LE TARTRE STIBIÊ A HAUTES DOSES DANS LE TYPHUS MALIN
Tâvais conseillée, il désespérait complètement de la vie de notre malade.
M. C...., chirurgien, demeurant dans Filzwilliam-square, autrefois élève du chirurgien général, est un jeune homme d'une constitution véritablement athlétique. Le 9 mai 1836, il eut le frisson initial du typhus; il fut soigné d*abord par M. Campbell, et lorsque je le vis moimême le sixième jour de sa maladie, il avait une éruption abondante de taches morbilliformes. Au septième jour, nous n'avions encore vu apparaître aucun symptôme particulier ; la céphalalgie, violente au début, avait cédé à l'application de quelques sangsues. Le matin du huitième jour, nous nous apercevions que le malade respirait parfois irrégulièrement, et qu'il faisait de fréquents soupirs : c'était cette forme de respiration qui indique souvent le trouble du système nerveux, et que j'ai maintes fois observée comme un signe précurseur de Texcitation encéphalique; aussi ai-je Hiabitude, comme vous le savez, delà désigner sous le nom de respiration cérébrale.
Dans l'après-midi de ce huitième jour, nous eûmes le bonheur d'être assistés par sir P. Crampton. Il regardait le cas comme très grave; le pouls, au delà de l/iO, était extrêmement misérable ; le malade, couché sur le dos, était couvert de taches. Dans l'espace de quelques heures, le ventre s'était tuméfié : signe très fâcheux en vérité, puisque le matin encore il était souple et déprimé, et que rien ne pouvait nous rendre compte du développement rapide et soudain de cette tympanite ; il fallait donc y voir, ce qui n'est que trop souvent vrai, l'avant-coureur d'une dissolution prochaine. La langue était desséchée, la soif était vive. Nous décidâmes, dans noire consultation, d'administrer le chlorure de soude; puis sir Crampton Ht connaître aux amis du malade toutes les craintes que lui inspirait son état. Il sortit alors de la maison. M. Campbell et moi nous nous préparions à le suivre, lorsque survinrent subitement des accidents nouveaux : le patient se précipita hors de son lit, et peu s'en fallut qu'il ne parvînt à sauter à travers une lucarne. 11 était en proie à un délire des plus violents; mais cet état ne dura que quelques minutes, après quoi le délire devint beaucoup plus doux. Le malade cependant refusait obstinément de retourner à son lit, et nous fûmes obligés de le laisser marcher quelque temps en chemise : il «tait soutenu par deux aides, vu sa grande faiblesse. Ses yeux devinrent à ce moment saillants et farouches; il se mit à menacer d'une voix effrayante toux ceux qui l'entouraient; il était sur la limite de la folie furieuse. Rien ne put le décider à se remettre au lit, il ne voulut même pas consentir à recouvrir .ses membres nus et glacés ; assis sur une chaise, li
3<o ctimotm UTÉfticAtÊ.
était eflFrayant à voir; en roéme tetnp^, le pouls, d'une faiblesse etce$^ give, était presque innombrable.
Que faire alors? L'état de la circulation nous défendait d'attaquer Texcitalion cérébrale par Vartériototnie, ou même par les saignées locales, car les derniers mots que sir Crampton avait dits en nous quittant étaient ceux-ci : « Il suffirait de quelques sangsues pour tuef le malade, » D'autre part, les vésicatoires seraient trop lents danft leur action, ils pourraient même aggraver les choses; et Ton ne pouvait songer aut affusîons froides. En somme, le cas défiait toutes les iressources de l'art. Quant à Témétiquc, j'étais d'abord peu disposé à le prescrire sous nja seule responsabilité dans des circonstances aussi désespérées, et alors que sir Crampton n'était plus avec nous. En fiait, tious ne pensions pas, M. Campbell et moi, que M. C... pût survivre plus de douze liemos. Cependant, comme je ne voyais en définitive aucun autre moyen de salut, et que j'étais déterminé à tenter à tout prix un suprême et dernier effort, je ne me crus pas le droit d'hésiter plus longtemps, et j'ordonnai une potion contenant une once (24 grammes) de sirop de pavot blanc, une once de mucilage, six onces (\Uh grammes) d'eau, et liuit grains (û8 centigrammes) de tartre stibié. Le malade devait prendre toutes les demi-heures une demi-once de cette mixture, et en continuer l'usage jusqu'à ce que l'excitation cérébrale fût manifestement modifiée.
F^a potion fut administrée par feu Ferguson de Kildat*e-street, qui m'avoua plus tard avoir été fort étonné d'un semblable traitement; (lu reste, il croyait à ce moment-là ((u'aucune médication ne pouvait sauver M. C. ... Les six premières doses produisirent quelques nausées, mais le vomissement n'eut lieu qu'à la septième cuillerée; la huitième fut suivie d'un vomissement abondant de liquides mnqueux et bilieux. Après ce second vomissement, le malade consentit à rentrer dans son lit: il était évidemment plus tranquille; mais comme il était resté exposé à l'air sans vêtements pendant plusieurs heures, on eut beaucoup de peine à le réchaufier, et à redonner à ses membres leur température normale.
A dix heures du soir, constatant l'heureux effet du médicament, nons ordonnons de le continuer, mais seulement toutes les deux heures.
