‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 62 sur 123 · LE TAKTRE STIBIÈ A HAUTES DOSES DANS LE TYPHUS MALIN · texte numérisé non relu

LE TAKTRE STIBIÈ A HAUTES DOSES DANS LE TYPHUS MALIN

par les narines; douleur de têle moindre; visage rouge et brûlant, température du reste du corps au-dessous du chiffre normal; pieds très froids. Pouls à 112, dicroie et filiforme. La langue, très brune, est sèche et chargée; le malade éprouve de grandes dilficuUés pour la sortir de sa bouche.

Lotions chaudes sur les pieds, un vésicatoire à la région précordiale, deux aux jambes dans la journée.

If Miftturœ camphorœ f. § j.

Liqiioris HoiTmanni f« 3 j.

Misce. Fiat haustus quartis lioris sumendus (1).

Onzième jour — Agitation très violente depuis la veille au soir; le malade a essayé plusieurs fois de sortir de son lit, mais lorsque l'inlirmier lui parlait, il restait tranquille pour quelque temps. Il a déliré et grincé des dénis toute la nuit; insomnie complète. Peu de temps avant la visite du matin, il a eu une atta(|ue épileptiforme qui a duré dix minutes environ; il s'est beaucoup débattu et il a écume. A notre arrivée, à neuf heures du matin, la figure est rouge, anxieuse, elle porte l'empreinte de la férocité; les yeux sont injectés et h?gards, les pupilles normales; obscurcissement de la vue, sourcils contractés, respiration précipitée. Le malade change constamment de place dans son lit, il arrache le pansement de ses vésicaloires ; il a la peau briilanteet aride, le ventre souple ; il n'y a pas d^ tympanite, les intestins sont libres; il a la langue bêche et sale, il la sort à tout propos de sa bouche et la mord ; il grince des dents. Le pouls est dicrote, très fréquent, petit et un peu dur.

If Antimonii lartarizati ?r. vj.

Aquae f. 3 X.

Mucilaginis \ ^ ».

Sirupi pafiaveris albi j

Misce. Fiat mislura, sumat f. 3 G , oiniii seniihora (2).

Trois heures de l'après-midi. — La moitié de la potion a été prise;

(1) % Mixture camphnl'e 24 grammes.

Liqueur d'Hoffmann 24

Mêlez.

(2) 'Jf Tartre stibic 3G centigrammes.

Eau 240 grammes.

Mucilaffc ) .

birop de pavot blanc )

Mêlez. Pour une poliou dont on prendra une demi- once fluide (12 grammes) toutes les demi-heures. (Noie du Trad.)

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la seconde dose a amené des nausées qui ne se sont pas reproduites. Agitation toujours très grande ; le malade s*imugine qu'il u un os dans la bouche, et il le mord sans relâche; il a des sueurs abondantes depuis quMI a commencé à prendre sa potion.

M. Harnett ordonne une once de la mixture toutes les demi-heures.

Six heures du soir. — Il y a un peu de calme ; la potion a été prise en entier , il n*y a pas eu de nausées. Le patient a encore mordu sa langue et ses lèvres ; il continue à transpirer; il a uriné abondamment dans son lit. Pouls plein et mou.

% Antimonii tarlarizati gr. iij.

Aquœ f. 3 V 6 .

Sirupi simplicis. . ^ f* o ^ •

Misce. Fiat inislura cujussumat f . J û omni semihora (1).

Onze heures du soir. — La potion a été prise tout entière et n'a pas donné de nausées ; la figure est moins rouge, le délire persiste. Pouls à 100, plein et mou.

0/» Anlimonii lartarizati gr. iv.

Mixturœ camphorec f. 5 viij.

Tincturœ opii f. 3 j.

Misce. Fiat mislura cujus capiat f. 5 ^ omni semihora (2).

