VINGT ET UNIÈME LEÇON
LA riÈVBB JAinVE DES ILES BKITJLNlVIOfJBS.
Rapport de Louit mr Tépidémie de Gibraltar. — Étude comparative de l'épidémie irlandaife de 1826. — Compte rendu de l'auteur et de Stokes. — Observations. — Altérations anatomiques de l'estomac dans la fièvre jaune.
Nature de la maladie. — C'est une variété de fièvre continue. — Exposé sommaire dei symptômes observés pendant l'épidémie de Dublin.— La lièvre jaune de Dublin a différé de celle qu'a décrite Louis. — Épidémie d'Ecosse en 1843 et i%lih,^ Cas isolés observés par l'auteur depuis cette époque (1).
Messieurs,
Durant le règne cl« l'épidémie de 1826, nous avons eu dans Meath Hospital quelques malades qui nous ont présenté tous les caractères de la fièvre jaune. (Vest là un fait excessivement remarquable, car cette maladie a été bien rarement observée dans ce pays ; elle sen^Jjle, en effet, ne jan^ais dépasser d^ns sa marche envahissante la latitude de
(1) Cette leçon étonnera peut-être. A une première lecture, je n'ai pu me défendre moi-mém^ de quelque surprise, je dirai même de quelque défiance : je me demandais si l'on avait jamais observé la (lèvre jaune au delà d'une certaine latitude; les assertions formellement négatives des auteurs me revenaient en mémoire; je songeais involontairement à la faial jaundice de Budd ; je me prenais enfm à douter de la justesse du titre inscrit en tète de ce chapitre 11 fallait donc y regarder de plus prés, c'est ce que j'ai fait : une étule plus approfondie de cette leçon, la lecture attentive des documents dont la science a été enrichie depuis Tépidémie de Gibraltar, m'ont convaincu que l'exactitude et la [Hsrspicacité habituelles du professeur de Dublin ne lui ont point fait défaut ici, et qu'il s'agit en réalité irime véritable lièvre jaune. Quii:onque étudiera avec attention et sans idée préconçue les observations relatées par Graves, arrivera, j'en suis persuadé, à la même conclusion. Néanmoins il ne sera peut-être pas inutile de revenir sur quelques points.
On regarde à juste litre la lièvre jaune comme une maladie propre aux climats chauds, et l'on n'admet pas qu'elle puisse se développer au delà d'une certaine lati-
Cadix, de GibralUir et de ({uelques autres villes de TAndalousie. La dernière épidémie de Gibraltar a été décrite par M. Louis, qui, avec MM. Trousseau et Cherrin, avait été envoyé par le gouvernement français pour étudier la maladie régnante. Voyons d*abord l'exposé qu'il nous a laissé des symptômes et des lésions cadavériques, puis nous comparerons ces résultats avec ceux que nous avons constatés dans la fièvre jaune de 4826, M. Stokes et moi. Nous avons ii cette époque publié le compte rendu de nos observations pour nos élèves de l'hôpital.
a L'affection n'épargnait ni le sexe, ni l'âge: les hommes, les femmes,
tude. Mais cette assertion ne doit pas être acceptée comme absolument et constamment vraie ; il est certain que depuis le commencement de ce siècle le typhus amaril tend à sortir de son domaine primitif. Dans les dernières années du xvni* siècle on croyait la fièvre jaune confinée entre le 25^ degré de latitude méridionale et le 35^ degré de latitude nord ; mais dès 1817, la Faculté de médecine de Paris, dans son rapport au ministre de rinlcrieur, fixait au 48' degré nord la latitude au delà de laquelle cette maladie ne peut [tins atteindre. Kéraudren nous apprend un peu plus tard que la (lèvre jaune s'est développée à bord de la Gloriole par 40^ de latitude septentrionale, et que la flùle le Tarn a clé décimée sur la rade même de Saînl-Pierre-Miquelon par 47° 30'. Enfin, dans un travail tout récent le docteur Dutroulau, dont personne ne niera la compétence, s'exprime ainsi à propos de la localisation géographique de la maladie *. « Les foyers endémiques de la fièvre jaune sont restés concentrés jusqu'ici sur les rivages du golfe du Mexique et des grandes Antilles. Ses invasions épidémiques s'éloignent tous les jours de plus en plus de ses foyers primitif:*, et je ne vois pas qu'il soit possible de leur tracer une limite. »
En conséquence, la position septentrionale de Dublin, ville située entre le 53*' et le 54^ de latitude, ne peut pas être un argument sérieux contre les observations de notre auteur. On ne serait guère plus fondé à lui opposer les lif^nes isothermes, et les conditions de température : en effet, au rapport de Kéraudren, le jour où la fièvre jaune se déclara sur la (Uoriole (7 août 1821), le thermomètre était descendu de 15 à 10 degrés. Les auteurs de VHi^l<yirc mcdirale de la fièvre jaune observée en Esjxjgne (Railly, François et Pariset) ont lait remarquer que la ville de Barcelone a été ravagée par la maladie en 1821, quuique la température de cette année-là fût inférieure à celle de l'année précédente. — Hillary, qui observait dans les Barbades, nous dit en termes formels : n D'après les observations attentives que j'ai faites depuis plusieurs années sur les variations de la température et l'influence des saisons, il ne me parait pas que cette fièvresoit en aucune façon causée ou modifiée par elles ; car je l'ai vue dans tous les temps, dans toutes les saisons de l'année, pendant les plus grands froids aussi bien que durant les plus fortes chaleurs, n II ressorte ce me semble, de cette discussion, qu'on ne peut point rejeter l'idée du développement de la fièvre jaune à Dublin, en se fondant sur la situation et sur la température de cette ville.
D'un autre côté, sauf quelques diflércnces de détails, les faits rapportés par (Graves rappellent rompleiement les observations qu'a recueillies M. Louis à Gibraltar; ils offrent une analogie frappanlc avec lc> descriptions fjiic nous ont doimccs de la der-
FIËVRE JAUNE. 361
les enfants, les vieillards et les âges intermédiaires en étaient également atteints. Ceux-là seuls y étaient soustraits, qui Taraient éprouvée auparavant dans une première épidémie.
y> Elle débutait à difTérenles heures du jour, quelquefois la nuit, à jeun ou peu après le repas, ordinairement par une céphalalgie intense accompagnée de frissons, de tremblements, de douleurs dans les membres, et bientôt après de douleurs de dos. Une chaleur, rarement incommode, succédait aux frissons et était quelquefois suivie de sueurs. En même temps on voyait la figure rouge et animée, comme boursouflée dans un certain nombre de cas; les yeux étaient rouges et brillants,
nière épidémie de Lisbonne, Pinto, Alvarenga et Coutinho ; enfln ils se rapportent très exactement à la deuxième forme de ûèvre jaune signalée par M. Dutroulau On retrouvera même notée dans plusieurs des obse^'ations du médecin irlandais cette injection de la face qui précède de plusieurs jours l'apparition de l'ictère, et qui est tellement caractéristique, qu'on l'a appelée souvent le masque de la maladie.
Si l'on objectait entln que celle fièvre jaune de Dublin n'a pas présenté exactement la même marche, la même évolution que dans les contrées tropicales, je rappellerais qu'il s'agit ici d'une maladie dépaysée^ et qu'il n'y a pas lieu d'être surpris si la phase pathologique est irrégulière ou suspendue, dans ces conditions anomales.
W. Hillary, Observations on Ihe changes of Ihe air and the concomitant epidemtç diseasesin the islands BarbadoeSy etc. London, 1759.
Kéraudren, De la fièvre jaune observée aux Antilles et sur les vaisseaux duroi^ etc. Paris, 1823.
Bailly, François et Pariset, Hist. méd. de la fièvre jaune observée en Espagne, et particulièrement en Catalogne, dans l'année 1821. Paris, 1823.
Louis, Recherches sur la fièvre jaune de Gibraltar de 1828 (A/em. de la Soc. méd, d'obiervation, t. II).
Pinto Sequera, Rapport officiel sur les hôpitaux provisoires de fièvre jaune établis à Lisbonne en 1857. Lisboa, 1858.
Alvarenga, De la fièvre jaune épidémique dans la paroisse de la Pena à Lisbonne y en 1857 (Sobre la fiebre amarilla^ etc.). Lisboa, 1850.
Coutinho, DeVépidémie de fièvre jaune qui règne à Lisbonne depuis le commencement de septembre (Gazela medica de Lisboa, 1857).
Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pa],s chauds. Paris, 1861. Comparez :
Sir Gilbert Blane, Observations on the diseases incident (o seamen. London, 1785.
Palloni Gaëlano, Osservazioni mediche suUa walatlia febbrile dominante in Livorno. Livorno, 180 '4.
Mellado, llisloriade la cpidcmia padecida en Cadiz et ann 1810. Madrid, 1819.
