‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 64 sur 123 · LE TARTHE STIBIÊ A HAUTES DOSES DANS LE TYPHUS MALIN · texte numérisé non relu

LE TARTHE STIBIÊ A HAUTES DOSES DANS LE TYPHUS MALIN

selles très abondantes, et abaissa notablement la fréquence du pouls et de la respiration. Il est bon de noter également que les sueurs profuses diminuaient à mesure que le malade était influencé par les médicaments ; au bout de quelques heures, elles avaient entièrement cessé.

n est évident pour moi que M. M... dut la vie à ce traitement. Quoiqu'il ait eu la fièvre encore pendant quelques jours, il ne courut plus aucun danger; toutefois il fut pris au treizième jour d'un lioquet violent qui le tourmentait sans cesse : entre autres moyens employés pour combattre ce symptôme, c'est le vin de Bordeaux frappé qui me parut le plus efficace. La maladie de M. M. . était terminée au dix-neuvième jour.

Le docteur Ireland, dont Texpérience en pareille matière est très étendue, me témoigna toute la joie qu'il avait ressentie en constatant, dans un cas presque désespéré, les heureux résultats d'une médication qui était entièrement nouvelle pour lui.

Le fait suivant présente une démonstration tellement frappante de l'efficacité de mon traitement, que je crois devoir vous le rapporter aussi. La marche de la maladie fut suivie par plusieurs médecins, qui déclarèrent tous, et je partageais moi-même celte opinion, que rien ne pouvait sauver le patient. La guérison fut pour nous tous, sans aucune exagération, un sujet d'étonnement profond ; de plus, cette guérison inespérée résultait si évidemment de Tinfluence thérapeutique, que plusieurs praticiens, peu convaincus encore de Tutilité de l'émétique dans les stades avancés du typhus exanthématique, ne purent se refuser plus longtemps à la reconnaître, et n'hésitèrent pas à avouer que, dans leur intime conviction, aucune autre méthode n'eût pu amener une terminaison favorable. Le malade fut surveillé avec beaucoup de soin par M. Rooney, un de mes élèves les plus zélés; il le visitait plusieurs fois pendant le jour et durant la nuit, et me rendait compte de l'effet des médicaments.

Edward Meylagh, paysan vigoureux et bien musclé, âgé de vingtcinq ans, ressentait, le 23 mai 1836, les premières alleinles du typhus. Il entrait à l'hôpital deMealh le i"juin, après l'heure de la visite, (l avait été énergiquement purgt' à plusieurs reprises au moyen de pilules et de potions laxalives. Je le vis le 2 juin, à neuf heures du malin ; il

farouobe preod parfois une expression remarquable de déflauce et de féi*ocité; ses yeux sont brillants et un peu injectés; la peau est sèche et chaude, maia les extrémités sont froides et livides. I^ pouls, k 132, est petit et comprimé, il y a (12 respirations irrégulières par minute. Le ventre n'est ni tendu, ni sensible; rémission des urines et des matières féoales est involontaire ; la langue est sèche et brune au centre, humide et rouge sur les bords. Toute la surface du corps est couverte détaches. Je m'oocupai immédiatement de faire réchauffer les membres de cet homme, et je prescrivis une potion composée de S onces d'eau, quatre grains d'émétique et 2 scrupules de laudanum, dont on devait lui faire prendre une demi-once toutes les heures (1).

Une heure après-midi* ^ Depuis midi le malade grince des dents, fronce les sourcils, tord ses lèvres et crache contre tous ceux qui approchent de son lit. Les mouvements rapides des paupières et le strabisme rendent encore plus féroce l'expression de sa physionomie. 11 est devenu si agité, que la camisole de force n'a pu suffire à le maintenir, et qu'on a dû attacher ses jambes au pied de son lit. Les carotides battent avec violence; dans son délire cet homme crie et rit allcrnativement; pouls à 132, i)etit et filiforme. Comme la potion n'a produit aucun effet appréciable, on en double les doses.

Six heures du soir. — L'apparence est meilleure, la physionomie est moins sombre; le langage est toujours incohérent, mais le délire est gai; sueurs abondantes et chaudes; pouls à 120, mou et dépressible, 36 i*espirations régulières. — Mémo prescription.

Neuf heures du soir. — Sommeil tranquille depuis six heures et demie; les sueurs continuent. Le malade a rendu une grande quantité d'urine, il a maintenant les extrémités chaudes et humides, les pulsations des carotides sont moins fortes. Il a pris depuis le matin quatre grains et demi (U<^',27) de tartre stibié et vingt-trois gouttes de laudanum. On continua la mixture, non plus à intervalles fixes, mais en se guidant d'après les symptômes; il n'y a eu ni nausées, ni selles.