Douzième jour. — Le délire et Tinsomnie ont duré toute la nuit 11 y a un peu de calme ce matin ; la face est moins rouge ; les yeux sont encore agités et farouches, mais ils sont moins injectés ; les sourcils sont contractés, les pupilles sont normales ; les réponses sont raisonnables. Le pouls, régulier, à 80, a perdu le caractère dicrole. Constipation. — Habeat cnema emol liens, et repetatur mistura.

Une piîite de porter et du bouillon de poulet,

(1) ^ Tartre stibié 18 centigrammes.

Eau 1 32 grammes.

Sirop simple 12

Mêlez. Pour une polion dont on prendra une demi-once (12 grammes) toutes les demi-heures.

(2) '^ Tartre stibié 2!x centigrammes.

Mixture camphrée 192 grammes.

Teinture d'opium 3

Mêlez. Pour une potion dont on prendra une demi- once toutes les demi-heures.

LE TABTRE STlBl£ A HAUTES DOSES DAINS LE TYPHUS MALIN. 305

Trois heures après midi. — Après que la potion stibio-opiacée eut été prise en entier, on en revint à la potion slibiée simple; lorsqu'il eut pris deux doses de cette dernière, le malade s'endormit, et il dort encore en ce moment.

Huit heures du soir. — 11 a continué à dormir; il s*éveille bien de temps en temps, mais il retombe aussitôt dans un sommeil profond. — Omittatur tinctura opii.

Treizième jour.-— 11 a dormi sans interruption durant toute la nuit; il est calme et tranquille, il cause raisonnîiblement ; l'éruption a disparu ; le pouls, à 8^, est mou et régulier. — Plus de médicament. Un verre de porter ; alimentation légère.

Ce malade avait pris plus de vingt grains (1«',20) d'émétique dans l'espace de trente heures, et il n'a eu qu'wne seule fois des nau-

Plusieurs points veulent ici être examinés. Et d'alx)rd vous ne devez pas perdre de vue que ce malade était atteint d'une lièvre tachetée légitime, d'un typhus franc de la même forme que celui qui règne depuis plusieurs années dans la Grande-Bretagne et à Paris (1). Vous savez, messieurs, que dans celte ville on regarde comme le signe pathognomonique du typhus cette éruption spéciale dont les îlots, en forme de croissant, rappellent un peu ceux de la rougeole. Ce fait est important à noter, surtout eu égard à la grande quantité d'émétique qui a été administrée. Remarquez, en outre, que les symptômes de collapsus qui nous ont si fort alarmés, et qui exigeaient l'emploi immédiat des vésicatoires et des stimulants, ont paru au dixième jour de la maladie. C'est aussitôt après cet état de collapsus que nous vîmes survenir les phénomènes d'excitation cérébrale; mais, d'après la prostration (lui les avait précédés, j'étais convaincu que tous les moyens déplétifs directs devaient être laissés de côté, sous peine de voir le malade tomber rapi-

(i) L'auteur a sans doute en vue le typims qui a sévi à rlifférentes reprises sur certains points delà France, à partir de 1811. Les plus importantes de ces épidémies ont été celle de la Salpêtrière en 181/i (Lapille etPellerin); celle de Toulon en 1829 et en 1830 (Keraudren, Pellicot, Fleury); celle de Reims en 1839 et 1850 (Landouzy).

Lapille, loc, cil, — Pellerin, Thèse inaug, Paris, 181 'i. — Kéraudren, Arcliivcs générales de nu'deciney 1829. — Pellicot, codcin loco, 1830. — Fleury, Mémoires de l'Académie de médecine, III. — Landouzy, Archives générales de médecine^ I8'i2.

J'ai négligé de signaler, en raison de leur date un peu plus reculée, les épidémies qui ont ravagé les frontières françaises à l'époque des guerres d'Espagne et de la

dément dans un affaissement mortel : c'est pour cela que je ne lis pas répéter les sangsues.