Moreaude Jonnès, Monographie hist. et mèd. delà fièvre jaune des Antilles^ etc. Paris, 1820.
W. Hufeland, Dos gelbe Fuber (In dessen Journal, \\).
Gibbs, A Report on epidenùcs and endenUcs {The S'orth- American med.-chir. Review, janvier 1861). (Note du Trad.)
36^ CLINIQUE HËniCALE.
larmoyaieut et donuaient aussi chez beaucoup d'individus une sensation de cuisson; la soif était vive, l'anorexie complète. Bien rarement. k cette époque, les malades éprouvaient des douleurs k l'épigastre.
M Ces premiers symptdmes, la céphalalgie, la douleur dans les membres, l'anorexie, la soif, la chaleur, la rougeur et la douleur des yeux persistaient : la céphalalgie, pendant la moitié de la maladie environ; les douleurs dans les membres, un peu davantage ordinairement; la chaleur, qui était fort peu élevée dans nombre de cas, à peu près pendant le même espace de temps.
» Les douleurs à l'épigastre, qui étaient si rares au début, comme il vient d'être dit, se développaient ordinairement quinze, vingt heures plus tard, et au delà étaient le plus communément peu considérablw, (le manière qu'un bien petit nombre d'individus se plaignaient d'une vive cardia Igie. Avl'c les douleurs de la région de l'estomac venaient les nausées et les voniisstinents, pi'()voqué,s par des boissons et des purgatifs chez beaucoup de sujets, spontanés chez d'autrt's. Les stalles étaient rares, à, moins qu'on ne donnât des laxalirs. Le ventre restait parfaitement conformé, souple, indolent, si ce n'est dans la région épigaslriqua Le sommeil était nul ; quelques sujets avaient de l'agitation, beaucoup d'agitation pendant la nuit; d'autres, en plus petit nombre, éprouvaient dès le deuxième ou le Imisième jour de l'allection une véritable anxiété, ne savaient quelle position tenir, et (]uelqites-uns eurent du délire. Uaiace symptAme n'avait ordinairement lieu que le dernier jour de la vie, et il doit cire considéri', par cette raison, moins comme un des phénomènes du la lièvre jaune que comme un syiiipk^me d'agonie. D'ailleurs point île prostration ni de stupeur, à quel(|iies eiiccpliuns près: pouls très mi''diocreincnl actoléré cl plein, régulier, généralement en rapport avec le degré de la chaleur, qui était pi-esque toujours taible, comme je l'ai déjà dit. La peau qui recouvre la |w>ilrine était injectée dans quelques cas.
u Cette rougeur et celle des yeux diiniriuaieiit vers le niilit:u du cours do la maladie, et, un peu iw delà de cette époque, de nouveaux syi pldmes apparaissaient. A l'injection des téguments de la pnilniic st cédait une légôre teinte jaunp de cette partie : les yeux otrniient la même nuance, el quimd cette coloration se manifestait trcllte-^ix à quaranfehuit heures avant la mort, elle devenait rapidement as^e^ ^ ive, de ma-
FIÈVRE JAUrSE. 363
corps. Vers la môme époque, ou un peu au delà du début de la jaunisse, la matière des vomissements et des évacuations alvines, qui n'avait rien présenté de remarquable juscju'alors, prenait un caractère particulier, qu'elle n'offre pas dans le cours des maladies aigués de notre climat : les selles devenaient noirâtres ou noires, et la matière des vomissements passait du jaune au brun ou au noir; de manière qu'au début de ce changement de couleur, elle était formée d'une matière liquide plus ou moins grisâtre, unie à une plus ou moins grande quantité de mucus, dans laquelle se trouvaient délayées des parcelles noirâtres comme de la suie.
> Dans cette seconde période de la maladie, le malaise et l'anxiété persistaient pendant un espace de temps variable et à divers degrés; les forces diminuaient, la chaleur baissait considérablement, en sorte que les membres étaient froids bien avant l'agonie, et il y eut suppression d'urine dans un certain nombre de cas. Quelquefois aussi on observait une sorte de rémission, une amélioration apparente dans tous les symptômes, et la mort arrivait 'au moment où l'on s'y serait le moins attendu, si l'expérience n'avait appris à se défier de ces rémissions trompeuses.
» Chez quelques sujets la violence de la céphalalgie, celle des douleurs des membres, le mouvement fébrile assez prononcé, le nombre des vomissements, le malaise, l'anxiété, la vive rougeur des yeux, donnaient à la maladie une physionomie vraiment grave, si l'on peut s'exprimer ainsi ; tandis que chez d'aulns le peu d'intensité de la fièvre et des douleurs, quel qu'en fût le siège, l'absence d'agitation et de délire, la diminution peu considérable des forces, imprimaient à l'affection un caractère de bénignité fait pour tromper à la fois les malades, les assistants et le médecin. C'est dans cette nuance de la maladie qu'on a vu des personnes ne pas s'aliter, mourir sur pied, comme le disaient leurs parents. Ainsi, le docteur iMathias, qui succomba au quatrième ou cinquième jour de raffeclion, n'éprouva, comme symptômes un peu i^raves, que d'assez vives douleurs aux mollets et la suppression d'urine, sans nausées ni vomissements. Il conserva pendant tout le cours de sa maladie l'intégrité de son intelligence, el voyant la suppression d'urine persister, il dicta trois ou (juatre lettres à un ami, le pria d'écrire rapidement la dernière pour pouvoir encore la signer, s'entretint ensuite d'une manière affectueuse avec cet ami ; mais bientôt, ne pouvant plus lui parler, il le remercia encore une fois par signes, et mourut un quart d'heure après.
» Cet état, en quelque sorte latent, de la fièvre jaune n'en forme pas un caractère distinctif, ou ((ui la sépare des affections aiguës, graves, de nos climats, lesquelles offrent aussi assez f^*équemment un caractère obscur et une sorte de bénignité dans les symptômes ; mais il est plus remarquable ici en raison de ia rapidité de la marche de la maladie ordinairement mortelle du quatrième au sixième jour, et cette forme latente rappelle involontairement certains faits d'empoisonnements par l'arsenic, relatifs à des individus qui ont conservé, depuis l'ingestion du poison jusqu'à la mort, toute leur présence d'esprit et un calme presque parfait.
» J'ajoute que la gravité des symptômes ne répondait pas toujours à celle des lésions. Parmi celles-ci, d'ailleurs, une seule était constante, raltéralion spécifique du foie; l'état inflammatoire de la membrane muqueuse de l'estomac venait ensuite, et rendait quelquefois un compte assez satisfaisant de plusieurs des symptômes observés. »
Voici les résultats nécroscopiques observés par M. Louis dans l'épidémie de Gibraltar (1) :
« L'estomac avait un volume supérieur à celui qui lui est naturel chez sept sujets, inférieur au contraire chez trois autres. 11 contenait un liquide rouge clair, ou foncé ou noirâtre, ou tout à fait noir, en quantité variable, dans les trois quarts des cas.
» Sa membrane muqueuse était rouge dans une étendue plus ou moins considérable chez six individus; rose ou orange chez huit; grisâtre, jaunâtre ou blanchâtre chez les autres. Elle était épaissie dans une plus ou moins grande surface, dans la moitié des cas; ramollie, mais non à un degré extrême, dans le même nombre; à la fois épaissie, ramollie et rouge chez la troisième partie des sujets; mamelonnée chez les deux tiers, ulcérée dans deux cas; elle était saine dans cinq. La membrane mutiueuse du duodénum était rouge chez un peu plus de la moitié des individus, ramollie chez un nombre égal, épaissie dans un cas.
» L'intestin grêle contenait une quantité plus ou moins considérable de matière rougeàtre, brunâtre ou noirâtre, ou tout à fait noire, chez les deux tiers des sujets. La membrane muqueuse était légèrement injectée ou rouge par intervalles dans un peu moins de la moitié des cas; sa consistance , plus ou moins diminuée dans toute sa longueur
ou dans une partie seulement de sc»n étendue, chez un nombre de sujets un peu plus grand. Elle était partiellement épaissie dans un cas, n'offrait d'altération dans aucun, et les plaques elliptiques de Peyer étaient saines.
» F^e gros intestin avait un volume un peu plus considérable que d ordinaire chez deux sujets; chez quinze, il contenait une matière couleur lie de vin, ou noirâtre, ou brunâtre, chocolat ou tout à fait noire. La membrane muqueuse était d*un rouge pille ou vif dans cinq cas ; grisâtre, jaunâtre ou blanchâtre dans les autres; sa consistance était plus ou moins diminuée chez les trois quarts des individus, son épaisseur augmentée chez trois, et deux fois nous Tavons trouvée légèrement ulcérée.
