VINGT-NEUVIÈME LEÇON
La grippe épidémique a un autre mode de propagation que le choléra. — Elle ne dépend pas uniquement des variations de température. — Les influences telluriques en sont probablement la cause principale.— Épidémies d'influenza au xviii*^ et au xix* siècle.
Les symptômes de la maladie ne sont pas les mêmes chez tous les individus. — Mortalité causée par la grippe à Dublin en 1837 et en J847. — Différences des épidémies de 1834, 1837 et 1847. — Nature et symptômes de l'influenza. — Observations. — Rapport du docteur Grecn sur les lésions anatomiques de cette maladie. — Traitement.
Messieurs,
Déjà dans nos deux dernières séances, je vous ai dit quelques mots de l'influenza, et j*ai appelé votre attention sur quelques-uns des principaux caractères qui différencient, au point de vue de la propagation, les maladies épidémiques de celles qui doivent leur généralisation à la contagion. Je vous ai dit que les maladies contagieuses sont plus lentes dans leurs progrès, qu'elles attaquent successivement différents groupes d'individus, et qu'elles montrent parfois une prédilection marquée pour certaines classes de la société. Au contraire, lorsqu'une maladie épidémique, telle que la grippe, prend naissance, elle fait sentir pres(|ue en même temps son influence sur tous les hommes, et dans Tespace de (juelques semaines, elle rayon ne sur toute l'étendue d'une contrée. Telles ont été les épidémies de \hUl et de 1837; telle a été l'influeir^a de 1782, qui, partie de l'Orient, a laissé des traces de son passage dans
liNFLliEiNZA. 5U1
cependant une marche très irrégulière dans son voyage à travers le Portugal, l'Espagne et Tltalie ; nous avons constaté enfin que lorsqu'il envahissait un État, il apparaissait d'abord sur la frontière, pour gagner ensuite les grandes villes de l'inlérieur. 11 n'en est plus de même de la grippe ; il est probable qu'elle suit une route fixe et déterminée, et qu'elle n'est point influencée par les circonstances physiques qui relardent, accélèrent ou arrêtent la marche du choléra asiatique ; il est certain tout au moins qu'elle présente moins de variations dans son développement. Le choléra a mis des années pour passer de THindoslan dans la Grande-Bretagne; mais une fois arrivé parmi nous, il franchit l'Atlantique d'un seul bond. Jusqu'ici la route de la grippe n'a pas été nettement tracée; d'après les rapports qui nous sont arrivés en 1837, cette maladie paraît s'être propagée au même moment dans les directions les plus opposées: elle sévit dans la ville du Cap au mois de janvier, c'est-à-dire au milieu de l'été, et se montre à Londres pendant le même mois, c'est-à-dire au milieu de l'hiver; deux mois auparavant elle avait ravagé la Nouvelle-Hollande et tous nos antipodes. En 1867, elle suivit une marche tout aussi vagabonde.
Il est bien évident que l'influenza ne dépend pas uniquement des changements de température, car nous avons eu maintes fois des saisons trèt variables, sans voir survenir d'épidémie de ce genre. En outre, on sait que la grippe parcourt les climats les plus divers, en restant constamment et partout identique avec elle-même. On ne saurait admettre que la température, que les conditions barométriques et hygrométriques soient les mêmes ici qu'en Espagne, en France, en Allemagne ou en Suède; et cependant, dans toutes ces contrées, l'influenza a présenté une uniformité de caractère, une identité de type qui prouvent d'une façon incontestable ([n'elle est une seule et même maladie. On ne peut soutenir qu'elle est favorisée par l'abaissement de la température : car, en 1762, elle sV-st développée dans le mois de juin, et en 1782 elle a sévi pendant les mois de mai et de juin; au cap de Bonne-Esp«^ranre, elle s'est montrée, connue je vous l'ai dit, au milieu de l'été. En 1837, elle a fait de rapides progrès dans notre ville, et pourtant la saison était d'une douceur et d'une sérénité f>eu ordinaires. A Londres, beaucoup de médt'cins, faute d'étudier l'épidémie dans son ensemble, ont cru pouvoir l'attribuera la cessation des froids, et à cet étal particulier de l'atmosphère i\u\ accompagne un dégel général. Il n'en était rien : l'influenza n'est point modiliée par les dispositions topographiques, elle ne suit ni les côtes, ni le cours des grands fleuves; elle n'atta(^ue
pas les coiilrées marécageuses plutôt que les pays secs et élevés. Elle ne dépend pas davantage de l'a prédominance de certains vents: les observations météorologiques nous apprennent, en effet, qu*ou a vu régner ces vents, alors qu'il n'y avait aucune épidémie ; et nous savons également que la grippe marche souvent contre le vent. Les vues que je soutiens ont déjà été défendues par feu le docteur Holland ; écoutez ce qu'il dit à là page iSU de ses MedictU Notes and Réflexions :
u II est vrai que quelques auteurs, se conformant en cela à lopiniou générale, ont attribué ces épidémies aux variations de f atmosphère, et à l'influence qu'exercent sur l'organisme humain les saisons irrégulières. Il faut reconnaître que les saisons pendant lesquelles ont régné ces épidémies ont été quelquefois remarquables par leurs anomalies ; de plus, dans le catarrhe commun qui résulte de perturbations atmosphériques bien évidentes, nous rencontrons plusieurs symptômes, qui rappellent les manifestations de la grippe dans ses formes atténuées et passagères. Mais il y a bien certainement ici quelque chose de plus que cette relation de causalité apparente. L'influenza se montre dauh toutes les saisons, pendant les chaleurs de l'été aussi bien que durant les rigueurs de l'hiver; elle traverse le monde, et, poursuivant sa marche pendant des mois entiers, elle suit quelquefois une direction déterminée ; elle envahit à des époques distinctes deux localités immédiatement voisines, et présente dans chacune d'elles une sévtv rite différente ; elle séjourne dans le même lieu pendant des semaines et des mois, sans être modifiée par les variations atmosphériques; elle sévit sur la population d'une cité, et les habitants de la ville voisine restent complètement indemnes. Or, une maladie qui présente un tel ensemble de caractères ne peut pas être rapportée à ces vicissitudes atmosphériques bien connues, qoi constituent ce (pje nous appelons le temps (1). »
(I) De nouvelles recherches sonl nécessaires sur ce point, car depuis les travaux (le Schœnbein sur l'ozone, il importe d'étudier de très près l'état ozononiétrique de l'atmosphère en temps d'épidémie. Dans sa relation de la grippe épidémique de Gènes en 1858, le docteur Granara a eu soin de tenir compte de cet élément, dans ses expériences sur la constitution de l'atmosphère, et il est arrivé à des résultats qui ne manquent pas d'intérêt. A la fm de décembre 1857, la proportion d'ozone était à peu près normale; au commencement de janvier 1858, elle faiblit notîiblement, et elle atteignit son minimum au moment où l'influenza févit avec le plus de violence. A partir du I*"^ février, les conditions thermo-électriques et hygrométriques de l'atmosphère furent inodiilées, et il y eut une élévation subite de 7 degrés dans les indications ozonomc-
Il est probable; messieurs, que la grippe dépend avant tout de Tinfluence tellurique, et qu'elle reconnaît pour cause quelque perturbation dans les agents physiques qui modifient la surface extérieure de notre planète; mais dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons faire ici que des conjectures, sous peine de nous perdre dans des investigations purement spéculatives. Quelle est la fréquence de ces perturbations, quelles sont les lois auxquelles elles obéissent, voilà ce que nous ignorons complètement. 11 y a eu dans le xviu® siècle plusieurs épidémies de grippe sur lesquelles nous possédons des données exactes; en voici les dates : 470S, 1712, 1728, 1733. 1763, 1758, 1762, 1767, 1775,1782. 1788, 1789. Dans le siècle actuel nous avons été déjà visités cinq fois par l'influenza ? en 1803,1831, 1833,1837 et 1867. Cette liste est aussi complète que le permettent nos annales médicales, mais il n'est pas certain qu'elle renferme l'indication de toutes les épidémies qui ont eu lieu depuis cent quarante-sept années. Si nous supposons ce tableau parfaitement exact, il nous niontre que la grippe revient en moyenne tous les dix ans (1).
Les médecins qui font des calculs de ce genre doivent, avant tout, prendre garde de confondre l'influenza, maladie qui envahit en peu de temps toutes les contrées du globe, sans acception de climat ni de saison, avec les affections catarrhales qui se montrent presque toutes
triques; alors la grippe disparut, elle fut remplacée par des pneumonies nombreuses. — Peut-être n'est-ce là qu'une simple coïncidence ; mais en tout cas on n'est point encore autorisé à nier complélemenl l'influence de ralmosphère sur le développement de la grippe épidémique.
D'un autre côté, il n'est pas inutile de rappeler que le docteur Fauconnet attribue la j^rippe qui règne presque tous les hivers à Lyon, aux grands niouvcmcnls do terrain qui ont eu Hou dans celte ville depuis quelques années. D'après lui, ces fouilles, pratiquées dans un sol riche en débris végétaux et animaux, donnent lieu à des miasmes, qui sont la cause déterminante de la maladie. Que l'un son^e maintenant à la grippe légère qui s'est développée parmi nous à la fin de cet hiver (IHOl); que Ton licniio compte des travaux considérables qui sont exécutés dans l'cnreinle de Paris, et l'on pourra faire, si je ne me trompp, nn rapprorhement intéressant de ces deux ordres de faits parallèles.
Granara, Délia grippa dominante in Genova nel gennajo \H')H (Annali uniiersali^ 1858).
Fauconnet, Notes sur les causes de la grippe, étudiée comme endémie propre à la ville de Lyon {Gaz. med. de Lyon, IH5S). — ('(imparez Schaller, De la grippe ou catarrhe paludéen (Gaz. viéd. de Strasbourg, 18ô8). (Note du Trad.)
