ET DANS LES ÉTABLISSEMENTS PI BLICS
Malades. Morts. Rapports.
Pratiqiie privée 1175 270 1 sur 4 7'.
Hôpitaux S7^ .342 1 sur 2 ^
Hospices 174 92 l sur i f!
Prisons d'Arch-slreel 86 ÛG 1 sur 1 7"
)) Si les renseignements fournis par les médecins au sujet de leur clientèle particulière eussent été complets, le rapport du premier groupe eût été tout autre ; on peut l'évaluer, selon toute probabilité, à 1 sur 70 ou 80, peut-être plus encore.
)) Dans les hôpitaux, les premiers cas ont été presque tous mortels. Ce fait s'explique par cette observation qui a été vérifiée partout : lors- (]ue le choléra arrive dans une localité, ce sont les sujets d'une mauvaise constitution qui en subissent les piemières atteintes. De plus, au début (le l'épidémie, les malades, ignorants du danger qu'ils couraient, négligeaient de se soigner, et refusaient d'entrer à l'hôpital jusqu'à ce qu'ils fussent tombés dans un état désespéré. Enfin, induits en erreur par les écrivains anglais et écossais, nous étions disposés à prodiguer aux malades l'air chaud et les bains de vapeur. Au bout de peu de temps, l'expérience nous démontra les détestables effets de cette méthode : sous l'influence de l'épuisenient rpramcnaientces transpii'alions profuses, les
CUOLÉKA. 5:5 1
Revenons maintenant, messieurs, sur quelques poinls de ce rapport. Il est très facile de concevoir, mfime avec la doctrine de l'importation, pourquoi le choléra s'est développé presque simultanément à Québec et à Montréal : c'est que ces deux villes sont le réceptacle de tous les émigrants anglais et étrangers; s'il a apparu presque aussitôt à New- York, c'est qu'il y a été importé directement d'Europe; et nous ne saurions partager la surprise du docteur Jackson en voyant toutes les villes maritimes situées entre Québec et New- York rester indemnes pendant plusieurs mois. Cette immunité est entièrement semblable à celle dont jouissaieiît les villes de Waterfbrd et de Wextbrd, et alors que le choléra exerçait depuis longtemps ses ravages à Dublin et à Cork : je vous ai lu tout au long le compte rendu de M. Jackson, parce qu'on le regarde comme très concluant contre la théorie de la contagion, tandis que, selon moi, il vient l'élayer sur de nouveaux faits (1).
Dans les Etats-Unis, le choléra se répandit à peu près partout, ainsi quon devait s'y attendre, en raison des communications fréquentes et rapides qui relient entre eux tous les États de l'Union ; mais, sauf dans les ports de mer très populeux, il ne fut pas très meurtrier. Il est étonnant de voir combien Philadelphie a peu soutfert en comparaison de Montréal, de Québec et de New- York; cette immunité relative doit être attribuée à ce que la population y est moins condensée, et à ce cjue les familles vivent plus isolées les unes des autres. En faisant cette observation, je n'entends point nier l'inlluence des causes prédisposantes,
(l) La question de la corUaa;ion du choléra a été si souvent agitée, qu'il serait f«>il inutile d'y revenir ici ; d'autant \)\\m que toutes ces discussions roulent constamment sur les mêmes arguments et aboutissent bien rarement à quelque conclusion délinitive. Je dois dire cependant que depuis les travaux de Pettenkofer sur l'influence du î?<j1 , depuis que Stiemer, généralisant les vues de Schœnbein, a tenté d'expliquer la projiagation du choléra par la diminution de fozono atmosphérique, la doctrine de la contagion a peidu beaucoup de prostlytes.
Pettenkofer, loc cU. — Stiemer, Die Choiera^ ihrc Aeiiology und Pathogcnese, etc. Konigsberg, 1858.
Voici l'indication de quelques travaux récents sur ce point d'étiologie :
Forlina, Élude sur la nalure probable du choiera asiatique, et sur son mode dr transmission^ thèse de Paris, 1857.