» Les glandes mésenléri(iues offraient quelques traces d'inflammation chez quatre sujets, les cervicales chez un seul, et chez urf autre une des glandes qui environnent les conduits biliaires était rouge, ramollie et très volumineuse.
» Le foie avait un volume un peu supérieur à celui qui lui est naturel, dans deux cas, un peu plus de fermeté que do coutume dans trois, un peu moins au contraire dans trois autres. Sa cohésion était augmentée dans six, diminuée dans sept, sa couleur altérée dnm tous: de manièrequ'il offrait tantôt une teinte beurre frais, paille, café au lait clair, tantôt une couleur jaune gomme-gutle ou moutarde, ou orange ou olive.
» La rate était ramollie dans huit cas, et à un médiocre degré, à une exception près ; son volume était un peu augmenté chez cinq sujets.
» Les lésions qui viennent d'être rappelées étaient rarement graves, très souvent insufiisantes pour expliquer la mort; et quand on pouvait se rendre compte decelle-ci, ce n'était que par la réunion de plusieurs d'entre elles.
i> Ces lésions se partagent naturellement en deux classes: les unes sont proprt's ou presque exclusivement propres aux sujets emportés par la fièvre jaune; les autres sont communes à ces sujets et à ceux (|ui succombent à d'autres maladies aiguës. La matière rouge ou noire trouvée dans le canal intestinal, et l'altération si remarquable du foie, appartiennent à la première classe, toutes les autres à la seconde.
)) La matière rouge ou noire de l'estomac ou de l'intestin n'ayant pas été trouvée dans tous les cas de fièvre jaune, on ne saurait la considérer que comme un des caractères anatomiques secondaires de cette affection. Mais il n'en est pas de même de Valtération de la couleur du foie, laquelle eut lieu , plus ou m^ins exactement semblable à elle-
366 CLINIQUE MfiDIGALE.
môme, dans tous les cas, fut dans Tun d'eax, où il n*y avait pas de matière noire, la seule lésion appréciable, et doit être considérée j par cela même, comme le caractère anatomique essentiel de la fièvre jaune.
»> Parmi les lésions de la seconde classe, la jaunisse et l'inflammation de la membrane muqueuse de Testomac méritent surtout d*étre remarquées, tant à raison de leur fréquence, qu'à cause de leur prompte apparition. Mais l'inflammation de la membrane muqueuse de l'estomac n'ayant pas eu lieu dans tous les cas, et les plaques de Peyer n'ayant pas cessé d'être dans leur état naturel, il, en résulte, d'une part, que la fièvre jaune de Gibraltar n'est pas une gastrite; de l'autre, qu'elle n'est pas non plus une fièvre typhoïde. Et cette dernière conclusion est d'autant plus rigoureuse, que, si le cadavre des sujets emportés par la fièvre jaune n'offrait pas les lésions qui caractérisent anatomiquement l'affection typhoïde, il en présentait d'autres qu'on ne retrouve pas à la suite de celte maladie, et qui sont propres, ainsi que je l'ai dit tout à riienre, à celle qui nous occupe spécialement.
» Quelle est donc la nature de la lièvre jaune de Gibraltar, et ou en placer le siège'/ Si ce n'est ni une gastrite, ni une fièvre typhoïde, ce n'est pas non plus une hémorrhagie, comme on l'a avancé il y a quelque temps, puisqu'il n'y eut pas d'Iiéraorrhagie dans tous les cas. Est-ce une maladie du foie? Sans doute, le foie était l'organe principalement et essentiellement afîeclé dans la fièvre jaune de Gibraltar, mais il n'est pas possible de ne voir dans cette affection qu'une maladie du foie : d'un côté, parce que l'altération qu'il présentait ne rend nullement compte, dans les cas où elle était la seule et dans l'étal actuel de la science, du mouvement fébrile ; de l'autre, parce qu'elle ne suffit pas, à beaucoup près daub les mêmes circonstances, pour expli(|uer la murt. De manière (jue l'examen le plus rigoureux des faits relatifs à la fièvre jaune, considérée sons le rapport anatomique, atteste l'existence d'une cause très énergique, dont un seul effet constant est l'affection spécifique du foie, cause à laquelle il faut nécessairement recourir dans un grand nombre de cas, la troisième partie environ, pour se rendre compte de la mort des sujets.
» Mais comment agit cette; cause? Sur cjuel système son action porte-t-elle ? Probablement sur le système nerveux, par l'intermédiaire du sang, encore que celui-ci n'ait pas paru altéré d'une nianière spé-
PiÈVRL JAUNE. 367
J'arrive mainlenanl à l'épidémie que j'ai observée à Dublin en !82G. John Gall, âgé de irenle-cinq ans, est eiilré à 1 liùpilal le 10 janvier. Li date précise du début de la nialadie est inconnue: elle remonle probablement à sept ou huit jours. La douleur épigaslrique et la constipation constituent les symptômes p^Vlnminant> ; |>eau chaude. Ianj:ue brune et sèche au centre, blanche et un [*eu humide sur les bords; faiblesse considérable, stupeur si^ns délire, mémiire incertaine ; tantôt cet homme nous dit qu'il est malade depuis deux jours, tantôt il parle de plusieurs jours ; il a le ventre dur et développé. —Satigsues n r^piga^tre et purgatifs; amélioration.
Le lendemain, boissons ynzffus'S; il y a de la toux.
1^ jour suivant, vf'sicatuire sur la jjoftn'ne. — Pendant la nuit, le malade est devenu jaune, il a eu des convulsions dans les muscles abdominaux, et il est niort à cinq heures du matin.
Autopsie (rente heures ajuis la mort. — Corps bien conformé; développement considérable des riiuscle> ; le dos est livide, la \Mi'àU et les conjonctives sont jaunes. Dnie-ni» re j luiie: p;is de liijuide entre elle et Tarachnoïde; quantité consid«Mcd»le d'un liijuide jaune auibré sous Tarachnoïde et entre les circonvolutions. Le cerveau e?t d'une consistance remarquable: les ventricule^ latéraux contiennent un liquide jaunâtre; il est surtout abondant dans les cornes antérieures, nolamroentà gauche.— Abdomen: Foie normal; pas d'obstruction des conduits; il V a de la bile dans la vtsirnie; l estomac e.>t ilans toute son étendue d un pourpre foncé; la miiquLii>e e>l épaissie, elle donne du sang lorsqu'on la (l»'cliiie: elif est oerlaineinen! un peu ramollie; la couche villeu-^e a l'apparmce du vt lnm\> , s;,n> l'eau les villo^ites paraissent blanchat^e^ et IloUantes l^ Pies du pylore exisle une lé>iuu très curieuse: la niuqueu>e. qui e>t d'iui ru:.^:'' pourpre, comme dans les autres parties du viscère, présente en piu>ieurs jn/intsdes circonlérences blanches partailcnjenl r«';^ul!»'rrs. qiii nul a peu pre> une denii-li^ne de largeur; les cercle> ain>i Ioiijh'S oiit einiion un (l«Mni-puuce de dia-
(I) On sait aujourd'hui qtie la muqueuse gastrique ne pr.sente pas de Mllosités. du moins dans la plus grarnie partie de ^un étendue. Ces urganes n'aj p.irois?enl que dans la portion p\lorique, autour des oriti es des glandes à pep-ine ; on trou\e là des [trolOngemenls \i!leux qui ont de 0 "'".().') à ()■"", 0!) de liauteur. I.a tunique interne de l'estomac ne mérite donc i)olnt les nom<ï de tunique Mlleuse et p.Tpillo-villeu<e, qui Ini avaient été donnes par les anciens anatonii>tes Les petits corps que Huysch et Jes successeurs avaient pn< pour de< villosiles ne <o\\{ autre chose que le relief de-i glandes de re-lomae. Note i\\\ Trai»."!
mètre, la surface en esl rouge comme lerestede la membrane muqueuse ; de plus, en plusieurs endroits, ces cercles se coupent mutuellement, de sorte que cette portion de l'estomac présente des lignes blanches tortueuses. En plaçant Torgane sous Teau, nous avons vu que ces circonférences et ces lignes sont formées par les extrémités de certaines villosites, qui ne sont pas devenues rouges comme les autres. Le duodénum était également rouge, mais la rougeur allait ensuite en décroissant.
H y a dans l'intestin grêle une tnvagijiation de six pouces de longueur. Il était facile cTextraire la portion invaginée du cylindre invaginateur ; il n*y avait pas la plus petite trace d^inf! animation.
