DU PRONOSTIC DANS LE TYPHUS FEVER
petites quantités de vin de Porto, de la décoction de quinquina avec une confection aromatique, et de temps en temps une petite dose de musc et de camphre. Je cessai de faire prendre l'acétate de plomb par la bouche, mais je prescrivis un lavement contenant quatre grains (0«',24) de sel plombique, et quatre gouttes de laudanum, avec ordre de le répéter à chaque selle. Cette médication triompha définitivement des accidents, et quoique c^tte pauvre jeune fille fût arrivée aux dernières limites de la prostration, je conservais l'espoir qu'elle pourrait lutter victorieusement, lorsque dans la nuit du 3U juin un épouvantable changement survint : la peau se refroidit; bientôt après, elle devint brûlante et se couvrit de sueurs visqueuses d'une abondance excessive; la respiration était en même temps laborieuse et bruyante, le pouls irrégulier, parfois imperceptible. On m'envoya chercher le matin de très bonne heure.
« A mon arrivée, je trouvai la respiration précipitée, difficile et ster^ toreuse; les yeux étaient fixes et vitreux, les pupilles resserrées, au point d'avoir une ouverture puncliforme : la face était gonflée et livide, des râles sonores existaient dans toute lelendue de la poitrine. L'abdomen était tendu, la tympanite était considérable. Il me fut impossible de rappeler la malade à elle; elle avait des tiraillements oonvulsifs dans les lèvres, un peu d'écume à la bouche. Bref, elle était mourante; et comme l'expression ultime de la maladie paraissait être une congestion pulmonaire subite, je proposai de tenter la saignée comme moyen désespéré, ne fût-ce que pour gagner un peu de temps, et pouvoir prendre d'autres mesures. J'ouvris en conséquence une des veines du bras, et je lirai quatre onces de sang; en même temps je fis appliquer des sinapismes le long de la colonne vertébrale et aux pieds; je lis couvrir le ventre de flanelles chaudes arrosées de térébenthine, et je fis prendre quelques gouttes de cette essence dans du punch à l'eau-de-vie. La saignée fit disparaître sans retour la turgescence et la lividité de la face, mais sauf un peu plus de facilité dans l'acte respiratoire, je ne vis survenir aucune amélioration durant les trois heures que je passai auprès de la jeune fille, et je la quittai, bien convaincu qu'elle n'avait plus que quelques heures à vivre. Elle êUni toujours sans connaissance, elle n'entendait plus, elle ne voyait plus^ la fonction de déglutition persistait seule. Je voulus au moins profiter de cette circonstance, et je fis donner toutes les demi-heures un mélange d'eau-de-vie et d'eau. » Pendant la nuit suivante, la malade sembla s'afl'aiblir de plus en plus, et vers le matin elle avait le pouls irrégulier et frémissant; mais
comme en déânitive elle vivait encore, comme elle paraissait rnâme regarder autour d'elle, ^ reconnaître ceux qui Tentouraient, sa mère envoya auprès de moi pour me faire connaître son état, et me demander ce qu*il y avait à faire. La respiration étant toujours difficile et bruyante, je fis mettre des vésicatoires volants sur ie trajet despneumo* gastriques, comme vous l'avez conseillé pour certains cas : ce moyen m'avait souvent donné les meilleurs résultats, et il en fut de même ici ; car ayant passé la nuit auprès de la malade, je vis survenir une amélioration graduelle à mesure que les vésicatoires produisaient leur eflfeti et bien que je fusse encore très inquiet, il m'était facile de voir que les phénomènes s'amendaient notablement. Le pouls était régulier et plein, il était à peine au-dessus de 100; la respiration était moins précipitée, et quoiqu'elle fût loin d'être facile, elle était cependant moins labo* rieuse; le météorisnie avait entièrement disparu, et au matin il y eut une selle de bonne consistance. L'urine qui fut rendue pendant la journée du l*"^ août était la plus extraordinaire que j'eusse jamais vue; elle ressemblait exactement à du porter chargé d'un dépôt crayeux abondant. Les sueurs fétides cessèrent, et la peau reprit de la chaleur et de la souplesse. Je cessai alors l'emploi des stimulants, et je me bornai k faire donner à de longs intervalles un peu de punch à l'eau-de-vie, et de petites doses de polygala senega et de carbonate d'ammoniaque.»
