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528 CLIINIQUË MÉDICAL1-.
» il résulte évidemment de ce tableau que les causes efTicieiites du choléra ont été moins nombreuses à Philadelphie que dans les trois autres villes, ou qu'elles ont été profondément modifiées, de manière à perdre une bonne partie de leur activité. Ce résultat, si favorable à la ville de Philadelphie, si important pour l'histoire hygiénique du choléra, doit nous rassurer, puisqu'il npus prouve que cette formidable maladie n'échappe pas complètement à notre empire ; il est donc intéressant de rechercher les causes de cette différence considérable dans rintensité de Tépidémic.
» Les conditions suivantes, qui se rencontrent précisément à Philadelphie, paraissent avoir une grande efficacité pour atténuer la violence de l'épidémie, pour la circonscrire et pour en diminuer la mortalité.
» I. La construction de la ville : elle présente de vastes squares séparés par des rues spacieuses et bien pavées; par conséquent il n'y a pas d'encombrement, l'aération est suffisante, et la propreté est facilement maintenue. Il est fort regrettable qu'on se soit écarté du plan primitif de Penn, dont la sagesse et la prévoyance ont été pleinement démontrées par la dernière épidémie.
»il. Une eau pure et abondante; ce qui assure à toute la population une boisson très saine, ce qui permet de maintenir les rues, les ruelles et les allées dans un état de propreté parfaite.
» III. Les ordonnances de la police sanitaire. L'exécution en était confiée aux conseils de la ville, aux commissaires des différents arrondissements, aux comités d'hygiène nommés par eux, et au conseil suprême de santé. Voici les principales mesures qui avaient été prescrites: rechercher toutes les causes d'insalubrité et les éloigner immédiatement; veiller exactement à la propreté de la ville; établir, sur différents points, des hôpitaux abondamment pourvus de médecins, d'infirmiers, et de tous les médicaments nécessaires pour le traitement du choléra ; publier les instructions des comités de santé pour faire connaître à chacun les meilleurs moyens de prévenir la maladie , ou d'en combattre les premiers symptômes.
w IV. Avant <iue l'épidémie eût éclaté à Philadelphie, la mission qu'on avait envoyée au Canada renseigna la population sur l'évolution des différentes périodes du choléra ; elle signala l'existence presque constante de signes prémonitoires, et en indiqua les caractères distinctifs. La commission de santé porta ces renseignements à la connaissance du public par le moyen des journaux ; elle fit en outre dis-
tribuer et aliidicr ces documents. Il en résulta qu'avant l'an ivée île la maladie, toute la population fut mise au courant de sa marche et de son traitement; elle en connut le mode d'invasion, elle en connut les symptômes initiaux ; elle sut aussi qu'on pouvait la combattre avec succès pendant cette première période, pourvu qu'on eût immédiatement recours aux conseils des médecins. Or, toutes ces précautions avaient été négligées à Québec, à Montréal et à Ne\v-\ork ; on s'était laissé surprendre par l'épidémie, bien loin de la prévenir, et lorsqu'on prit enfin des mesures analogues, le choléra sévissait dans toute sa violence.
» V. Les citoyens, pleins decontiance dans la sagesse du conseil de santé, dans la salubrité de leur ville, dans l'instruction des médecins, restèrent tranquilles et calmes, et ne s'abandonnèrent point à une terreur panique; cet état moral ne contribua pas peu à atténuer la sévérité de l'épidémie, et à diminuer le nombre des malades. On ne ferma point les magasins, et il n'y eut pas plus de départs pour la campagne (ju'il n'y en a habituellement chariue été. Un étranger qui serait entré dans notre ville, et (|ui aurait vu l'activité et la gaieté qui régnaient dans nos rues, n'aurait jamais soupçoiniéque nous étions sous le coup du plus terrible des fléaux.
)) VI. Le traitement de la période prodromique a prévenu dans une foule de cas le développement ultérieur de la maladie. Dans les cas légers, on ordonnait simplement la dièle, le repos, quelques médicaments, nnodins ou difl'usibles, parfois les laxatifs ou les catharti(|ues doux, avec des sinapismes et d'autres rubéfiants. On ne prescrivait guère les drastiques , et la médication stimulante fut rarement mise
en usage.
» Telles sont les circonstances qui me paraissent avoir prévenu dan^ notre ville les ravages de l'épidémie ; à ce titre, elles méritent la plus sérieuse attention, et elles doivent être la base des règlements de police sanitaire.
» Dans ses manifestations et dans sa marche, le choléra a été chez nous ce qu'ilavait été en Asie et en Europe. Il serait superflu de retracer ici le tableau de ^a synq)tomatologie; un fait cependant doit être signalé : tant cpie dura l'épidémie, bien peu de personnes furent complètement exenq)tes de troubles digestifs. Je resterai au-dessous de la vérité en avançant (pie les deux tiers de la population en lurent affectés; ces indispositions étaient entièrenient le fait de rinilueiicc epidéîni(jue. Il irnpurle également de noter (|ue dans !a majorilc' des cas de
choléra grave, il y a eu des symptômes prémonitoires dont la durée a varié de quelques heures à plusieurs jours. Lorsque ces symptômes manquaient, c'était soit chez des gens âgés, soit chez les individus intempérants, qui avaient commis de grands excès, ou dont la constitution était très affaiblie : presque toujours alors la maladie frappait mortellement.
» Le nombre des décès fut beaucoup plus grand dans les établissements publics que dans la pratique particulière : le tableau suivant fait connaître la proportion des cas de m.ort ; mais les résultats de la pratique privée ont été plus favorables encore que ces chiffres ne Tindiquent. Un grand nombre de médecins n*ont mentionné que les cas mortels ou très graves, et dans leur rapport au conseil de santé, ils ont omis les cas légers dont le traitement avait fait promptement justice. En conséquence, les chiffres de la mortalité, en ce qui concerne la clientèle particulière, sont un peu plus élevés dans ce tableau qu'ils ne Tont été réellement.
TABLEAU INDIQUANT LE RAPPORT DES DÉCÈS AUX MALADES DANS LA PRATIQUE PRIVEE