C'est là un bon exemple des caractères anatomiques de la fièvre épidémique de 1826. Nous avons perdu environ vingt malades, et chez tous, les phénomènes ont été à peu près identiques. Le ventre devenait dur et doiilonreux au niveau de Tépigastre et des hypocliondres; les muscles abdominaux donnaient la sensation de nodosités^ et la plupart du temps aucun symptôme prémonitoire ne révélait Timminence du (langer. Bientôt après survenait w?i ictère général d'une couleur jaune éclatante; en même temps il y avait un malaise considérable , la physionomie devenait anxieuse, le pouls était rapide et précipité, les extrémités se refroidissaient. La mort avait ordinairement lieu vingt-quatre heures après l'apparition de Tictère; elle était quelquefois, à ce qu'on nous a dit, précédée de convulsions générales, mais nous ne les avons pas observées nous-mêrae; dans la plupart des cas il y avait des spasmes limités k l'abdomen. Les infirmiers leur avaient donné le nom significatif de « contorsions des boyaux », et cette désignation concorde singulièrement bien avec les invaginations intestinales que nous trouvions chez presque tous les sujets.
Avant d'aborder l'étude pathogénique de cette singulière forme de fièvre, il ne sera pas inutile de vous en rapporter quelques exemples.
John Rochford, âgé de cinquante ans, couché dans le cabinet n** /i, avait été pris d'une fièvre bénigne ; au bout de quelques jours, sans crise régulière, il entrait en convalescence; Tappétit revint, et cet homme était bien portant depuis six jours environ lorscju'il retomba. Le ventre était un peu dur et sensible au toucher ; il y avait de la constipation, c'était même le seul symptôme dont le malade se plaignît ; un purgatif étant resté sans résultat, je prescrivis une potion huileuse: il y eut plusieurs selles, et à la visite du lendemain, cet homme paraissait être beaucoup mieux ; mais entre onze heures et midi, il fut pris de convulsions dans le ventre, sans en avoir dans les membres; il devint
subitemenl jaune et mourut le matin du jour suivant. L'extrémité du nez avait pris une couleur pourpre foncé. Les amis de Rochford ayant réclamé son corps, l'aulopsie ne put ôlre faite.
Nous avons eu déjà plusieurs cas de fièvre dans lesquels le nez devenait pourpre, et à Texception d'un seul, ils se sont tous terminés par la mort. Lorsque cette rougeur du nez est combinée avec un ictère général, le malade présente véritablement un effroyable aspect; nous avons observé cinq ou six fois cette coiDcidence. Quelquefois la rougeur est exactement limitée à la pointe du nez, mais dans d'autres cas elle s'étend à la partie supérieure des joues. Les points qui doivent rougir prennent d'abord une couleur pâle ; cette pâleur est graduellement remplacée par une teinte plombée livide, enfin la rougeur est complète dans l'espace de douze ou vingt-quatre heures. Il est à noter que ces parties rouges conservent leur température naturelle presquejusqu'au moment de la mort, tandis qu'ordinairement le nez se refroidit avant tous les autres organes. Chez une jeune fille couchée au n° 2, dont le nez et les joues devinrent rouges, le changement se fil plus lentement que d'habitude. Ces parties furent d'abord couvertes de larges taches d'une couleur de cire, légèrement élevées au-dessus de la surface de la peau ; ces taches ressemblaient tellementà dt T urticaire, qu'on lesconsidéra comme une éruption d'une nature très analogue ; mais le lendemain ces taches blanches étaient devenues rouges, et le jour suivant cette couleur avait tourné au pourpre foncé. Pendant tout ce temps les points affectés conservèrent la même température que le reste du corps. Au bout de vingtquatre heures la malade avait succombé.
Chez une femme, également couchée au n" 2, le bout du nez et l'extrémilé dequehiues-uns des orteils étaient devenus pourpres, mais ces points étaient en outre sensibles au toucher; la malade guérit. Des sangsues furent appliquées sur la pointe du nez^ et Ton fit mettre sans interruption des cataplasmes sur les parties pâles; une portion du nez fut éliminée sous tonne d'esrhare. Ce lait prouve que celte coloration pourpre dépend , dans quelques ca^ du moins , d'un état du système vasculaire (|ui est très voibin de rinllannnation. Je possèfle le portrait d'un malade chez lequel, à la suite d'un refroidissement, les extrémités des doigts avaient pris une couleur pourpre; cet homme en souffrait fjeaucoup lorsqu'il était exposé pendant l'hiver à la température ordinaire de nos salles. L'immersion continuelle des doigts dans de l'eau tiède apaisa notablement la duukur, et la coloration devint un peu moins foncée. Au moment de S(hi entrée a rin'»pilal, ce malade scMilVrait
déjà depuis quelques semaines; il fut tcrigné par M. H'Namani, maisoe ne fut qu'au bout d'un temps assez long que les applications tièdes amenèrent la guérison.
Patrick Mahon, homme robuste, âgé de quarante^inq ans, tailleur de pierre, est atteint d'une fièvre de forme typhoïde. Langue sale, dents fuligineuses, ventre dur, épigastre et hypochondres sensibles à la pression ; faiblesse considérable. Vingt sangsues à Vépigustre^ lavements purgatifs.
Le lendemain matin, la peau et les conjonctives ont une légère teinte jaune. Le ventre est toujours dur; le pouls est faible et rapide ; beaucoup d'abattement. Pilules bleues, lavements purgatifs.
Le jour suivant, la couleur jaune est plus prononcée; môme dureté du ventre, même sensibilité de répigastre. Vingt sangsues; on continue les autres prescriptions. A quatre heures du soir, oel homme est pris de convulsions, et il meurt le lendemain. Les convulsions ont paru limitées à l'abdomen. L'autopsie n'a pas été faite.
John Gaven, âgé de vingt-deux ans. L'histoire de cet homme ne diffère en rien des précédentes.
Autopsie vingt heures après la mort. Constitution solide , système musculaire bien développé. Encéphale sain ; aucune lésion dans la poitrine sauf la (lilrtlalion de quelques bronches. — Abdomen : Cinq invaginations dans l'intestin grêle^ sans trace d'inflammation récente; les autres portions de l'intestin sont fortement contractées; la muqueuse de Teslomac est d'une couleur rouge foncé depuis Torifice cardiaque jusqu'à deux pouces en deçà du pylore. Cette membrane est facilement détachée avec le dos d'un scalpel, et on peut l'enlever dans un étal de demi-iluidité; elle présente quelques taches ecchymoliques. Excepté dans le duodénum et dans la dernière moitié du gros intestin, la muqueuse est d'un rouge sombre, elle est couverte d'arborisations vasculaires. Sur beaucoup de points elle est très ramollie et presque demiliquide. Le fuie est parfaitement sain; pas d'obstruction dans les conduits biliaires.
Comme le temps ne me permet pas de vous rapporter en détail un plus grand nombre d'autopsies, je vais résumer les principales lésions de cette fièvre étrange et meurtrière.
L Nous n'avons jamais rencontré l'inflammation du foie ni l'obstrue-
FlÈVRt JAUNE. 871
III. Dans presque tous les cas, l'inlestin grêle présentait une ou plu> sieurs invaginations.
IV. 11 n'y a jamais eu au niveau de ces inlussusceptions aucune inflammation de la séreuse, et il a toujours été facile de détruire rinvagination.
V. Chez quelques sujets, nous avons observé un épancbemenl de liquide jaune ou ambré dans Tespace sous-archnoïdien, à la base du cerveau, et quelquefois aussi dans les ventricules : dans ce dernier cas il était peu abondant.
VI. Nous n'avons vu, dans aucun cas, l'inflammation du cerveau ou de ses membranes.
VII. Presque toujours la rate avait augmenté de volume. Dans les maladies aiguës, lorsque la rate est ainsi engorgée et distendue^ elle est toujours plus molle qu'à l'état normal. Une seule fois nous avons trouvé dans l'estomac une quantité considérable d'un liquide rouge sombre, avec une assez forte proportion d une matière qui ressemblait à du marc de café : dans ce cas, la tunique muqueuse était dans une bonne partie de son étendue d'une couleur très foncée, et d'une consistance visqueuse; on ne pouvait donc conserver aucun duute sur Torigine de la matière et du liquide contenus dans le viscère; ils provenaient tous deux de la membrane muqueuse altérée et presque désorganisée.
Tels ont été les principaux résultats de l'examen cadavérique des individus qui avaient succombé à cette lièvre, compliquée de la coloration jaune de la peau. Les faits suivants vous permettront de vour. faire une idée plus exacte de la marche et des symptômes de cette maladie; dans les cas (|ue je vous ai rapportés jusqu'ici, la terminaison fatale a été si prompte que l'évolution morbide n'a pu se faire complètement.
Peter Kelly, âgé de vingt-huit ans, entre à l'hôpital le 29 décembre. Il a été pris depuis deux jouis d'une toux violente sans expectoration. Le pouls est fort, a MO, la face injectée; ianj^ue blanehf et humide; douleur frontale, malaise i,'énéral ; l'épi^'aslre et l'hyiiochondre droit sont très sensibles; cnnstipalion, soif, ventre dur. Pas de râles appréciables dans la poitrine, murmure respiratoire naturel.
