ÉTL'DE DE L*ANATOMIE PATHOLOGIQUE
physiologie et de t'anatomie pathologique; je dois maintenant vou8 présenter l'autre fiicede la question, et vous exposer les opinions bien plus dangereuses encore de ceux qui nient la valeur deces deuxsciénces, qui ne tes regardent comme instructires qu'après la mort du malade, ou qui même les accusent de compromettre les intérêts de la médecine pratique, au lieu de les sauvegarder (1).
II est clair que le médecin qui n'est que physiologiste ne peut prétendre à guérir les maladies, et que celui qui est purement anatomiste sera souvent induit en erreur par l'examen cadavérique, s'il n'a pas attentivement observé pendant la vie, et la marche des symptômes, et les effets de la médication. Sans cette précaution, il est exposé à prendre souvent, comme je l'ai dit déjà, des lésions secondaires pour des lésions primitives, à confondre les effets avee leurs causes, à rapporter enfin à quelque altération de structure des phénomènes qui n*ont d'autre origine qu'un désordre fonctionnel, état morbide bien différent de celui qu'on observe après la mort. Mais si à des notions exactes de physiologie et d'anatomie pathologique nous joignons l'observation de l'évolution de la maladie et de l'influence des agents thérapeutiques, combien nos décisions pratiques seront plus sûres et plus satisfaisantes, combien nos efforts seront plus utiles et plus heureux, que si nous nous bornons à étudier les maladies dans les salles de l'hôpital. Si nous nous contentons de l'examen clinique, nous pouvons devenir d'habiles nosologistes, nous pouvons acquérir la connaissance pleine et entière de certains groupes symplomatologiques, souvent même nous pouvons heureusement choisir la meilleure méthode de traitement ; nous pouvons aussi donner un nom à un ensemble particulier de phénomènes morbides, et léguer à nos successeurs la connaissance d'une nouvelle espèce médicale ; nous pouvons revêtir celle-ci de quelque nom sonore tire d'une langue morte, ou en décorer la description des faux ornements d'un langage recherché ; mais, après tout cela, qu'aurons-nous fait en réalité pour la postérité? Nos descendants accepteront nosdescriptions avec une admiration enthousiaste, et convaincus de l'eliicacité des remèdes que nous avons recommandés, ils se mettront en quête de notre maladie avec une orgueilleuse confiance; le jour où ils la ren-
(I) On échapperait facilement à ces causes d'erreurs, en créant des institutions analogues à la Société pathologique de Dublin, qui a été fondée en 1838 ; là les pièces anatomiques sont soumises à un examen rigoureux qui permet d'en apprécier la véritable valeur. (l/AiTEim.)
contreront, ils regarderont leur tâche comme déjà à moitié accomplie, et dans leur présomption ils n'hésiteront pas à promettre une heureuse terminaison.
Dites-moi le nom de la maladie, et je vous dirai le remède : telle était la devise des nosoiogistes. Hais, messieurs, je me fais fort de vous dire les noms de cent maladies sans que vous soyez pour cela plus en état de m'indiqucr le traitement convenable. Je viens vousdire, par exemple, qu'un homme est atteint d'hydropisie, qu'il a de l'œdème des jambes, de l'eau dansia cavité péritonéale ; j'ajoute que l'urine est rare et la soif insatiable. Vous hasarderez-vous, d'après cette définition nosologique, excellente du reste, h instituer un traitement? Pour le salut du patient, pour votre propre conscience, n'agissez jamais sur de telles données. Et pourtant je regrotte d'être obligé de reconnaître qu'un tel procédé n'est point rare ; bien plus, il est journellement appliqué. Mais revenons à notre hydropisie. On a eu recours, pour la conibuttre, aux hydragogues et aux diurétiques les plus vantés; cependant le malade va de mal en pis, et finalement il meurt. Mais ses amis sont loin de se plaindre du médecin, qui s'excuse d'ailleurs lui-même en affirmant qu'il a successivement mis en usage tous les remèdes usités en pareil cas; et en fait, si vous parcourez la liste des médicaments si rapidement employés coup sur coup, vous pourrez probablement constater l'exactitude de cette assertion. Ne vous y trompez pas, messieurs, ces cas dans lesquels on prétend avoir tout essayé, sont précisément ceux pour lesquels on n'a rien tenté : les remèdes ont succédé aux remèdes, cbacun des symptômes de la maladie a été à son tour l'objet d'une îittaque inconsidérée, et voilà tout; pendant ce temps la mort s'avance à pas pressés, et vient cbaritablement terminer une scène aussi triste pour l'humanité que lionteuse pour la science. Mais j'ai tort de me servir de ce mol : qui oserait prostituer ce noble nom en l'appliquant à cette instruction bâtarde, plus dangereuse cent fois que l'ignorance la plus absolue.