(l) L'hisloire des épidémies de grippe a été faite avec le plus grand soin par Ozanam, qui a décrit la maladie sous le nom plus médical et plus vrai de fièvre catarrhalc. {Luc. cit., I.) (Note du Trad.)
les années dans les climats tempérés. La grippe ne provient pas de l'action du froid, ou, comme on le dit vulgairement, d'un coup de froid ; j'ai vérifié ce fait à plusieurs reprises : les personnes qui prennent le plus de précautions, ,qui sont toujours chaudement vêtues» et qui ne s'exposent jamais à l'intempérie des saisons, sont saisies par la maladie aussi prompteroent que le laboureur à moitié nu, qui subit journellement tous les accidents de notre climat éminemment variable. Je dois ajouter cependant que dans beaucoup de cas, le saisissement causé par le froid hâte le développement de la grippe, ou en augmente l'intensité lorsqu'elle existe déjà.
J'ai également observé que Tinfluenza attaque rarement les indi* vidus qui sont déjà atteints d'une maladie aiguë; mais à l'époque de la convalescence, leur immunité cesse, et ils rentrent sous la loi commune. On voit (les malades sous le coup du typhus échapper a la grippe aussi longtemps que dure leur fièvre ; mais souvent, le jour même où l'on voit apparaître les premiers signes de convalescence, ils sont touchés par l'épidémie. C'est là, vous le concevez, une circonstance très malheureuse : un pauvre patient a lutté à grand'peine contre le typhus pendant dix-sept, dix-neuf ou vingt et un jours, et il est pris d une nouvelle maladie qui le replace dans une situation pleine de dangers.
L'influenza, vous avez pu le constater vous-mêmes, ne présente pas toujours la même sévérité, et ne se traduit pas chez tous les malades par des manifestations identiques. Il en est ici comme dans les autres épidémies : l'âge et la constitution des individus, les conditions dans lesquelles rinfliience morbide vient les saisir, modifient grandement la manière d'être de la maladie; chacun est impressionné à sa façon, et l'on observe toutes les nuances, depuis le simple coryza ou le catarrhe qui n'exige aucun traitement, jusqu'à la fièvre calarrhale de la pire espèce. Beaucoup de personnes seraient regardées comme atteintes d'un simple refroidissement, si la fréquence de ces indispositions, jointe à <l'aulres circonstances, ne venait révéler la véritable nature de la maladie. La même chose a été observée à l'époque du choléra ; les troubles intestinaux étaient extrêmement communs, mais ils présentaient la plus grande variété dans leurs caractères et dans leur modalité.
La grippe n'est point aussi grave ni aussi rapidement fatale que le choléra, mais elle entrahie une mortalité plus considérable, parce (ju'elle aftecte indifféremment toutes les classes de la société, tandis que les ravages de la inniadio asiatique sont relativement plus limités. Aussi,
bien que la proportion des décès sur un nombre donné de malades soit plus élevée dans le choléra, la mortalité pour une population prise en bloc est beaucoup plus grande dans l'intluenza. A Dublin, il est très dirficile d'obtenir des renseignements statistiques exacts sur la mortalité comparative de différentes époques, parce qu'où n*établit pas un registre général des décès. Le meilleur moyen d'approcher de la vérite, c'est de se baser sur le nombre des inhumations qui ont lieu dans les deux principaux cimetières de la ville, à Glasnevin et à Harold'scross. Ce dernier venait seulement d'être ouvert, lorsque la grippe arriva en Irlande en 1837; le premier m'a fourni les chiffres suivants, qui indiquent le nombre des enterrements pendant les mois de janvier et de février 1837, et pendant les mois correspondants de l'année précédente :
Décembre 1835 355 Décembre 1836 413
Janvier 1836 392 Janvier 1837 821
Février — 362 Février — 537
Mari — 392 Mars — 477
Total pour quatre mois.. . . 1501 2248
Augmentation pendant l'épidémie 747
Pour ce seul cimetière il y a eu plus de sept cents décès causés par la grippe; admettant maintenant qu'il y en a eu trois fois autant dans les autres cimetières de la ville et des faubourgs, nous sommes autorisés à conclure que dans la seule cité de Dublin, l'épidémie de 1837 a fait périr environ ^000 personnes; et encore, je ne fais pas entrer en Vv^ne de compte un grand nombre d'individus qui, après avoir eu la grip])e, ont succombé à diverses maladies dont elle avait favorisé le développement. A Paris, celte épidémie ne fut pas moins meurtrière; d'après un relevé publié par la /ievue médicale^ la moyenne quotidienne de la mortalité pendant les quinze premiers jours de février s'est élevée à 110 ; c'est plus que le double du chiffre ordinaire. Cette estimation ne comprend que les i\écès à domicile ; ceux des hôpitaux n'en font pas partie. 18000 personnes meurent annuellement à Paris dans leurs propres demeures; c'est donc une moyenne d'environ 50 par jour; or, pendant la première quinzaine de février, cette proportion s'est élevée de 58 a 152 A .
(1) runlradictiou siii^înlière avpc le <liiffre de 1 In qui a èU: donné quelques lignes plus haut. NoleduTRAD.)
552 CUNIQUE MÉDICALE.
J'ai oblenu du ciraetière Glasnevin, pour Tépidémie de 1847, les inéroes renseignements que pour celle de 1837 ; les voici :
1846. Novembre 571 1847. Novembre 697
— Décembre! 867 — Décembre 1141
1847. Janvier .756 1848. Janvier.. 912
— Février 700 — - Février 786
Total pour quatre mois 2894 3536
Augmentation pendant Tépidémie 642
Dans ce total ne sont pas compris les individus qui ont succombé dans les salles des fiévreux, et dans le Norlh-Union workhouse; il y en a eu 215 dans le seul mois de décembre \Si\S (1) : bon nombre d*entre eux avaient peut-être été tués par la grippe; mais en les laissant de côté, nous sommes plus près de la vérité, parce que nous ne mettons pas sur le compte de l'influenza Taccroissement de mortalité qui était le fait du typhus épidémique d'alors.
Je dois ces détails à la bienveillance de Mathias J, O'Kelly esq.,le secrétaire actuel deTadministration du cimetière. Voici maintenant d'autres données qui me viennent du cimetière du Mount-Jerome, Harold*s*cross; on y enterre très peu de personnes pauvres :
1847. Novembre 66
— Décembre 124
1848. Janvier 104
— Février 72
Novembre
Décembre
Janvier ,
Février ,
Total pour quatre mois.... 332 366
Augmentation pendant l'épidémie 34
La grippe de 1837 fut très meurtrière pour les individus qui étaient atteints de bronchite chronique ou d'asthme, et j'avoue que ce fait me surprit étrangement. J'avais pensé tout d'abord que ces malades, habitués à des accès périodiques de dyspnée et de toux, seraient plus que d'autres en état de résister à la maladie, et qu'ils continueraient à jouir de cette vitalité persistante, qui est le propre des sujets asthmatiques. Les femmes âgées furent aussi très maltraitées par l'épidémie ; quelques-unes cependant guérirent après avoir été fort sérieusement atteintes. J'ai donné des soins avec M. Maurice Collis au vénérable juge Day, le contemporain de Goldsmith ; ce vieillard, à l'âge de quatrevingt-treize ans, eut assez de force pour résistera une très violente atta-
TNFLUENZA. 55S
que. Deux hommes qui avaient combattu à la bataille deBunkerVliill, survécurent également à une grippe très sévère; mais en général la maladie était mortelle pour les individus avancés en âge ; elle n'était pas moins funeste pour les sujets atteints d*une affection cardiaque, et cela sans distinction d'âge ; les jeunes gens succombaient comme les autres. Je l'ai trouvée tout aussi dangereuse chez les individus dont le thorax était déformé, soit par une incurvation de l'épine, soit par toute autre cause ; même gravité encore pour les personnes âgées qui souffraient de la toux sénile; en' un mot, dans tous les cas où la grippe frappait des sujets dont les poumons étaient irrités ou affaiblis, le danger élaitconsidérable.L'expériencea prouvéaussi que,lorsque Tinfluenza laissait après elle une toux persistante et rebelle, chez un sujet scrofuleux, elle conduisait très aisément à la phthisie tuberculeuse. De toutes les familles que je connais à Dublin, deux seulement échappèrent complètement à l'influence épidémique : l'une d'elles, qui demeurait dans Pill-lane, au centre de la ville, comptait onze enfants ; l'autre se composait de cinq dames avancées en âge qui habitaient un de nos quartiers les plus fashionables,
L'influenza de 18/4? présenta à peu de chose près les mômes allures; cependant la prostration des forces vitales était plus profonde qu'en 1837, tandis que les phénomènes fébriles étaient moins accusés. Aussi ai-je observé alors que la mort survenait avec les signes de la paralysio des poumons : c'est ainsi que se manifestait l'influence dépressive de l'épidémie.
Permettez-moi, messieurs, de m'écarter ici quelquepeu de n.on sujet; il ne sera pas inutile de vous faire part d'une observation qui m'est suggérée par quelques cas de grippe, dans lesquels les symptômes pulmonaires étaient très graves. C'est une erreur fréquente en pathologie que de confondre les cflets avec les causes; lorsque la cause d'une maladie nous est inconnue, nous concentrons noire attention sur l'un des symptômes les plus importants, et nous le regardons comme l'origine et le point de départ de tous les autres. Mais il est complètement illogique de dire qu'un symptôme est la cause d'un autre, ou de prétendre que l'anlériorilé suffit pour assigner à un phénomène morbide le rang de phénomène générateur. Dans une de nos précédentes leçons je vous ai déjà signalé cette erreur à propos de la scarlatine : on a dit en effet, on a répété (jue l'hydropisie scarlatineuse dépend de l'inflammaliou antérieure de la peau ou du tissu sous-cutané; on a expliqué aussi (le la même façon la desquamation épidermique. Or, je vous ai
cité des &it$ et des arguments qui montrent que cette opinion e$i entièrement erronée, puisque Thydropisie et la desquamation se produisent dans des cas où i} n*y a pas eu d'éruption, et où il est iropoisible de découvrir la plus légère trace d'une phlegmasie de la peau ou des tissus subjacents.