Depuis ce moment (c'est ici que se termine la relation de M. Hudson) l'état (le cette jeune fille a continué à s'améliorer progressivement, et elle a fini par guérir complètement. Aucun fait ne pourrait vous démontrer plus éloquemment que vous devez être très réservés dans le pronostic du typhus fever; aucun ne pourrait vous prouver avec plus d'évidence que vous n'êtes jamais autorisés à abandonner un malade, parce que vous désespérez de sa guérison.
Avant d'en finir avec l'étude du typhus (1), je désire vous parler de
(1) n est fort regrettable que Graves n'ait point abordé l'étuJe comparative du typhus et de la fièvre typhoïde : quoique la lecture attentive des meilleurs auteurs m'ait complètement convaincu de la non-identUé (le ces deux pyrexies, il ne m'appartient pas, on le conçoit, de combler celte lacune. J'indiquerai seulement en quelques mots les caractères du typhus qui me paraissent le séparer nettement de la fièvre dothiénentèrique : Développement des épidémies sous l'influeuce de l'encombrement et des mauvaises conditions hygiéniques. - Propriétés contagieuses extrêmement marquées. — Invasion rapide. — Apparition dès le second ou le troisième jour des pliénomènes cérébraux, entre autres de la stupeur avec délire. En tout état de cause, les acridcnts nerveux sont beaucoup plus prononcés et beaucoup plu? constants que dans la fièvre typhoïde. — Éruption morbiliiforme ou péléchiale, survenant dès le quatrième jour et se généralisant
CONCLUSIOiNS. 351
quelques médicaments que vous me voyez journellement employer. Dans le traitement de la fièvre, il est souvent très important de gagner du temps. Toutes les fois que la maladie est longue, il peut se faire que pendant un certain temps il n'existe aucune indication particulière, et que par conséquent il n*y ait pas lieu de recourir à une thérapeutique active; et pourtant, telle est l'ignorance des personnes étrangères à la médecine, telle est l'anxiété des amis du malade, qu'ils ne peuvent pas admettre qu'un médecin attentif laisse passer douze heures sans rien faire. Le seul fait de la continuité de la fièvre est à leurs yeux une preuve suffisante de la nécessité de tenter quelque nouvel effort pour en délivrer le patient. Et en lait, ce sentiment est très excusable. Que l'un de vous tombe malade, et je ne crains pas d'avancer qu'il pourra à peine laisser passer un petit nombre d'heures sans prendre quelque médicament, auquel il ne manquera pas d'attribuer une utilité prochaine ou éloi-inéo. Il nous serait donc impossible de traiter le typhus d'une façon satisfaisante, si nous n'avions pas la ressource de h\ve intervenir certains remèdes, que j'appellerais volontiers les agents de l'expectation ; ils ont pour but d'occuper les intervalles qui séparent les différentes époques du traitement réellement actif. N'allez pas croire qu'en agissant de la sorte vous (|uiltiez la voie de l'honneur, ou que ce soit là une ruse indigne de notre profession; loin de là, cette conduite est parfaitement honorable, car elle est parfaitement juste. Ainsi donc
rapidenrient. — Marche [dus proinplc et durée moins longue. — Crises ordinairement très nettes par les sueurs, la diarrhée ou les furoncles. — Inconstance des lésions anatomiques; elles manquent le [dus souvent dans rinte>liii, tandis qu'elles sont fréquentes dans les organes encéphaliques.
Une autre question veut encore être examinée. Le typhus fever d'Irlande et d'Ecosse est-il le même que le typhus épidémique des camps? est -il identique avec la maladie décrite par Hildenbraiid et Oinodci? Quiconijue aura lu alteiilivenient les leçons du professeur de Dublin ne pont, ce me semble, conserver le moindre doute sur cette identité. On objectera peut-être que les pélécliic^ sont trè> rnnimuue^ dans le typlius castrai épidémique, et que Gravrs a insisté >ur la rartMé de cette nianifeslatiou dans le typhus fever. Mais cet argument n'e^t ({ue spécieux ; car les auteurs les plus compétents assignent deux formes à l'éruption typhi(|ue : l'une est constituée par des taches d'un rouge brillant, analo^^ues à celles de la rourjeole, et séparées les unes des autres par des îlots de peau saine; l'autre |irésente de véritables pétérhies. Il y a donc lieu, au point de vue des déterminations cutanées, d'admettre deux formes de typhus épidémique : le typhus exanthémaUque et le typhus peléchial. En Irlande, la première variété est plus commune que la seconde, voilà tout : il n'y a rien là i\\\\ puiss»; faire douter un instant de l'identité parfaite du liiitlms fever ei du typlius de Hilileiibrand.
