INDICATIONS DU VIN DANS LE TYPHUS FEVER
Mais, messieurs, prenez-y garde, je n'eiilends point dire ici que cet aspect de la langue indique constamment ou même fréquemment l'emploi de cette médication ; au contraire, et j'insiste sur ce fait pour éviter tout malentendu, il vous arrivera souvent de rencontrer cet état de la langue et de la bouche à un moment où les sangsues et le traitement anliphlogistique seront nécessaires. Comprenez donc bien la portée de mon assertion : à une périod*^ avancée du typhus, vous pourrez observer sur )a langue tous les caractères que je vous ai indiqués, et cependant vous ne devrez pas hésiter à donner le vin et l'opium, et à les donner hardiment, si l'état général du malade vous paraît le demander.
II. — Ces remarques sont également applicables à la suffusion des yeux. Ils peuvent être fatigués, plus ou moins injecit^s; ils peuvent présenter celte singulière expression de vigilance qui, unie à une rougeur vive de la conjonctive, constitue ce qu'on appelle les yeux de furet, et cependant le vin et l'opium sont les seuls moyens de sauver la vie du malade. N'oubliez jamais que l'insomnie fait rougir les yeux, et que dans le typhus exanthématique cette rougeur est bien souvent analogue à celle qu'on observe dans la rougeole et dans la scarlatine : dans ces maladies elle n'est rien autre chose qu'une partie de l'érythème général, et ne contre-indique en aucune façon l'usage du vin et de l'opium, si d'autres conditions d'ailleurs en réclament l'emploi.
m. — La chaleur et la sécheresse de la peau ne sont point non plus une contre-indication formelle, surtout s'il existe en même temps une tendance au refroidissement des extrémités.
IV. — La fréquence ou l'absence du délire doit être prise en S('»rieuse considération lorsqu'il s'agit de prescrire du vin ou de l'opium. Je crois que ces médicaments ne doivent jamais être administrés lorsque le délire est violent et continu. Mais le malade peut délirer fréquemment, surtout la nuit; il peut marmotter et se parler à lui-même; il peut montrer du doigt des fantômes imaginaires; il peut se croire environné de personnes ou d'objets qui n'ont aucune existence réelle ; il peut être agité et irritable; il peut cssiiyor à chaque instant de sortir de son lit pour se promener dans sa chambre ou s'asseoir auprès du feu, et malgré tout cela, il se peut faire que son état exige impérieusement l'enîploi du vin et de l'opium. Si. en effet, nous étudions le malade de plus près, nous voyons (jue se? illusions ne sont pas tellement puissantes, que la raison ne puisse paifois les dissiper; lorsque nous lui parlons ù haute voix et avec solennité, les réponses sont bien quelque-
tois iQcohéreoles, inai$ couvant elles fioot d'une précision et d'una jus* tesse remarquables, et quelques minutes s*écouleDt avant que le délire reparaisse. Cet état de rintelligenoe est le plus souvent accompagné d'une absence cornplète de sommeil, et beaucoup de ces malades sont en proie h une profonde anxiété. Ainsi que Ta fait remarquer aveo juste raison le docteur Latliam {Médical UazeUe), ramener le sommeil est ici une indication capitale, et elle ne peut être remplie qu'au moyen (lu vin et des narcotiques Chez quelques sujets l'aberration d*e$prit est à peiua appréciable; ils ont tous les symptômes d'une violente excitation cérébrale, mais san;i divagations et sans délire; néanmoins ils présentent des tressaillements et des soubresauts. Lorsqu'il essayent de mouvoir leur langue^ soit pour la tirer hors de la bouche, soit pour par« 1er, elle est toute tremblante : aussi l'articulation des sons est entrecoupée et peu distincte; en même temps, par la nature de ses réponses^ le malade ressemble exactement à un individu affecté de delirium tre^ mens (1). Ce groupe de phénomènes coïncide également avec une insomnie absolue ; le vin et l'opium en constituent le meilleur traitement.
V.— Quelques médecins attachent une grande importance aux signes fournis par la face, et croient pouvoir se laisser guider par eux. Chacun sait, en effet, que la chaleur do la tête et de la face, la rougeur des joues, les battements violents des carotides, contre-indiquent l'usage du vin et (le l'opium, mais dans les périodes avancées de la maladie, la figure peut être bouffie comme les yeux, ellepeut parfois être rouge et chaude, et même alors il se peut que nous n'ayons d'autre ressource que le vin et l'opium.