Lorsqu'un individu, après s'être exposé au froid, prend une pneu^ monie ou une bronchite, puis une anasarque, on dit généralement que l'anasarque provient de la lésion du poumon, et que l'effusion du sérum a pour cause efficiente la gène de la circulation pulmonaire ; cette interprétation est également appliquée à l'hydropisie consécutive aux lésions du cœur. Eh bien ! je tiens cette théorie pour imparfaite et insuffisante. Dans une foule de cas, la grippe est accompagnée d'une congestion intense des poumons, et par conséquent Taération du sang est incomplète ; et cependant dans ces circonstances je n'ai jamais vu survenir l'hydropisie. Si cette complication était réellement sous la dépendance de la lésion puhnonaire, elle aurait dû se montrer au moins dans quelques cas; or, j ai vu des individus atteints de grippe, souffrir pendant des semaines entières d'une orlhopnée excessive et d'accidents graves du côté des poumons, et pourtant ils n'avaient pas le moindre signe d'anasarque ou dWème. Une seule fois, c'était chez un vieux gentleman de Rathniines, j'ai vu les pieds et les jambes deve» nir le siège d'une enflure considérable; mais j'ai attribué cet accident à un S(\jour prolongé dans un fauteuil ; ce malade en effet ne pouvait supporter la position horizontale. J'en suis donc arrivé à penser, et cette conviction est absolue chez moi, que l'hydropisie qui survient dans le cours d'une affection pulmonaire n'en est point la conséquence directe et immédiate; à mes yeux, l'hydropisie et la lésion des poumons sont deux manifestations différentes d'une même cause morbide, quin impressionné simultanément tout l'ensemble de l'organisme (1).
(1) Il est bien certain qu'on regarde souvent comme des symptômes secondaires, (les accidents qui sont tout simplement une manifestation symptomatique directe de la maladie. L'histoire du rhumatisme en est une preuve convaincante; comme dans la majorité des cas, jes piiénomènes cardiaques succèdent aux déterminations articulaires, on en est arrivé à chercher entre ces deux ordres de faits un rapport de causalité, et l'on a cru devoir se mettre en quête d'explications, elles n'ont pas manqué : les uns ont invoqué la similitude des tissus, les autres ont eu recours à une métastase hypothétique; il en est enfin qui ont mis en avant la continuité des tissus par le moyen des séreuses artérielles et veineuses : tout cela était fort superflu. Des notions plus exactes sur la maladie auraient mis à l'abri de toutes ces hypothèses : les accidents cardiaques sont des symptrtmes de la maladie qui a nom rhumatisme, aussi bien que les accidents arti-
< )n a vu dans les résultats de la thérapeutique une justification de Terreur que je combats, et Ton a dit que les moyens propres à diminuer la congestion pulmonaire agissent aussi très efficacement contre l'hyliropisie; maison oublie ici une vérité élémentaire : si deux symptômes dépendent d'une même cause, rien n'est plus naturel que de les voir disparaître tous deux sous TinHuence de la médication dirigée contre un seul. Ce principe de pathologie générale trouve son application dans une foule d'autres circonstances, et je le regarde comme ayant une importance capitale.
f.a grippe de 1837 a diiïéré.sous beaucoup de rapports de celle qui avait régné trois ans auparavant. En 1833 et en 183Zi, la maladie n'a pas été à beaucoup près aussi meurtrière qu'en 1837 etep 18/i7. On voyait bien alors comme aujourd'hui une irritation considérable de la muqueuse trachéo-bronchiciue, mais on n'observait pas les bronchites et les pneumonies graves que nous rencontrons actuellement. L'épidémie de 1833 déploya sa plus grande violence à Dublin, dans les mois de mars et avril; elle débutait tout à coup par de l'accélération du pouls, de la chaleur à la peau, de l'abattement, de la prostration et des sueurs excessives; il y avait en outre de la toux, du coryza et quelqueibis des vomissements; l'un des symptômes les plus remarquables était une céphalalgie extrêmement pénible. Toutes choses égajes d'ailleurs, la débilité des malades était plus grande qu'en 1837, et les émissions sanguines étaient moins bien supportées; mais c'est la mortalité qui constitue entre ces deux épidémies le caractère distinctif le plus important.
La grippe de 1834 emportait très rapidement certains malades, au milieu de symptômes cérébraux; quelquefois aussi elle devenait mortelle par suite de la dyspnée et de l'insuffisance de l'hématose; mais les sujets qui avaient résisté pendant la première semaine succom-
culaires ; ils sont moins friquents, voilà tout. Voici un fait que j'ai observé cette année : Tne dame de quarante-quatre ans, très bien réglée encore, est prise, au milieu d'une santé parfaite, d'une endocardite subaigué. Au bout de dix jours, les phénomènes j^énéraux s'amendent, la convalescence s'établit, mais un bruit de souffle rude qui persiste au premier temps et à la pointe, indique que la valvule mitrale a été définitivement touchée. Cinq jours plus lard, sauf l'existence du bruit anormal, la guérison était complète, et je cherchais vainement à me rendre compte du développement spontané de • ette endocardite, lorsque des douleurs articulaires dans les coudes, les poignets et les g^enoux, vinrent m'éclairer sur la véritable signification des phénomènes cardiaques que j'avais observés d'abord. J'avais eu affaire à un rhumatisme subaigu, dans lequel l'ordre habituel des déterminations avait été renversé. (Note du Trad /i
baient très rarement, et ils ne conservaient pas après la guérison cette toux violente et rebelle, qui tourmenta si fort les convalescents dans les épidémies subséquentes. En somme, Tinfluenza de 183^ était plus aiguë, elle frappait plus vivement le système nerveux, mais elle avait beaucoup moins de tendance à devenir chronique.
La science médicale gagnerait ))eaucoup à posséder une histoire exacte et concise de chaque épidémie, au point de vue de la forme, des symptômes, des phénomènes pathologiques et du trnitement. Ces annales seraient pour nos descendants un guide précieux ; ce serait un phare qui éclairerait à leurs yeux Vhistoire des siècles passés : alors les médecins seraient à même de comparer les épidémies de leur époque à celles des temps antérieurs, et ils arriveraient certainement ainsi à une connaissance plus exacte et plus complète de la nature et du génie des maladies épidémiques.
Pour moi, je suis convaincu que bien des épidémies curieuses passent sans être signalées, ou qu'elles sont confondues avec d'autres maladies dont elles se rapprochent quelque peu. Je crois avoir observé certaines formes de scarlatine, de rougeole, de variole et de t^iphus qui n'ont pas été l'objet d'une mention spéciale, alors même qu'elles régnaient épidémiquement. Si l'on ne laissait pas dans l'observation de pareilles lacunes, si l'on notait avec soin l'ordre de succession des différentes épidémies, la postérité serait en mesure de reconnaître s'il existe un cycle épidémique; elle pourrait rechercher si les maladies, après s'être montrées sous des formes distinctes, qui se sont succédé suivant un certain ordre, ne recommencent pas au bout de quelques années à parcourir le môme cercle. Cette supposition n'a rien d'étrange, si nous admettons que les épidémies sont influencées par les agents lelluriques ou électriques, puisque ces agents, comme on le sait aujourd'hui, sont soumis eux-mêmes à une loi de périodicité. Une fois en possession de ces données, il nous serait facile d'établir dans tous les pays civilisés une espèce d'observatoire, pour suivre le cours des épidémies.
Pour nous faire une idée nette des caractères de la grippe, nous devons avant tout étudier les symptômes généraux qu'elle présente; nous nous occuperons ensuite des phénomènes purement lo(;aux. Quelquefois, et c'est ce qui avait lieu dans la dernière épidémie, il n'y a que peu ou pas de fièvre; et quoique le mouvement tébrile fût un des traits les plus remarquables de l'influenza de 1837, on peut dire que la fièvre n'est point un élément essentiel de la maladie», même dans les cas les
plus graves. J*ai vu des individus succomber, quoiqu'ils if eussent jamais eu de fièvre bien nettement caractérisée.
Je me souviens encore de deux malades qui souRraient depuis dix jours déjà d'une orthopnce considérable, de sorte que, haletants et manquant d'air, ils étaient obligés de rester nuit et jour assis sur leur lit; eli bien! ils avaient la peau fraîche, le pouls souple et d'une fréquence presque normale ; la langue était chargée, mais elle avait conservé son humidité. Cependant l'absence de mouvement fébrile au moins dans les cas graves, était en 1837 un fait exceptionnel ; -mais chez les malades légèrement atteints, la fièvre était à peine appréciable, ou elle manquait complètement ; c est ce qui eut lieu chez moimême et chez quelques-uns de mes amis : nous avions du coryza, de l'enrouement, de la toux, un peu d'irritation pulmonaire, mais nous n'avions pas le plus léger mouvement fébrile. Primitivement, j'avais cru que la fièvre constituait un élément indispensable de la maladie, mais'les faits dont je viens de vous entretenir m'ont convaincu qu'il n'en est pas ainsi, et cette dernière opinion a été pleinement justifiée par les épidémies ultérieures.
