‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 77 sur 123 · SCARLATINE. — ÉPIDÉMIE D · texte numérisé non relu

SCARLATINE. — ÉPIDÉMIE D

encore que dans les deux Formes précédentes, et le début en était par* ticulièrement insidieux. C'est sans aucun doute cetle variété qu'a observée Withering dans l'épidémie dont il nous a donné la description. L'invasion était caractérisée par le cortège ordinaire des symptômes fébriles, par de la douleur dans la gorge, et une légère céphalalgie; puis, au jour convenable, apparaissait une éruption normale et discrète. Tous les phénomènes morbides étaient atténués; au bout de peu de jours, les malades dormaient assez bien pendant la nuit, ils étaient tranquilles dans le jour, et n'avaient pas de délire. Vers le quatrième ou le cinquième jour, l'appareil fébrile était si complètement tombé, que Texamen le plus attentif ne faisait découvrir aucun indice alarmant, aucun symptôme fâcheux, rien, en un mot^ qui put éveiller la sollicitude du médecin. La peau était à peu près revenue à son état normal, la soif était diminuée, le pouls présentait à peine une légère accélération ; le calme le plus complet paraissait avoir succédé à Torage du début; et en entrant dans la chambre de son malade, le médecin était fort exposé à concevoir de trompeuses espérances : convaincu que tout danger était conjuré, il annonçait avec confiance une guérison prochaine et parfaite. Cette erreur, messieurs, je l'ai commise moi* même plus d'une fois. C'est qu'en vérité ces espérances semblaient pleinement autorisées : et qui donc aurait pu deviner le péril , en voyant son petit malade, tranquillement assis dans son lit, croustiller avec appétit un morceau de pain, après avoir dormi toute la nuit d'un sommeil paisible? Le rétablissement des fonctions intestinales, la diminution de la soif, du mal de gorge, de la céphalalgie et de la fièvre, la régularité de l'éruption cutanée, tout entin concourait à justifier un pronostic favorable; aussi les parents, laissant de côté toutes leurs appréhensions, n'avaient plus aucune inquiétude, et le médecin cessait le plus souvent ses visites au septième jour, persuadé qu'il n'y avait plus rien à craindre, et que son intervention était désormais inutile.

Les choses allaient ainsi jusqu'au huitième ou au neuvième jour; mais on observait alors un peu d'agitation pendant la nuit, et le lendemain matin on constatait, non sans surprise, que la fièvre était revenue. Celait le signal de nouveaux accidents. Le nez, devenu douloureux, paraissait irrité, et un liquide séreux commençait à s écouler des fosses nasales; le mal de gorge se faisait sentir de nouveau; la peau était chaude, les forces étaient soudainement abattues, et le malade tombait dans une prostration considérable. Alors apparaissait une tuméfaction douloureuse vers les glandes parotides et sous-maxillaires. Ce gonfle-

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ment augmentait avec rapidité; deviBnant chaque jour plus dur, il gagnait.à la fois en élévation et en étendue, et \\ était le siège d*une douleur excessive; cependant les téguments n'étaient pas très rouges à ce niveau. En général, au bout de peu de jours, cette tumeur entourait le cou comme un collier, et la face se tuméfiant en même temps, le pauvre patient était tristement défiguré. Cependant le jetage augmentait considérablement, le liquide était fétide et plus visqueux; la muqueuse nasale était empiétement prise, toute sa surface était enflammée et tuméfiée,, de sorte qu'on entendait un son nasillard toutes les fois que le malade respirait par le nez; à la fin, l'écoulement était si abondant, que les narines devenaient complètement imperméables. Dès l'apparition de ces phénomènes, la gorge était en général sérieusement atteinte; elle était le siège d'une inflammation semblable à celle des fosses nasales, jet caractérisée par une sécrétion de mauvaise nature^ mélange de lymphe et de liquide : cette phlegmasie occupait d'abord toute la surface de la bouche et de la langue, et s'étendait plus tard jusque dans la profondeur du pharynx (1).

Tandis que cela se passait, la fièvre, récemment allumée, présentait tout à coup les manifestations du typhus le plus sévère : on voyait survenir les soubresauts de tendons, la mussitation, le délire, l'anxiété, l'insomnie et l'agitation ; les malades gémissaient, et ces gémissements étaient parfois interrompus par des cris qui rappelaient les plaintes sinistres de l'hydrocéphalie. La déglutition était alors extrêmement difficile, et les boissons retombaient fréquemment hors de la bouche. A partir de cet instant, tout allait de mal en pis, et après d'horribles souffrances, la mort venait terminer la scène; elle était précédée pen-

(1) Le texte porte « an iU-condilioned sécrétion oflymph and ftuid ». Désireux de transmettre dans son intégrité la pensée de l'auteur, j'ai traduit littéralement ; mais si Ton étudie avec soin les symptômes et la marche de Taifection qu'il décrit, si Ton rapproche de ce tableau Tobservation de M. O'Ferral, qui est rapportée un peu plus loin, on n'hésitera pas à admettre, je pense, qu'il s'agit ici de productions diphthériques*

Cette angine secondaire, que- j'appellerai voluntiers V angine scarlatineuse lardivei a été également observée par M. le proresseiir Trousseau, qui n'a vu guérir qu'un seul des malades atteints. Cette angine tardive peut se propager au larynx, comme le prouvent les faits rapportés par Graves, et nous trouvons dans cette propagation une nouvelle preuve de la nature diphthérique de cette affection. Pour prévenir toute équivoque, je dois ajouter que la proposition formulée autrefois par M. Trousseau : « La scarlatine n'aime pas le larynx^ » s'applique à l'angine scarlatineuse pullacée primitive, et non pas à l'angine diphthérique secondaire dont il est ici question : en conséquence, le reproche adressé par M. O'Ferral au professeur de Paris n'a pas de raison d'être.

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