‹ Leçons de clinique médicale v. 1Chapitre 82 sur 123 · D'AFRIQUE · texte numérisé non relu

D'AFRIQUE

La lièvre quarte. — Avantap:es du nombre 12 comme unité c)e supputation dans les accès intermittents. — Des crises dans les fièvres. — Effets du sulfate de quinine et de l'arsenic.

Fièvre septane. — Teriiana soporosa. — Oàleau fébrile— Congestion paroxystique des organes internes.

AITections qui simulent l'intermittente légitime. — Leur traitement.

Lm malnrious fever d'Afrique. — Résistance des nègres, — Déductions pratiques.

Messieï'rs,

Je me propose de consacrei^ aujourd'hui notre conférence à l'examen de certaines particularités qui se rattachent à l'histoire de la fièvre intermittente; je les ai, pour la plupart, constatées et décrites le premier. Mais d'abord je dois vous communiquer une observation qui a été rédigée par M. Power.

Mary Gannon, âgée de quarante-quatre ans, fut prise, au milieu du mois de septembre dernier, de lièvre périodique. Pendant les dix premiers jours, il y eut deux paroxysmes chaque jour: un le malin, un dans l'après-midi; puis» sous rinfhience du traitement, l'accès du soir disparut. Le 10 octobre, celte femme entrait à Meath Hospilal, dans le service du docteur Stokes, (|ui prescrivit de petites doses de sulfate de (piinine; la lièvre [)ril alors pendant quelque temps le type tierce, mais bientôt après, elle revint au type quotidien. L(; 1'' novembre, Mary Gannon passa dans le service du docteur Graves, qui administra le sulfate de quinine ta doses plus élevées. Le 7 du même mois, la fièvre reprit le type tierce, et persista sous celle forme jusqu'au 17, quoique la dose du sel quinine eut été portée à un scrupule et demi par jour (t^-'^Or»); <»n fit alors à la malade une saignée de dix-huit onces (570 gt\immes) : la durée de l'accès fut ainsi diminuée, et la période apyn'lique fut augmentée de douze lieures. Sous l'influence d'une nouvelle émission

FIÈVRE INTERMITTENTE. ti6i

sanguine, la fièvre prit le type quarte. Trois fois encore on revint à la saignée; mais ce traitement n*eut d'autre effet que d'abréger la durée des paroxysmes. La malade était très affaiblie, et on lui fit prendre alors trois fois par jour quatre gouttes de liqueur arsenicale (1) dans une demi-once d'eau. A dater de ce moment, la violence des accès a diminué graduellement, les forces et l'appétit sont revenus; et aujourd'hui les accès ne sont plus guère caractérisés que par un légei* frisson. Or, quelle est la définition de la fièvre quarte? D'après Cullen, elle consiste en « paroxysmi similes intervallo septuaginta tjuarum circiler » horarum; accessionibus/)07weriW/flwiV. » C'est-à-dire que les paroxysmes doivent être semblables, qu'il doit y avoir entre eux un intervalle de soixante-douze heures, et que l'accès doit survenir l'après-midi. Voyons si l'observation précédente répond à ces diverses conditions. Dans les derniers temps cette malade a eu sept accès avec un intervalle exact de soixante -douze heures; de plus, les accès étaient semblables : jusqu'ici tout va bien. Mais les paroxysmes avaient lieu dans la matinée, et non dans l'après-midi; ils survenaient ordinairement à huit heures du matin, de sorte que nous pouvions les observer tout à notre aise. Il est bien vrai que le plus souvent la lièvre quotidienne a ses accès le matin, que la lièvre tierce a les siens vers le milieu du jour, et que ceux de ia fièvre quarte ont lieu le soir ; il est également vrai que ces différents

(l) La solution arsenicale de la Pharmacopée de Londres est ainsi formulée :

% Acide arsénieux cassé en petits morceaux ) ^

^ ^ , , aa 80 grains = A«%80

Carbonate de potasse )

Teinture de lavande composée. . 5 onces fluides = 120 gram.

Eau distillée 1 pinte = A 80

Faites bouillir l'acide arsénieux et le carbonate de potasse avec une demi -pinte d'eau, dans un vase de verre, jusqu'à ce qu'ils soient dissous; la liqueur étant refroidie, versez-y la teinture de lavande composée, puis ajoutez-y assez d'eau distillée pour que le tout fasse exaclenient une lùntc.