Lorsi(ue la fièvre survenait, elle était caractérisée par les symptômes ordinaires de la pyrexie : sensation de froid surtout dans la région lombaire, pas de frissons violents, douleurs fugaces dans les membres et dans les articulations, céphalalgie, le plus souvent frontale. On observait dès le début de l'agitation, de la jaclitation et une insomnie plus ou moins complète. Les nausées, la perte de Tappétit, la tendance à la diarrhée étaient aussi des symptômes très communs; la peau était chaude et sèche; dans quelques cas cependant, elle était humectée de sueurs; mais cxîs sueurs étaient partielles et irrégulières, et elles ne duraient que quel(]ues heures. Le pouls était accéléré et assez plein, quelquefois il était dur et vibrant. Ces phénomènes présentaient des exacerbalions et des rényssions ; ils persistaient très rarement au même degré pendant plus de douze heures. Au bout de quelque temps, pour peu ([uc la maladie fût violente, la langue devenait saburralc, et se chargeait d'un enduit épais; l'anorexie était absolue et la soif ardente.
Dans les cas graves, les symptômes les plus saillants étaient la toux, la respiration difficile et siftlante, l'agitation et l'insomnie. En général, Tappélit était presque complètement perdu ; cependant je l'ai vu persister d'une manière remaniuable pendant plusieurs jours; quant à l'insomnie et à la jaclitation, elles duraient aussi longtemps que la maladie elle-même. Gardez-vous de croire, messieurs, que ces derniers
phénomènes tussent uniquement sous la dépendance de la douleur ou de la fië\Te, car la céphalalgie n'était pas toujours très pénible, et le mouvement fébrile était loin d'avoir, dans tous les cas, la violence qu'on eût pu supposer. Le défaut de sommeil provenait d'une perturbation dans la vitalité du système nerveux; cette perturbation était indépendante de la fièvre, car je Tni maintes fois observée chez des sujets dont le mouvement fébrile était à peine marqué ; lorsque la fièvre venait s'ajouter à ce trouble spécial, ces deux éléments réagissaient l'un sur l'autre, et s'aggravaient mutuellement. Chez les malades qui avaient de la fièvre, la peau était chaude et sèche , cettç sécheresse alternait parfois avec des transpirations qui n^amenaient aucun soulagement, et qui n'abaissaient pas la température de la surface cutanéa Dans d'autres cas beaucoup plus rares, la peau était chaude, mais elle était baignée de sueurs pendant toute la durée de la maladie.
Le pouls conserve rarement des caractères identiques dans le cours d'une grippe : vous le trouverez d'abord rapide et dur ; six heures plus tard, il sera rapide et mou; puis, après six ou huit heures de plus, il sera revenu à une fréquence presque normale; mais le lendemain vous le retrouverez vif et saccadé. Ces changements coïncident avec des modifications dans la température et dans la sécheresse de la peau. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que vers la fin de la maladie le pouls devient quelquefois plein, fort et vibrant, et cela ôhez des individus qui souffrent depuis des semaines entières.
Il y a quelque temps, je donnais des soins, avec feu le docteur Colles, à un gentleman de Caslle-street ; il était âgé de soixante ans, un peu pléthorique, et il était sujet pondant l'hiver à des accès de dyspnée et de toux. Ce genllcman avait été pris de grippe avec fièvre considérable; plus la maladie avançriil, plus le pouls devenait plein et fort, de sorte qu'on jugea à propos de faire une saignée; elle amena un certain soulagement ; le san-; était couermeu^t , le caillot rétracté. Ce n'est pas seulement dans l'influenza fébrile (jne j'ai observé ce phénomène, je l'ai également rencontré chez des malades qui n'avaient pas de fièvre : tel était un homme que je voyais dans Dame-street : il avait une toux fatigante, de la gène de la respiration, et de l'oppression, mais la fièvre était nulle; le sang extrait de la veine présentait les nîômes caractères que dans le cas précédent. Il en fut encore ainsi chez un malade de Dominick-slreet que je fis saigner dans les mêmes circonstances.
Je reviens à mon malade de Castle-streel, parce (jue chez lui le pouls
T?iFHJtNZA. 559
avait des caractères fort singuliers. Il était très variable quant à sa t'orce; parfois dur et résistant, il était à d'autres moments mou et dépressible. Si, voyant le malade le matin, vous aviez cherché vos indications dans l'état du pouls, vous auriez été tentés de prescrire des stimulants ; mais dans les premières heures de la soirée, vous auriez déclaré la saignée indispensable. La situation de cet homme était désespérée; il éprouvait des douleurs vives, une dyspnée considérable, il n'avait plus la force d'évacuer les mucosités visqueuses qui obstruaient ses bronches, et néanmoins le pouls restait fort et résistant. M. Colles, dont j'appelai Tatlention sur ce fait, me déclara que s'il avait examiné le pouls, sans voir le malade oa sans connaître ses antécédents, il n'aurait pu se défendre de pratiquer immédiatement une saignée. Je vous ai déjà parlédecet état du pouls qui dépend de l'irritation du système nerveux, bien plutôt que d'un état inflammatoire général ; je crois donc inutile d'insister plus longtemps sur ce fait; j'ajoute seulement que dans l'influenza, plus que dans toute autre maladie, le pouls est un critérium très infidèle pour l'opportunité de la saignée. Chez quelques malades, elle ét^it très utile, quoique les battements artériels fussent tout h fait normaux ; chez d'autres, elle était très mal tolérée, bien que le pouls fût dur et vibrant. Les indications fournies par l'état ilu sang n'étaient pas plus certaines, car chez ceux-là mêmes qu'une saignée modérée faisait tomber dans une prostration rapide, le caillot était couenneux et rétracté.
M De toutes les questions auxquelles peut donner lieu le traitement de la grippe, dit le docteur Holland, il n'en est pas de plus délicate que celle delà médication antiphlogistique. La saignée tient ici le premier rang et elle est pour tous les praticiens un sujet d'hésitations et de doutes. On ne peut donner ici de règle absolue; mais en tenant compte de tous les éléments du problème, on arrive à poser en principe que les omissions sanguine^ générales ne doivent pas faire partie du traitement ordinaire de la maladie. La prédominance de la forme adynamique, la légèreté réelle des symptômes inflammatoires opposée à leur gravité apparente, l'impuissance de la saignée pour calmer celte toux douloureuse et pénible qui semble tout particulièrement en réclamer l'emploi, les fréquents succès d'une médication tout opposée, tout cela révèle dans la grippe un caractère particulier auquel nous devons subordonner toutes les questions de pratique. Quel que soit le siège exact ou la cause de l'irritation, il est certain qu'elle présente très
fai,t, les mêmes raisons qui nous t'ont proscrire les émissions sanguines du traitement de la coqueluche, sont entièrement îipplicables à la toux et à l'irritation de Tintluenza. La force et la fréquence du pouls ne sont point en rapport avec ces symptômes inflammatoires, et nous ne trouvons pas là non plus l'indication de la saignée; d'un autre côté, la dyspnée, qui semblerait justifier l'emploi de ce moyen, augmente
plus souvent après l'évacuation sanguine, par suite de la diminution des forces vitales et de l'accumulation des liquides dans les canaui bronchiques : il y a donc encore là une contre-indication formelle. »
II faut que je vous parle maintenant d'un fait très remarqua'ble que j'ai observé tout récemment. J'avais été mandé auprès d'une dame déjà avancée en âge, mais d'une bonne constitution ; elle était atteinte d'une grippe à forme commune, avec toux et dyspnée considérable. Au bout de huit ou neuf jours, les accidents commençaient à s'amender, la malade se levait et paraissait être en pleine convalescence. Cependant conm)e elle toussait encore un peu , et que l'irritation bronchique n'avait pas entièrement disparu, on lui avait interdit la viande, mais on lui avait permis de manger un peu de morue fraîche. Après le (liner, la toux était devenue plus fatigante, et cette dame avait eu recours pour se soulager à une vieille potion rancie, contenant de la scille et de l'ipécacuanha. Pendant la nuit elle était prise d'une véritable indigestion, et après quelques nausées elle rejetait ses aliments ; les vomissements persistèrent avec de la diarrhée et des coliques, jusqu'à ma visite du lendemain. Trois jours après, les médicaments que j'avais prescrits avaient apaisé la diarrhée, mais il y avait encore des nausées et parfois quelques vomissements. Le lendemain le dévoiement est définitivement arrêté, mais les vomissements durent encore. N'ayant pu réussir à les combattre par les moyens ordinaires, j'examine la malade le jour suivant avec une scrupuleuse attention, et je découvre une hernie étranglée. Le pouls avait à peine dépassé sa fréquence normale. Le soir même, M. Cusack opérait cette hernie avec son habileté ordinaire, ^t tous les accidents qui dépendaient de l'étranglement disparaissaient. Mais presque aussitôt cette dame était reprise de symptômes pulmonaires, avec hypersécrétion bronchique, et elle ne survécût que quelques jours à cette rechute.
C'est là, messieurs, un fait fort instructif, en raison du concours de circonstances qui pouvaient induire en erreur; le vomissement ayant été accompagné pendant un jour ou deux d'une diarrhée assez abon ♦ dante, l'idée d'une hernie ne devait même pas se présenter à l'esprit.
Jl est clair qu*ici iiiidigeslion a exagéré les mouvemenls de l'intestin, et que cette activité anomale a conduit à Vétranglement. Jusqu'à un certain moment, les accidents dépendirent uniquement àe Tindigestion, puis survint l'occlusion intestinale; cette complication ne pouvait ctre que bfen difficilement reconnue, puisque les vomissements, qui en constituent le signe le plus important, existaient auparavant.
