LE TARTRE STIRIÉ ET L'OPIUM DANS LE TYPHUS FEVER
depuis le début de la maladie. Au seizième jour, les sueurs continuaient, le ventre n'était plus tendu, la raison était revenue, mais notre malade avait des soubresauts assez marqués. Il prit une autre dose de la solution de Batlley, mais sans résultat; je dois ajouter que depuis quelques jours je lui donnais du bouillon de poulet, de la bière, etc. Au dix-septième jour, les sueurs avaient cessé, la peau était aride et brûlante; agitation excessive, subdelirium et marmottement continuels, soubresauts de tendons, tremblements, évacuations involontaires, carphologie. Je prescris : porter en petite quantité y bouillon de poulet y lavement fétide ^ et pour la nuit vingt gouttes de la liqueur de Battley,
Le lendemain on me dit que le lavement n'a pas procuré de selles, et que la nuit s*est passée sans sommeil. Le malade répondait avec incohérence : il croyait que son lit était couvert de lancettes, et il en mettait précieusement de côté quelques-unes, qu'il se réservait de me donner; le ventre n'était pas tondu, mais la constipation était opiniâtre; pouls à 100. Nous ne nous occupâmes ce jour-la et le lendemain que de déterminer des évacuations alvines, afin de pouvoir revenir à l'opium , mais pendant ce temps tous les accidents s'aggravèrent, et lorsque je revins le soir du dix-neuvième jour, l'état de ce malheureux jeune homme était aussi alarmant que possible. Depuis plusieurs jours il n'avait pas eu un instant de repos, son corps était universellement agité par des tressaillements et des soubresauts, l'incuhérence des facultés intellectuelles était complète, le délire était extrême : c'était, en un mot, un spectacle douloureux et alarmant.
il s'agissait d'instituer un traitement. Je me souvenais à merveille du temps où l'on avait recours, en face d'un cas pareil, aux purgatifs réitérés, aux applications de sangsues sur les régions temporales et aux vésic-atoires a la nu(|ue. Je me souvenais d'avoir vu bien des malades traités de cette façon j)ar les praticiens les plus distingués, mais je me rappelais également les trisUs résultats de cette lliéra[)eutiqne. Dans les Conditions auxquelles j'avais aflaire, alors (|ue les signes d'une iiypérémie cérébrale étaient aussi évidents que |)ossible, chacun eùl rejeté bien loin et qualitié d'absurde l'idée d'administrer de l'opium; cependant mon expérience antérieure me décida à cette médication, et, vu rimminenco du danger, j'en usai hardiment. A la potion ordinaire de huit onces renfermant (juatre grains d'éméliciue je lis ajouter une drachme et demie (/i^',5U) de laudanum. Le malade prit toutes les deux heures une once de cette mixture a partir de huit heures du soir; on s'arrêta après la cinquième dose, Il y eut des sueurs abondantes, la
peau devint plus fraîche, le délire était moins violent, mais il n'y eut pas de sommeil; à quatre heures du matin, le pouls était à 70, la respiration était tranquille. Je fis donner alors vingt gouttes de la solution de Battley, et, une heure et demie plus tard, j'en prescrivis encore vingtcinq. Le malade avait donc pris, dans un espace de temps assez court, à peu près une drachme de laudanum (3 grammes), quarante-cinq gouttes de la liqueur de Battley, plus environ trois grains (18 centigrammes) de tartre stibié. Il était calme, mais il n*avait pas fermé les yeux; il avait encore parfois de la mussitation et quelques soubresauts; ses pupilles se resserraient de plus en plus; ses yeux, devenus ternes, avaient perdu presque tonte expression, et lorsque je revins à huit heures du matin, il était complètement narcotisé, mais il n'avait pas dormi. Je crus d'abord que tout était perdu ; pourtant, comme la respiration était naturelle et le pouls régulier, je me laissai aller à concevoir encore quelque espérance. A ce moment, les yeux s'éteignirent, les paupières s'abaissèrent petit à petit, la respiration devint lente et profonde, et à huit heures et demie le malade dormait d'un sommeil tranquille qui dura neuf heures consécutives. Au réveil, la raison lui était revenue, il ne souffrait plus de la tète; et, après avoir bu un peu de tisane, il s'endormit de nouveau. Le lendemain matin, tous les symptômes du typhus avaient disparu jusqu'au dernier.
Les faits dont je vais maintenant vous entretenir prouvent que le tartre stibié peut être administré avec avantage à une époque de la maladie où on l'avait cru jusqu'ici inapplicable, et à des doses si considérables, qu'elles sont encore pour moi un sujet d'étonnement. Lorsque je commençais à nie servir de rémétique et de l'opium, je ne maniais pas le premier de ces agents avec la hardiesse que vous me voyez aujourd'hui; ce n'est que peu à peu, et en me fondant sur mon expérience, que j'en suis venu h adopter un procédé thérapeutique qui heurtait de front les idées généralement admises; c'est graduellement aussi, et après mètre assuré de son innocuité, que j'ai généralisé ma manière de voir au sujet de rinfluence toute puissante du tartre stibié. Je dois ajouter, et c'est pour moi un tribut de reconnaissance, que j'ai été encouragé et aidé dans ces recherches par les travaux de Marryatt (de Bristol). Ces travaux ont été publiés pour la première fois en 1788, mais ils restèrent ignorés des médecins irlandais, je puis même dire des médecins anglais, jusqu'au moment où ils furent signalés dans le premier volume du British and foreiyn médical Revieio (p, /il6). La con-
LE TAaTRE STJBIÉ A HAUTES DOSES DANS LE TYPHUS MALIN. 301
naissance de cette œuvre, dont je n'avais jamais oui parler, la conviction qu'elle m'inspira au sujet de l'efficacité du tartre stibié employé à hautes doses dans les périodes avancées du typhus malin, m'engagèrent à accorder désormais plus de valeur à cet agent administré seul, sans opium, et me déterminèrent à en user dorénavant avec plus de vigueur : l'événement, vous le savez, a pleinement justifié niÊf résolution.