C'est à peu de chose près la composition de la liqueur de Fowler, ijui contient ô granuncs d'acide arsénieux, 5 grannnes de sel potas8i(|ne pour 500 icramnies d"eau distillée.

La teinture de lavande composée est iiin>i préparée (Pharni. de l.ondroj :

"^ Esprit de lavande. 1 pinlc 1/2 = 720 granlnle^.

Ksprit de romarin l/2pinle = 2'iO

(Cannelle écrasée. ) ^. . , .

. aa 2 gros 1/2= 10

Muscade écrasée ;

Bois de santal coupé .'> onces ^^^ l(i()

types peuvent se transt'oi*nier l'un dans l'autre, mais c*e8t là, solori moi, une considération de peu d'importance. Dans le cas actuel, la fièvre a fini par devenir quarte, voilà ce qui est certain. Une question se présente alors : quel était le caractère primitif de cette fièvre? en d'autres termes, était-ce, dès le début, une fièvre quarte cachée sous le type d'une autre espèce d'intermittente? Au commencement , la malade avait deux accès par jour, ce qui constitue la fièvre double quotidienne, maladie assez commune, quoiqu'elle n'ait pas été signalée par Cullen dans sa Nosologie, Si nous voulions rapprocher cette forme de la quarte classi(|ue des auteurs, nous devrions nous adresser à la quarte triplée (1), dans laquelle il y a trois accès chaque quatrième jour, avec similitude des paroxysmes de quatre en quatre. Mais il est évident que ce rapprochement est forcé, et que la fièvre de Mary Gannon, dans son premier type, ne se rapporte à aucune variété connue d'intermittente quarte.

Et maintenant quel a été l'eOet du traitement? La fièvre est d'abord devenue une quotidienne simple, puis, sous l'influence d'une nouvelle amélioration, elle s'est transformée en périodique tierce. C'est là un argument contre l'hypothèse d'une quarte larvée, car un intervalle de (|uaraute*huit heures ne peut pas, en se doublant, se convertir en un

(I) Le texte porte quartana triplex. Si l'on s'en rapportait au sens purement graui-^ matical du mot triplex^ on pourrait être tenté de traduire par triple quarte; mais I.i suite de la phrase démontre que l'auteur a on vue la quarte triplée ; c'est la seule variété du type quarte dans laquelle on observe /rois accès le môme jour. On sait que dans la triple quarte, il y a un accès tous les jours, avec similitude des paroxysmes de quatre en quatre ; c'est celte dernière circonstance qui permet de distinguer celte forme, d'ailleurs très rare, de fiùvie quarte, de rinlermitlcnlc f|uotidienne. — Pour désigner les lièvres périodiques composées auxquelles nous donnons le nom de double tierce, triple quarte, etc., les anciens auteurs se servent de l'expression duplicata ^ triplicata : <« L'bi vero die intcrcalari inlcr binos par(»xysnios nova accessio fit, tune » vocaiitur fcbres intermiltenles duplicata^ lri[)licatie ; quia tune rêvera lut immero >j febres sunl, quarum singulec sequenlibus ordine paroxysmis liora accesîionis, syniw ptomaluni nmnero et vchemenlia, rc:*pondent; atque j^ic a quotidiana fcbre distin- » guiturlcrliana duplicata, vel quartana triplicata. %> (V.Swiel en, Comme»/, in Aphor. Parisiis, 1771, II, p. hôd.)

louant au rupprocbemenl qu'indique ici l'auteur anjjMai^, il Cbt bien foreè en vérité; carjc ne sache pas qu'on puisse découvrir le moindre rapport entre une double quotidienne cl une quarte triplée. J'avais pensé d'abord à une erreur typographique, et j'avais supposé qu'on devait lire peut-être quarte doublée ; alors au moins les jours [•aroxystiques auraient été semblables par le nombre des accès ; mais la première édition de l'ouvrage de Graves donne également quartana triplex, et il en est de même de l'édition de Pliiladelphie, 18/id. (Soie du Trad.)

Flt\RE liMtRMliTElNJl-. UiS'o

intervalle de soixante-douze (1). Mais, néanmoins, le traitement a eu I)our résultat cette conversion antinosologique; car la première saignée, pratiquée dans le stade de frisson, a augmenté de douze lieures Tapyrexie de cette fièvre tierce ; une seconde saignée l'a augmentée encore de douze heuras, et nous avons eu ainsi une augmentation totale d'un jour dans la période apyrétique. Il y a donc eu ici transformation successive et graduelle d'une double quotidienne en quarte simple.

