SCARLATINE. — ÉPIDÉMIE DE
dant plusieurs heures d'un état d'agitation extrême, pendant lequel il était impossible de déterminer si le malade était encore sensible. Le gonflement du coq croissait jusqu'au dernier moment, mais il était bien rare qu'il présentât quelque tendance à la suppuration ; il offrait toujours la môme dureté.sur tous les points, tout au plus devenait-il , dans quelques cas, le siège d'un ramollissement obscur qui lui donnait une certaine rénilence. Si on Tincisait, on n'y trouvait pas de pus; la coupe montrait une infiltiation séro-sanguine , et du tissu cellulaire mortiûé qui se continuait, sans ligne de démarcation avec les tissus Tivants.
M. OTerral a bien voulu me communiquer quelques notes sur cette épidémie. Elles ont, à mes yeux, une valeur considérable, parce que Tune des suites les plus importantes de la scarlatine y est signalée et décrite pour la première fois. Je crois donc devoir vous présenter le résumé succinct de ces observations.
a Sur les dix-sept cas qui font l'objet de ces notes, dit M. O'Ferral, quatre ont été observés chez des adultes, trois chez des enfants au-dessous dé quatre ans, et les autres chez des enfants qui étaient entre quatre et.quinze ans. J'ai rarement assisté au début de la maladie. Tantôt les phénomènes d'invasion ont été semblables à ceux d'un mal de gorge avec frissons consécutifs; tant(H il y eut tout d'abord un mouvement fébrile violent avec des tremblements, une ct^phalalgie intolérable et même du délire. Dans quelques cas, enfin, l'éruption a été le premier phénomène appréciable; la fièvre du début avait alors été si peu marquée, qu elle avait passé inaperçue.
» La marche de la pyrexie était variable, mais ordinairement elle conservait les caractères qu'elle avait présentés au commencement. Le plus souvent la fièvre augmentait à mesure que la maladie faisait des progrès, ou intéressait de nouveaux organes; cependant il n'en était pas toujours ainsi. Dans deux cas où j'ai vu au troisième et au qua-
&i6 CLINIQUE UÊDICALE.
thème scarlatineux persista jusqu'aux approches de ta mort. En outre, la maladie avait débuté par un délire qui fut maîtrisé au moyen d*un traitement énergique: Dans un cas, la mort fut causée par le croup : l'aiTection du pharynx avait gagné la trachée et les bronches. Une autre fois, le malade fut emporté au sixième jour par une gangrène de la
gorge, accompagnée d'une fièvre lente.
D Chez quelques sujets qui finirent cependant par guérir, la vie fut séricuisement menacée par des phlegmusies locales. Une enfant de sept ans, profondément affaiblie, fut soudainement prise de symptômes d*entérite, dont il fut très difficile de triompher. Chez un garçon de dix ans, au moment où Téruption s'effaçait, il survint une dopleur aiguë dans la région du cœur, avec une toux brève, des palpitations et de la dyspnée; le pouls était rapide, mais régulier; la fièvre redoubla* immédiatement. L^auscullation ne faisait entendre aucun bruit de frottement, mais les mouvements du cœur étaient violents, et la pression était très douloureuse. Des sangsues, la poudre de James et lecalomel, administrés à l'intérieur, jusqu'à ce que les gencives fussent légèrement touchées, firent justice de ces accidents.
» Une autre malade, jeune fille de douze ans, eut grand'peine à échapper aux effets d'une gangrène de la gorge. J'ai observé deux exemples de croup, et dans les deux cas, quoi qu'en dise H. Trousseau, je n'ai pu révoquer en doute son origine scarlatineuse. Ces deux malades avaient présenté, j'en conviens, des plaques diphthériques sans inflammation bien marquée des tonsiiles, mais l'éruption était assez accusée pour dissiper tous les doutes (1 }. Un enfant qui guérit rejeta une fausse membrane que je possède encore ; elle a une forme tubuleuse et représente le moule du canal aérien un peu au delà de sa bifurcation. La petite fille dont j'ai déjà parlé, et qui succomba à la maladie, avait également rendu des portions de fausses membranes; mais elle mourut épuisée : Tautopsie nous montra la lésion étendue au loin dans les ramifications bronchiques.
n On mettait généralement en usage le traitement antiphlogistique; cependant il n'était pas toujours applicable, même au début de la maladie. Dans tous les faits que j'ai observés, il était nécessaire de surveiller avec grand soin les effets des saignées locales ; car on était fort exposé à dépasser les limites convenables, et il devenait alors excessivement difficile de combattre l'affaiblissement, et de réparer les pertes
. (i) Yoyei U note de la page Ma.
vin et les excitants diflusibles^môme dans des cas qui ne présentaient aucun signe de malignité, aucun caractère typhoïde.
» Dans maintes circonstances, les lotions, tiëdes ont paru préférables aux applications froides : je crois que les premières produisaient des effets sédatifs de plus longue durée ; le mouvement fébrile et la sensation pénible d*ardeur à la peau ne reparaissaient pas aussi promptement que lorsqu'on employait des liquides froids. Les purgatifs, sauf ceux de Tespèce la plus douce, n'étaient pas bien supportés; mais les diurétiques rafraic])issants étaient clairement indiqués, et dans plusieurs cas où l'on insista sur cette médication, elle parut prévenir les suites de la maladie.
)x Les ulcérations et les eschares de la gorge étaient attaquées, sui« vant leurs caractères, ou par le nitrate d'argent, ou par l'alun, ou par les chlorures; mais lorsque Tarrière-bouche était d'une rougeur intense, aucun de ces agents n'était etBcace, si l'on n'avait pas fait au préalable une application de sangsues. Chez un jeune homme de vingt-huit ans, je fis mettre sur le cou quarante sangsues, et je ne réussis pas à diminuer la suffocation, ni à rendre la déglutition plus facile; mais quelques sangsues appliquées à la partie interne des narines produisirent un écoulement de sang abondant, et un soulagement immédiat. Ce dernier moyen était indiqué par la turgescence du voile du palais et de la membrane pituitaire, par la respiration stertoreuse, et par l'obstruction complète des fosses nasales.
» Le mode de propagation de la maladie dans les familles était variable. Quelquefois, dans l'espace de quelques jours, elle attaquait successivement tous les enfants; mais, dans d'autres circonstances,^ quinze jours s'écoulaient avant que je fusse rappelé pour un nouveau malade. Enfin quelques enfants restaient complètement indemnes.
» Quant aux affections consécutives, j'ai observé deux ou trois fois la diarrhée; j'ai vu un cas de bronchite chronique, et quatre cas d'anasarque. Dans deux de ces derniers faits, l'urine devint légèrement albumineuse avant que la face et les jambes lussent tuméfiées; dans les deux autres, l'urine présenta ce caractère lorsque déjà Tanasarque était évidente, mais je dois dire que je n'avais pas vu les malades antérieurement. Le traitement de cette complication fut à la fois antiphlogistique et diurétique; j'obtins ainsi dans trois cas une guérison parfaite. Le quatrième individu resta maladif, mais pour une autre cause : le sommet du poumon (Iruit était le siège d'une infiltration tuberculeuse.