Je ne lutte point contre des fantômes; je ne me bats point, nouveau don Quichotte, avec des géants imaginaires. Non, messieurs, ce que j'ai décrit existe, le tableau que j'ai présenté a plus d'un original. Mais j'ai hâte de quitter ce sujet, et de revenir à l'idée plus consolante des progrès que peut faire la médecine, appuyée sur ses deux parentes, la
UbMARQUHS GÉNÊRAIX8. 53
esprits sonlen travail; ce que ne pouvait faire autrefois le concours d'un petit nombre, est facilement accompli maintenant par les efforts de tous. La raison a étendu son empire de Tâncien au nouveau continent, de l'Europe aux antipodes; elle a aujourd'hui le monde entier pour domaine : le soleil ne se couche jamais sur son territoire. Les individus se reposent, mais l'intelligence collective de Tespècene s'endort jamais. Au moment même où une nation, épuisée par les travaux du jour, voit venir avec joie les ténèbres de la nuit, et s'apprête à goûter un repos nécessaire, un autre peuple se lève qui salue la lumière du matin, et reprend avec de nouvelles forces le noble labeur de la science.
Tous les hommes qui cherchent, partent pour ainsi dire du même point, car les travaux antérieurs sont à la disposition de tous également; il n'est donc pas surprenant que nous les voyions souvent arriver ensemble au même résultat, et que la découverte du même fait se produise simultanément en plusieurs lieux. Il n'est pas rare de voir lesjournaux français, allemands, italiens et anglais annoncer en même temps un fait nouveau, et réclamer hautement, chacun pour son pays, un honneur qui appartient à tous au même titre. Malheureusement, sauf quelques exceptions éclatantes, cette controverse aussi innocente qu'utile a été jusqu'ici l'apanage exclusif des autres contrées, et l'Irlande n'a pu revendiquer aucune part dans les honneurs littéraires rendus au travail ou au génie. Mais, messieurs, cet état d'inaction, cet état de torpeur intellectuelle tend à disparaître aujourd'hui, et le temps n'est plus où il nous était impossible de citer quelqu'un de nos compatriotes parmi les hommes *jui, en reculant les limites des sciences médicales, ont sauvegardé les intérêts de l'humanité.
Maintenant, au contraire, nous pourrions en désigner un grand nombre dont les noms forment une liste déjà longue, bien faite pour nous réjouir dans le présent, et pour nous faire bien augurer de l'avenir : et certes il aurait le cœur bien mort, celui qui n'accueillerait pas avec joie ces indices de la réi^énératioii scientifique de notre pays; il serait insensible à tout noble sentiment, celui qui n'éprouverait aucun orgueil en songeant aux services que nous rendent les travaux de ces hommes (jui se dévouent à la plus grande, à la plus noble des lî\ches, celle decabner la souffrance et de guérir les nialadivs. Mais le temps me presse et m'oblige à terminer. Considérez donc avec moi le soin (|ue l'on met aujourd'hui àdistinguer les lésions réelles de celles ([ui ne sont (lu'apparentes; l'étude attentive de l'analomie pathologique faite par
ik (XINlljlIE UÈDtCALE.
des- hommes qui ne sont poÎDt les esclaves d'opinions préconçues;. l'a-> bindon de tous les syslèmeii bues sur les créations imaginairH d'une pbysiolo^e spécutalive ; la juste importance attribuée aui statisliquaa médicales, à l'observation des maladies endémiques et épidémiques, à l'influence des poisons morbides ; considt>rez tout cela, et vous recoonattreique nous gommes en droit de concevoir les pi us légitimes espérances Désormais l'esprit humain, à la reclierclio des moyens de pré~ venir et de guérir les maladies, lera dans celle voie des progrès tout aussi rapides que dans les autres parties de la science, et il set a prouvé par là, que si l'homme est sujet à de cruelles passions qui le portent à ilélruire son frère; si, seul entre tous les animau>:, il a dédaigné ses armes naturelles pour imaginer de plus terribles moyens de destruction, il est également le seul qui ait à la l'ois le désir et lu pouvoir de soulager tes souffrances de ses sf^mblables, le seul chez qui la raison et la charité réunies révèlent une incontestable supériorité intellectuelle
fiUATRIÈME LEÇON^
UB FQUMI.
Influencé de I4 position sur la fréquence du pouls. — DifTérences qu*il présente ches les personnes bien portantes, selon la position du corps. — Circulation cérébrale. — ^ Effets de la position sur le pouls dans Tétat de maladie. — Dans l'hypertrophie du cœur avec dilatation. — Résultats de Tobservation. — Rapports du pouls et de la respiration. — Pouls dicrote dans les fièvres. — Dans les hémorrhagies. ^— Eflbtt de la digitale sur le pouls. — Position de l'œuf pendant l'incubation.