Traduisons en chiffres les intervalles d'apyrexie. Pendant dix jours, cette période a été de 12 heures; puis elle a été de 2U heures pendant (|uelques jours ; ensuite elle a été pendant quelque temps de ^8 heures. Elle est revenue à i'/i, pour rester ensuite un certain nombre de jours à û8; pendant un jour, cette période a été de 60 heures; et finalement elle a présenté pendant sept jours une durée de 72 heures. De Texamen de ces chitfres je crois pouvoir tirer cette conclusion, que le nombre 12 constitue l'unité dont nous devons nous servir pour calculer la durée des intervalles d'apyrexie; ce nombre 12 est le chiffre atomique sur lequel nous devons baser toutes nos supputations, parce cpie les nmltiples de ce nombre comprennent toutes les vnriélés de la fièvre intermittente. On objectera peut-être que cette proposition est infirmée par ces fièvres périodiques dans lesquelles les accès avancent ou retardent, mais je regarde ces irrégularités comme des phénomènes de transition, (jui aboutissent à des manifestations plus fixes et plus exactes.

H est d'observation que, dans beaucoup de fièvres quotidiennes, les accès sont plus sévères de deux en deux, et les nosologistes ont donné à cette forme le nom de double tierce (2). Le principal argument en

(1) CeUc conversion sponlanrc de la lièvre tierce en flùvre quarte, dont Cravcs semble rôvofiuer en doute la iio^sil»ili(é, a été observée par Rivière ; et Van Swietcn parait avoir vu égaloniciit dos exciiipics de celte mutation, car il nous dit «pie ce changement rnl propre à la tierce automnale, et que les tierce*^ vernales ne le présentent presque jamais : « Dum ergo Icrliana aulnmnalis (in vernalibu» enim hoc ra- » rissime vel nuiiquam observalur) in quarlanam dégénérai, etc. » Or, la lièvre de Mary Gatmon avait débuté vers le milieu de septembre, et il se |tourrait bien qu'il s'agit ici d'une transformation spontanée, plut(U que d'une modiHcation, survenue sou>:

faveur de celte transformation des quotidiennes en tierces est fourni par la tliérapeutique : sous rinlîuence du traiteraenl, nous voyons en ettet les fièvres quotidiennes présenter le type tierce avant de disparaître complètement. Néanmoins ce raisonnement ne me semble pas péremptoire; car, d'une part, les choses ne se passent pas toujours de cette façon, et, d'un autre coté, lorsque cette transformation a lieu, elle n'est qu'apparente : si les accès deviennent moins violents certains jours, c'est que ces jours-là correspondent précisément à ceux où les paroxys* mes cesseront d'abord. Remarquez, en effet, que le quinquina ou le sulfate de quinine ne coupe pas les accès périodiques subitement et d'un seul coup; c'est graduellement, c'est en les usant, pour ainsi dire, (|ue ces médicaments les font disparaître. 11 peut donc fort bien arriver qu'une fièvre quotidienne en voie de guérison graduelle présente, avant de céder définitivement, la forme tierce; mais elle ne devient pas pour cela une tierce légitime (1).

Dans la fièvre hectique, comme vous le savez, les intervalles apyrétiques sont de douze heures ; bien d'autres faits encore viennent à l'appui de mon opinion, et nous montrent que dans la désignation et la classilicalion des maladies, il csl beaucoup plus rationnel de choisir le nombre 12 comme base de supputation, puisque les multiples (le ce nombre vous donneut toutes les périodes intercalaires des diverses formes de fièvres intermittentes : de plus, il faut le reconnaître, ce procédé est beaucoup plus conforme aux lois qui régissent les révolutions diurnes de l'économie animale. Les laborieuses recherches de Nick ont montré que la fiéquence du pouls subit toutes les douze heures une modification réj^ulière ; il en est exactement de même de la ronctiuii de respiration. Nous savons tous (juc les conditions d'innervation et de calorificalion sont bien différentes pendant

lion; il d<'vait diie lerliana duplicala. — J'ai cru dc\oir faire celte renianiiie pour justiliei* ma Iraduclion, cl pour i)révcnir la confusion que pourrait amener la comparaison (le l'original. (Note du Trad.)

