régler les doses des médicaments d'après les effets qu'ils produisent. — Appréciation de la méthotle de l'auteur^ par MM. Kilgour et Hudson.

Messieurs,

Notre dernière conférence a été consacrée à letude d'une médication lort importante, à savoir, l'emploi du tartre stibié et de l opium dans les stades avancés du typhus tiiclieté ou exantliémalique. Je crois utde de vous présenter aujourd'iiui quelques observations sur le génie et la marche de la maladie dans l'épidémie actuelle (1). Géiiéralement peu violent, le mode de début n'est aucunement en rapport avec les dangers ultérieurs, et bien souvent le malade ne parait soullVir que d'un refroidissement fébrile; les frissons violents sont rares, il n'y a que des horripilations, qui reviennent à de courts intervalles. Le prenner jour, le pouls s'élève rarement au delà de 90, et dans près de la moitié des cas on le voit tomber au bout de peu de jours a 80, à 70 et même au-dessous. J'ai observé cette lenteur du pouls chez plusieurs élèves en médecine, et je l'ai toujours vue coïncider avec une forme morbide aussi longue que dangereuse. ^IM. Sangster, Graves, llanis et O'Flalierty ont présenté ce phénomène : [)lusieurs jours avant l'époque du plus grand danger, ils n'avaient pas plus de 70 pulsations par minute. On a pu déjà, dans d'auties épidémies, rencontrer des cas de ce genre, mais ils n'ont jamais été aussi nombreux qu'aujourd'hui. En même

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temps que le pouls se ralentit, on peut constater que la peau n*est guère plus chaude qu'à Tétat normal; parfois cependant il existe un \)eu de chaleur mordicante (calor mordax).

Les malades (]ui avaient le pouls lent accusaient peu de souffrances, du moins au début; la céphalalgie, la courbature, la soif et l'agitation étaient notablement atténuées par les sueurs, qui se montraient alors. La présence et les bons effets de ces sueurs étaient bien faits pour tromper le médecin, et lui faire croire que la maladie était jugée; mais un examen plus attentif montrait bientôt qu*ii n*en était pas ainsi. La langue, en effet, était toujours très chargée, elle était blanche au centre et rouge à la pointe, et la dimii)ution apparente de la fîèvre coïncidait avec un abattement considérable des forces. Un peu plus tard survenait une légère éruption, semblable à une rougeole mal caractérisée ou déjà effacée; chez quelques malades elle naissait avant le quatrième jour, mais^dans la plupart des cas elle n'apparaissait que le septième. Cet exanthème augmentait rapidement et envahissait bientôt toutes les parties du tronc et les membres. Dans beaucoup de cas il constituait une efflorescence très marquée, d'une couleur rouge sombre; dans d'autres il était moins évident, il semblait pour ainsi dire effacé, et paraissait profond, comme s'il eût été voilé par la peau; néanmoins un œil expérimenté pouvait encore en constater l'existence. Sur vingt cas, cette éruption n'a pas fait une seule fois défaut, du m«)ins complètement: c'est ce qui m'a porté à donner à cette forme de la maladie le nom de typhus exanthématique [mnculated fevn^.

Les choses restaient en cet état jusqu'au neuvième, dixième ou onzième jour. Le malade dormait assez bien la nuit; il avait un |)ouls peu fréquent ou môme lent, une soif peu vive, peu on point de nausées; il n'accusait aucune douleur, ni h la région épiiiasti i(|no. ni dans le ventre; en somme il n'avait pas un seul symptôme alarmant. Mais à ce moment la maliidie entrait dans une nouvelle phase, et coïnmeiiçait à présenter des caractères plus iniiuiélanls. La faib esise augmentait d'une manière évidente; l'esprit état parfois incohérent, surtout au moment du réveil; il y avait un peu de délire pendant la nnil, de l'agitation ; enfin au bout de peu de jours, le malade essayait de tromper la surveillance de sa garde et de sortir de son lit. Dans beaucoup de cas, le ponls s'élevait tout à coup, et conservait ensuite la même fréi|uence tout le temps que durait le danger. C'est ainsi (ju'au dixième jour le pouls de M. Sym monta subitement de 85 à 1 20, puis il resta à ce chillVe jusqu'au douzième jour, époque on ramélioratlon rommença à se faire sentir. Cette accé-

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lération soudaine du pouls fut également observée au neuvième jour chez M. M'Namara, qui mourut le quatorzième. Chez d'autres, au contraire, ainsi que je vous Tai déjà dit, le pouls conservait pendant toute la durée de ia maladie la même lenteur.