Pinkerlon, TheSpread of ChoUraby personal commuuicalion as seen m thc trimean tampaign {Edinb. med. Journ., 1858).
Ayres, On Ihe communicabilily of choiera \Thr Lanccl, isr>8).
Mullerund Brasche, /ur Behandlung der Choiera (liigaer Ddlriigc^ 1859).
Mac William, On Ihe principal épidémies of 1850 {BrUtsh med, Journ., 1859).
telles que hi pauvreté, la mauvaise nourriture et l'intempérance; il est certain que ces conditions fâcheuses se rencontraient à Pliilfidelpbie beaucoup moin^ que dans les autres villes. Mais si nous comparons avec l'Amérique les contrées de l'Europe et de l'Asie qui ont eu le plus à souffrir, nous ne pouvons découvrir entre elles d'autre difiërence constante que la séparation des familles; elle est beaucoup plus complète dans les États-Unis que dans aucun autre pays du monde, sauf l'Angleterre ; nous sommes donc autorisés à rapporter à cette différence l'immunité relative de la Grande-Bretagne et des États de l'Union, immunité d'autant plus surprenante, qu'il n'est certes pas de pays où les communications soient aussi nombreuses et aussi rapides. Je ne puis m'arréter davantage sur le choléra de l'Amérique du Nord, et je vous indique ici la date de son arrivée dans quelques villes :
Albany 3 juillet 1832.
Tro) 16 juillet.
New-Brunswick Juillet.
Rochester Juillet.
Ballimore Août.
Washington Août.
. Boston Août (1).
Le choléra n'a jamais atteint l'Amérique du Sud , ce qui s'explique aisément par la rareté et la longueur des communications qui unissaient ce continent au.\ contrées infectées ; c'est la même circonstance (|ui a protégé le cap de Bonne-Espérance et la Nouvelle-Hollande. C'est encore pour le même motif que l'Australie a échappé jusqu'en ces derniers temps à la rougeole, à la scarlatine et à la coqueluche, bien (|ue la colonie compte déjà cinquante années d'exislence. Aujourd'hui, grâce à la navigation à vapeur, les communications sont à la fois plus fré- (luentes et plus rapides, et la Nouvelle-Hollande a payé son tribut à toutes ces maladies.
Mais il est temps de revenir à l'Europe. En Portugal, le choléra paraît avoir été importé; c'est ce qui ressort du moins de l'article suivant du Médical Gazette (2) : « Le vapeur le Marchand de Londres mit à la voile, en Angleterre, pour Oporlo, le 25 décembre 1832; il arriva à l'embouchure du Douro le 1" janvier 1833, après avoir i>erda pendant la traversée sept personnes, qui avaient été atteintes du cho-
i5 qui UL
lêra. Les troupes, sous le commandement du gé quèrent aussitôt à Foz, à 2 milles à l'ouest d'O médecin de cette ville nous apprend que le cho et à Oporto avant le 15 janvier; et nous savoi ensuite gagné Coïmbre au midi, et \*igo au non;
Un de mes anciens élèves, M. Lardner, aujou tingué, a publié un travail très inléressant sur en Portugal (l). M. f.ardner est un anticontagioni rapporte me semblent plaider très élo(|uemmen gion. Ecoutez entre autres celui-ci : « Lisbonn cboléra que longtemps après Aveiro; malgré C( doivent se trouver ici en défaut, puisque pend existé de communication par eau entre Oporto ( ries de San-Miguel ne laissaient pas entrer un Tage, et les vaisseaux de dona Maria étaient m delà du port. «Messieurs, l'épidémie employa si par terre d'Oporto à Lisbonne ; nul doute qu' dernière ville beaucoup plus tôt, si les conimuni été libres : rappelez -vous avec quelle rapidité el à l'autre en Amérique.