MlSSIKUHS,
La position du corps a une très grande influence sur la fréquence du pouls, même en Tétat de santé ; ces modifications étant plus marquées encore^ dqrant le cours des maladies, on a depuis longtemps constaté que le pouls est plus fréquent dans la station debout que dans la station hopisontale. Mais cette étude n'a pas été poursuivie avec tout le soin qu'elle mérite, et j'en ai fait Tobjet de nombreuses expériences» dont les résultats, en partie nouveaux, ne sont pas sans intérêt au point de vue pratique. Chez les personnes bien portantes, le pouls,* comme je Tai dit, bat avec plus de fréquence dans la position droite que dans la position horizontale; la différence est de 6 à 15 battements par minute. Si le nombre des pulsations ne dépasse pas 60, la différence ne va pas au delà de 6 ou de 8, et elle croît proportionnellement à la fréquence des battements au moment de Texpérience : si, par exemplq^un exercice modéré a fait monter le pouls à 90 ou 100, il n'est pas rare que la différence soit de 20 ou 30 pulsations.
L'action musculaire nécessaire pour maintenir la station debout, aurait pu être considérée comme la cause de la plus grande fréquence du pouls ; il fallait donc trouver le moyen de placer le corps dans une position quelconque, sans mettre aucunement en jeu les muscles du sujet en expérience : c'est ce que je fis, et je constatai que la différence dans le nombre des battements artériels était exactement la même que lorsqu'on laissait les muscles opérer le changement de position.
Je dois dire par avance que lorsque le sujet était placé la tête en bas, il se produisait un ralentissement du pouls plus considérable encore ; je
56 CLfNIQUE MÉDICALE.
pouvais donc me croire autorisé à conclure que la position seule était la cause de la diminution de fréquence observée dans la station horizontale; que cet effet devait être d*autant plus marqué que la tète était plus basse, et que le retentissement maximum devait appartenir au ren- . versement complet de la position normale du corps (1).
J*étai$ d*aut»nt plus disposé à penser ainsi, que, dans ce dernier cas, la pesanteur fait directement obstacle au retour du sang provenant du cerveau, et que cet organe doit évidemment devenir le siège d'une congestion sanguine suffisante pour amener des phénomènes de compres-
(1) Déjà Bryan Robinson avait signalé Tinnucnce de la position sur la fréquence du pouls ; de Haen Ta également indiquée, et il a attribué le ralentissement maximum a la station horizontale. Depuis cette époque, tous les auteurs qui se sont occupés de sphygmiquc sont arrivés au môme résultai ; mais, d'accord quant au fait fondamental, ils diffèrent sur certains points de détail. Ainsi Graves, dont le premier travail sur ce sujet date de 1830 (Dublin hospilal I\cports, Y, p. 561), et Gorham, qui l'a étudié quelques années plus tard, nient rinflucnce de l'action musculaire sur les changements que la position détermine dans la fréquence du pouls; nous voyons au contraire Nick (de Tubingen) et Knox rapporter ces modifications uniquement aux contractions des muscles. Dans son second mémoire de 1837, ce dernier auteur pose à ce sujet des conclusions absolues ; en voici deux :
« 7* CONCLUSION. — L'influence de la position sur le pouls doit être exclusivement rapportée aux efforts musculaires qui sont nécessaires pour maintenir le corps dans la position assise ou droite ; on peut mesurer la faiblesse d'un malade en le faisant passer successivement de la station horizontale à la station assise ou droite.
» 1 0" CONCLUSION. — Le plus puissantcxcilanl de l'action du cœur est l'exercice musculaire. Jamais le pouls fébrile n'égale celui que détermine l'action des muscles. »
Si l'on accepte cette manière de voir, il est facile de comprendre pourquoi, chez les malades et chez les individus affaiblis, la différence entre le pouls des diverses positions est très peu marquée; cela tient à la faiblesse de l'action musculaire. Mais il est beaucoup moins aisé de concevoir pourquoi cette différence dans la fréquence du pouls n'existe plilldans le cas d'hypertrophie du ventricule gauche. On ne peut plus invoquer ici une variation dans la force de contraction des muscles, et je crois qu'il faut dire avec Blackley : « Cette différence n'existe plus dans l'hypertrophie du cœur, parce que la force augmentée de l'organe suffit à vaincre la résistance qu'il éprouve dans une position quelconque, et à maintenir la même fréquence des battements artériels. »
Bryan Robinson, A Treatisc on thc animal cconomy. Dublin, 1732. — De llaen , liatio medcndi in nosocomio praclico. Vienne, 1758. — Nick, Bcobachfungen iiber die Bedingungcn unter denen die Hfiufigkeit Puises im gexùnden Zuslande vcnindert wird. ln-8", Tiibingen, 1820. — Gorham, On Ihe effecls of the position, etc. {London Med. Gazelle^ 1837). — Knox, Physiological observalious on the puhalions of Ihe hearl and on ils diurnal révolution and excilability (EdinburgU Mc:l. and surg. Journal y \ 837). Le premier mémoire de l'auteur.sur ce sujet a été inséré d.ins le môme journal en ISKï — Travers Blackley, Dublin Journal of médical and chimiral sciences^ 1834.
(Note (lu Trau.)