30 déeemhre. — Vtnœ scctio ail % \\ (/i80 grammes); Inrudines xx ppigosirio. Pi/nlœ purfjantes at nmturo /jurgans.
31 déc. — Toux très intense. Vcsicatorium pectori^ rnistura pecto-
Uabeot haustus effervescentes cum carbonate ammoniœt et enema emolliens vespere.
4 6 janvier. — La chaleur thoracique et la toux sont apaisées, TépU gastre est moins douloureux depuis l'application des sangsues; comme l'écoulement sanguin dure encore, on l'arrête au moyen de la cautérisation. Langue humide, de la couleur de l'onguent mercuriel ; pouls fort, à 60; faciès plus satisfaisant ; les matières alvinessont plus naturelles, l'ictère a presque disparu, sueurs abondantes. — Bepelantur pilulœ.
17 janvier. — Plus de fièvre, plus de coloration jaune ; plusieurs selles liquides. — Omittantur medicamenta.
18 janvier. — Convalescence.
L'état du pouls est à noter ici. Il ne s'est jamais élevé au-dessus de (iO, alors que les autres symptômes ne laissaient aucun doute sur la nature fébrile et inflammatoire de la maladie.
30 décembre 1826. — Esther M'Quillan, âgée de trenle-trois ans, éprouve depuis trois années des douleurs vives, à la suite d'une fièvre dont elle a été soignée à l'hôpital de Cork-street; elle y était encore il y a quatre mois, et elle en est sortie guérie. Etat actuel : courbature générale^ céphalalgie violente, langue brune au centre; pouls petit et faible; le ventre est très sensible à la pression, il n'y a pas de constipation. La malade a été saignée la nuit dernière, parce qu'elle toussait et qu'elle étouffait beaucoup; elle se trouve soulagée, mais elle a encore des douleurs dans le dos; le sang est légèrement couenneux, le sérum ne s'est pas séparé. — Applicentur hirudines xx epigastrio.
31 décembre. — Langue saburrale, sèche et brune au centre; l'épigastre est beaucoup moins sensible; légère teinte jaunâtre. Les piqûres de sangsues ont bien saigné ; pouls régulier, à 100. Soif vive ; douleurs dans les articulations et dans le bas des reins, elles empêchent la malade de se mouvoir dans son lit, respiration libre, urine très peu colorée.
^ Nitratis potassœ , . 3 ij.
Decocti hordei !b . ij.
Aciiti nitrici diluti 5 j.
Misce. Consuinatur in die (1).
}^fk CLINIQUB MÉDICALE.
1«^ janvier 1897. -^ La coloration jaune est plus fonoèe; grtpde sensibilité fie Tépigastre et de i'hjpochondre droit; les doulturada la fièvre persistent.
^ Calomelanos gr. iij.
Opii gr. i.
Ter in die (1).
Mixture camphor» § J. (82 gram.) ter in die.
2 janvier.— Pouls à 72, faible, parfois presque imperceptible, mais régulier; respiration facile ; évacuations involontaires de matières jaunes, venlre très tendu; les muscles abdominaux sont contractés et durs, la langue est noire et rôtie; il y a du délire, mais la malade revient à elle lorsqu'on lui parle. Déeubitus latéral. — Bepetantur pilulœ et mistura. Applicetur vesicatorium hypochondiHO, Vini 5 \'y
ô Janvier. — Toux fréquente, délire continuel; teinte jaune plus foncée; plusieurs selles involontaires^ les matières sont jaunes; la faiblesse a beaucoup augmenté, la soit persiste; langue noire et sèche, température normale. Pouls à 8/!i; il y a quelques tressaillements. L'ampoule du vésicatoire est peu élevée, le spasme du pharynx empêche la déglutition. Quelques instants avant la visite, la malade a été prise de convulsions, avec contracture et rigidité des articulations; cette attaque a duré à peu près une minute. Les pieds sont froids. — Vini rubri l vj. Applicentur sinapismi pedibus, Repetatur mistura cainphorœ.
/i janvier. — Lorsqu'on parle à la malade, l'intelligence lui revient, elle montre sa langue lorsqu'on le lui demande; elle délire tout le reste du temps. Elle parait souffrir beaucoup lorsqu'on louche à ses articulations; elle a des tremblements et des Irémissemenls fréquents; il y a un peu de gtmtlement aux malléoles, agitation incessante; les autres symptômes comme la veille. — Applicentur vcsicatoria su7^is. \ ini l vj.
5 janvier. — La malade a }j[émi et déliré toute la nuit; elle a un peu dormi vers le matin. H n'y a pas eu de vomissements, la toux est plus facile; les selles sont jaunes: la langue est aride. Les vésicatoires ont bien pris; les téguments sont un peu moins jaunes; il n'y a pas de céphalalgie, les yeux sont ternes. Le pouls, à 8^, est régulier, mais à
(1) '¥ Calomel 0k%18
Opium 08\04
On répétera cette prescripUon trois fois, daus le courant de la journée.
(Note du Tràd.)
FIÈVBE JAUNE. 375
peine appréciable; il y a de la flatulence; les extrémités ne sont pas froides. -- Bepeiatur vinum,
6 janvier. — La malade n'a pas déliré, elle a bien dormi; la physionomie est meilleure, la fièvre a beaucoup diminué.
7 janvier. — Langue nette; pouls à 80, plus fort que les jours précédents. Une large tache d'un royge pourpre, sans élévation, occupe tout le côté externe du coude-pied ; cette laclie présente çà et là quelques vésicules, il y a sur Taulre pied quelques taches plus petites. L'appétit est bon, le sommeil est revenu. On recouvrira les taches de compresses imbibées d'alcool camphré. — Habeat sulphatis quinœ granum ter in die.
8 janvier. — Les bords de la grande tache sont soulevés en ampoule, Ut surface a une couleur plus rouge, mais violacée. Il y a eu trois selles pendant la nuit; la malade a un peu reposé. — Repetantur pilulœ sulphatis quinœ et vinum.
9 janvier. — L'œil droit est rouge, sans être douloureux ; le pied va mieux. — Applicentur hirudinesx] conjunctivœ.
19 janvier. — Convalescence; au bout d'une semaine, la malade sort guérie.
Chez celte femme, les symptômes ont été tort alarmants, à tel point même que le 1 et le 3 janvier nous n'osions plus espérer la guérison. A ce moment, en etfèt, les évacuations involontaires, Textrème faiblesse du pouls, la sécheresse de la langue, la prostration, le délire, les tremblements, les spasmes qui survenaient sous l'influence de la déglutition, la dureté et les nodosit^a des muscles abdominaux, l'attaque de convulsions tuniques générales, tout cela, joint à la coloration jaune de la peau, était bien tait pour enlever toute espérance. Le traitement lut d'aboni anliplil(>gisiique; le nilre fut prescrit en vue des douleurs rhumatuides, Uiaih il tut abandonné dès le jour suivant et remplace par le caloniel et l opiunj. Vous ^avez que le nilre est un mauvais médicament lorsque le malade e^l alfaibli, ou lorsque l'estomac est débilite.
Dans plusieurs des ras de fièvre avec jaunisse (|ui se sont terminés par la mort, les phénomènes morbides ont été fort analogues à ceux que je viens de vous décrire; aussi le fait d'Eslher M'Quillan peut être regardé comme un type parfait de cette lorme spéciale de fièvre. Chez elle, comme dans la plu/tart des cas mortels, les madères alvines avaient conservé leur coloration naturelle ; du reste, d'US bon nombre d\iutopsies , la bile contenue dans la vésicule présentait toutes ses propriétés normales.
La moitié environ des individus atteints avait du délire, une agitation considérable; leur physionomie avait une expression d'anxiété toute particulière ; d'autres semblaient conserver intactes leurs facultés intellectuelles, mais ils étaient sous le coup d'une excitation nerveuse qui les rendait irritables, et ils se laissaient aller au désespoir. Us ne pouvaient rester un seul instant en repos, ils agitaient leurs bras, et fixaient sur leur médecin des regards où se peignaient à la fois la souffrance et la désolation. Beaucoup de malades étaient tourmentés par des vomissements, tous se plaignaient d'une douleur vive à Tépi* gastre.
Je dois vous faire remarquer, messieurs, que pendant l'épidémie de 1826, nous avons ouvert plusieurs cadavres, dans lesquels, à ne juger que par les douleurs du ventre et de 1 epigastre, nous aurions pu nous attendre à rencontrer une inflammation péritonéale; et cependant nous n'avons jamais observé la moindre trace de péritonite. La grande tache violacée du cou~de-pied nous parut d'abord de même nature que la coloration pourpre du nez et des lèvres, dont je vous ai parlé plus haut; cependant elle était plutôt érysipélateuse, et elle aboutit à une ampoule. Elle différait de l'érysipèle ordinaire parce qu'elle était d'une couleur pourpre sombre, parce qu'elle se terminait abruptement par une limite bien marquée, et parce qu'elle ne s'effaçait que très peu sous la pression. En somme, elle semblait tenir le mdieu, pour ainsi dire, entre le purpura et Térysipèle. Les avantages du vin et des stimulants au déclin de la maladie turent évidents.