VI. — A toutes les |>ériodes, la céphalalgie, lorsqu'elle est violente, fournit une indication décisive. Le sommeil est impossible tant que la douleur n'est pas amendée ; nous devons en cons(»quence la combattre par un traitement très actif, c'est-à-dire par les applications topiques, les évacuations sanguines et les purgatifs. Quelquefois, cependant, ces moyens échouent, et le médecin dé.sorionlé ne sait plus s'il doit insister sur leur emploi. Dans les cas de ce genre, vous pouvez hardiment prescrire une certaine quantité d'opium; vous réussirez bien des fois ainsi à ramener le .sommeil, et vous aurez la salisfaction de voir votre malade se réveiller sans céphalalgie : toutefois, avant d'user du narcotique,
(1) C'est à l'occasion de ces formes particulières du typhus que j'ai découvert les j^rands avantaçes du larlrc slibié et de l'opium. —Voyez la précédenle leçon.
vous devez es&ayar d'un vésicatoire à la nuque. Plus tard, lorsque la maladie est plus avancée, il se peut qu'il y ait encore de la douleur ou plutôt de la pesanteur de tôte; mais ce symptôme n'a aucun rapport avec la céphalalgie aiguë et pulsative dont je viens de vous parler, et il ne doit point être regardé comme un obstacle à l'emploi du vin et de l'opium.
VII. — L'état du pouls veut être pris en sérieuse considération. I^ fréquence n'est pas un caractère de premier ordre : j'ai vu le vin et l'opium rendre des services évidents dans les cas les plus divers, depuis ceux où il n'y avait que 70 pulsations par minute jusqu'à ceux où le pouls était à 130, et même au delà. Personne assurément ne doit songer aux stimulants, lorsque le pouls est fort, et surtout lorsqu'il est à la fois fort et dur; mais il eu est tout autrement, lorsque, tout en ayant une certaine dureté, il est petit, frémissant, et plus dépressible que sa dureté ne le faisait supposer.
Telles sont les principales observations que j'ai faites sur les phénomènes et les symptômes particuliers, que l'on croit devoir prendre pour guides dans cette importante question. S'ils sont bien pénétrés de la valeur de ces remarques, les élèves seront en garde contre les erreurs, dans lesquelles ne manquerait pas de les entraîner une pratique dogmatiquement déduite de l'observation d'un symptôme unique; ils sauront aussi qu'ils doivent avant tout tenir œmpte de la marche antérieure de la maladie, et de l'état général du malade. Il est sans doute iimtile d'ajoutei que si le méJecin a le moindre doute sur l'opportunité du vin et de l'opium, il n'est autorisé à tenter l'emploi du ces médicaments qu'à la condition d'en surveiller lui-même les etléts.
Permettez-moi maintenant, messieurs, d'étudier avec vous quelquesunes des suites (scquelœ) du typhus fever. Je signalerai tout d'abord à votre attention le délire subit et violent qui succède au typhus exan thématique. Je ne sais si aucuu auteur a étudie cette que.-^lion avec tous les détails qu'elle comporte; mais ce qui est certain, c'est qu'un délire d'un caractère violent et dangereux saisit parfois drsnialadesqui paraissaient avoir traversé avec bonlieur les diirérentes périodes du typiius tacheté.