(1) Celle ar^jumenlalion n'esl api'licable qu'aux lièvres quotidiennes, qui prennent la forme de doubles tierces sous l'influence du traitement : elle ne peut atteindre dans leur individualilc ou leur autonomie les fièvres intermittentes, qui présenlenl d'emblée le type double tierce, en dehors de toute action thérapeutique. — Quant à la réalité de ce type comme forme primitive, on ne peut en douter un seul instant, en présence des déclarations formelles de tous les observateurs, « il serait superflu, dit

FIÈVR£ JKT£BM1TT£MT£. /|65

les douzd ^s-urflU de vie active et de veille, et pendant les lieures de :..^0Ênm\ et de repos.

De même que le jour et la nuit ont une durée moyenne de douze heures, de même lesôtres vivants, dans leurs révolutions alternatives, paraissent être soumis à Tinfluence de cette période. Il serait fort inté* ressant d'examiner à quels résultats conduirait cette méthode de numération, si elle était appliquée aux crises des fièvres continues. Au lieu de dire trois jours et demi, nous dirions sept demi-jours ; nous ne dirions plus sept jours, nous dirions quatorze demi-jours: je suis convaincu que pour beaucoup de crises, en apparence anomales et irrégulières, on arriverait ainsi à découvrir quelque loi de périodicité fixe. Or, ce serait là un résultat de grande importance, soit au p<:Mnt de vue de lexaclitudc de nos connaissances, soit pour l'elficacilé de notre thérapeutique.

Il faut, eu effet, être un observateur bien superficiel, ou un praticien bien indifférent, pour nier complètement Texistence dts époques critiques. Dans la pratique privée, où l'on peut préciser avec plus d'exactitude le début de la maladie, la crise et l'eflort critique sontaisémeni appréciés ; souvent ces phénomènes surviennent pendant l'un des jours décrétoires, parfois ils apparaissent à un autre moment; mais si le traitement a été judicieux et sage, il est bien rare qu*une fièvre se termine sans manifestations de ce genre. Chez deux malades que j'ai observés l'année dernière, il y eut au quarante-deuxième jour une crise évidente et parfaite; chez un troisième, le mouvement salutaire se fit au trentecinquième jour. Le docteur Stokes voyait avec moi le premier de ces malades; le second fait a eu pour témoin le docteur Plant; enfin M. Rumley a pu vérifier le troisième. Dans une autre circonstance nous avons vu, M. Kirby et moi, des elforls critiques se manifester sans résultat au septième, quatorzième, vingt et unième, vingt-huitième et trente-cinquième jour.

Je dois avouer que j'ai vu des crises survenir pendant certains jourj qui ne sont pas regardés comme critiques; mais je suis persuadé que si nous comptions par douze heures, au lieu de compter par jours entiers, ces exceptions seraient beaucoup moins nombreuses. Je ne crois pas que jusqu'ici la nature des crises ait été convenablement expliquée. Quant à moi, en tenant compte de tous les phénomènes qui accompagnent ces modifications surprenantes, je crois être autorisé à formuler cette proposition : Lorsqu'une fièvre continue se termine par une crise, test ijarcc quelle est f/um/onnée en une fèvre d'un type nouveau et cVune

durée plus courte. Une crise bien marquée a presque lous les caractères d'un accès de lièvre intermittente; elle est annoncée parune prostration considérable, par un sentiment de froid , quelquefois même par du frisson. A cet état succède un stade de chaleur, puis surviennent des sueurs, des dépôts abondants dans l'urine : après quoi le malade n'a plus de fièvre. En conséquence, n'est-il pas probable que la crise, au lieu d'être simplement la terminaison de la^ flèvre primitive, constitue une fièvre nouvelle, surajoutée pour ainsi dire à celle qui e;cistait déjà, dans le but de produire dans Torganisme une perturbation profonde? Et ne pouvons-nous pas admettre que cette perturbation est assez puissante pour briser la chaîne des manifestations morbides antérieures, et pour peiiuettre à la maladie nouvelle de marcher vers sa terminaison naturelle, c'est-à-dire vers la guérison (1)?

Pour beaucoup de gens, je le sais, tout cela n'est que fantaisie et imagination; mais pour l'observateur attentif et sincère de la nature, cette hypothèse n'est pas complètement dénuée de fondement.