Il est un fait bien remar(|uable, et qui doit dans la discussion : ie choléra n a jamais aj.po} qu'il se fût écoulé le temps matériellement nécessoi
|., r , . > paf/s infecté. D* Ml) autre côté, il serait facile d'éti
• . T laquelle il se propafje varie selon la rapiditt'' des
^ i: , des ports de l'Anglelerre, il franchit en quelc
j'i ■ ,. 3000 milles 2) à travers rAtlanti(|uc*, d fond
^ I (ju'il (emploie six mois à se traîner péniblenieiit
>n l'-ilr-i parce qu'il n'existe plus de relations entre ces dt
Nous son)mes donc amenés à ces deux concl
I. -., , n'a pas dans sa niarciie une vilcvsse constante; le clivit^rw *
^^, |- , toutes les direclions pos>il)les, au nord, au sud.
^^ /,.,./, dent, et déjouant tout autre calcul, il n'est .ntlu
^, j ^ . .^ scmenls que i>ar les iirandes voies dos connu un le ...:,. , 1 Jamais le choJJMa n'L'^t arrivé dans les iles
... 1,, T iamais il n'a sévi dans la Guvane an-;lais(', ni
n'a frappé des plaines siiuées à reMd)oucliur.'
TAmérique du Sud, l'Amazone^ rOrénoquc ou la Plata; et cependant ces terrains immenses^ constamnient inondés pnr les eaux, le climat lui-même, paraissaient devoir être très favorables à son déve* loppement.
Au mois de septembre 18S5, l'épidémie avait à peu près cessé ses ravages dans le midi de la France; elle se dirigea alors du sud-est, sur le littoral de la Méditerranée. Bravant toutes les mesures qu'on avait prises contre elle, elle entra en Piémont, et sévit avec plus ou moins de violence h Nice, à Coni, à Livourne, à Gênes et à Florence (1). On ne nous dit rien ici sur les dates précises de l'arrivée du choléra dans ces différentes villes; mais elles ont sans doute été atteintes dans Tordre de leurs distances respectives de la France. Le royaume de Naples n'a été envahi que plus lard ; selon toute probabilité, la capitale a été prise au mois de septembre 1836. Dans cette ville, le choléra atteignit son maximum le 22 novembre 1836 ; à Alger, ce fut le 16 octobre i8S7 ; à Bone, ce fut en septembre de la même année.
Pour nous faire une idée exacte de la marche de la maladie, nous devons tenir compte de ses détours et de ses apparitions secondaires ; nous verrons ainsi qu'elle est souvent revenue sur ses pas.
Au mois de septembre 1837, la ville de Marseille fut attaquée pour la troisième fois; à la môme époque, le choléra reparaissait à Berlin, à Prague et à Dantzig. Bemarquez, messieurs, qu'il entra à Naples un an avant d'arriver à Borne (août 1837) ; car Naples a des relations commerciales très étendues avec Marseille. Au nord de l'Italie, la maladie marchait vers le sud, en s'éloignant de la France; au sud de la presqu'île, elle se dirigeait vers le nord, en s'éloignant de Naples.
Depuis 1838 nous avions cessé d'entendre parler du choléra en Europe ; les journaux de médecine en signalaient de temps en temps un ou deux cas isolés, qui n'étaient probablement que des choléras anglais à forme grave (2). Mais, vers la {\n del8/i7, la maladie asia-
(1) The Lancet, 18:5A-l«3ô, p. 782. (L'Auteur.)
(2) Graves parle ici de ce choléra européen, déjà décrit par Arétée, et qui reçut en France, lorsqu'il y parut en 1528, le nom significatif de colique trousse-galant. Kn 1568, Forestus l'observa à Alkmaërt et à Delft. I^azare Rivière rapporte qu'il apparut à Nîmes en 1645; mais l'épidémie la plus célèbre est celle qui régna à Londres de 1069 à 1072. De là sans doute le nom de choléra anglais que lui donne l'auteur. On <ait que celte épidémie a été décrite par Sydcnham. «Ce mal se connaît aisément, dit-il, par des vomissements énormes et par une déjerlion d'humeurs corrompues, qui se fait par les selles avec beaucoup de peine ni de difficultés. Il est accompagné de \iolenlPs douleurs d'piitrailles, d'im ^ronflement et «l'une lonsion du ventre ; d • cardial-
tique apparaissait dans les provinces orientales de la Russie; néanmoins, grâce à des mesures rigoureuses, elle ne s*est pas propagée à l'occident. Je dois maintenant vous retracer en peu de mots Torigine et Ut marche de Tépidcmie qui nous visite aujourd'hui.