En conséquence, et toute réserve laite de Vclat lyplwide dont la sigiiiiiralion est tout autre, on peut envisager les maladies typhiques comme formant un genre qui coin-
ZS7 CUHIQUB MÊDICALI.
là même où vous savez 'qu^aucun médicament n'est néoessaiie» vous devez prescrire quelque chose, soos peine de perdre la confiance do malade el celle de ses amis.
D'autre part, voyez à quoi vous vous exposez. Vous avez déclaré que tout remède est superflu : votre malade, par suite, est resté vingt-quatre ou quarante-huit heures sans prendre aucun médicament, puis son état s'aggrave tout à coup. Les assistants ne manqueront pas de dire que vous ne savez ce que vous faites, que vous n'avez pris aucune mesure pour prévenir ce changement funeste, et qu'en somme vous avez laissé perdre complètement un ou deux jours. Les faits de ce genre sont nombreux, et malheureusement ils jettent de la déconsidération sur les médecins, et les exposent au blâme de chacun. Ce sont là, direz-vous peut-élre, de simples préjugés, et tout homme qui a un caractère ferme doit à sa dignité de ne pas compter avec eux. Préjugés, soit; mais
prend deux espèce; : le typhus épidémique avec ses deux variétés, exaathémaUque el péléchiale, — la fièvre typhoïde avec ses formes nombreuses.
Comparez, au sujet de Tidentité du typhus et de la fièvre typhoïde :
Rochoux, Le typhus nosocomial et la dothiénenlérie sont-ils la même maladie? {Arch. gén, de méd,, 1840).
Forget, Traité de l'entérile folliculeuse. Paris, 1841.
Scbattuck (de Boston), cité par Valleix dans Guide du méd. pra<., art. Typhcs fevcr.
Gerhard, Clinical Lectures, Philadelphia, 1848.
Jenner, On theidentily or no identity ofthe spécifie causes oftyphoid and relapsing fever, London, 1850.
W.Stokes, Clinical Lectures on fevei' {Med. Times and Gaz. ^ 1854-1855).
Magnus Huss, loc. cit.
Discussion sur le typhus observé dans les armées pendant la guerre d'Onent {Publications de la Société imp, demêd. de ConstanlinoplCf Constant,, 1856).
Lasègue, Étude nosologiquc sur le typhus et la fièvre typhoïde {Arch. gén, de méd., 1857).
Jacquot, Du typhus de Varmée d'Orient. Paris, 1858.
Thibaut, Considérations sur le typhus qui a régné sur quelques bâtiments de la mer Noire c» 1850 (Union tm'd., 1858).
Wunderlich, Iixanihemalischer Typhus {Archiv fur physiol. Heilkunde, 1858).
Murcliison, Contributions to the eliology of continued fever [Med. Times, 1858).
Skoda, Typhus (Clinique européenne ^ 1859).
Noël (L.), Du typhus et de la fièvre typhoide (Thèse de Paris^ 1859).
Knapp, On Disease as manife^^led epidemically and epizoolically in the United States during tlie summer and autumn of 1800 (Med. and. Surg. Reporter^ Philad., 1860).
Bell (Joseph), On the identity of typhus and typhuid fevers (Glasgow med. Journal, 1800).
•Sander, Mittheilungen aus der Spitalproods, Typhus (Deutsche Klinih, 1861).
COiNCLUSIONS. 35S
puisque les préjugés sont inhérents à la nature humaine, puisqu'ils en constituent, pour ainsi dire, une partie intégrante, mieux vaut s*y soumettre, lorsque du moins cette condescendance n'exige le sacrifice d*aucun principe.
Dans les maladies aiguës à longues périodes, et surtout dans la pratique privée, il est des époques où il convient de recourir à la médication purement expectante, où il faut en un mot temporiser; de là rintervention d'un certain nombre de remèdes connus sous le nom de palliatifs, et qui sont d'un usage général dans les fièvres et dans les autres classes de maladies. Ce sont des médicaments qui ont le plus souvent pour effet d'apaiser la soif, d'agir comme délayants, d'exciter modérément les sécrétions de la peau, des reins et du canal intestinal, et qui en tout cas possèdent une (jualité négative, celle de ne pas faire de mal. On les prescrit d'habitude avec une grande quan tité de liquide, et on les administre en tisane ou en potion. Le palliatif le plus ordinairement employé par les médecins de Dublin, est celui qui a été proposé par le docteur Clieyne. Pour le préparer, on fait dissoudre une drachme [U grammes) de carbonate d'ammoniaque dans trois onces et demie d'eau (U2 grammes), et l'on ajoute du suc de citron en quantité suffisante pour saturer l'alcali; celte mixture est sucrée avec du sirop d'écorce d'orange, et Ton en donne deux cuillerées à bouche toutes les trois ou quatre heures. H se forme ici une solution de citrate d'ammoniaque; ce sel a la propriété d'apaiser la fièvre et d'exciter une légère diaphorèse.