18 mai, neuvième jour de la maladie, huit heures du matin. — On adonné depuis la veille cin(| autres niillerées de ta potion: pas de jjliéïKiniènes gastriques depuis la hniliènio. Le malade, qui ne (l(»rmail
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plus depuis plusieurs jours, a eu au commencement de U nuit quelques beurii d*un sommeil paisible; mais il parait plus e&cité ce matiu, il menace encore parfois ceux qui l'entourent, et reste sourd aux paroles qu'on lui adresse. La potion sera continuée, mais on la donnera à une heure et demie d'intervalle.
Une heure après midi. — Depuis la veille au soir à six heures, M. C. .. a pris huit grains (^8 centigrammes) d'émétique. J'ordonnai alors de lui faire prendre toutes les quatre heures une demi-once (16 grammes) d'une solution contenant, pour six onces d'eau pure, huit grains de tartre stibié. Le malade dormit une boime partie du jour, et le médi* oament agit sur les intestins ; il y eut d'abondantes selles liquides, composées de matières bilieuses jaunâtres. Vous verrez souvent l'émétique produire cet etTet dans les périodes avancées du typhus, et c'est toujours un bon signe. Quoique M. C. .. fut bien plus calme qu'auparavant, on jugea prudent de faire rester dans sa chambre deux hommes robustes et résolus, prêts à assister la garde-malade en cas de besoin. Du reste, il eut encore un peu de délire; il ne voulait pas que certaines personnes, et j'étais de ce nombre, approchassent de son lit ; il avait conçu pour nous une grande aversion.
Sept heures du soir. — î^ mouvement fébrile est plus fort, l'excitation cérébrale est plus considérable; nous revenons au tarlre stibié, mais ou le donnera toutes les demi-heures jusqu'à ce que l'agitation ait cédé; après quoi on ne l'administrera que toutes les deux heures.
19 mai, dixième jour de la maladie, dix heures du matin.— M. C. .. a pris durant la nuit six cuillerées de sa potion. Trompant la vi<;iiance de ses gardiens, il est sorti de son lit à l'aube du jour, mais il s'est borné à se promener tranquillement dans la maison, et lorsqu'on Ta appelé, il s'est remis immédiatement au lit. Après cela, il a bien dormi. Heureux de ce résultat, nous jugeâmes inutile de continuer l'usage de l'émélique; il en avait été donné douze grains en tout (72 centigrammes) Sous l'influence de cet agent, la fréquence du pouls diminua notableuient; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que pendant les deux jours que dura cette médication, le pouls ne fut pas seulenionl plus lent, il devint beaucoup plus mou et plus plein; la peau devenait en même temps humide et souple, le ventre était déprimé et mou, l'éruption avait sensiblement diminué. Cependant la fièvre diuait toujours, il y avait encore de l'incohérence dans le langage, mais au moins le malade n'essayait plus de quitter son lit.
An quatorzièjue jour la lièvr<* e<)nnncni,;i à diuiinuer ; 1<* pouls louibn,
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el la respiration , qui pendant les plus mauvais jours était à cinquante par minute, descendit à vingl-cinq. Cette amélioration ne se ralentit plus, et au dix-septième jour tout mouvement fébrile avait disparu ; le pouls était à 60.
Du dixième jour au début de la convalescence, le t^itement consista simplement en un léger laxatif donné tous les deux jours ; une fois que le tartre stibiéeut abattu l'excitation cérébrale, M. C... dormit presque continuellement jusqu'au moment où la fiè\Te tomba.
M. M.. ., âgé de quarante ans, est un homme d'une forte corpulence; il a des habitudes très sédentaires; atteint dernièrement d'un typhus grave, il a été énergiquement et très sagement soigné par le docteur Ireland. L'éruption morbilliforme s'était montrée au cinquième jour. Deux fortes saignées' du bras avaient été faites, des sangsues avaient été appliquées à plusieurs reprises sur la région frontale, dans le but de diminuer la céphalalgie; plusieurs purgatifs avaient été administrés. Au moment où l'éruption parut, l'agitation et la faiblesse du malade augmentèrent notablement, et il perdit le sommeil ; en peu de temps son état devint très alarmant, et au neuvième jour je fus appelé en consultation avec le docteur Ireland.
M. M... avait déliré pendant toute la nuit précédente, il était baigné de sueurs qui ajoutaient encore à sa faiblesse ; le pouls battait plus de 430 fois à la minute, la respiration était très fréquente; la physionomie du malade révélait l'excitation à laquelle il était en proie : celle-ci, du reste, se traduisait par de l'agitation plutôt que par de la violence. La langue était sèche, le corps était couvert d'une éruption confluente de macules. Ici donc, malgré les moyens énergiques de déplétion générale et locale qu'on avait employés au début, nous avions affaire à des phénomènes non douteux d'excitation cérébrale, et cela à une période de la maladie où le mauvais état des forces vient ajouter aux difficultés de la situation , en apportant un obstacle considérable à l'emploi des évacuants directs. De plus, l'excessive corpulence du malade, le développement exagéré de son ventre, étaient des conditions on ne peut plus fâcheuses : chacun sait, en effet, que les gens replets échappent rarement à un typhus de mauvais caractère. Dans cette conjoncture je fis donner Témélique à la dose de trois grains (0*',i8) par jour; on en continua l'usage pendant quarante-huit heures, c'est-à-dire jusqu'au moment où l'agitation du système nerveux lit place à une tranquillité rassurante. Dans ce cas, le tartre stibié n'eut pas seulement pour effet d'abattre le délire et de ramener le sommeil, mais il produisit plusieurs