Il est peut-être des hommes qui prendront acte de ces paroles pour me dénier toute initiative à ce sujet. Mais tous ceux qui ont suivi mon service à l'hôpital, tous ceux qui ont pris la peine de lire mes leçons et les divers mémoires que j'ai publiés sur cette question, reconnaîtront aisément que je n'ai eu dans cette voie nouvelle d'autre guide que l'analogie; mes premières recherches m'ont été inspirées par l'observation des effets de lémétique et de l'opium dans le delirium tremens, affection non décrite au temps de Marryatt. Quiconque a la moindre notion de la méthode suivant laquelle on traite le typhus à Dublin, à Londres et à Edimbourg, conviendra que personne, depuis le commencemenl de ce siècle, n'a employé le tartre stibié dans le typhus, à la période pour laquelle je le recommande. Vous ne trouverez pas un seul mot qui se rapporte à celle pratique dans l'œuvre remarquable de Barker et de Cheyne. et cependant cette œuvre est riche en préceptes thérapeutiques. Vainement vous fouillerez les travaux d'Armslrong, de Smith, de Tweedie; vainement vous parcourrez les ouvrages de Good, de Thomas, de Mackintosh ou \ Encyclopédie de médecine pratique, vos recherches resteront tout aussi stériles. Compulsez encore, si cela ne vous suflit pas, le Journal d'/ù/imOourg et la Revue médico' chirurgicale de Johnson, vous ne trouverez rien, absolument rien qui puisse m'enlever la priorité, et cependant le traitement du typhus fever est, dans tous ces travaux, l'objet de discussions approfondies.
Mais en voilà assez sur ce point ; c'est perdre son temps que de répondre à des hommes assez ignorants pour confondre la méthode thérapeutique que je conseille, avec l'antique et vulgaire habitude qui consiste à administrer le tartre stibié au counnencement de toutes les maladies fébriles, soit comme émétique, soit comme diaphorétiqne. Je ne regrette qu'une chose, c'est de ne pas avoir appliqué celte méthode plus tôt; car depuis que je l'ai adoptée, ma pratique a été beaucoup plus heureuse, soit à l'hôpital, soit au dehors. Peu de temps avant que M. Cookson tombât malade, j'ai eu la douleur de perrlre des amis, des parents, des clients, que j'eusse probablement sauvés en les traitant par l'émélique ; j'ai môme vu mourir un de mes malades dans la semaine
^uî précéda mon premier essai chez M. Cookson. Je vous signale ce ait, parce que c'est la preuve la plus convaincante que je n*avais jamais >ongé jusqi^e- là à ce genre de traitement ; car si je Tavais connu, j*au- *ais été bien coupable de laisser périr mes malades, sans essayer de les »auver. Mais il est temps d*en venir aux t'aiis eux-mêmes.
Nous avons eu tout dernièrement, à Thôpital de Meath, un cas de yphus dont les progrès furent anxieusement suivis par les médecins et par les élèves ; chacun tomba d*accord que le malade eût succombé i*il avait été soumis au traitement ordinaire. Cet homme avait été confié à mes soins par M. Harnetl, qui prit la peine de le voir deux fois 3ar jour et par nuit, et qui nota avec soin la marche de la nialadie.
Joseph Taylor, jeune homme robuste, âgé de vingt et un ans, entre ï l'hôpital If 7 mai 1836 11 est sobre dans sa manière de vivre; il •aconte qu*il est malade depuis sept jours, et qu'il a éprouvé au début Jes frissons, de la céphalalgie, des douleurs lombaires, etc. Au moment ie son entrée, il se plnignait de maux de tète, de tintements d'oreilles ; a face était colorée, les yeux étaient légèrement injectés, les sourcils ronces; la peau, chaude et sèche, présentait une éruption discrète: le œntre était souple, il y avait de la constipation — Hubeat liaustumrhei.
Neuvième jour. — Le malade a bien dormi, cependant il a eu un peu ie délire; les bourdonnements d'oreilles continuent, la céphalalgie est plus forte, l'éruption plus abondante; un peu de toux, quelques râles bronchiques dans les deux poumons; ventre normal sous tous les rapports, selles régulières; pouls à 100, vif et nettement dicrote; langue brune, sèche, rude et chargée; légère épislaxis il y a trois jours.
'J^ Pilulœ hydrargyri . . gr. iij.
Pulveris ipccacuaiilicD gr. G.
Misce. Fiat pilula quarlis horissunienda (1).
Applkentur hirudines duœ naribus, cl repetatur applicatio hirudiniuii vespere, si )pus sit.
Dixième jour. — Sommeil assez bon, écoulement de sang abondant
(1) :j^ Pilules d'hydrargyre 0,18
Poudre d'ipccacuanha 0,03
Mêlez. Pour une pilule qu'on rcpélera louies les quatre heures.
La Pharmacopée de Londres donne aux pilules d'hydrargyre la composition suivante :
'Jj/é Mercure . . 2 gros = 8 grammes.
Confection de roses rouges W gros = 12
Réglisse en poudre 1 gros =:= 4
Broyez le mercure avec la confeci ion jusqu'à extinction, puis ajoutez la réglisse, et