Lorsque la diarrhée survient dans la grippe, c'est le plus souvent au début de la maladie, et il n'est pas rare de voir succéder à cet état une constipation plus ou moins opiniâtre. Aussi, lorsque vous avez réussi à arrêter la diarrhée avec la mixture de craie (1) et l'opium, vous êtes quelquefois obligés de prescrire journellement des laxatifs et des lavements, .pour obtenir quelques évacuations. J'ai même observé des cas dans lesquels cette constipation secondaire a exigé l'emploi des purgatifs énergiques, et des injections intestinales au moyen de la seringue de Read.
Dans l'influenza, ainsi que dans beaucoup d'autres maladies fébriles, les poumons sont grandement affectés ; le nez et la gorge sont pris d'abord, puis le larynx et la trachée, et enfin les dernières ramitications des bronches sont atteintes à leur tour. Vous retrouverez ces manifestations se succédant dans le même ordre dans quelques autres maladies, ainsi dans le catarrhe commun, la bronchite et la rougeole. Chez la plupart des individus affectés de grippe , les fosses nasales et la gorge sont tout d'abord intéressées, puis Tinflammation gagne de proche en proche, jusqu'à ce qu'elle occupe la plus grande partie ou la totalité des voies aériennes. La marche de cette phlegmasie est excessivement rapide ; au bout de vingt-quatre heures, quelquefois même au bout de douze heures, les poumons sont pris.
(I) Mixture de traie.
If r.rDie pré()arce J/2 once ^^ 10 grammes.
Sucre 3 gros = 12
Mixlurc de gomme arabique. 1 once l/2nuide — iiO
Eau de cannelle 18 onces iluides =: 'i'J2
Mêlez.
Mixture de yammc arabique.
Ifà Comme arabi([ue pulvérisée. . 10 onces = 320
Eau bouillante l pinle ^— 'iHO
Broyez la gomme arabiiiuc avec l'eau versée l'CU à i^eu sur elle, cl knlcû-la dissoudre.
[Pharmacopée de Londres.) (Note tlu TiiAU.)
562 CLLMQUË MÉDICALE.
11 y a néanmoins des différences considérables dans rextensionde cette inflammation. Chez beaucoup de personnes, elle reste limitée aui fosses nasales et à la gorge, il y a du coryza, de Tenrouement et une petite toux. Chez d'autres, la trachée est atteinte, et la toux est déjà plus fréquente et plus pénible, mais en général la fièvre manque complètement. Le malade mange et boit à son ordinaire, il va à ses affaires et dort bien pendant la nuit
Telle est la marche de la maladie lorsque l'inflammation est limitée à la partie supérieure des voies aériennes ; descend-elle plus bas et envahit-elle les premières divisions des bronches, alors on voit survenir un peu de dyspnée et d'oppression, la toux devient plus fatigante, l'appétit s'en va, les digestions sont moins bonnes ; néanmoins les malades continuent à se lever, quoiqu'ils dorment fort mal et qu'ils mangent très peu, mais ils se plaignent sans cesse d'être mal à leur aise.
Lorsque enfin les petites bronches sont intéressées, la poitrine devient douloureuse, la dyspnée est considérable, la toux incessante ; en même temps, l'appétit se perd complètement, la céphalalgie est très intense, le sommeil est impossible, le séjour au lit ou à la chambre est indispensable. Si cet état de choses persiste pendant quelque temps, les poumons deviennent le siège d'un œdème plus ou moins considérable, ce qui aggrave encore la dyspnée et la toux. Vous percevez alors au moyen du stéthoscope des râles humides disséminés dans différents points de la poitrine ; ces râles indiquent la présence de l'infiltration séreuse. Les bronches capillaires et les cellules aériennes sont congés* tionnées et remplies de mucus ; le sang ne pouvant traverser librement le poumon, est imparfaitement hématose; la sécrétion et l'absorption pulmonaires sont troublées; de là pour les capillaires du poumon un état de congestion permanente, qui permet l'exsudation de la partie fluide du sang dans le parenchyme de l'organe, et c'est là ce qu'on appelle l'infiltration séreuse (1).
(1) Cette infiltration séreuse, consécutive à la congestion pulmonaire, n'est pas signalée d'une manière spéciale dans les travaux français sur la bronchite, et pourtant on ne peut refuser à celte lésion une grande importance, surtout au point de vue des signes stéthoscopiques. Le professeur Barlels, dans sa relation de la rougeole épidémique qui a régné à Kiel en 186()« a parfaitement décrit celte transsudation de sérosité dans le tissu pulmonaire congestionné, et il en conçoit le mécanisme de la même façon que notre auteur : « Aussitôt que les alvéoles en collapsus sont privés d*air, la pression qu'ils exerçaient sur les parois des capillaires cesse et ces vaisseaux s'agrandissent. Celte condition suffit à elle seule pour produire l'hypérémie des porUdnl de poumon
INPLUfcMZA. 563
Tel est encore renchaînement des phénomènes dans la bronchite, et surtout dans la bronchite du typhus; nuiis il est très rare dans les cas de ce genre de voir survenir la véritable hépatisation. Dans Thépatisation, les capillaires donnent issue, non pas à du sérum, mais à de la lymphe plastique qui, agglutinant les cellules pulmonaires, forme avec elles une masse dense et solide. Or, l'inflammation franche du tissu du poumon est très rare dans la grippe et dans la bronchite. Vous pouvez observer un engorgement généralisé, et partant très dangereux : mais si vous examinez le poumon après la mort, vous ne trouvez pas une véritable solidification ; vous verrez l'organe surnager sur l'eau, et recouvrer sa perméabilité, si vous faites écouler par la pression le liquide infiltré. Ce fait général comporte cependant quelques exceptions; dans l'influcnza comme dans la bronchite, il se peut qu'une véritable pneumonie vienne s'ajoutera raffeclion primitive de la membratie muqueuse. C'est précisément ce qui arriva chez une dame de Chapel-street qui fut prise de grippe très peu de temps avant sa couche. Le jour môme de Taccouchement, l'inflammation bronchique se compliqua de pneumonie, et la malade mourut avec une hépatisation générale du poumon droit. C'est également une pneumonie qui tua un autre de mes malades dans Sufl'olH-street : c'était un homme arrivé à la période moyenne de la vie, et qui souff'rait depuis plusieurs jours d'une congestion considérable du poumon. Enfin j'ai observé le môme accident chez un gentleman d'Exchequer-street, que je voyais avec feu le docteur Colles, et chez un autre individu qui demeurait dans Whitefriarsstreet.
Je ne sache pas dans l'histoire do l'influenza de phénomène plus caractéristique que la dyspnée excessive, dont sont atteints les malades, lorsque le poumon est sérieusement engagé; cette dyspnée est plus
qui 80nl revenues sur cUes-inèuies. Mais lorsque, sous i'iniluence de l'inspiralion, la cavité Uioracique vient à se dilater, les parties du poumon qui sont encore perméables ^'épanouissent d'autant plus, qu'une portion plus considérable du parenchyme pulmonaire e^t perdue pour l'expansion inspiratrice. 11 s'ensuit que les capillaires de ces parties anormalement dilatées sont allongés, aplatis : de là un obstacle à la libre circulation du sang dans leur intérieur. Dès lors la pression de la colonne sanguine augmente
encore à la périphérie des lobules en collapsus Ainsi s'établit une hypérémie
considérable, qui conduit infailliblement à la transsudation de la sérosité dans les alvéoles. »
Bartels, Beinerkungen uber]eine im Friih jahre ISbO in der Poliklinik in Kicl beobachtele Masernepidemie^ mil besonderer Beriicksicliligung der dabei vorgekom tnenen Lungenaffeclioncn {Virchow's Archiv, XXI, 1861). (Note du Tr ad.)
marquée encore chez les individus qui ont déjà souffert autérieuren (le quelque afleciion pulmonaire; et même chez ces derniers il s quelquefois que la muqueuse bronchique soit très légèrement inté sée. On peut dire en toute vérité que dans la grippe la dyspnée i point proportionnelle il l'étendue de l'inflammation pulmonaire. P avons eu dans notre service une femme dont l'examen justifiait pic ment cette assertion ; elle était sous le coup de l'influenza, la sonc de la poitrine était normale, le poumon était perméable dans toute étendue, à peine percevait-on çà et là quelques râles sonores dam grosses bronches, et cependant chez cette malade la dyspnée était ( sidérable; et il y avait quarante-six respirations à la minute. Noa pouvions évidemment attribuer ici la difficulté de la respiration lésioiy bronchique seule, car il n'y avait aucune proportion entre deux phénomènes.
Il en était de même chez un malade de l'hôpital de sir Patrick E C'était un matelot nègre, originaire du Nouveau-Brunswick, qui a été atteint par l'épidémie peu de jours après être arrivé à DuL cet homme, dans toute la force de la jeunesse, était d'une cor tulion herculéenne, et avait une poitrine largement développée ; afl (l'une dyspnée intense, il éprouvait une oppression considérable s'agitait constamment dans son lit, comme pour chercher l'air qu uianquait, et cependant le bruit respiratoire s'entendait partout, i mélange de bruits anomaux ; tout au plus y avait-il quelques si ments bronchiques. Ce malade avait perdu le sommeil, et quoi( n'eût ([u'une fièvre médiocre, il (Hait dans une prostration extrême, le début, le pouls avait été si faible, que je n'avais pas osé hasarde traitement antiphlogistique ; j'avais simplement fait couvrir la trine de vésicatoires, et j'avais ordonné dn vin, des stimulants et narcotiques. Cet homme guérit ; ot certes notre traitement n'eût eu ce résultat, si la dyspnée avait été sous la dépendance de la b chite.