En vérité, messieurs, le médecin assistait alors à un spectacle bien étrange. Le malade ne souffrait ni de la léte, ni de Tépigastre; il avait la peau normale, le pouls parfaitement naturel, la respiration calme, les yeux nets, le ventre souple et déprimé, et pourtant il était sous lo coup d'un danger imminent : il rendait involontairement sous lui Tuiine et les matières fécales; il d[va*^uait; il était en proie à un délire qui se traduisait tantôt par de grands éclats, tantôt par un marmottement à voix basse; les soubresauts, croissant de jonr en jour, finissaient par avoir une violence extrême; l'adynamie était profonde, des taches de couleur sombre recouvraient tout le corps, l'insomnie était absolue. Que deviennent, en présence d un tel concours de phénomènes, les élucubrations des théoriciens? Lorsque la maladie avait atteint sa période la plus sévère, mais rarement auparavant, les intestins commençaient d'ordinaire à être distendus, et le ventre devenait graduellement tympanique; ce signe était très funeste, car il était souvent le précurseur du hoquet.

Si les efforts de la nature ou de l'art étaient impuissants, la congestion de la muqueuse intestinale, révélée par les symptômes précédents, était indubitablement suivie des phénomènes de I hypérémie cérébrale : agitation, sutfusion sanguine des conjonctives, contraction des pupilles, ce dernier signe était le plus fat.d de tous. Dans deux ou trois cas, ces accidents cérébraux amenèrent au treizième jour des convulsions répétées, et cependant les malades guérirent : c'est ce qui eut lieu chez M. Cookson. Il en fut de même chez une jeune femme qui était à l'hôpital de Sir Patrick Dun : elle fut prise, au quinzième j«»ur, de convulsions qui étaient plus marquées du côté droit que du côté gauche, il y eut du strabisme à droite et de l'insensibilité de la pupille du même côté; il survint ce jour même une paralysie du côté gauche qui disparut le lendemain. Chez cette femme, la guérison, eiitravée par de nombreuses dilficultés, fut cependaiit complète.

La fille d'un prêtre, demeurant à la Liberté, eut au septième jour de nombreuses attaques convulsives; les convulsions, plus marquées également du côté droit que du côté gauche, furent suivies d'une stupeur voisine du coma; cet éiat persista pendant plusieurs heures. Tous ces malades étaient couverts de laciies.

CMNKJUE MÉDICALE.

Uque ne peut être traitée avec succès que par radminislratioii judicieuse et rapide du tartre stibié uni au laudanum. Cest la découv€î*le des heureux effets de cette médication dans les stadet avancés du typhus exanthématique^ que je revendique comme mienne ; il est impossible, en effet, de trouver la moindre trace de cette méthode thérapeutique dans les écrits des auteurs qui se sont occupés de ce sujet. Il est incontestable que bien des malades déjà ont dû la vie à ce traitement, el cela dans des circonstances en apparence désespérées. Ne soyez donc point étonnés, messieurs, de ce que je me félicite hautement d'avoir proposé le premier cette méthode; non-seulement elle a notablement abaissé le chiffre de notre mortalité nosocomiale(l), mais, grâce à elle, j'ai pu arraclier à la mort plusieurs de mes amis et de mes élèves ; sans elle, notre école de Meath Hospital eût été plus que décimée, tandis que nous n'avons à déplorer jusqu'ici que la perte d'un seul étudiant