Trois heures. — Sommeil assez bon pendant la nuit; on a donné trois doses de potion. V'ers cinq heures du matin le malade a commencé à s'agiter un peu, mais on lui a immédiatement l'ait prendre une dose

(t) y Tartre slibié 0K^2^

Laudanum 2?%60

Eau 192 (çrmnmes.

MAIcf. Pour urïe poli^n dont on prendra une demi-once (12 ç^rammes) lont^!< tes

T.E TARTRE STIBIÊ A HAUTES DOSES DANS LE TYPHUS MALIN. Stft

doQUe, après quoi il a dormi tranquiileraant jusqu'à neuf heures, c'està-dire jusqu'au moment de notre visite. Il a la langue rouge, sèche, rtki«, fendue à la pointe; il se plaint d'une soif rive et boit de Teau froide en abondance; il a la peau chaude et humide, le pouls dicrote, à M« Ziè respirations régulières, et il serait disposé à dormir. Ses idées sont un peu confuses, cependant il répond ayec justesse; il y a de la constipation, le yentre est tendu et légèrement tympanique. Cet homme a pris depuis la veille au soir deux grains et demi (U>%15) de tartre stibié et dix gouttes de laudanum. Je crus inutile d'insister plus longtemps sur ces médicaments, et je m'occupai de l'état des intestins : quelques lavenienie émollients en firent bonne et prompte justice; il y eut des évacuations alvines abondantes, et le ventre se détendit aussitôt Le malade dormit paisiblement jusqu'au soir; à six heures, le pouls, mou et naturel, était à 90, la respiration à 30 ; la peau était chaude et moite, les taches avaient presque entièrement disparu.

7 juin. -^ Sommeil naturel. Le pouls , à 65 , est mou , d'une bonne force; il a perdu le caractère dicrote. Les facultés intellectuelles reviennent rapidement; rémission des urines et des matières fécales est rentrée sous le contrôle de la volonté ; le ventre est souple et plat, la langue est nette et presque humide. En somme, la convalescence est établie.

Encore un exemple, ce sera le dernier. Un jeune homme de vingt ans avait été pris d'une rougeole irrégulière. L'éruption n'était pas bien sortie, et quoiqu'il eût été traité tout d'abord par le docteur O'Brien, qui est bien connu par ses excellents travaux sur les fièvres, il avait été de mal en pis, et M. O'Brien le regardait comme perdu, lorsqu'il me l'adressa le sixième jour. N'oubliez pas, messieurs, que M. O'Brien était, depuis trente années, médecin de l'hôpital des fiévreux de Carleslreet.

Voici, du reste, quels étaient les symptômes qui lui avaient fait porter un pronostic aussi sévère. Pouls misérable et excessivement rapide; délire violent, insomnie complète; prostration considérable des forces, rendue évidente par le refroidissofuent de la peau, etc. Comme le sujet était jeune et la tnaladie récente, nous essayâmes d'une légère saignée du bras : une syncope survint avant qu'on eût pu tirer quelques onces de sang; nous fîmes mettre des sangsues sur la région frontale, mais elles ne produisirent aucun elfet appréciable. Le lendemain, le malade était beaucoup plus mal; je proposai alors de lui donner à intervalles rapprochés rie petites doses de tartre stibir. H en prit deux grains (12 centigrammes^ dans l'fspiicc de dix licnres; il eut ;i chaque <lose

des nausées ou des vomissements; il devint plus calme, et finalement il s'endormit. Au bout de vingt-quatre heures le danger était passé.

Le docteur O'Brien me témoigna sa reconnaissance dans les termes les plus vifs, et ne me laissa pas ignorer combien il avait été surpris de Tefficacité d'un traitement qu'il n'avait jamais vu mettre en pra* tique dans des circonstances semblables.

J'ai été mandé la semaine dernière, par M. M'Nalty de Brilain-street, auprès d'un malade atteint de typhus exanthématique; le i^ésuitat du traitement n a pas été moins heureux. Il en a été de même d'un autre cas très dangereux que j'ai traité conjointement avec M. Mulock.

Et maintenant, messieurs, je vous ai fait connaître en détail les résultats de mon expérience; j'ai la conscience de ne m'ôtre pas un seul instant écarté de la vérité dans les descriptions que je vous ai présentées. Je n'ai rien avancé qui n'eût été également observé par des confrères dont la sagesse et le jugement sont bien connus du monde médical. Si mon traitement n'est pas utile, il m'a singulièrement trompé, puisqu'il a guéri mes malades. S'il n'est pas nouveau, il est pour le moins étrange que les médecins de Dublin, que le corps médical tout entier, l'aient ignoré comme moi.