Dans beaucoup de cas, la dyspnée est intermittente, ou du m elle présente à certaines heures des exacerbations et des rémissions tables. H semblerait donc que les troubles respiratoires dépenden la même cause générale (lui produit tous les autres symptôme.^ ((u'ils peuvent exister, même lorsque la phlegmasie bronchique niar complètement. II est bien certain (|ue la bronchite, lori>(ju'elle ex ajoute encore à la gène de la respiration ; mais la dyspnée paraît rési avant tout de (j[uel(|ue trouble survenu dans l'activité vitale du i
mon. Vous savez que les poumons possèdent une-activité propre qui a pour résultat d'assurer l'aération du sang; cette propriété est depuis longtemps connue des Allemands qui ont décrit une dyspnée par paralysie des poumons, et leur opinion est généralement admise en Angleterre, depuis que les expériences sur la huitième paire de nerfs ont été convenablement appréciées (1). L'asthme nous fournit de puissants arguments en faveur de celle manière de voir; car dans cette maladie on observe souvent une dyspnée excessive sans aucune lésion appréciable des organes de l'hématose. Du reste, il vaudrait beaucoup mieux pour les malades atteints de grippe qu'il en fût autrement, car nous traiterions alors l'affection du poumon comme une bronchite ordinaire, et nous pourrions espéi*er en venir à bout au moyen de la médication usitée en pareil cas.
Vous savez, messieurs, que la mortalité de la bronchite commune est très faible, sauf aux deux extrêmes de la vie. Chez les adultes, lorsqu'elle est traitée convenablement et en temps opportun, c'est une maladie très rarement mortelle, à moins de quelque fâcheuse complication. Mais il n'en est plus de même dans la grippe; l'affection pulmonaire et la dyspnée constituent des accidents très difficiles à combattre. J'étais mandé il y a quelque temps chez un gentleman de Fitzwilliamstreet, pour voir une belle jeune tille qui était attachée au .service de sa maison. Déjà on avait mis en œuvre les traitements les plus sages, mais en vain. Lorsque j'arrivai auprès de la malade, elle était dans un état désespéré et elle mourait le jour suivant : et pourtant j'avais constaté que la sonorité thoracique était normale, que le murmure respiratoire était aussi fort qu'à l'état sain, et qu'il n'existait dans la poitriruî d'autres bruits anomaux que quelques râles sibilants. En fait, une perturbation nerveuse de ce genre ne peut durer un certain temps sans produire la congestion des ponuions, conséquence nécessaire de l'aération im[)arfaite (hi sang. Lorsqu'on <livis(; la huitième paire de nerfs, l'animal meurt par une asphyxie lente; à Taulopsie, on trouve
(I) Cette dyspnée a iiO indiquée par J. Frank sous cette désignation '.dyspnée dépendant d'une affection des nerfs. W rap|)elle que Lower le premier a déuioulré que la li^Mlure ou la section de la huiiièine paire au cou rend la respiration suspirieuse. D.'jà r.alieu avait vu survenir une gène considérable de la re>piralion à la suite de l.i lii:^alnre des nerfs jdiréniques, cl celle dyspnée a élé longtemps décrite 5ous le nom de dyspnée galcniffuc.
Sauvages, S'osol. wclh., cl. Il, gen. 7, spec. IG. — J. Frank, lac. df., iv.
506 GUNIQUE BIÊDICÂLE.
les poumons gorgés de sang, et la muqueuse bronchique congestionnée et enflammée. Or, l'affection -de ces mômes tissus dans la grippe ne peut<-eile pas dépendre d'un trouble survenu dans l'innervation pulmonaire ?,
Georges Green , professeur de médecine pratique au Collège des médecins, a bien voulu me communiquer les résultats des nombreuses autopsies qu'il a faites pendant l'épidémie de 1837; je suis d'autant plus heureux de vous les faire connaître, que nous avons très rarement dans ce pays la possibilité de faire des recherches cadavériques.
a Dans l'établissement de l'Industrie, c'est surtout parmi les pensionnaires âgés que la grippe de 1837 a été meurtrière. J'ai eu l'occasion de pratiquer l'autopsie de plusieurs de ces sujets, et voici les principales lésions que j'ai constatées :
» Dans tous les cas, la muqueuse bronchique était plus ou moins congestionnée et enflammée. La couleur variait depuis le rouge jusqu'à une teinte beaucoup plus foncée. Très souvent, l'inflammation occupait à la fois la trachée, et les bronches des deux poumons; dans d'autres cas, elle était limitée à un seul. Des mucosités spumeuses et sanguinolentes remplissaient la cavité des tuyaux bronchiques ; elles étaient plus abondantes dans les petites divisions. Le parenchyme pulmonaire était constamment altéré dans sa coloration ; il était rouge sombre ou violet ; son poids spécifique était augmenté, et il ne crépitait plus, ou ne crépitait que très faiblement lorsqu'on le pressait entre les doigts. La surface des coupes n'était pas rude au toucher ; sous l'influence de la compression, une partie des mucosités s'écoulait au dehors. Quelquefois la partie postéro-inférieure de l'un ou des deux poumons était d'une couleur très foncée, et le doigt pénétrait très aisément dans l'épaisseur du tissu. La surface ainsi déchirée ne paraissait pas granuleuse ; n'eût été l'absence d'odeur fétide, elle eût plutôt ressemblé à un fragment de poumon gangrené. Ces derniers caractères se rencontraient principalement chez les sujets âgés. En revanche, il était très rare de trouver chez eux les lésions de la pnçumoiiie franche, tandis qu'on les rencontrait assez fréquemment, combinées avec l'inflammation de la muqueuse bronchique, chez les sujets jeunes et robustes, que les quartiers voisins envoyaient au Hardwicke fever Hospital.
))Chez la plupart des individus avancés en âge, lu sang était foncé en couleur et fluide, soit dans les cavités du cœur, soit dans les vaisseaux. Ce n'était qu'exceptionnellement et chez les sujets jeunes et adultes, que nous trouvions des concrétions fdn-inenses dans les cavités
cardiaques. Chez les gens âgés, les poumons paraissaient quelquefois œdémateux ; dans un ou deux cas, il y avait un épanchement séreux considérable dans les cavités pleurales. 11 était rare de trouver des signes de pleurésie récente, mais nous rencontrions fréquemment des adhérences de vieille date. Chez un fou qui avait survécu quelque temps à une attaque de grippe, des tubercules s'étaient développés rapidement dans les deux poumons; chez un autre aliéné, nous avons trouvé deux cavernes tuberculeuses, indépendamment des lésions pulmonaires et bronchiques qui ont été décrites plus haut.
» Quant à la nature et à la durée des phénomènes morbides, je n'ai que peu de chose à dire. Les signes physiques fournis par la percussion et par l'auscultation étaient le plus ordinairement les suivants : Matité plus ou moins marquée dans la région posléro-inférieure du thorax ; quelques râles bronchiques sonores dissénnnés dans la poitrine; plus souvent c'était un mélange de râles sonores et crépitants, puis dans les derniers jours des râles muqueux. Les crachats étaient rarement visqueux ou rouilles, ils ressemblaient aux crachats de la bronchite. Dans nombre de cas, l'impossibilité de les expectorer fut la cause immédiate de la mort ; dans d'autres circonstances, l'influence morbide, quelle qu'en fût d'ailleurs la nature, paraissait avoir affecté simultanément le système circulatoire et respiratoire ; on observait alors une congestion considérable du système veineux, et un étal fort t^nalogue à l'asphjrxie. Ces phénomènes existaient surtout chez les sujets âgés de l'établissement de l'Industrie.
» On ne trouvait rien dans les autres viscères qui pût rendre compte de la mort ; en conséquence, il est fort probable que la cause morbifique frappait tout d'abord la muqueuse respiratoire, et que, rendant l'hématose imparfaite, elle causait dans le sang et dans les poumons les modifications que j'ai indiquées. »
Ces résultats des autopsies pratiquées par le docteur Green peuvent être acceptés avec la plus entière confiance : car personne n'était plus que lui versé dans les recherches anatomiques; personne n'était plus à même d'apprécier à leur juste valeur les altérations produites par la grippe dans le poumon et dans les autres organes.
Je vous ai (hjà dit, messieurs, que nous ne devons pas trop nous hâter de conclure que la grippe consiste essentiellement dans les lésions anatomiques révékkîs par la dissection ; nous devons au préalable examiner la question sous toutes ses faces, et rechercher si les altérations
508 (XINIQUE MÉDICALE.
du tissu pulmonaire ne sont pas, en partie du moins, ,les conséquencti delà maladie. Et d'abord, comment concevons-nous les causes et la marche des symptômes dans la bronchite commune? Un individu est pris d^une affection pectorale qui se traduit par de la toux, de la dyspnée et une fièvre plus où moins vive. Dans la poitrine nous trou* vons quelques râles, et l'expectoration' est modifiée dans sa qualité et dans sa quantité. Puis, lorsque nous avons observé un certain nombre de cas analogues, nous remarquons que le danger est proportionnel au degré de la dyspnée, et que celle-ci est intimement liée à la généralisation et à la nature des raies, ainsi qu*aux caractères des crachats. Ici donc Télat constitutionnel ou général , et les résultats probables de la maladie, ont entre eux certaines relations bien déterminées, dont nous acquérons rapidement la notion au moyen deTexi^ rience.