Je ne m'arrêterai pas longtemps, messieurs, sur le traitement qui a été employé chez Mary Gannon. Vous avez vu combien le sulfate de quinine a modifié le type de la fièvre, et vous avez pu constater l'inttuence puissante de l'arsenic, alors que les autres remèdes avaient échoué. Je dois vous faire remarquer cependant que la saignée dans le stade de froid nous a donné de très bons résultats, et il est probable que le traitement par la lancette a utilement préparé la voie à la médication arsenicale. On admet généralement que les bons effets dé la saignée pratiquée pendant le stade de frisson résultent de la diminution des congestions internes. Toutefois e^tte manière de voir ne me parait pas fondée, car l'utilité de la phlébotomie n*est point exclusivement limitée à ces fièvres, dans lesquelles il y a une diminution évidente de la circulation périphérique. Lorsque cet état existe, lorsque les ma-

(1) Quel que soit le jugement que Ton porte sur cette interprétation nouvelle des mouvements critiques, on doit remarquer que l'auteur, dans l'acception qu'il donne au mot crise, est parfaitement fidèle à la tradition médicale. Galicn a tout particulièrement insisté sur ce fait, qu'un changement heureux survenu dans la maladie ne suffit pas pour constituer une crise; il faut que ce changement soit subit, et qu'il soit précédé d'une perturbation considérable dans le corps du malade {non mediocris perlurbatio in corporc œgrotanlis). Ce sont ces phénomènes précurseurs que Graves regarde comme une fièvre nouvelle, surajoutée à celle qui existait déjà.

Galion, De cWsi6»5, lib. III, ch. ii, tome VIII de l'édition de Chartier.

FltVBE INTERMITfENTE. (|67

lades, sous Tinflueiice (Vune sensation subjective de froid, se replient eu quelque sorte sur eux-mêmes, lorsque le nez se refroidit et s'amincit, lorsque la peau pâlit et se ride, il est très logique de supposer que les organes intérieurs sont le siège d'une forte congestion sanguine; mais ce défaut d'équilibre dans la distribution da sang n'existe pas constamment, et dans le cas dont ii s'agit ici, la température des parties extérieures était accrue au moment même où le frisson était le plus marqué; en même temps les membres, la Ggure, toute la surface cutanée, en un mot, paraissait être le siège d'une circulation plus énergique et plus active. Nous devons donc rapporter à quelque autre cause les heureux efl'ets de la saignée, et il est très probable qu'il faut invoquer ici l'action puissante qu'elle exerce sur le système nerveux; c'est en vertu de cette action qu'elle met fin aux frissons, et qu'elle prolonge la durée de l'apyrexie.

Entre beaucoup de faits qui prouvent que le frisson de la fièvre intermittente est sous la dépendance du système neI^^eux, il n'en est pas de plus démonstratif que le suivant; je l'extrais d'une collection de documents russes publiés dans V United service Journal (janvier 1833 ) :

« A Kasan , les fièvres intermittentes sont quotidiennes ou tierces, très rarement quartes. Ce qui les distingue des fièvres périodiques des autres pays, c'est que le malade éprouve à peine un léger frisson; en revanche, il ressent de violents élancements dans la région spinale, et ces élancements sont suivis d'une chaleur excessive et d'une céphalalgie intense; pendant ce temps le pouls bat comme un marteau. Les médecins russes n'emploient contre cette fièvre d'autre remède que le quinquina. »

Au surplus, la description de cette province de l'empire russe mérite toute votre attention, et je pense que vous me saurez gré de vous la lire :

« L'été est extrêmement remarquable. De la fju de mai au commencement de septembre, il ne tombe pas de pluie, et les orages sont très rares, ce qui est dû sans doute à l'égalité du sol. Dans un rayon de cinq cents milles autour de Perm et de Kasan, il n'y a pas une seule colline un peu élevée, et tout le territoire qui s'étend entre Kiew et l'Oural, c'est-à-dire un espace de cinq cents milles, forme une vaste plaine, à peiiie interrompue va et là par quelques lignes de coteaux. La fertilité extraordinaire de cette province, surtout dans le gouvernement de Kasan, provient des inondations du Volga, qui déborde chaque