Il y a longtemps déjà, j'ai publié l'histoire d'un eleve du «ullege de la Trinité, (|ui fut ainsi atteint au dix-huitième jour, alors qu'il se-inblait avoir vaillamment subi sa cri^e, alors que le pouls était tombe à 60, et que tous les phénomènes morbides avaient disparu : de[)uis lors j'ai
rencontré un si grand nombre de cas analogues, que je crois devoir vous faire part de ce qu'une expérience ultérieure m'a appris, touchant l'histoire et le traitement de cette singulière espèce de délire. D'après la nature des ngents thérapeutiques qui réussissent le mieux contre cette affection, il est évident qu'elle n'a que peu ou point de rapport avec ce délire qui, au début du typhus, résulte si souvent de la congestion ou de l'inflammation du cerveau ; mais elle se rapproche bien davantage du delirium tremens, du delirium traumaiicumeiàe \eimame puerpérale aiguë. Chacune de ces diverses formes d'aberration mentale se développe sous l'influence d'une cause appréciable, qui exerce une action funeste sur lo système nerveux: eh bien ! pour la variété de délire dont je m'occupe en ce moment, on peut penser que le typhus antérieur possède le même mode d'action. Rien n'autorise en effet à dénier à cette maladie la puissance pathogénique qu'on accorde à l'acte delà parturitiou, aux plaies, aux fractures et à l'abus prolongé des liqueurs alcooliques ; car aucun typhus grave n'accomplit son évolution, sans toucher profondément le systèmenerveux. Les faits queje vais vous rappoiierdoivent rendre le praticien extrêmement réservé dans son pronostic; ils doivent en outre lui montrer combien il est dangereux de se prononcer à la légère sur la guêrison d'un malade atteint de typhus, puisque même après une crise, qui a lieu en temps opportun, qui, selon toute apparence, est favorable et complète, le délire peut survenir subitement et ramener avec lui un péril imminent. Que pensera-t-on alors du médecin, s'il a déjà pris congé de son malade en annonçant que ses visites ne sont désormais plus nécessaires?
II y a quatre ans je donnais des soins avec feu M. King à un malade qui demeurait dans Grafton-slreet. Il avait un typhus de forme commune, aucun accident n'avait nécessité un traitement énergique, il y avait eu des taches, à la vérité, mais lo malade était jeune, et il avait aisément traversé les diverses phases de sa maladie. Au seizième jour le pouls était tombé à 60, tout danger semblait définitivement passé: la peau était moite, les yeux étaient nets ; il n'y avait ni soif, ni douleur dans la tête, rien enfin (\m pût faire soupçonner une détermination cérébrale. Le dix- septième jour au matin tout annonçait une guêrison rapide. Je dois vous faire observer cependant (lu'ici, comme dans les autres faits analogues que j'ai observés, il y avait une légère excitation nerveuse qui se traduisait par une tendance à l'insomnie, ce
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put reposer ; il commença à s*agiler, à divaguer, et le lendemain matin M. King constatait avec effroi qu*il était en proie à un violent délire. Le pouls était toujours lent, ne dépassant pas 60, mais la peau était froide, la prostration évidente; il n*y avait pas eu un seul instant de sommeil durant la nuit, f^ traitement fut institué et suivi avec le plus grand soin, mais il fut très difficile ; ce ne fut que grâce à dos fomentations sur les membres, à une alimentation convenable, à l'emploi réitéré du vin et des gouttes noires, que nous parvînmes à sauver la vie du malade.
Un élève de Meatb Hospital nous présenta un fait semblable, bien digne du plus vif intérêt. Ce jeune homme fut atteint par l'épidémie, et comme l)eaucoup d'autres, il eut des taches au cinquième jour. Cependant sa maladie ne fut marquée par aucune affection prédominante, par aucun phénomène anormal ; elle n'offrit aucun symptôme qui fût assez sévère pour obliger à une médication très active. Au début ii y eut quelques signes d'excitation nerveuse, mais cet état ne pouvait étonner chez un malade qui poursuivait depuis longtemps et avec vigueur des études sérieuses.