Mais ces troubles de la respiration, cette expectoration et ces râles, nous les rapportons, et avec raison, à Tinflammation des bronches, qui est à nos yeux la cause de tous les phénomènes observés : partant de cette idée, nous procédons au traitement de la maladie, et le succès vient le plus ordinairement démontrer la justesse de nos vues; si nous échouons, les résultats de l'autopsie donnent à notre interprétation une confirmation d'un autre orrdre. Ici donc nos inductions sont parfaitement justifiées, et nous pouvons avoir la conviction que notre pratique est basée sur la connaissance exacte de la nature de la maladie. Mais quelle différence, si nous voulons soutenir que l'influenza est causée par rinflaniination bronchique! Dans la grippe, la dyspnée est loin d'être proportionnelle h ralîeciion des bronches; et même je vou.> ai cité des cas dans lesquels la difficulté de la respiration était extrême, quoique les poumons fussent entièrement perméables, et qu'il n'y eût dans la poitrine que quelques râles sonores sans grande importance. Si donc il est vrai (jue la présence de mucosités visqueuses dans les canaux aériens aggrave la dyspnée, il n'est pas moins certain qu'on observe cette gêne de la respiration chez des malades dont les voies bronchiques ne sont que peu ou ])oint obstruées. Déplus, la médication antiphlo^istique, expectorante et dérivative, ne produit point les mêmes effets que dans la bronchite simple. Je crois donc, et je vous ai déjà dit que c'était chez moi une conviction absolue, je crois que le poison qui cause l'influenza agit sur le système nerveux, et tout parti • rulièrement sur les nerfs des poumons, de façon h produire des phénomènes d'irritation bronchique et de la dyspnée; à ces symptômes
1NFLUENZA. 569
primitifs viennent s'ajouter souvent, mais non constamment, la congestion et l'inflammation des bronches (1).
Du reste, messieurs, je ne suis pas le seul à penser ainsi; le docteur Peyton Blakiston a soutenu la même doctrine dans son compte rendu de la grippe qui a régné à Birmingham. « L'inlluenza, dit-il, est une maladie du système nerveux, avec troubles consécutifs dans les organes de la digestion et de la circulation, etc.; connue vulgairement sous le nom de fièvre nerveuse, celte maladie est accompagnée, durant tout son cours, d'un état d'irritation de la muqueuse des voies aériennes, état qui conduit fréquemment à la congestion, quelquefois môme à l'inflammation. »
Le diagnostic entre la grippe et la bronchite fébrile née sous l'influence du froid, est une question pratique d'une haute importance: nous ne devons jamais perdre de vue cette distinction, lorsque nous instituons le traitement de l'influenza ; autrement, nous serions exposés à nous confier imprudemment en une médication qui ne convient qu'à la bronchite simple. Et l'erreur serait grave, car, au rapport (Ju docteur Blakiston, il fallut souvent recourir, à Birmingham, aux stimu-
(I) H n'est pas sans intérêt de rapprocher de l'opinion de Graves la déclaration non moins absolue de M. Raige-Delormc dans son article Grippe du Dicticntiaire de médecine, a Si nous considérons reiisemble des symptômes de la grippe, son développement sous la forme exclusive d'épidémie, la marche des épidémies qui se propaj;ent à une grande étendue de pays, quelquefois même à des parties considérables du globe, nous ne pouvons nous empêcher d'y voir une maladie sut generis, produite comme la peste noire du xiv'^ siècle, comme le choléra de notre siècle, par une caiise inconnue, mais générale, une maladie affectant, quoique à un faible degré les fonctions vitales, pour ainsi dire, de même que le font ces deux dernières épidémies, et toutes celles qui, jiroduiles par infection, telles que le typhus, la fièvre jaune, la "peste, les dysenteries épidémiques, sont assimilées à un empoisonnement miasmatique; une maladie j;ènérale, enfin, qui se traduit par quelques symptômes locaux, importants sans doute comme caractères spécifiques, mais signes d'une condition organique purement accessoire et secondaire, qui ne peut à elle seule constituer la maladie. En un mot, nous pensons que l'irritation ou l'inflammalion de la membrane muqueuse nasale, pharyngienne et bronchique, n'est que l'effet d'une cause ou d'une altération plus profonde, dont on ne peut pas plus conle^ler l'existence dans la grippe que dans les empoisonnements par des gaz délétères. » (Citation empruntée au Compendium de .MM. Monneret et Fleury.)
M. Landau, dans sa relation de la grippe de 1837 (Arch. gcn. de meJ., 2^ série, t. XIII}, est arrivé à la môme conclusion que le médecin de Dublin : « Le système qui me paraît primitivement et plus particulièrement attaqué par la grippe, c'est le système nerveux; delà la faiblesse musculaire, la céphalalgie, survenant subitement chf'Z des sujets bien portant^, etc. » * (Note du Trad.)
lante diiïusibles, et administrer les toniques dans les premiers stades de la maladie.
Quelquefois, même lorsqu'il y a de la dyspnée, la toiîx est rude et sèche, Texpectoration est rare ; d'autres fois au contraire, elle est telle* ment abondante, que les malades font des efforts incessants. Il est triste en vérité de les voir se consumer alors dans cette lutte pénible; il vous arrivera d'entendre le sifflement de la respiration et le bruit des mucosités dans les bronches, avant même d'entrer dans la chambre du patient, et quand vous serez auprès de lui, vous le trouverez épuisé par les paroxysmes de la toux et par se» tentatives infructueuses d'expectoration. Dans d'autres circonstances, lorsque la vitalité du poumon est moins profondément atteinte, lorsque la résistance générale de l'économie est moins affaiblie, les liquides bronchiques, quoique abondants, sont facilement expectorés.
Les crachats offrent beaucoup de ressemblance avec ceux de la bronchite ordinaire. Ils consistent d'abord en un mucus grisâtre ; un peu plus tard ils prennent une apparence globuleuse ou un caractère puriforme, mais ils ne se réunisssent pas entre eux. Dans quelques cas ils sont visqueux et filants, comme une solution de gomme ou d'ichthyocoUe. Un de leurs caractères les plus remarquables, c'est Tabsence de bulles d'air. Un jour que je faisais cette remarque devant les personnes qui assistaient à ma visite, on me montra précisément quelques bulles d'air dans les crachats d'un malade atteint de grippe, mais c'est là, messieurs, un fait extrêmement rare. II y a d'ailleurs dans l'histoire des sécrétions bronchiques bien des faits encore obscurs, et qui mériteraient cependant d'être éclaircis. Il en est un, entre autres, dont on n'a donné jusqu'ici aucune explication satisfaisante : Pourquoi , dans certains cas d'inflammation pulmonaire , les crachats sont-ils pleins de bulles d'air? Pourquoi, dans d'autres cas, n'en renferment-ils pas une seule depuis le commencement jusqu'à la fin de la maladie?
Pour expliquer la présence de l'air dans les crachats, on a supposé ' que ce gaz s'incorpore dans les mucosités pendant les actes de la respiration et les efforts de la toux, de même que lorsqu'on agite de leau (le savon ou tout autre liquide visqueux dans une bouteille à moitié vide, le liquide se charge de bulles d'air. 11 peut bien y avoir là (luelque chose de vrai ; mais néanmoins cette explication ne me paraît pas rendre suffisamment compte de la combinaison intime de l'air avec les craclwts, dans certaines affections des poumons; je
crois même que nous ne pouvons concevoir ce fait qu'en admettant que Tair et le mucus sont sécrétés ensemble. Vous savez, messieurs, que la muqueuse bronchique produit des gaz, et que cette sécrétion est susceptible d'augmentation et de diminution dans l'état de maladie. II n'est donc point déraisonnable de supposer que la muqueuse peut sécréter à la ibis des gaz et du mucus en quantité anomale, et que le mélange intime de l'air et des liquides expectorés est produit par cette sécrétion simultanée, et non pas par une agitation toute mécankjue (1).
Je n'ai que peu de chose à vous dire de la toux dans la grippe. Elle est ordinairement très pénible, surtout pendant la nuit. Souvent les malades en sont à peine incommodés pendant la journée, mais vers le soir cette toux devient très fatigante, et rend le sommeil impossible. Dans d'autres cas elle est également violente le jour et la nuit ; il arrive aussi très fréquemment que des individus qui sont guéris, qui n'ont plus ni fièvre ni dyspnée, et sont en état de sortir, sont encore tourmentes par la toux. Dans ces circonstances, les médicaments sont à peu près inutiles, et ce qu'il y a de mieux à faire, c'est d'envoyer les malades respirer l'air pur de la campagne; j'ai réussi de cette façon à f:iire disparaître en quelques jours des toux qui, à Dublin, avaient résisté à toute espèce de traitement.
Dans l'influenza , l'urine n'est pas très chargée de lilhates, mais elle renferme une grande quantité d'uroérythrine ou de purpurine (2). Rouge au moment de l'émission, elle dépose un sédiment abondant, et laisse sur les parois du vase une pellicule rose. Elle présente quelque analogie avec l'urine des affections arthritiques et
(1) Ce n'est pas une véritable sécrétion de gaz qui a lieu à la surface de la muqueuse broncho-pulmonaire; il y a simplement échange endosmotique entre les gaz contenus dans le sang veineux et Pair inspiré. Cette condition est bien sufllsante pour rendre compte du mélange intime de l'air et des mucosités sécrétées. (Note du Trad.)
(2) « L'uroérythririe (purpurine de Golding Bird, acide rosacé de Proust, acide rosacique de Vauquelin) est formée de carbone, d'oxygène, d'hydrogène, d'azote et de fer. Elle se rencontre normalement dans l'urine, mais ordinairement en fort petite quantité ; cette quantité, variable du reste, donne à l'urine sa teinte rosée, ou même tirant au rouge, dans quelques conditions morbides. Elle existe aussi dans les calculs cl dans les dépôts urinaires, formant une sorte de laque avec les sels terreux, ou dans les sédiments d'urate de soude et d'ammoniaque, variant du blanc jaune au rouge de sang, et accompagnée ou non d'acide urique cristallisé. Ces dépôts se voient, soit après avoir pris quelques excitants, soit après avoir fait une longue marche, soit à la suite de presqiie tout luouvement fébrile, quelle qu'en soit la cause, mais surtout dans les affections du foie. » (Dictionnaire de Nysten^ Lillr/'ot Robin, art. Ihiiosxcinf.) (Noie «lu Trad.)
goutteuses. Dans les cas funestes, elle conserve ces caractères jusqu'au moment de la mort. Quant au sang, je vous en ai déjà parié; il est le plus souvent couenneux, même lorsqu'il n'y a pas de réaction fébrile considérable ; il fournit donc des indications très trompeuses, aussi bien que l'urine et que la température de la peau. Celle-ci est en effet très variable ; tantôt très élevée, tantôt normale, elle éprouve, comme le pouls, des modifications remarquables à certaines heures de la jçurnée.