année à certaines époques, aussi régulièrement que le Nil en Egypte, et convertit toute In contrées à plus de dix milles de son lit, en un lac immense. Ces inondations du Volga et de ses aMîients, la Witjatka, le Kama, le Kinel, Tlrgis, apportent aux pays riverains abondance et prospérité. A ce moment, vous pouvez vous donner le plaisir de traverser h pleines voiles les prairies et les champs de blé, dans de grands vaisseaux à deux mâts qui portent de six à dix canons; vous pouvez gagner ainsi les différentes villes du pays, qui sont toutes bâties sur des hauteurs. Lorsque les eaux se retirent, le sol abandonné par elles est couvert jusqu'à un yard de profondeur (914 millimètres) d'un limon fécondateur, dans lequel, une fois les chaleurs venues, tous les végétaux se développent aussi rapidement, aussi vigoureusement que dans une serre chaude. Malheureusement, il reste des marcs dans les basfonds; Te m y stagne pendant des mois entiers et s'y putréfie ; de là des fièvres malignes qui, aux mois de juillet et d'août, désolent ces contrées d'ailleurs si favorisées. Le gouvernement d'Ufa, en particulier, est ravagé à cette époque par une fièvre intermittente dont les accès nont lieu que tous les sept jours; néanmoins cette fièvre est si violente qu'elle tue presque tous ceux qu'elle atteint. >

Si ces renseignements sont exacts, et en vérité rien ne nous autorise à en douter, il nous faut admettre une nouvelle espèce de fièvre intermittente; il nous faut ajouter à la forme quotidienne, tierce et quarte, un nouveau type dont les paroxysmes ont lieu tous les sept jours (1).

En Irlande, nous vovons rarement les accès intermittents mettre en danger la vie des malades. Cependant j'ai observé un cas de ce genre. Il y a quelque temps j'étais mandé en toute hâte auprès d'un gentleman des enviroiïs de Donnybrook ; il avait bien dormi jusqu'à quatre heures

(I) La fièvre scptanc n*est point une nouvelle espèce d'inlermittcntes ; c'est une espèce rare, voilà tout. Elle aélc signalée par Uippocrale, par Rhodius. Roerhaave dit l'avoir observée lui-même, et Morjçagni, dans sa AO»^ lettre, rapporte en avoir vu un exemple chez un patricien de Bologne. H ajoute môme que, quoique ces fièvres (il parle de la quinte et de la seplane) succèdent presque toujours aux lièvres quartes, il ne faut pourtant pas les prendre pour des quartes, dont les intervalles sont devenus plus longs.

Hippocrate, Epiiem. lib. I, co.iiment. III, texte ir, tome IK de l'édition générale de Chartier.

Rhodius, Ob$crualionum mjdicinaUum cjn'u'iœ trou li o^5- 1^* Leipzig, 1G76.

FlkVRE INTERMITTENTE. /i69

du malin, et alors il avait été réveillé par un sentiment général de malaise : presque aussitôt il avait eu quelques frissonnements, des nausées, et il avait été pris de céphalalgie. Au bout d*nne heure, la peau était devenue très chaude, !a douleur de tôte avait augmenté, et le malade était tombé dans un assoupissement qui se changea bientôt en un coma parfait, avec insensibilité et ronflements sonores : en fait, on eût dit d'une violente attaque d'apoplexie. Ce gentleman parut être grandement soulagé par une saignée; et à ma grande surprise, il était parfartement bien lorsque je le revis dans la soirée. Mais le surlendemain, précisément à la même heure, apparaissaient les mêmes phénomènes; les mêmes moyens de traitement en triomphèrent encore. Je dois avouer, messieurs, que je ne m'expliquais pas du tout l'absence de symptômes cérébraux et paralytiques, après deux attaques d'apoplexie aussi sévères; mais un troisième accès vint m'éclairer, et me montrer que j'avais all'aire à la tertiana soporosa des nosologistes : je prévins le retour des paroxysmes par le sultate de quinine à hautes doses (1). J'ai maintenant à vous parler d'un marin qui nous est arrivé peu de

(1) Les Plèvres pernicieuses présentent le I lus communément le type tierce. C'est celui qui a été signalé par Hercalus, qui étudia le premier avec quelque soin les fièvres intermittentes pernicieuses; plus lard Torti confirma celte observation. Ilass a également insisté sur ce point, et au rapport de Coulanccau, c'est encore le type tierce qui dominait dans l'épidémie de Bordeaux de 1805. Lautter, dans l'épidémie de Luxembourg a observé le type double tierce. Cependant les fièvres pernicieuses peuvent aussi revêtir le type quotidien ; c'est môme celui qui serait le plus fréquent en Algérie, d'après M. Maillot. M. Cintrac dit avoir observé chez une dame de quatre-vingt-trois ans, une fièvre algide dont le type était en quelque sorte intermédiaire. Les accès revenaient au bout Je trente six heures. Malgré l'emploi du sulfate de quinine à hautes doses, le troisième accès fut mortel. 11 est bon de noter que cette périodicité de trente six heures est très favorable à l'opinion que professait Graves sur les avantages du nombre 12, employé comme unité de supputation.