15 janvier 1827. — Robert Farmer, àgéde dix-neuf ans. Il est malade depuis cinq jours; il travaillait dans une brasserie, et il se trouva un jour exposé à des vapeurs chaudes; il fui bientôt couvert de sueur, et il but une grande quantité de bière froide. H éprouva aussitôt im violent frisson et de la congestion vers la tète; le frisson dura environ une heure, après quoi le calme revint. Cependant la tête restait lourde, et l'appétit était perdu. Après avoir essayé de travailler encore deux ou trois jours, Farmer dut garder le lit; depuis ce moment, il ressent une chaleur vive, mais dès qu'il prend une boisson froide, il a du frisson. Il est entré hier^ l'hôpital, vierge de tout traitement.
Etat actuel : Douleur vive, ou plutôt sentiment de plénitude dans la tête; vibrations des artères temporales; pouls à 100. Pas de douleur dans la poitrine, pas de toux; le ventre est très tendu, il n'est pas sensible à la pression. Pcîiu chaude, sèche, avec une teinte jaune; langue blanche et sèche, sauf sur les bord>, où elle est légèrement humide. Un
FIÈVKE JAUN£. 377
purgatif a produit deux selles fétides de couleur foncée ; urine naturelle. — Applicentur hirudines ix temparibm, Habeat enema emolliens ves* père.
7ù Liquoris acetatis ammoniae. . . . ) ^ ^ ...
> aa ^ uj.
Aquœ fontanae ) ^
Tartari emetici gr. j.
Sirupi 5 j.
Misce. Sumat 5 B. omni horâ (1).
16 janvier. — Les sangsues ont été appliquées à six heures du suir, plusieurs morsures donnent encore du sang. Les yeux et la peau sont moins jaunes; la céphalalgie est moins pénible; le pouls est régulier, à 70; légère tendance à la transpiration. — Hepetantur medicamenta ut keri.
17 jan\ier. — Céphalalgie moindre, pouls naturel, température normale, faiblesse ox)nsidérable; langue nette et humide, faciès meilleur; pas d*appétit; le ventre est libre. Convalescence.
26 janvier. — Cet homme a quitté Thôpital avant-hier; hier soir, il a eu du frisson et de la doulem* de tête. Langue blanche et chargée, pouls à 100; la peau n'est pas très chaude, le ventre est souple, il n'y a pas de constipation; la soif est vive; il n'y a pas pour le moment de céphalalgie. — Habeat haustus effervescentes cum carbonate ammomœ.
27 janvier. — Trente-six respirations, pouls à 120 ; ventre souple et normal, douleur de tète violente; soif considérable; peau chaude, turgescence de la face, langue comme la veille. — Applicentur hirudines xx temporibus,
28 janvier. — La tête est moins douloureuse; les piqûres de sangsues ont donné du sang toute la nuit; sensibilité vive à l'épigastre.
(1) 'Jf vSolution d'acétate d'ammoniaque .... )
r 1 f » • > aa 96 gr.
Eau de fontaine ) ^
Tartre slibié 0«^0<)
Sirop 32
Mêlez. On prendra toutes les heures une demi-once (1(3 gram.) de cette potion. La Pharmacopée de Londres assigne la composition suivante à la solution d'acétate d'ammoniaque :
'J^ Sesquicarbonate d'ammoniaque, quatre onces et demie, soit : 144 gram. Vinaigre distillé, quatre pintes» soit : litre 1,880.
Ajoutez le sesquicarbonate d'ammoniaque au vinaigre, jusqu'à saturation.
97S CLINIQUK MÉDICALE.
pouls à 1 25 ; grande soif, pas de vomissements ; la peau est légèrement eoiorée en jaune, les yeux sont naturels.
^ Pilulœ hydrargyrif (V** i'*
Extracii byoscyami , . , |fr* ^*
Misce. Fiant pilule très. Sumat unam quartis hcria (i).
29 janvier. — La fièvre est moindre, le malade a été extrêmement faible la nuit dernière; il a le ventre très tendu, gonflé et douloureux : cela provient sans doute de ce qu'il a bu une trop grande quantité de tisane. Trois lavements huileux font disparaître ce symptôme. La coloration jaune est très faible aujourd'hui. — Habeat haustus effervescentes cum carbonate ammoniœ.
31 janvier. — Peau chaude, pouls à 110, un peu faible; tous les phénomènes morbides sont aggravés, la soif est vive, jl y a du tremblement; pas de toux ni de douleur de ventre; il n'y a ni céphalalgie ni délire, mais le malade dort. très peu; UO respirations; pas de constipation, nausées fréquentes sans vomissements. — Habeat haustum oieosum, Repetantur haustus effervescentes.
1" février. — Face turgide, pas de douleur de têle; épislaxis abondante pendant la nuit ; chaleur aride et brûlante à la peau, langue très rouge à la pointe et sur les bords, noirâtre au centre ; il y a eu des vomissements; la soir est ardente, pas de douleur à Tépigastre. 36 respirations, pouls à 112. Le malade ne tousse pas, il se plaint de temps en temps d'éprouver dans Teslomac une sensation de distension. — Habeat misturœ cam/thorœ cum magnesia 5 j ter in die.
2 février. — La fièvre est tombée, le pouls est à 72. La convalescence marche lentement, niais sans encombre, et le malade sort de rhôpital parfaitement guéri.
Dans ce lait, la crise de la rechute fut plus manjuée que celle de la première attaque; elle eut lieu au neuvième jour. Un des traits caractéristiques de la maladie fut ici la distension de la région épigastrique, qui resta d'abord indolore, mais qui, au moment de la rechute, devint extrêmement sensible. Il est probable que celte distension provenait dans les deux cas de la même cause, à savoir, de Tinflammation de la
(1) '^ Masse pilulaire hydrargyrique 0*',5ik
Extrait de jusquiame 0''',36
Mêlez pour trois pilules. On eo donnera une toutes les quatre heures.
muquduse gastrique. Nous avons déjà vu que cette phlegmasie peut produire, et produit réellement une vive douleur; or, le fait actuel semble établir que ce symptôme i)eut manquer quelquefois. Nous nous sommes très bien trouvé de Textrait et de la teinture de jusquiame pour abattre Tirritabilité et ramener le sommeil, dans la période avancée de la maladie. De plus, dans ces pyrexies avec ictère, nous avons été amené à combiner ce médicament avec les mercuriaux, à cause du grand nombre d'invaginations que nous rencontrions dans les autopsies; nous pensions r(ue les agents capables d'atténuer Tin* flammation de lestomac et des intestins étaient ici les meilleurs antispasmodiques, puisqu'ils s'attaquaient à la cause môme du spasme. Ce traitement a été plusieurs Ibis suivi de succès; mais dans la majorité des cas, la marche de la maladie a été si rapide, la mort survenant vingt-quatre heures après l'appnrition de l'ictère, que nous avons vu, à notre grand regret, tous nos efforts demeurer stériles.
Dans notre second rapport, vous trouverez les détails nécroscopiques de plusieurs autopsies, qui ont eu lieu après février. Je dois vous prévenir toutefois que ce rapport ne renferme pas des exemples de toutes les variétés de fièvres qui ont été observées h l'hôpital pendant la période qu'il embrasse; nous n'y avons donné place qu'aux faits propres à présenter une idée exacte des caractères généraux et distinclifs de l'épidémie ; nous avons, eritre autres, laissé de côté les formes coinmunes du typhus fever, bien (|ue cette maladie fût assez fréquente. Ce travail est terminé par quelques remarques sur cette fièvre particulière, qui était compliquée d'ictère.