« Au commencement de 1862, le choléra se montre dans le nord de Tempire Birman, et passant au sud, il plonge dans la désolation Ava et Ameerapoora. En quittant ces villes, il se dirige vers Rangoon, suit le cours de Tlrrawaddy et de ses affluents, attaquant principalement les cités et les villages riverains, Poursuivant sa course au midi, il apparaît au mois d'août dans la ville birmane de Marlaban, qui est située a la jonction de trois grandes rivières, la Salween, TAtlaran et la Gyne, et qui se trouve en tace de l'établissement anfçlais deMoulmein. Le mois suivant, il éclate à iMoulmein, et règne avec plus ou moins de violence jusqu'au mois de juin 1863 ; alors il disparait, et pendant les deux années suivantes on n'en signale plus que quelques cas isolés. Peu après son arrivée à Moulmein, il va attaquer plus au midi les bords de la Salvveen et les rivages de la mer, et envahit, au mois de novembre, Tavoy, la seconde ville de l'empire Birman. C'est une grande cité située à 150 milles (1) au sud de Moulmein, sur le bord d'un torrent peu profond, encombré des rochers qu'il arrache aux montagnes voisines. Le choléra s'y montre dans toute sa fureur pendant trois ou quatre mois, puis il disparaît peu à peu. Quelque temps après son entrée à
gie, de soif; d'un pouls fréquent, avec chaleur et anxiété, et assez souvent d'un pouls petit et inégal; de cruelles nausées et quelquefois de sueurs colliquativcs ; de contractions dans les bras et dans les jambes, de défaillances, de froid des exlréniilés, cl d'autres semblables symptômes qui épouvantent exlrèmemenl les assistants, et tuent souvent le malade en vingt-quatre heures, a Combien est plus saisissante la description d'Arétée, surtout dans le passage suivant: « Accedunt nervorum distensiones, crurum » brachiorumque musculi conlrahuntur, digiti incurvantur, vertigo fit et singultus ; » frigus oboritur, extremœ pracserlim parte» algent, totumque corpus inhorrescit. » — Depuis l'époque de Sydenliam, le choléra européen a reparu plusieurs fois (on trouver.", l'indication des principales épidémies dans le traité d'Ozanam), et il a été l'objet d'un grand nombre de travaux; mais à partir de 1825, le choléra indien a complélement détourné l'attention des observateurs.
Arétée, Decausis et iignis acutorum et diutunwrum morborum Uhri (pialuor : De cnralione^ etc., lib. II, c. v. Vienne, 1700.
Korestus, in Obscrvationum et curalionum mediciiialium lihro «lecimo oclavo : De stomanhi et ventricuU affeclibus. Francfort, 16G0.
Rivière, Cmturiœ medicœ. Lyon, IGBîi.
Sydenham, Médecine pratique y traduite par Jault. Paris, ISH.').
Ozanam, Maladies cpidéniiqurs^ 2'" édit. Paris, is:?."). (Note du Trad. i
il) 2'i0 kilomèln-s.
Tavoy, il ravage les villages d*aIentour, et continuant à marcher au sud, il entre au rtioîs de janvier 1843 dans Mergui. Cette ville, la troisième de la province, est Mtie sur une petite île entourée par les deux bras du Tenasserim, au moment où il se jette dans le golfe du hcngale; elle est à 150 milles au midi de Tavoy (1). »
Pendant les deux années qui suivent, le choléra continue à sévir dans les provinces indiennes, et au commencement de 18'i5. il ravage les rives de Tlndus et l'Afghanistan ; de là il envahit la Perse, la Tartarie, THindostan et le pachalik de Bagdad. Au mois de mai 1K46, il attaque avec une épouvantable violence la ville de Tél>éran ; pendant plusieurs semaines, il tue 300 piipsonnes par jour, et réduit la population de la villcà20 000ùmes.