Ce jeune homme eut de très bonne heure quelques tressaillements et des soubresauts de tendons; mais les autres symptômes étaient peu prononcés, et grâce à un traitement attentif et aux soins bienveillants de ses camarades tout alla pour le mieux, et au seizième jour le danger semblait conjuré. Le lendemain, à ma visite du matin, je trouvai notre malade dans d'excellentes conditions: le pouls était à 60, la langue humide; la température de la peau était normale, l'œil était net; il n'y avait en un mol aucun phénomène morbide, si ce n'est un lé^er état nerveux. Pour combattre cette disposition, nous décidâmes, feu le docteur M*Dowel et moi, de faire donner chaque soir un lavement contenant vingt-cinq gouttes de teinture d'opium ; malheureusement on l'oublia une ou deux fois La malatiie entra néanmoins en résolution, mais ce (ut pendant une {)éri()(le d'insomnie et d'agitation, .le revoyais le malade le dix-huitième jour au matin ; il avait un peu d'inquiétude, quehjue brnstjuerie dans les manières, et les Irémissenients musculaires étaient un peu plus prononcés. JV'crivis à M. M'Dowel, et je le suppliai de veiller à ce (pi'on domiàt chacpie nuit le lavement opiacé. Mais avant la lin du jour les choses avaient ehan^T de lace :
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d'influence sur lui pour lui faire prendre les médicaments, oe que nul n*avait pu obtenir. Les opiacés furent essayés d'aix)rd ; mais comme ils échouèrent, nous en vînmes au tartre stibié à hautes doses et à Textrait de belladone : dans l'espace de vingt-quatre heures, ce jeune homme prit cinq ou six grains (30 à 36 centigrammes) de cet extrait. Le tartre éroétique fut alors suspendu et remplacé par les gouttes noires; cette fois-ci le succès fut complet. Après un nouvel accès de délire violent qui dura trente-huit ou quarante heures, le malade tomba dans un profond sommeil; au réveil, il se sentait dispos, et jouissait de toute sa raison. Nous jugeâmes utile cependant de continuer les narcotiques pendant quelques nuits, jusqu'à ce que la convalescence fût assez bien établie pour éloigner toute crainte de rechute.
Dans ces deux cas, messieurs, des symptômes cérébraux soudaine* ment développés et du plus alarmant caractère, viennent saisir le malade pendant le déconrs du typhus, au moment même où l'on songeait à la convalescence. La fièvre s'apaise, mais il reste de l'excitation nerveuse et de l'insomnie, circonstances que Ton regarde depuis longtemps comme les signes d'une crise imparfaite. Remarquez, en outre, la chose en vaut la peine, que si le médecin ne connaît pas parfaitement ci^tte affection, s'il n'est pas complètement édifié sur sa nature, il est ex|X)sé à l'erreur la plus grave : il peut être tenté de regarder celte excitation comme un signe d'inflammation, et de déployer contre elle tout l'appareil du traitement antiphlogistique Et en fait, dans le premier cas que je vous ai rapporté, les accidents étaient si violents, que je proposai des sangsues; mais M. M'Dowel ne crut pas devoir les faire appliquer, et })eut-étre a-t-il sagement agi.
Je ne veux point dire cependant que la niéiliciition antiphlogistique n'esè jamais indiquée dans le délire tardif du typlius exanlliématique, ou dans le délire consécutif qui apparaît après que le pouls est revenu à sa moyenne normale, après que la soif a disparu, et que la peau a repris sa fraîcheur. Une aftirmation absolue pourrait entraîner, dans queh^ues circonstances, à une lliérapeulique peu judicieuse ou même dangereuse; car vous pouvez rencontrer des cas qui exigent in)périeusement l'emploi des antiphlogistiques locaux. Mou but, en ce moment, est (le vous montrer que le traitemeiït usité dans les accidents de ce genre, ne peut pas être érigé en méthode générale, et qu'il faut admettre des exceptions, de nombreuses exceptions. Dans cette variété de délire qui nous occupe, il faut faire constamment des fomentationr> sur les pieds et sur les jambes; il faut pratiquer sur la tête des lotions
SUITES DU TYPBUS PEVER. 391
chaudes d'eau et de vinaigre, tenir le ventre libre au moyen d'injections anales, et donner l'opium soit par la bouche, soit en lavement. S'il y a de la chaleur au cuir chevelu, si les artères temporales sont turgides, on peut employer les sangsues ; dans toute autre circonstance elles sont nuisibles. S'il y a du coUapsus, le vin peut être utile; les vé$icatoire$ à la nuque paraissent augmenter le délire. Dans le cas où les sangsues sont indiquées, leur eificacité est grandement augmentée par l'administration de rémétique uni à Topium, pourvu toutefois qu'il n'y ait pas de diarrhée, ni aucun autre signe d'irritation gastro-intestinale.
Le fait suivant est encore plus remarquable que les précédents, en ce sens que le délire survint soudainement, sans aucun symptôme pré^ monitoire, et plusieurs jours après que la fièvre avait complètement cessé ; de plus, il n'y avait pas eu d'insomnie antérieure qui put faire prévoir cette fâcheuse complication.