Le délire fut ici extrêmement violent; il nécessita la camisole» et un infirmier dut rester continuellement auprès du patient: les contorsions de la face, la férocité de la physionomie, les morsures de la langue et des lèvres révélaient avec une terrible évidence un étatd'excitatioti, qui ne pouvait être combattu que par Tadministration rapide et énergiqne de modificateurs puissants. La vésication de la région précordiale semblait ajouter encore à cette irritation, puisque le malade arrachait constamment son pansement ; aussi je ne cnis pas devoir faire appliquer un vésicatoire sur la tète; j'étais d'autant plus persuadé qu'il aggraverait la situation, que chez bon nombre d'individus cela suffit pour amener une sorte de delirium traumaticum. La frécjuence et la vivacité du pouls, en même temps que la congestion évidente qui se faisait au rerveau, parlaient en faveur de l'emploi du tartre stibié, et rien dans l'état du tube digestif n'en contre-indiquait l'administration , mftme à doses répétées. Le résultat dépassa nos espérances ; le délire disparut peu à peu, et le pouls, diminuant de fréquence, devint plein et mou, debrefet petit qu'il était d'abord. Une voieétait ainài préparée à l'opium, que je ne prescrivis que lorsque le malade eut pris douze grains d'émé* tique. Puis l'opium fut supprimé, et l'émétique acheva la guérison : il est permis de se demander si à lui seul il n'aurait pas réussi à ramaier le sommeil.

Ces remarques ont pour but de rectifier une erreur au sujet de l'emploi du tartre stibié et de l'opium dans le délire delà fièvre; cette erreur, je le crains, s'est déjà propagée au loin, et je ne Veux laisser échapper aucune occasion de la combattre : or, sachez-le bien, messieurs, le médecin ne doit prescrire l'opium que lorsqu'il a diminué ou tait disparaître les phénomènes de congestion encéphalique, soit au moyen d'cvacuations suffisantes, soit au moyen de réniétique. Aucun médecin ne peut être rendu responsable de l'abus que ses confrères peuvent taire des remèdes qu'il conseille; il m'est pénible pourtant d'avoir été mal compris, et depuis la publication de mes observations, j'en ai eu de lamentables preuves. Tout récemment encore j'étais mandé aux environs de Dublin pour voir un gentleman que son médecin avait traité, à ce qu'il disait, d'après ma méthode ; hélas ! il convenait luimême que son malade était tué par l'opium qui lui avait été imprudemment administré pendant son délire, malgré des signes évidents d'hy-

LE TAUTRE STIBIÉ A HAt TES DOSES liAMS LL TV1»HUS MALIN. 307

D*autres oot dit qu'après tout, la maladie de Taylor n'était pas si dangereuse, et que la guériàon n'avait rien de remarquable. Pour toute réfutation d'une opinion aussi peu fondée, je me borne à renvoyer à l'observation môme du fait ; cette histoire écrite est encore bien loin de la réalité, et ne donne point une idée exacte de l'état déplorable dans lequel était plongé ce malheureux, lorsque mon traitement lut mia eu pratique : telle qu'elle est cependant, cette description convaincra toub ceui qui connaissent les symptômes et la marche du typhus, que le cas était désespéré. Eh quoi ! est-il vraiment possible qu'un médecin se soit rencontré qui, après avoir observé cinquante cas de typhus grave , ait élé assez téméraire pour soutenir que le malade, en raison de sa jeunesse et de sa bonne santé antérieure, ne devait pas être regardé comme étant en danger? Avant d'émettre une telle assertion, a-t-il pris la peine de réfléchir? a^tril songé que nous avons eu ici, au dixième jour d'une fièvre tachetée, un état de coUapsus qu'il a fallu combattre par les vési^ eatoires et les stimulants? a-t-il remarqué que cette prostration fut suivie au onzième jour d'un délire violent, qu'il devint alors nécessaire de maintenir de force le malade dans son lit, et que bientôt après survinrent d'effroyables convulsions, qui durèrent plus de dix minutes, et qui avaient tous les caractères d'une attaque d'épilepsie?