De T;»héran il s'élance dans deux directions, au sud-ouest vers Ispahan, Scbiraz et Bagdad, au nord-ouest vers Talbreez. En octobre, il fîût quelques viclimes ù Saliam et à Lankeram, villes frontières de la Russie au delà du Caucase. Au midi, il suit le cours du Tigre, et en décembre il vient décimer la Mecque, oh Von suppofie qiiilfst apporté par les pèlerins de Bagdad. Dans les premiers jours de 1847. il éclate, à l'ouest du Caucase, dans les rangs de l'armée russe, qui combat contre les Circassiens. Au milieu de mai, il ravage Tiflis et Astrakhan, à Tembouchure du Volga, et atteint là, vers la fin de juillet, son maximum (le violence. A la môme époque, il frappe de ses coups meurtriers les villes de Kars et de Kutaïs, sises à l'occident d'Erivan et de Tiflis, et tous les villages environnants. Au mois d'août, il éclate à Batoum sur la cùte orientale de la mer Noire, puis, retournant au sud, il entre à Erzeroum et à Trébizonde le 9 septenibre.
Quel(|ue temps auparavant, l'épulémie était arrivée à Taganrog, à K<.rtch, à Mariopol, et avait ravagé d'autres villes situées sur la mer d'Azot", près de l'emboucimre du Don. A ce moment le choléra se dirige V(M*s le nord, et envahit les provinces intérieures de Cliarcow et de Kiew. Ici encore les mesures les plus énergiques sont impuissantes à arrêter et même à ralentir la marche du fléau.
Les rapports olVicieis de la Russie nous apprennent qu'au milieu de septembre, ii envahit le centre de l'enipire par deux voies distinctes : l'une au nonl, suivant le cours du Volga, passe à Saratoff, àTantholf, à Kasan, à Toula et à Moscou; l'autre, [)arlant desccMes septentrionales delà merNoire, remonte le Don, le Dnieper et leurs non)breux affluents.
(I) lieseanlies, elr., l»y E. A. Parkcs, M. I)., IS'i7,i). lôH. (I/Aiteir.)
La direction générale de répidémie était donc nord-ouest, et l'on remarqua qu'elle suivait presque identiquement la même route qu'en 1831. Dans les derniers jours de septembre, le choléra apparaît h Moscou, et en même temps à Odessa et à Pérécop, sur les côtes nord • ouest de la mer Noire; il abandonne alors à peu près complètement Taganrog, Mariopol et les rives orientales. Au mois d'octobre, il sévit dans seize gouvernements de l'empire russe, sans parler de la Géorgie, du Caucase, et du territoire des Cosaques de la mer Noire. A la même époque, on apprend qu'il ravage de nouveau les parties septentrionales de la Perso, Tabreez, Khoï, etc. , et (ju'il décime encore une fois la ville de Bagdad.
« Dans la seconde semaine de novembre, la Gazette de Saint -P( ter sboxng nous fait savoir que le choléra s'est avancé à l'ouest jusqu'à la ville d'Alexandroiï, dans le gouvernement de Kherson, et jusqu'au districk d'Olgapol dans laPodalie, à 30 milles (1) de la frontière autrichienne. Au nord, il passe de Moscou à Novgororl, dans la direction de la capitale, et marchant presque directement à l'ouest, il arrive Il Dwinaborg, à une très petite distance de Higa, à ^0 niilles du territoire prussien. Une lettre do Vienne du 20 novembre annonce qu'il y a eu quel«ïuos cas dans le canton de Tarnapol en Gallicie. »
J'ai extrait tous ces détails d'un mémoire publié par le docteur Gavin Milroy (de Londres) ; il contient un excellent résumé de l'histoire du choléra épidémique.