M... était soigné par le docteur Brereton d'un typhus normal qui avait débuté le 27 janvier 1835. C'était un jeune homme sobre, actif, et d'une excellente constitution. Peu de tem^is après l'invasion do la maladie, il eut quelques syntptômes bronchiques, puis l'éruption parut à l'époque ordinaire. Tout marcha très bien ; au quatorzième jour, il y avait déjà un mieux notable, et je crus pouvoir cesser mes visites : il y avait alors sept jours que j'avais été appelé auprès du malade. Comme il était d'une constitution vigoureuse, ses amis n'étaient pas disposés à permettre aucune erreur de régime, et je ne prévoyais aucune rechute, parce qu'il n'y avait pas eu d'airection sérieuse vers le cerveau, ni vers la poitrine, ni vers les intestins. Lorsque je quittai M...., il avait toute sa raison ; il était gai et dispos, sans douleur de tête, sans rougeur de la face; le pouls battait environ 60 fois par minute; la peau était fraîche, la lanjj'ue nette; la soif avait disparu, l'appétit commençait à se faire sentir. Tout cela, vous en conviendrez, était fort rassurant, et rien ne pouvait faire soupçonner un danger prochain. Et pourtant le lendemain, dix-huiliènje jour de la maladie, j'étais mandé en toute hâte : M.... avait subitement été pris d'un délire violent qui avait duré toute la nuit ; cet accident était d'autant plur. surprenant, (ju'il n'existait aucun autre signe de réversion. Le malade ne fut sauvé qu'à grand'peine, car le délire persista pendant plusieurs jours; il céda enfin à des doses considérables de tartre slihié, uni au musc et à ro|)ium.
Il est dans l'histoire du typlius fever un fait que ne doivent jamais perdre de vue ceux (|ui s'occupent de le traiter : c'est la production d'accidents imprévus, ou l'invasion inopinée d'une maladie nouvelle. Il
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faut être prévenu de la possibilité de ces complications, il faut savoir qu'elles amènent une perturbation profonde dans Tétat du malade, et qu'elles sont une cause de périls alarmants. Vainement le typhus paraît être dans son déclin, vainement une crise favorable a eu lieu, vous n*étes point autorisés pour cela à bannir toute inquiétude, et à vous relâcher de voire vigilance, car la crise peut se faire, car la convalescence peut s'établir, et le malade n'est point encore à l'abri du danger : il peut avoir une rechute; il peut être abattu de nouveau par une maladie non moins dangereuse que la première ; il peut enfin mourir subitement dans l'espace de quelques minutes. Les fonctions du cerveau et du cœur peuvent être soudainement enrayées, et la mort survient inopinément : il arrive souvent, par exemple, qu'un convalescent tombe en syncope pour être resté trop longtemps debout, et si l'on ne vient proniptement à son secours, la vie ne tarde pas à s'éteindre.
L'état de faiblesse qui succède aux maladies aiguës et épuisantes, surtout lorsque le sujet est disposé aux syncopes, doit être surveillé avec le plus grand soin. Pendant l'épidémie de 1826, il y eut cinq ou six décès dans des circonstances analogues; des convalescents lurent frappés de mort pour s'être levés imprudemment, ou pour s'être promenés trop longtemps dans leur chambre, ou pour avoir essayé d'atteindre seuls leur vase de nuit (11. Bien d*autres causes encore sont capables d'amener, dans l'état des convalescents du typhus, un changement aussi rapide que dangereux. Au nombre des plus puissantes sont les écarts de régime; ils peuvent causer une rechute grave, accompagnée de phénomènes d'inflammation gastro-intestinale, et la mort survient quelquef()is en quarante-huit heures.
J'ai maintenant à vous parler d'une affection très importante qui attaque les convalescents du typhus, et qui marche avec une intensité et uiie rapidité remarquables. Je ne sache pas qu'elle ail été signalée par les auteurs; ce qui s'en rapproche le plus, c'est la description que nous a faite un médecin de Glasgow de l'enfluie des jambes qui survient après le typiius. Déjii M. Siokes et moi avons lait connaîtrr le gonflement des jambes, que nous avons observé (hins l'épidémie de 1826; mais je n'ai rencontré que plus récemment la fatale complication dont je vais vous entretenir.
Au commencement de la session actuelle, uno belle jeune femme, âgée de vingt-quatre ans, jusque-là bien portante et robuste, entrait
(1) Voyez la notr relative h Vanémie cérébrale^ p. 217.