Il est certain que ce breuvage remplit le but, car il permet de gagnerdu temps et ne possède aucune propriété nuisible ; mais il a cepen, dant un inconvénient réel, car il est loin d'ôtre agréable : vous pourrez vous en assurer en prenant la peine de le goûter. Or, lorsqu'un médicament ne s'adresse pas à une indication importante, il faut au moins qu'il ne déplaise pas au malade. Sentant la nécessité de modifier cette formule, j'en ai proposé une autre que j'ai eu le plaisir de voir généralement adoptée; j'ai substitué le carbonate de soude au carbonate d'ammoniaque, et je prescris d'ordinaire : carbonate de soude, une drachme (^i grammes); eau, quatre onces (128 grammes); jus de citron, quantité suffisante pour saturer l'alcali; sirop d'écorce d'orange, une demi-once (16 grammes); teinture d'écorce d'orange, deux drachmes (8 grammes). Pour saturer cette dose de carbonate de soude il ne faut guère plus d'une once et demie (/t8 grammes) de jus de citron, tandis qu'il en faut de deux onces et demie à trois onces pour neutraliser la
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même quantité de carbonate d*(immoniaquc. Si vous désirez une solution plus faible, et je crois que cela est préférable, vous pouvez faire dissoudre une drachme {U grammes) de carbonate de soude dans cinq onces d*eau au lieu de quatre. Rien n'est plus agréable au goût que cette potion. Le citrate de soude ainsi formé n'a pas, il est vrai, une bien grande inlluence sur l'économie, cependant il partage les propriétés des sels neutres, il active légèrement les fonctions des reins, facilite les évacuations intestinales, et forme un breuvage rafraîchissant et agréable. Le sirop d'écorce d*orange donne à la potion un très bon goût, qui est encore rehaussé par Tamertume aromatique de la teinture. Depuis que j*ai commencé à me servir de cette mixture, elle m'a toujours paru remplir toutes les conditions voulues, et je vous la recommande avec la plus entière confiance.
Nous avons reçu samedi dans nos salles une femme, nommée Anne Scarlet, dont je crois devoir vous dire quelques mots. Elle nous racontait qu'elle était malade depuis huit jours, et qu'après un refroidissement elle avait été prise de frissons et de phénomènes fébriles. Au moment où elle nous arriva, elle n'avait plus de lièvre, mais elle présentait d'autres symptômes intéressants. Le pouls était régulier, a 72, la peau fraîche, les fonctions de l'intestin étaieitt naturelles; mais la malade se plaignait de ressentir dans le côté gauche de la poitrine une douleur vive qui s'exaspérait par instants, et empêchait les profondes inspirations. Celte douleur était si violente, la respiration paraissait tellement gênée, que vous eussiez tout d'abord songé à une pleurésie ou à une péricardite. Cependant la percussion de la poitrine nous montrait que la sonorité était normale, et nous constations au moyen du stéthoscope qu'il n'y avait point de râles, et que la respiration s'entendait distinctement dans toute l'étendue des jmumons. Cet examen nous démontrait que cette douleur n'était liée ni à une pleurésie, ni à une pneumonie, ni à une péricardite. Qa'était-elle donc? Une pleurodynie d'une torme particulière, dépendant ici de la rétention du lait et de l'engorgement de la mamelle gauche; et c'est sur ce point que j'appelle votre attention. Lorsque cette malade avait été prise de refroidissement, il n'y avait que quelques jours qu'elle était accouchée: la fièvre dont elle fut atteinte l'obligea à cesser la lactation, et l'excrétion du lait fut aini»i soudainement et anormalement arrêtée. Or, dans ces cas-là, si l'on ne se préoccupe pas immédiatement de parer au mal, il survient une vive irritation locale, bienlnt suivie de l'indam-