Les renseignements qui suivent sont tirés du nussûm choiera Gazptte (lu 29 janvier 18^S. C'est le docteur Thielmann qui parle : '( Pendant le mois de décembre, la rigueur de la température arrêta si bien la marche du choléra asiatique, qu'on put croire à son extinction complète. Il avait entièrement disparu dans les provinces (jui bordent la mer Caspienne, et à l'exception deMoscou, deMohilew etdeWitepsk, toutes les gi'aiides villes de l'empire en r'taient délivrées. Là où ell(» existait encore, la nialadie était tellement atténuée, rju'elle paraissait srrle point de s'éleintlre sur ])l:i('e.
n Des lettres de Conslanlinople du 1" janvier aimoncent la disparition graduelle du choléra. Il (St exclusivement limit(i à l'arsenal, et sur l'io individus qu'il a IVappis, 58 seulement sont morts. Des nouvelles de Fiagdad du 7 dérxMubre annoncent (|ur l'épidémie a presijue entièrement abnndonné Kerkoula et Suleymaiiia. Des lettres de Mossul,
538 CUNIQUE HÊPIGALE.
en date du 12 décembre, nous apprennent que le choléra a quitté la ville après.y avoir tué 300 personnes; et parla voie d'AIep, au 18 dii même mois, nous savons qu'il a apparu h Beregil^, sur les rivet da TEupbrate, et qu'il y a causé dix à quinze décès par jour. »
Hais c*est ici, comme dans la première épidémie, un feu qui couvait sous la cendre, et Tincendie allait bientôt se rallumer de toutes pari» : un rapport officiel du commencement de juin 1848 nous apprend qu*il n'y avait pas eu moins de 300 OOU malades, et que 100 000^ avaient péri ; le rapport du nombre des malades au chiffre de la population avait été le même qu'en 1831-1832. Du reste, le choléra se comporta exactement comme la première fois ; contenu par le froid, il renaissait au printemps et continuait ses ravages. H s'était déclaré à Nijni-Novgorod et à Moscou. Dans la première de ces villes, il y avait eu 22 malades et 12 morts du 17 au 2U avril; à Moscou, du 8 au 12 mai, la maladie atteignait 12 personnes et en tuait 5.
Avant de terminer notre conférence, je veux vous dire quelques mois du traitement de cette maladie contagieuse. Lorsque le choléra régnait à Dublin, au printemps de 1832, on l'attaquait par la saignée lorsqu'il y avait des spasmes violents; on faisait vomir au moyen de l'ipécaciianha et de la moutarde ; on faisait des applications chaudes à l'extérieur, on faisait prendre des excitants, mais, par-dessus tout, on donnait le calomel à hautes doses, soit seul, soit uni à l'opium. Je n'ai pas besoin de vous dire que le traitement par les mercuriaux nous arrivait sanctionné par les plus hautes autorités ; la pratique des médecins de l'Inde lui avait donné un grand crédit, mais je dois avouer (ju'entre nos mains il n'a eu qu'une bien faible elficacité. J'ai le droit (l'attaquer ici ce mode de traitement, car je l'ai essayé moi-môme, je l'ai vu expérimenté de toutes les façons, et il a presque constamment échoué.
Vers le milieu de l'été, l'épidémie se mit à sévir très sévèrement sur une classe qui était restée jusqu'alors à l'abri de ses attaques; beaucoup de personnes d'une position élevée furent atteintes, et je trouvai dans ma clientèle de nombreuses occasions de me familiariser avec la maladie, au point de vue pratique. Dans certaines circonstances, j'étais appelé avant le stade de coUapsus, les symptômes du choléra proprement dit venaient à peine d'apparaître, le danger était éloigné, et il restait encore quelques chances favorables à l'intervention de la thérapeutique. J'employais alors le calomel et toute la série des médicainents usités en pareil cas, mais sans aucun bénéfice, et bien t\oî^ ma-
lades auxquels je tenais beaucoup périrent misérablement, en dépit de tous mes efforts, me laissant désolé de leur perte, et honteux de mon impuissance. Je résolus de ne plus accorder aucune confiance au caloinel, et de ne plus employer un traitement qui m'avait causé tant de déceptions ; mais en môme temps je me demandais avec anxiété ce que je mettrais à la place,. à quel agent de la matière médicale j'aurais recours, puisqu'ils avaient été presque tous mis en usage sans le moindre succès.