Mercatus, De febrium essenltOy differcntiOf cutalione^ etc. Valladolid, 158G.

Torti, Therapeutice specialis ad febres periodicas perniciosas^ etc. Modène, 1709-

Hass, Dissert, de malignitale^ circa febres tcttiatias. Krlangen, 1786.

Laulter, Hist. med. biennalis movborum ruraliumqui^avertw tempore anni 1759 ad fine m hycmis 17G1, Lujcembw gi elinvicinis oppidis dominati sunl. Vienne, 1703.

Coutanccau, Notice sur les fièvres pernicieuses qui ont régné epidémiquement a Bordeaux en 1805. Paris, 1809.

Maillot, Traité des fièvres ou irritations ccrébro-spinates intennittcnteSy d'après les observations recueillies en France, en Corse et en Afiique, Paris, 1836.

Gintrac, Cours théorique et clinique de pathologie interne et de thérapie médicale Paris, 1853. (Note du Trad.)

temps après être débarqué. Ce garçon était mousse à bord d*an vaisseau qui revenait des Indes occidentales, et il avait éprouvé de grandes fatigues pendant la traversée. Il faut savoir que ces pauvres mousses sont en butte à toute espèce de mauvais traitements ; ils sont les souffre* douleur de tout l'équipage, et il est impossible de se faire une idée des privations qu'ils endurent. Aussi, lorsqu'un navire arrive dans un pays malsain, ces malheureux deviennent les premières victimes de la maladie régnante. Le garçon dont je vous parle n*échappa point au sort de ses pareils, et il fut pris de la fièvre jaune aussitôt après son arrivée aux Indes. Il guérit, mais il fut alors atteint d'une fièvre intermittente irrégulière qui dura fort longtemps ; quoiqu'il n'eût été soumis à aucun traitement, cette maladie disparut spontanément, le laissant profondément débilité et amaigri. Ce pauvre garçon dut néanmoins faire son service pendant la traversée, et il est arrivé à Dublin il y a trois semaines environ; il est faible, il est émacié, il porte sur sa figure l'empreinte de longues et pénibles souffrances; il présente cette teinte caractéristique de la peau, qui succède aux fièvres périodiques rebelles, et qu'on n'oublie jamais dès qu'on l'a vue une seule fois. 11 faut avoir soin de ne pas confondre cette coloration qu'on a appelée argileuse, avec celle de l'iclère léger. Chez notre marin, la teinte cachectique était mêlée d'une faible coloration ictérique, les matières fécales ne contenaient presque pas de bile, mais l'urine était chargée de la matière colorante biliaire. H n'y avait pas de fièvre, le pouls était régulier et un peu lent; le malade se plaignait d'une grande lassitude, il avait le ventre tuméfié. Ce gonflement ne dépendait pas de la présence d'un liquide dans le péritoine, il résultait du développement exagéré du l'oie et de la rate, de la congestion intestinale et de la tympanile.

Nous avions donc affaire ici à ce qu'on appelle vulgairement le gâteau fébrile {ague cakn), c'est-à-dire à cette congestion, à celte hypertrophie particulières du foie et de la rate, qui coïncident souvent avec les paroxysmes de l'interniittenle, et (|ui persistent quelquefois après la disparition des accès. Vous savez, messieurs, que pendant un accès de fièvre périodique, certains sujets se plaignent d'une douleur qui a son siège dans l'hypochondre droit, plus souvent encore dans le gauche; examinez alors le foie ou la rate, vous constaterez que ces organes ont augmenté de volume. Si vous prenez la peine d'étudier les expériences qui ont été faites pour élucider les fonctions de ces deux glandes, vous pourrez vous faire une idée exacte de la facilité avec laquelle elles peu-

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