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CE OU EST LA VIE

qui est vrai pour un certain ordre de lésions l'étant pour toutes.

Dans quelles conditions, en effet, le mécanisme pathogénique que j'expose relativement à l'endartôre est-il mis en jeu avec le plus de puissance ? Évidemment par la répétition même de son action ou par la faible résistance du tissu frappé, de sorte que dans l'étiologie de l'endartérite nous voyons d'une part la vieillesse et Valcoolisme, d'autre part les diathèsesy et en particulier Yarthritisme et la syphilis. Or la vieillesse n'est en tête de cette série étiologique que précisément parce qu'elle réunit cette double condition morbifique : répétition incessante du choc du sang contre la paroi vasculaire par le fait même de la vie, diminution de la résistance de cette paroi par le fait de la caducité générale de l'être.

Qu'est-ce, en effet, que la vieillesse ?

Mais qu'est-ce d'abord que la jeunesse ? qu'est-ce aussi que la santé ? qu'est-ce enfin que la vie?

La vie est une force temporairement prêtée à la matière revêtue d'une forme déterminée, ou organisme; ce qui distingue immédiatement la vie des forces physico-chimiques, qui sont immanentes à la matière (qu'on ne saurait concevoir sans elle), et qui résident et persistent dans la matière, quelque forme que celle-ci revête. La vie ne se sert de la matière qu'à la condition de l'user. L'organisme vivant est doué d'une force de réparation spontanée ; on peut le concevoir comme un tourbillon dans lequel la matière ne pénètre que pour y vivre un instant et mourir.

Dans la jeunesse, la vie appelle à soi plus de matière qu'elle n'en rejette, et l'organisme grandit. Dans l'âge adulte, il y a équilibre entre la réparation et la destruction, de sorte que l'organisme reste stationnaire en apparence ; cependant la vie y est encore assez exubérante pour pouvoir être transmise à d'autres particules de matière : c'est la génération. Dans la vieillesse, la destruction l'emporte sur la réparation et Torganisme décroît.

La vie n'est donc qu'ime chose très-relative, puisqu'il y a simultanément dans le même organisme vie et mort tout ensemble. Eh bien, dans l'organisme vieilli, la somme des molécules mortes tend à l'emporter sur celle des molécules vivantes. Une portion de PETER. — Clin, mid. *• — *^

t90 ENDARTÉRITE ET DÉGÉNÉRESCENCES ARTÉRIELLES.

celles-là persiste dans Torganismc, qifcllc onoombro, et dont elle gône le fonctionnement ; elle y persiste à Tétat dUithéromPy qui est comme la rouille de la vie. Ainsi tout ce qui, dans l'organisme, n*est pas éliminé, bien qu'il soit mort, passe à l'état d'athérome. L'athérobae s'observe dans les ptjints les plus divers de l'organisme du vieillard : dans le testicule, où il y a une dégénérescence graisseuse des éléments épitholiaux ; dans les muscles, où se voient constamment un certain nombre de faisceaux atrophiés ou graisseux ; dans le cœur, qui devient ù un si haut degré gi*anulo-graisseux.

Eh bien, si le muscle, qui est si vivant et si actif, s'athéromatise, à fortiori doit-il en ôtre de môme de Tendartère, si peu vivant et si passif. Aussi est-ce dans l'endartèro surtout que Taltération athéromateuse se voit au plus haut degré. Ainsi, dans la vieillesse, l'altération granuleuse du cœur et des artères entraîne la langueur de la circulation par diminution de la contractilité du cœur, de l'élasticité des grosses artères, et enfin de l'élasticité comme de la contractilité des petites artères, c'est-à-dire des deux forces actives de la circulation. Il en résulte la langueur de la nutrition générale ainsi que l'abaissement de l'innervation. Mais la langueur de la nutrition retentit surtout sur les tissus les moins vivants, les tissus épithéliaux à existence parasitaire; ce qui est une nouvelle cause do dégradation de l'endartèro à ajouter aux causes physiques que je vous ai signalées tout à l'heure. Et comme d'ailleurs, je vous l'ai dit, la vieillesse implique la répétition plus prolongée du choc du sang contre la paroi, plus vieux sera l'organisme et plus altéré sera l'eudarlère, dont l'altération a de la sorte une double origine, l'une générale ou dynamique, et par le fait môme de la vie ; l'autre locale ou physique, et par le fait même de la fonction et do la texture. Mais nous verrons plus tard, à propos des conséquences de Tendartérite, la perturbation spéciale et directe qu'exerce sur la nutrition interstitielle et par suite sur le fonctionnement des organes la dégénérescence artérielle, lorsqu'elle s'est étendue aux petits vaisseaux. De sorte qu'alors le cercle vicieux est constitué : la vieillesse des artères est survenue par le fait des ans, et celle-ci entraîne une caducité plus grande et plus générale do l'être.