Pendant que j'étais dans cette perplexité, je fus mandé avec feu le docteur Hunt auprès d'un malade atteint d'une diarrhée rebelle, qui avait résisté à tous les traitements. Je m'avisai d'administrer l'ac^étate de plomb et l'opium à hautes doses, et à ma grande satisfaction la diarrhée disparut. Déjà avant cette époque, un éminent praticien de Manchester, non moins recommandable par ses vertus que par ses talents, le docteur Bardsley, m'avait écrit pour appeler mon attention sur l'efficacité de l'acélate de plomb contre les diarrhées qui surviennent dans le décours des lièvres de longue durée, c'esl-à-dire dans ces llux intestinaux qui précèdent et îiccompagnent l'inflammation des glandes de l'intestin grêle. Depuis lors, j'avais eu mainte occasion, à l'hôpital de sir Patrick Dim, de vérifier la justesse des vues de M. Banlsley. J'avais vu des malades affaiblis et prostrés présenter, dans le cours d'une fièvre à longues périodes, des symptômes de con- , gestion intestinale bientôt suivis d'une diarrhée, que beaucoup de personnes pensaient devoir aboutir à l'ulcération des glandes de Peyer, et j'avais constaté que, dans les cas de ce genre, l'acétate de plomb était le seul agent etricace. J'avais observé en outre que, contrairement à l'opinion générale, on pouvait l'administrer à hautes doses en toute sécurité. Vous savez que le docteur Bardsley lui-même a montré que les en((iHits en tolèrent l'acilement des quantités assez grandes; et il l'a donné aux adultes à la dose de 20 et 30 grains par jour (1«',20 et i^''',80) sans aucune espèce d'inconvénient.
Fort de ces précédents, je pris la résolution d'essayer l'acétate de plomb dans le premier cas de choléra qui me paraîtrait offrir quelque chance favorable. Parfois, en ellet, celte maladie frappe tout d'abord avec une si effroyable malignité, que le malade est perdu dès l'instant (|u'il est atteint. On caractère foudroyant n'est, du reste, pas spécial au choléra ; on l'observe dans le typhus, dans la scarlatine, dans le croup, dans la rougeole et dans riiydrocéphalie; toutes ces maladies sont susceptibles de revêtir eertaines fornies contre lesquelles nous voyons
échouer nos efforts les mieux dirigés. Dans quelques cas, au contraire, le choléra ne frappe pas à mort du premier coup, il n\iltaque pas tout d'abord avec son inexorable violence, et il accorde au moins le temps nécessaire pour faire intervenir les agents thérapeutiques. C'est ici que l'acétate de plomb présente quelque chance de succès ; c'est dans les faits de ce genre que vous pouvez en constater l'efficacité, et non pas dans les cas qui sont infailliblement mortels ab iniiio.
Avant de passer outre, je dois vous dire ce qui avait amené à donner le catomel dans le choléra : c'était l'absence complète de bile dans les selles. Immédiatement après l'invasion de la maladie, les matières alvuies devenaient blanches et ne présentaient plus la moindre teinte bilieuse; les médecins, exclusivement frappés de ce symptôme, fort remarquable en effet, en étaient venus à croire que le salut des malades «'*talt lié au rétablissement de la sécrétion hépatique. Mais il saute aux yeux (|ue l'absence de bile dans les selles n'est pas plus la cause du choléra que le défaut d'urée dans les reins ou la diminution du sérum dans le sang. Si l'on envisage la maladie à ce point de vue, il sera tout aussi raisonnable de donner un diuréticjue pour exciter la sécrétion rénale que d'administrer du calomel pour produire un flux biliaire. Si le foie cesse de sécréter, co n'est pas seulement en raison de la perturbation vitale que lui fait éprouver la cause prochaine du choléra, quelle qu'elle soit d'ailleurs; c'est surtout par suite d'un trouble purement mécanique, savoir, la diminution de l'afflux sanguin.