Je n'ai pas besoin de vous dire que les proportions des deux puissants agents qui entrent dans la mixture doivent varier selon les indications de la maladie et selon l'âge du malade. Chez les jeunes sujets, l'opium doit être administré à plus faibles doses.

Depuis l'époque où j'ai proposé pour la première fois ce mode de traitement, il n'a pascesséde me donner les résultats les plus satisfaisants, et je suis autorisé à croire que ceux qui y ont eu recours, soit dans ce pays-ci, soit de l'autre côté du canal (1), n'ont pas eu lieu de douter de son efficacité.

Dans un mémoire sur le typhus fever, le docteur Kilgour nous apprend que les expériences du docteur Dyce, à l'intirmerie d'Aberdeen, plaident éloquemment en faveur de cette médication. «Il y a quelques mois, dit-il, nous voyions surtout dominer les symptômes pulmonaires, puis sont venus les phénomènes d'irritation gastro-intestinale; enfin nous avons observé, mais à un moindre degré de fréquence, les accidents cérébraux que nous rencontrons encore aujourd'hui. Les complications pulmonaires ont été de beaucoup les plus funestes, on ne le sait que trop; quant aux complications du côté du cerveau, (juoiqu'elles

(1) Le cnnal Saint-Oeor^es.

LE TARTRE STIBIÉ A HAUTES DOSES DANS LE TYPHUS MAUN. Hl

l'usseut très alarmantes et qu'elles exigeassent toujours Temploi de la camisole, elles étaient plus facilement moditiées par le traitement, lorsque du moins on avait pu les prévoir ou les combattre dès le début. Le médicament que je recommande exclusivement dans les cas de ce genre n'est pas compris dans voire liste : c'est le tartre stibié. Administre diaprés la méthode du docteur Graves, il m'a donné les plus heureux résultats, et je mets en lui toute ma confiance. » [Edinburgh médical and sur gical Journal, vol. LVl, p. 389.)

Dans le onzième volume du Dublin médical Journal vous trouverez un travail intéressant du docteur Hudson (de Navan) sur « quelques méthodes de traitement dans le typhus fever. » En parlant du larlre stibié et de Topium, Tauteur s'exprime ainsi : « Cette médicatfon est celle qui convient le mieux dans celte forme de delirium tremens clans laquelle le malade, en proie à une vive agitation, cherche sans cesse à sortir de son lit et à se promener dans sa chambre : dans ces cas où tous les muscles sont frémissants, où l'insomnie a rougi les yeux, où la langue est sèche; où il existe, en un mot, une apparence d'excitation qui peut en imposer au médecin, et l'engager à prescrire, bien à tort sans doute, des sangsues aux tempes ou même rarlériotomie. Je pourrais, pour démontrer l'efficacité de l'émétique et de l'opium, extraire de mon livre de notes bien des observations probantes, mais ce serait étendre outre mesure un travail déjà trop long. Je me bornerai donc à faire observer que lorsqu'on emploie ce mode de traitement, il ne faut pas perdre de vue les deux préceptes suivants : 1° Ne jamais le continuer a/>W'5 qu'il a amené le sommeil ; T prescrire, une fois qu'on Ta cessé, une certaine quantité de vin, des cordiaux et une alimentation convenable, réglée sur l'âge de la maladie et la faiblesse du sujet : je crois, en effet, qu'on courrait grand risque de voir le malade succomber dans la prostration, si l'on n'avait pas soin de le soutenir, dès ({u'un a réussi à lui rendre le sommeil. »

Je ne terminerai pas, messieurs, sans vous faire observer que je suis loin de recommander l'éméticiue conime le s[>écili(jue du typhus; je l'emploie uniquement contre les accidents que je vou> ai décrits. Le médecin doit avoir à son service un nombre pres(|ue inlini de traitements, afin de pouvoir faire face aux indications de chacjue cas [)articulier ; celui-là seul réussira (|ui, prenant la [)eiue desuivretle très près la marche de la maladie, pourra instituer au monienl le [)lus op[)urlun la médication la plus convenable. Les saignées, les sangsues, les purgatifs, les mercuriaux, les absorbants, les acides, les stimulants, les

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tonique», le§ vésicatoires, le chlorure de soude et bien d'autres agents encore, peuvent, chacun k leur tour, trouver leur application dans les différentes périodes ou dans les différentes formes du typlius. En résumé, le traitement du typhus sera toujours difflcile, il sera toujours complêsoet mais tl peut être heureux.

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DIX-NRUVIÈME LRÇON.

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