CE OU EST LA VIEILLESSE. tOl

D'où cette proposition si vraie de Cazalis : « On a l'Âge de ses artères, n

De réquilibre qui existe dans la jeunesse et l'Âge adulte entre Tusuro et la réparation résulte la santé. Dans la vieillesse, au contraire, cet équilibre est rompu ; aussi la vieillesse est-elle une maladie : senectm ipsa morbus; et c'est une maladie non-seulement parce que l'usure l'emporte sur la réparation, de telle façon que les organes sont en mauvais état ; mais encore parce que rélimination des matériaux usés, morts, s'y fait mal, de sorte que l'organisme en est adultéré.

Dans les deux premiers âges de la vie, la rénovation étant toujours suffisante, l'organe s'offre intact à la fonction demandée, et celle-ci s'effectue normalement. Cela dure ce que cela peut ; d'autant plus longtemps que le tissu organisé est primitivement plus valide ou que la sagesse de celui qui s'en sert fait qu'il sait mieux s'en servir, c'est-à-dire ne le surmène pas ; mais la circulation s'accomplit sans repos, le flot sanguin frotte sans cesse contre l'endocarde et l'endartère ; malheur donc à celui dont les tissus sont mal doués, ou qui, dans un temps donné, précipite habituellement la marche et la rapidité du flot nourricier, lequel ne porte la vie en tous lieux qu'à la condition d'user les canaux qu'il traverse ; il y aura chea lui usure prématurée de l'organisme et spécialement de l'endartère.

Il y a donc sénilité par l'âge et sénilité par les excès.

Un bel exemple de sénilité par l'âge — ou sénilité naturelle — nous est offert par le malade couché au n<* 35 de la salle Saint-Paul : il y a chez lui comme un amoindrissement de tout l'être, un tassement de tous les organes, tassement surtout sensible pour les poumons, puisqu'il a entraîné à sa suite, et sous l'influence de la pression atmosphérique agissant sur la cage thoracique, un aplatissement considérable de celle-ci. Vous savez d'ailleurs que, chez les vieillards, la substance nerveuse se ratatinant également, le liquide céphalo-rachidien est plus abondamment sécrété pour combler les vides qui en résultent, la botte osseuse du crâne ne cédant pas, comme la cage thoracique, à la pression atmosphérique extérieure. C'est encore à ce ratatinement d'ordre général, agissant plus spécialement sur les disques

intervertébraux, que sont dues la diminution de la taille et son incurvation chez le vieillard, « quis*incline ainsi lentement vers la tombe», dit le poëte.

Or nos organes, je ne saurais trop le répéter, résistent d'autant moins à Tusure que leur vitalité est moins grande, et celle-ci est d'autant moindre que la vascularité est moins abondante. Mais comme, dans la vieillesse, la vitalité générale s'amoindrit, cette diminution sera surtout sensible dans les tissus fondamentalement les moins vivants.

Quels sont donc, après cela, chez les vieillards, les organes les plus habituellement ou les plus fortement lésés? La réponse est facile : rappelez-vous le mordus coxœ senîlis, cette coxalgie de la vieillesse, où spontanément se produisent les lésions de la tumeur blanche, une érosion des cartilages, une atrophie des surfaces articulaires et la luxation consécutive de la hanche ; rappelez-vous Varthrite sèche ^ dans laquelle les cartilages articulaires s'érodent, se résorbent môme, de manière à complètement disparaître. Pourquoi ces tissus articulaires, et en particulier le cartilagineux, sont-ils de la sorte attaqués par l'usure ? pourquoi sinon parce qu'ils sont des moins vasculaires ? Et nous sommes ainsi conduits à rapprocher de ce fait, sous le rapport de la causalité, cet autre fait, signalé par Bichat et reconnu par tous les observateurs à la suite : « Sur dix sujets, dit Bichat, on jen rencontre au moins sept qui présentent des incrustations calcaires au delà de la soixantième année, u C'est là une vérité d'observation : l'altération athéromato-calcaire existe chez tous les vieillards; elle y est seulement plus ou moins intense, plus ou moins généralisée, suivant la résistance native de l'endartère, c'est-à-dire suivant la force de résistance de rindi\idu tout entier. Ce qui me conduit à discuter cette objection : « mais tous les vieillards n'ont pas de dégénérescence artérielle. » Voici, à cet égard, la vérité : chez les uns on trouve dans le système artériel des plaques athéromatiîuses peu saillantes aux points d'élection que je vous ai cités ; chez les autres ces plaques sont beaucoup plus saillantes, plus nombreuses et incrustées, çà et là, dans l'aorte, de molécules calcaires ; chez d'autres enfm les plaques calcaires sont plus nombreuses dans l'aorte que les plaques athéromateuses ; celles-ci

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