Des faits probablement idenlifjues ont été antérieurement observés par Cheyne et par d'autres médecins, mais ils n'ont jamais été dans cette ville aussi nombreux et aussi graves que pendant l'épidémie de 1826. Ceux qui connaissent à fond les symptômes et les lésions (jue présente la fièvre jaune de rAmérifjiie, des Indes occidentales et de l'Espagne, saisiront iriunédiaten)ent plusieurs [joints de ressemblance entre la lièvre jaune proprement dite et la maladie que je viens de décrire. Dans les deux cas, la coloration jaune des téguments dépend de la présence de la bile (1) dans le sang, et dans les deux cas aussi la
(1) n est essentiel de tenir compte d'un tait extrêmement important qui a été signalé par plusieurs auteurs, et auquel on n'a pas accordé toute l'atlention qu'il mérite. La c«loralioji jaune qui se montre à la fm de la première période de la fièvre jaune ne pa-
résorption de la bile parait indépendante d'une inflammation de la glande hépatique ou d'une obstruction des canaux biliaires.
ratt point tenir à un Téritable ictère, c'est-i-direà la présence dans le sang des matières colorantes de la bile : à ce moment-là, en effet, les selles ne sont point décolorées, les yeux ne présentent pas la teinte caractéristique de l'ictéricie, la coloration de l'urine n'est point modifiée par Tacide azotique, et même l'urine naturelle n'a pas cette couleur foncée qui permet d'y reconnaître, indépendamment de tout examen chimique, la présence des principes colorants de la bile. En somme, sauf la coloration jaunâtre des téguments, on n'observe aucun des phénomènes de l'ictère. Il y a plus de soixante ans que Joseph Frank, frappé de ces différences, a déclaré que les cas de ce genre ne doivent point être regardés comme de véritables ictères : « In non paucis ictericis, cutis flave- » dinem minime a bile pendere mihi quidem persuasum est .... Porro, quum in ipsis fe- » bribus nervosis contiiiuis, haud raro sanguinis fluxus oriatur, nonne forsitan et flavido » illa oculonim faciei, immo univers® machinœ, quœ in hisce febribus, prœsertim vero » in fébre Ulaflava i^mericatiorum occurrit, pari ter a levi hœmorrhagia et non a bile, » derivanda esset? » Plus tard, dans son Traité de médecine pratique, l'auteur a été plus explicite encore : il attribue formellement la coloration jaune du mal de Siam à l'effusion du sang dans le tissu cellulaire, et la compare aux colorations ecchymotiques. A peu près à la même époque, sir Gilbert Blane arrivait aux mêmes conclusions : « U me parait ressortir de ces faits, dit-il dans une note, que cette coloration est due aux globules rouges, altérés ou dissous, qui s'introduisent dans les vaisseaux incolores, et non point à la bile absorbée, et circulant avec le sang. » En 1803, Yalentin signalait le même fait; dix-huit ans plus tard, Bahi, dans sa relation de l'épidémie de Barcelone, consacrait un article spécial au diagnostic différentiel de cette coloration jaune et du véritable ictère, et il insistait tout particulièrement sur les caractères de l'urine ; enfin, en 1823, Kéraudren écrivait : « L'ictère qui a fait donner à cette maladie le nom de fièvre jaune, ne semble pas non plus résulter du reflux de la bile dans le sang,
ni du défaut de sécrétion, soit de cette humeur, soit de sa matière colorante On
peut ici comparer l'ictère à la couleur jaune que prend la peau, à l'endroit où elle a été contuse. »
Les choses en étaient là, et, malgré ces protestations imposantes, on continuait à regarder comme ictérique la coloration des malades atteints de fièvre jaune; il y avait même quelques cas embarrassants, réfractaires à la doctrine de Frank et de Blane, dans lesquels l'urine avait présenté les réactions caractéristiques, et cette distinction qu'avaient si nettement indiquée les auteurs que j'ai cités était menacée de tomber dans l'oubli, lorsque l'épidémie de la Martinique vint permettre à deux observateurs éclairés de la remettre en lumière, et d'en étudier toutes les particularités. MM. Octave Saint-Vel et Ballot ont confirmé par leurs recherches les résultats auxquels étaient arrivés leurs devanciers, et ils ont très bien montré d'où était venue la confusion. Il ressort de leurs travaux qu'on observe dans la fièvre de Siam deux espèces de coloration jaune, qu'on a réunies à tort jusqu'ici. L'une, qui n'a de commun avec l'ictère que la couleur, apparaît dès la fin de la première période, ou au commencement de la seconde au plus tard ; elle succède à l'injection spéciale des téguments et de la face ; elle est surtout prononcée sur le trajet des gros vaisseaux ; elle coïncide avec la période hémorrhagique, « et semble produite, dit M. Ballot, par une sorte de transsudaUon du
Je SMS que Tommasini, dans son excellent lÎTre qui a paru à Livoorne
fénoD bon des vabseaiix. » A ce moment les ariiies sont routes, et oe sont point eolorécs psr Fadde nîtiiqoe. — La seconde espèce de coloration Jaune est un véritable ictèfe, mais elle est loin d'être constante ; elle ne se montre qu'à la fin de la deuxième période oa même pendant la conTalescence : la peau présente alors la teinte ocrease de l*icièrkie ; les urines sont brunes, et, convenablement traitées par Tacide azotique, elles preaoeiit mie coloration verte, après avoir passé par une série de teintes diverses. En 1857, M. Chapnis (cité par M. Dutroulau) a appelé l'attention sur une coloration jame pniUe bien dillerente de l'ictère véritable, et qui tiendrait selon lui à la défibri> ■alioo do sanf .
En présence de tous ces documents, il roe semble qu'on ne peut mettre en doute rexactitode des obtervations des anciens auteurs, et je pense qu'il faut établir une séparation eomplète, au point de \ue de la nature et de la si^fication patbolo^que, entre la coloration jaune des premières périodes du typbus amaril, et le véritable ictère, qu'on observe un peu plus tard. Ce n'est pas tout : il doient très intéressant de comparer, avec ces notions plus précises de symptomatolo^e, les résultats que nous ont Cut connaître les travaux récents sur l'anatomie pathologique de la fié>Te jaune. Bâche et La Roche, qui ont observé l'épidémie de Philadelphie en 1853, ont démontré que l'altération du tis^u hépatique, si^alée dès 1821 par M. Louis, consiste en une véritable défénérescence graisseuse. En 1857, pendant répidémie de Lisbonne, Kigueira constatait la même lésion, et l'aimée suivante M. Guyon en a entretenu l'Académie des sciences. On peut donc admettre aujourd'hui celte proposition : Lorsque le foie est altéré dans la fièvre jaune^ il présente une dé'jènérescence gratsseuse plus ou moins étendue. Or, bien que celte lésion hépatique se produise quelquefois avec une étonnante rapidité (M. Aharenga Ta vue dès la un du troisième jour), il n'en est pas moins vrai que ce n'est pas là un phénomène initial de la maladie ; on conçoit dès lors que le véritable ictère apparaisse tardivement^ et l'inconstance de la lésion nous permet également de comprendre l'absence complète des manifestations ictériques. La relation que j'établis ici entre ces deux ordres de faits me paraît d'autant plus certaine que chez les individus qui guéris-enl après avoir eu l'ictère, les vomissements noirs et les hèmorrhagies multiples, le foie se reconstitue en peu de temps à l'étal normal : .M. Alvarenga a eu l'occasion de faire l'autopsie de convalescents qui avaient été emportés par une maladie intercurrente, el, au bout de vingt-deux jours, il a coiislalé que le tissu hépatique avait presque eiiliéremenl recouvré ses caractères normaux. — Quant à la coloration jaune non iclèrique de la première période, faut il l'attribuer à quelque Irouble de l'innervation vasculaire, *:n s'appuyanl sur ce fait que la fièvre jsuiie frappe d'abord le système nerveux? Kaul-il la rapporter, comme le voulait sir Gilbert RIane, à quelque altération des globules rouges? C'est ce qu'on ne peut décider encore d'une manière absolue, je crois même qu'il serait oiseux de »!isculer celle question. Il en est de la fièvre jaune comme de toutes les autres pyrexies : elle louche à la fois l'organisme tout entier; solides et liquides, toul est également et au même instant soumis à l'influence morbide : vouloir aller plus loin, c'est s'engager gratuitement sur le lerrainde l'hypothèse. — Quoi qu'il en soit, et pour en revenir aux faits, la distinction des deux colorations jaunes, le rapport qu'affecte l'ictère avec la lésion hépatique, me paraissent être des données d'une haute importance, notamment en ce qui louche l'individuaUlé,
382 CLINIQUB MtDiCALE.
en 180(i (1), soutient que le foie est souvent enflammé dans la fièvre jaune; il va plus loin^ il suppose qu'il est enflammé dans tous les cas; se fondant sur ce fait que, lorsqu'on n'a pas trouvé de traoeâ très visibles ou très nettes d'inflammation, celle-ci peut néanmoins avoir existé dans la profondeur de l'organe, sévissant alors principalement sur les vaisseaux et sur les orifices des canaux biliaires (p. 315). Cependant, comme à notre connaissance on n'a jamais pu découvrir cette inflammation lorsque le foie paraissait sain; comme les meilleures descriptions de l'anatomie pathologique de la fièvre jaune (2) signalent, pour la plupart des cas, l'état normal de l'organe, nous devons, quant à présent du moins, regarder l'ictère qui caractérise cette pyrexie comme indépendant d'une hépatite.