H peut paraître étrange au premier abord que la (juanlilé de sang en circulation dans le foie soit sujette à varier, puis(iue le nombre des vaisseaux afférents et efférenls est constamment le même. Je ne puis entrer pour le moment dans tous les détails de cette question, mais il est partailement prouvé cjuc l'état des capillaires modifie grandement la circulation du sang dans un organe. Et par exemple, l'aftlux sanguin qui se fait vers une glande varie avec les conditions particulières dans lesquelles se trouve la glande; il est plus grand pendant la période de sécrétion que pendant l'état de repos (1). Dans le choléra, les vaisseaux
(1) Les expériences remarquables de M. Claude Bernard ont démontré la justesse de celle assertion : elles nous ont appris que pendant la période d'aclivilé de la glande sous-niaxillaire, la circulation est tellement rapide, que le sang soit rouge parités veines afférentes, tandis qu'il roule beaucoup plus lenlejncnt dans b période d'maction de l'organe; alors aussi il sort noir par les veines, o Pour donner une idée de celte différence, dit l'illustre pro^es^eur du collège de France, il suffira de rapporter que, dan? un cas on l'on a mesuré le sang qui sortait par la veine glandulaire, on a trouv.'*
capillaires du tube digcstit', de l'eslomac au rectum, déploient toute leur activité pour s'emparer du sérum de toute la masse du sang, et le verser dans le canal intestinal (1); par conséquent, le système circula-
pcndant le repos de la glande, lorsque le sang coulait noir, qu'il fallait soixante quinze secondes pour en obtenir 5 cciilimètres cubes ; tandis que, lorsque le nerf lympanicolingual agissait, et que le sang sortait rouge, sous Tintluence de la galvanisation de ce nerf, il ne fallait plus que quinze secondes pour obtenir la môme quantité de sang : ce qui montre que la circulation, dans ce dernier cas, était quatre fois plus rapide que dans le premier. » M. Cl. Bernard a montré en outre que ces conditions mécaniques de la circulation capillaire dans la glande sont déterminées par le nerf tympanico-lingual et par le grand sympathique, dont l'action est précisément inverse : le premier dilate les vaisseaux, le second les conîracte et les rétrécit. A l'état physiologique, l'expulsion de la salive par la glande coïncide avec l'activité du nerf tympanico-lingual, et le repos de cette môme glande avec l'activité du grand sympathique.
Cl. Bernard, De V influence de deux ordres de nerfs qui déterminent les variations de couleur du sang veineux dans les organes glandulaires {Comptes rendus de iWcad. des sciencesy 1858;. (Note du Trad.)
(I) Traduite dans la langue physiologique actuelle, cette |>cnscc pourrait, je crois, être exprimée ainsi : Sous l'influence de la perturbation profonde des fonctions du grand sympathique, les petits vaisseaux du grand intestin sont frappés d'une dilatation paralytique; de là la Iranssudation du sérum à travers leurs parois. C'est sur ce dernier point que je veux aj)peler l'attention. Jusqu'ici on a admis qu'il se fait dans le choléra une véritalilc Iranssudatiun de la partie séreuse du sang, de sorte que les liquides trouvés dans l'intestin, ceux qui sont évacués par les selles, ne seraient autre chose que du sérum. Quelques analyses de Hermann, de Le Canu, de Lassaigne, semblaient justifier celte manière de voir. Mais, en 1850, Zimmermann a repris cette question, et il a fait des expériences plus nombreuses, je dirai niémc beaucoup plus probantes que toutes celles qui avaient été pratiquées avant lui. Il a analysé les déjections d'un grand nombre de cholériques, et il a successivement comparé ces résultats à ceux qu'il obtenait en analysant soit d'autres liquides organiques qu'on attribue ordinairement à la transsuilation (hydrocèle, par exemple), soit du pus séreux, soit du sérum normal, soit le sérum même des cholériques. Je ne puis donner ici tous les détails de ces expériences, mais je veux du moins transcrire deux analyses qui [)ermettent de comparer la coMiposiliun des liquides intestinaux avec celle du sérum du sang, dans le choiera.
Scrum che: un cholérique.
M.ilcriaux '•nlidcs M.iticrcs o: ganique.»;. SiibsUioccs niinCt aie'.
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