Un mot encore sur les conditions dans lesquelles ce traitement est applicable. Ces conditions sont précisément celles que l'on avait cru précédemment devoir combattre par l'application des sangsues, des lotions froides et des vésicatoires sur la télé. Alors, en effet, disait-on avec raison, il ne s'agit pas seulement de lutter contre la débilité qui va croissant, il ne s'agit pas seulement d'abattre l'excitation nerveuse générale, il faut aus.«i compter avec la congestion cérébrale, et même c'est ce dernier accident qui est le plus formidable de tous; en conséquence, ajoutait-on, laissez-nous l'attaquer hardiment, laissez-nous mettre des sangsues, laissez-nous purger, etc. H serait supertlu, je pense, de vous citer ici des exemples pour vous convaincre des dangers de cette pratique déplorable; je me bornerai donc à vous dire que vous seriez tout aussi autorisés à traiter le delirium tremeus par les sangsues, les purgatifs et les vésicatoires. N'oubliez pas que je ne parle ici que des périodes avancées du typhus Si, en elïet, la congestion cérébrale a lieu au début ou au milieu de la maladie, il n'y a pas lieu d'employer l'opium, il faut recourir alors au traitement ordinaire de

(1) Soixante-treize malades atteints de typhus, à savoir, quarante el un hommes et trente-deux femmes, furent traités dans l'hôpital de Sir Patrick D in pendant les mois de février, mars et avril. Dans ce nombre il y eut plus de cini}ua:ite cas de lyphus tacheté, el cependant nous n'avons perdu que trois inaladc> dtux femmes et un homme). Ce dernier était dans une situation désespérée lorsqu'il nous arriva, el l'une des deux femmes fut prise de varioloïde immédiatement après la crise d'un lyphus exanlhématique de longue durée. (L'Altclr.)

rhypérémie active du cerveau : purgatifs, sangsues, lotions froides» glace sur la tête, etc.

Dans cette esquisse rapide de l'épidémie actuelle j*ai laissé dans Tombre bien des traits importants : ce n'est donc là, sous bien des rapports, qu'une grossière ébauche; mais je me suis attachée vous représenter dans tous leurs détails certains caractères qui vous per* meltront d*apprécier les principes par lesquels j'ai été amené à cette nouvelle méthode thérapeutique. Je ne puis mieux compléter ce tableau qu'en vous rapportant encore quelques faits, et d'abord permettez* moi de vous parler de la maladie de M. Thomas OTIaherty.

Ce jeune homme Fut pris d'un typhus exanthématiquede forme insidieuse, qui ne présenta au début aucun caractère inquiétant. Le pouls ne s'éleva jamais au-dessus de lUO, et avant le dix-septième jour il était tombé a IQ; il se maintint à ce chiffre durant la période du plus grand danger. Le malade était sous le coup d'une appréhension extrême, il croyait à une terminaison funeste, et dès le début il avait perdu le sommeil : ce sont là les seules circonstances qui, dans les premiers jours, eussent excité mes alarmes. Au dixième jour, il y avait un peu de lympanite, mais une médication appropriée en triompha en <leux jours. Quarante-huit heures plus tard, l'agitation était très vive, et quoiqu'il nous Ht des réponses raisonnables, quoiqu'il n'accusât aucune douleur de léte, quoiqu'il n'eût ni rougeur de la face, ni chaleur du cuir chevelu, le malade divaguait lorsqu'il était abandonné à lui-même, et vers la fin de la journée il tenta a plusieurs reprises de sortir de son lit. 11 y réussit une fois, et se mit à se promener sur l'escalier qui conduit de sa chambre au parloir. La langue était brune et sèche. Lorsque j'appris ces détails, j'ordonnai la potion stibio- opiacée contenant quatre grains (0^',26) d'émétique et une drachme (3 grammes) de laudanum par huit onces (192 grammes) de véhicule camphré, à prendre (îeux drachmes toutes Its deux heures. Les effets du remède ne lurent pas très rapides, mais ils furent manilestement heureux ; car le jeune homme devenait graduellement plus cahne, il délirait moins, n'essayait plus de quitter son lit, et il eut quelques instants île sommeil pendant la nuit. La potion avait amené des sueurs profuses; comme il y avait de la constipation, on laissa de côté la mixture stibiée, et l'on donna (les purgatifs.

Au quinzième jour, les intestins ayant été suffisamment stimulés, je prescrivis pour la nuit vingt gouttes de la solution opiacée de Battley ; il y eut pendant la nuit un sommeil paisible : c'était la première fois

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