L'inflammation de la muqueuse de l'estomac allant quelquefois jusqu'à la désorganisation complète, telle est la lésion la plus fréquente et la plus importante de la fièvre jaune; le duodénum présente assez souvent la même altération : or, à ces deux points de vue, les faits que
mal établie encore, de l'ictère malin. Cette considération jusUfiera, je Teipère, la longueur de cette note.
J. Frank, Ratio instiluH clinici TicinenHs a mense januario usque ad finem junii anni 4 795. Vicnnsp, 1797.
Gilbert Blane, loc. cit.
L. Valentin, Traité de la fièvre jaune d* Amérique, Paris, 1803.
Bahi, lielacion medico-politica sobre la aparicion de la flebre amarilla^ à ultimot de juiio y principios de agoslo de 1821 , etc. Mataro. Abadai, 1821 . Cet ouvrage a été traduit en français par Pierquin (de Montpellier), dans Mémoires et ofn^ervations sur la fièvre jaune.
Kéraudren, loc. cil.
Saiiit-Vel, Comptes rend, de VAcad. des scienceSy 1857.
Ballot, Épidémie de fièvre jaune à Saint^Pierre (Martinique), 1856-57 (Gaz.hebd.^ 1858).
Dulroulau, loc. cit.
Bâche, Yellow fever {American Journal, ISô/i).
La Roche, Yellow fever considered in ils historical, pathological, etiological and therapeutical relations. 2 vol. in-8". Philadelphia, 1855.
Figueira, Sur la dégénérescence graif^seuse du foie dans la fièvre jaune (Gazeta medica de Lisboa, 1857, et Gaz. hehd., 1858).
Guyon, Comptes rendus de l'Acad. des scienceSy 1858.
Àlvarenga, loc. cit. (Note du Trad.)
(1) SuUa febbre di Livorno, e sulîa febhre ginJla, etc.
(2) Voyez le compte rendu des autO))sies qu'a faites Laurence à la Nouvelle-Orléans pendant les années 181 7, 1818 et 1819 (Philade'phia JoumaK vol. I, nouvelle série).
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je vous ai rapportés concordent avec la fièvre exoti(|uc. Dans cette dernière la désorganisation est plus considérable, voilà tout; ce n'est là qu'une difTérence de degré: et même chez l'un de nos sujets, l'altération de la muqueuse était semblable à celle que Ton rapporte à la fièvre jaune avec vomissements noirs, et l'estomac contenait une matière fort analogue, si ce n'est parfaitement identique avec celle du vomito negro. Nous ne devons pas oublier d'ailleurs, en comparant ces deux maladies, que dans beaucoup de cas de fièvre jaune, le vomissement noir ftiil défaut, et que l'inflammation ne dépasse pas alors celle que nous avons observée ici. La sensibilité de l'épigastre, phénomène si caractéristique, a existé chez tous nos malades, el si le temps me le permettait, je pourrais signaler bien d'autres traits de ressemblance entre ces deux formes morbides. Je sais que je m'expose peut-être au ridicule en soutenant l'identité de la maladie que j'ai observée avec la fièvre jaune, pyrexie propre aux climats chauds, <|ui commet d'épouvantables ravages partout où elle apparaît. Néanmoins je renvoie avec confiance aux travaux deTommasini, de Hancroft, de James Johnson, de Bartlett et de Clymer : on y veira la preuve cjue, même sous les latitudes les plus chaudes les f'pidéniies de fièvre jaune sont mêlées de fièvres bilieuses d'une l'orme plus bénigne. Il est donc permis de supposer avec un haut degré de probabilité, que, lorsque cette influence épidémique s'étendra, par suite d'un concours particulier de circonstances, jusqu'aux latitudes tempérées, les choses se passeront d'une façon inverse : nous aurons une fièvre <'pid<'nn<)ue a forme bilieuse ou gastrique, et un petit nombre de eas rappelarjt, par leur violence, la fièvre jaune légitime.
D'après Tommasini et les meilleurs pathologisles modernes, il est certain que la fièvre jaune ne peut plus être regardée aujourd'hui comme une maladie spécili(jne*; c'est lout simplement une firvre bilieuse ou gastrique élevée à son maximum d'inter^sité. Quelques-uns Tout considérée comme une variété de rt^mitterdp . mais pres(|iie tous les auteurs récents s'accordent a y voir une lièvre fonUnue (l). La j^ravité de ces fièvres augmente en raison directe de la chaleur du climat. Aus^i ne devons-nous pas ètie surpris de voir régner parfois à Cadix et à Gibraltar une lièvre jaune, qui est bien près d'égaler en violence celle des contrées méridionales de l'Amérique du Nord et celle des Indes occidentales. A Livourne, la ressemblance, quoique frappante encore,
(!) Clvmer, On ffnjera. Philafteiphia, lH'i6, p. ?.V». (L'Aitfir.,
3fi& CLINIQUE MÉDICALE.
B'ctait déjà plus aussi parfaile; et conséquemmeiit dans les épidémies de lièvres bilieuses qui ont régné en F'rance, <^n Hollande et en Allemagne, la différence d'intensité ctait encore plus marquée (Tommosini, 81, 82.83). Néanmoins la inalndie reste partout la même dans ses caractères essentiels : ce sont partout les mêmes symptômes, partout les mêmes lésioDS aiiaiomiques ; il n'y a, je le répète, qu'une différence Hp .Ipi7rp
que ptemfottaaam mBwgfrS'^eavac^tiaMaugrms: %sè^ mKs^nsi^ ii^ autres : mm TmÊeaÊÊÊktaàt wemi àtvuû^ tmnmmt e: f es: nos^âd»^ que le typhon i^ver passe deresirHBeveap&iiKnîiîst^^ Quoi qull eri fioit. thm^stetspÊàoDÊt w»mmi* ■& a^tr* c mtfw^f* ^ /« oppariiemi «s pm^rt. La ferre on. rcçat actuel temen: & Ilubiu. u' ts: la j^us remarquable qmt maat otqb^ eue iri oenMotf^e iKT^mntAirr^ ment que boe najaiiifr «e difei'aii qst ^ar it^ o^inr ùt celte^ <tes Ui^ tudes plus levées, lioiis aron^ «c izl sramà vamùgrt àt ob^ qo.. par )f^ symptômes d par ies ie&ioii^ auatamiqiieb- se ccmfofioen: «ntifremen: avec Xj^iifvre jtame. if i* a paf lUiOLici exprime oetit (^mioTi. jmrcx que je ne vouiai*^ àe larre qti aarE^ uij exameii appratondi fS um èuiHf suffisante (k ii quesiioL l/i-eiqu^ iuzuilr qut ^fiisu: ies événements, ils font toujours un^ profwjo*^ nnpresâiOL Ifmsqt'ott Ifur orront «wl attentûm ttmxKmaéit. Câiar^ (k- voœ lare proçreiâe: , s le k- puts. iUin< la théorie d dunr \t ifratiqiie d^ li meoecmfc. k- ne crains pa^ de n: arrêter quelque peu eu riiiit*.. si c*- terniJ*^ d arrè: roe permet d'eveilie: votre atleniJOij sur im sujet im|ionani
1- — hmm ys> deus pyrenet i^ niataoe^ deviennent iftorif^ pnrsuitf de la r«i<m*UoTi de la bin- Mak iiai4> ief *^id^nnie<' de fie^Te jaune, î: n'arrive jamah^ que loui^ i^ niaîades. oc même que If- j\\ii> frrfind nomlire deulri eux sojenî atteinte d'icterf:.
Il — Ici auss; kf?- cas ':om]ùmu*tr de jauTiiâ^ sniî m^irlel^
m. — Dans les deux maladies sensibilité de !>pipi5tre et vomr^sements.
IV, — L/ffe indiviôui- les pius îortf succomi^ent.
V — I>ans les deux cas îicter*- es! iride|»eridaiJi d une bf^paîile
VI. — 11 ne reconnaît pat davanlJi^e jK»ur caus< unf ohslrnrîtor. pfrmajt^nie des voies biliaires.
Vil. — Ddijs ies deux orares de faits la iesi(»rî caracterisîiqnr esî nnr infij^mmalioii o^ ia muqueuse i:asin^docKi**naie: ceue Tr)omW:s\m rs: 'd'uiJ rou^* "^lOin^-»-. ranjollit. seni/-iiquide.
VIII. — liarii^ ia iieve jaun- proprement dite, \v voiTiîSsemt'nî n»»ir est cunjp'>'-*r d un i<quid^ saiiçumoient : \e sanr. mf\c ai:\ nroiinus dr la s*jra>rlii>ij M':»*"t à*r i >^'lomu^. preud Iftpparei^or du marr dr ri^fr. Nous avuiie reiicoulrt- celle ntèrbi' matière dans Tt^iomac de 1 un de
nos sujets