Ce dernier symptôme est plus que suffisant à lui seul pour révéler un danger extrême. J'en appelle ici à ma propre expérience, à celle de to«s les praticiens ; j'en appelle aux travaux de tous ceux qui ont écrit sur le typhus (1). Il y a dans Hippocrate quatre apliorismes qui signalent la gravité des convulsions dans les fièvres. Dans son livre du PronoMic le médecin grec fait connaître différenies causes qui, chez les enfants audessous de sept ans, pc^uvent amener des convulsions dans les lièvres, sans qu'il en résulte un danger imminent pour le malade; niais il ajoute que chez les adultes, les convulsions ne peuvent survenir dans 4MJS circonstances sans que tc tT)v -T^fxtjwv 'iroo<T7cvy)Toi{ twv «j^^upoTocrwv Tt x«i xotxtçTwv. Il n'est pas possible d exprimer eu ternies plus saisissaiits le danger de ce phénomène.

(1) Toute réserve faite des fièvres éruptive> et tlu jeune âge, les sémioiojjisles sont linanjmei» pour reconnaître la gravité des convulsions daub les fièvres, surtout lorsqu'elles rejoignent à d'autres symptômes nerveux, en particulier au délire, sans» en diminuer ni l'intensité ni la durée.

Comparez : Sarcone, hloria rdgiondta dei mali osservati in A'flpo/i, ncl corso deW anno 176â. Napoli , i76â. — Double, /oc cH. — Landré-Beauvai;! , SémioUquc . 3« édition. Paris, 1818. (Note du Trad.)

Ceux qui ne craignent pas d'affirmer qu'une bonne santé antérieure ou une constitution robuste atténuent la sévérité des atteintes du typhus, font preuve d'ignorance, et voilà tout. Je n'ai jamais connu d'hommes plus forts et plus vigojureux que les docteurs Clarke junior et Duigenan ; tous deux étaient morts avant la fin du troisième jour.

Il est une autre objection que je ne saurais passer sous silence. Mes observations, a-t-on dit, prouvent tout simplement que la nature est capable de supporter bien des choses ; ce qui revient à dire que j'ai été très coupable de donner un mauvais exemple à mes confrères, et de les encourager à administrer des médicaments puissants, tels que l'émétique à hautes doses. Mais, avec tout le respect que je dois à mes adversaires, je prendrai la liberté de leur faire observer que dans les maladies aiguës qui menacent prochainement la vie, nous gagnons bien peu à attendre les secours delà nature. Ce qu'il faut alors, ce sont des agents puissants. N'oubliez pas, messieurs, que s'ils sont employés judicieusement, ils n ont pas d'autre effet que de combattre la maladie: celte vérité ressort de tous les faits que je vous ai rapportés ; aucun de nos malades n'a souffert de son traitement. Le médecin qui prescrit un quart ou un demi-grain d'émétique , et qui fait répéter ce médicament jusqu'à ce que les phénomènes soient amendés, qui éloigne et diminue les doses à mesure qu'il voit disparaître les symptômes qu'il s'était proposé de combattre, ne peut être accusé, en bonne justice, de prodiguer cet agent d'une main trop libérale. Le donner à des doses insuffisantes pour influencer l'état morbide, serait aussi par trop plaisant. Ce qui doit servir de rèijle en posologie, ce n'est ni le poids, ni la mesure, ce sont les eftbts du remède; si vous administrez à plusieurs reprises des doses modérées d'émétique, et qut3 vous surveilliez attentivement l'action de chacune, votre devoir est rempli, la prudence la plus rigoureuse ne peut rien exiger de plus. Ces remar(|ues sont également applicables à l'administration de l'opium.

Je veux maintenant vous entretenir d'un fait que je suis heureux de pouvoir vous exposer ici , parce (|U*il a été suivi par sir P. Crampton , qui fut grandement surpris en constatant reflicacité d un traitement «ju'il n'avait jamais vu appliquer jusque-là; cet heureux résultat fut d'autant plus remarquable à ses yeux, ([u'il regardait la situation du malade comme excessivenieiil dangereuse. Ce fut aussi la première occasion qu'eut le docteur Campbell d'étudier cette méthode thérapeuticiue; depuis lors, il a déclaré devant ses élèves qu'au moment où je

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