Je vous ai déjà parlé de l'affection intestinale, je n'y reviendrai pas; mais il faut que vous soyez prévenus qu'il se fait quelquefois une détermination morbide vers le cerveau, et vous vovez survenir alors le délire ou le coma. Dans deux cas qui m'ont été communiqués, les malades, dans le cours d'une grippe, sont tombés dans un état comateux. Dans trois fiûls observés par Swift, l'influenza amena un ensemble de symptômes qui rappelaient exactement ceux du delirium tremens; il fallut mettre des vésicatoires à la nuque et sur la tète, donner l'opium à hautes doses, prescrire du vin et quelques mercuriaux, et faire administrer des lavements purgatifs. Dans ces trois cas, il y avait eu dès le début, outre les phénomènes pulmonaires habituels, de l'agitation, une céphalalgie intense, des bourdonnements d'oreilles, cl de l'intolérance pour la lumière. Au bout de cinq ou six jours, les malades étaient devenus très irritables; ils avaient perdu le sommeil, avaient été pris de soubresauts et de tremblements, et ils s'étaient mis à divaguer, surtout pendant la nuit. Aussi longtemps que durèrent les phénomènes cérébraux, l'affection pulmonaire disparut ou fut notablement atténuée ; elle reprit ses caractères primitifs lorsipie le délire eut cessé. Ces malades guérirent.
Beaucoup d'individus, qui avaient eu des symptômes pulmonaires très violents, ont néanmoins lutté victorieusement contre la maladie, et je me rappelle avoir vu guérir des malades qui avaient soufferl pendant trois semaines d'une orlhopnée continuelle. Mais parmi les personnes avancées en âge, la mortalité est très considérable, et je crains que nous n'ayons hientôt parmi nous que bien peu d'octogénaires, pour nous raconter les événements du siècle passé. Ne croyez pas cependant que la grippe n'ait frappé que les vieillards; j'ai vu bien (\q'> hommes à la fleur de l'âge tomber aussi sous ses coups. Les soldats de nos garnisons ont également payé leur tribut à l'épidémie, malgré l'excellent état sanitaire de notre armée et l'habileté de nos
Chez un assez grand nonnbre d'individus, la grippe est le point de départ d'aulres maladies graves ; il en était surtout ainsi dans 1 épidémie de 1847. Ces maladies secondaires peuvent ordinairement être rapportées à la dépression considérable du système nerveux. Trois malades qui avaient été soignés par le docteur Mulock, s'étant exposés au froid pendant leur convalescence, eurent une rechute qui aboutit chez tous les trois à Taliénation mentale. Un de ces malades mourut.
Il me reste maintenant à vous dire quelques mots du traitement de la grippe.
On augura d abord très bien des émissions sanguines générales ; il s'agissait en effet d'une maladie à invasion soudaine et violente, dont les symptômes semblaient exiger l'intervention d'un traitement très actif ; on observait un état inflammatoire de la nmqueuse bronchique, le pouls était fréquent, la peau chaude, l'urine haute en couleur. Néanmoins les résultats de la saignée étaient le plus souvent peu satisfaisants. Vainement y avait-on recours dès le début de la maladie, vainement l'état couenneux du sang paraisi>ail-il en justifier l'emploi, on n'en n'obtenait aucun avantage durable, aucun amendement dans les symptômes. Les médecins de Dublin en sont venus à regarder la saignée comme un moyen douteux, sinon nuisible. Pour moi, je pense que les émissions sanguines, à moins qu'elles ne soient pratiquées dans les vingtquatre premières heures, font plus de mal que de bien. Au second ou au troisième jour, la saignée est inadmissible, sauf les cas de congestion générale des poumons. Il en est exactement de même dans quelques autres maladies. Dans la scarlatine, s'il vous arrive d'être appelés dès l'apparition du frisson, le jour même de l'invasion, vous pouvez quel- (luefois être très utiles en saignant votre malade ; mais après dix-huit ou vingt-quatre heures, vous devez vous abstenir; cette différence de quelques heures a rendu la saignée inutile et même nuisible. Je vous parle ici d'a[)rès mon expérience personnelle, et ces préceptes sont entièrement applicables à la grippe.
Lorsque je suis assez heureux pour trouver la maladie tout à fait à Sun début, je prati(|ue une saignée de douze à quatorze onces, j'ordonne le scjour au lit, quelque laxatit doux et ensuite le nitrate de potasse. Sous Tinlluencede ces moyens, il arrive souvent (jue la grippe s'épuise en deux ou trois jours. Je pourrais vous citer nombre de- faits dans lesquels ce traitement a parfaitement réussi ; je l'ai même employé chez plusieurs personnes déjà avancées en âge; je nie souviens, entre autres, d'un vieux gentleman qui avait été très sérieusement pris, et
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chez lequel je parvins ainsi à.couper court à la maladie. Je crois donc la saignée utile dans les premières heures ; mais comme le médecin n'est guère mandé à ce moment-là, je puis résumer mon opinion en disant que la saignée générale est très rarement indiquée dans le traitement de la grippe.
Le plus ordinairement vous êtes appelés lorsque les malades sont souffrants depuis deux ou trois jourjS, ou même plus; si vous jagezk propos de tirer du sang, vous ne devez recourir alors qu'aux sangsaes. Vous vous trouverez très bien d'en faire mettre huit ou dix au bas du cou, immédiatement au-dessus de la fourchette stemale, et de laisser saigner les piqûres pendant quelque temps ; si vous faites faire cette application, le soir, vous pouvez promettre à votre malade qu'il dormira pendant la nuit. Ce moyen est excellent dans toutes les inflammations trachéo-bronchi(}ues ; car les sangsues sont appliquées sur un point très voisin de la trachée, et précisément à l'endroit où l'irritation des affections bronchiques est le plus manifeste.
Par le séjour au lit, parles saignées, les laxatifs et les sudoriflques, vous réussirez souvent à faire disparaître la fièvre et Tintlammation des bronches. Pendant la première période de la grippe, le tartre stibié et le nitre vous seront également utiles ; je dois vous prévenir toutefois qu'aucun de ces moyens n'est aussi efficace dans Tinfluenza que dans la bronchite simple. Quelques médecins de mes amis emploient dès le début le tartre émélique à doses nauséeuses, et ils me disent qu'ils s'en trouvent très bien ; d'autres unissent Témétique à l'opium et les prescrivent soit au commencement, soit dans le cours de la maladie; ils m'assurent qu'ils n'ont qu'à se louer de cette médication. Jusqu'ici je n'ai pas employé le tartre stibié, mais j'ai souvent donné l'opium avec un succès non douteux. Vous pourrez donc, après avoir usé des antiphlogistiques pendant un jour ou deux, recourir aux opiacés que vous unirez à l'cmétique ou au nitre. Dans quelques cas la teinture camphrée d'opium (1) réussira à merveille; dans d'autres circonstances,
(1 ) Teinlure de camphre composée.
If Camphre 2 scrupules 1/2 = 38f,25
opium dur en poudre ) , ^ , ^ . ««
'.^ ^ .. aa 72grams= /l8^32
Acide benzoïque )
Huile d'anis 1 gros fluide = 3 gram.
Esprit faible 2 pintes = 960
l'acétate ou le chlorhydrate de morphine remplira mieux votre but. Vous emploierez avec de très bons résultais une mixture ainsi composée : émulsion d'amandes, six onces (192 gram.) ; nitrate de potasse, une drachme (^gram.]; liqueur de chlorhydrate de morphine, une demi-drachme ou plus. Le sel de morphine, qui possède ]a plupart des propriétés de l'opium sans en avoir les inconvénients, a pour effet de ramener le calme et le sommeil, avantage bien précieux dans une maladie qui est caractérisée par une irritabilité nerveuse excessive.
Un homme auquel j'accorde la plus entière confiance m'a dit avoir guéri beaucoup de grippes très graves avec la mixture camphrée, le tartre stibiéet Topium. Je ne veux point vous présenter ici la liste des nombreux remèdes qui ont été préconisés contre l'influenza : l'esprit de Mindererus, la liqueur anodine d'Hoffmann, Tipécacuanha, soit seuls, soit unis à l'extrait de ciguë et aux pilules bleues, ont été vantés tour à tour, ainsi qu'une foule d'autres agents empruntés aux médicaments diaphorétiques ou expectorants. Tous peuvent rendre des services, mais ils ont tous le défaut d'être beaucoup moins actifs que dans les affections pulmonaires simples et primitives. A la fin de la maladie, vous trouverez souvent l'emploi des excitants et des toniques légers, tels que le polj/gala senega et le columbo.
Un mot enfin, avant de terminer, sur les vésicatoires. Dans beaucoup de cas ils sont très utiles; mais lorsque la maladie est très violente, ils ne produisent que des résultats douteux; souvent même ils ajoutent aux souffrances du malade, sans modifier en rien les symptômes pulmonaires ni la dyspnée : cette impuissance des vésicatoires est une des particularités les plus remarquables de l'histoire de la grippe; pour moi, j'y ai presque complètement renoncé. Les fomentations pratiquées avec de l'eau très chaude sur la région trachéale et sur la poitrine me paraissent beaucoup plus avantageuses; elles rendent ici, comme dans beaucoup d'autres affections des voies aériennes, d'incon-