‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 103 sur 254 · L ALCOOLISME ET SES MÉFAITS. Î · texte numérisé non relu

L ALCOOLISME ET SES MÉFAITS. Î

sont disséminées dans le reste du système artériel, et en des points plus ou moins nombreiuc se voient des érosions ou des pertes de substance. Ainsi j'ai trouvé et je vous montre chez tous les vieillards des lésions artérielles ; seulement elles sont plus ou moins prononcées : c'est une affaire de degré.

La môme objection sous une autre forme, c'est que a ces lésions artérielles se rencontrent parfois chez déjeunes sujets ; » ce qui est vrai, mais s'explique soit par l'origine diathésique du sujet, soit par des excès invétérés ; de sorte qu'enfin l'on trouve en effet quelques rares vieillards qui n'ont d'altérations artérielles qu'au minimum, tandis qu'inversement on voit des individus beaucoup plus jeunes avec des artères lésées profondément, et telles qu'on ne les observe habituellement que chez les sujets Irès-avancés en âge. Eh bien, c'est que les premiers sont des vieillards jeunes y « encore verts », comme on dit si justement en tenant compte de la conservation générale de leur organisme ; tandis que les seconds sont de jeunes vieux. Regardez bien et vous verrez que les organes de ceux-ci sont prématurément caducs comme leur endartère, et qu'au contraire ceux-là ont conservé la jeunesse relative de leurs artères comme de leurs organes. N'isolez donc pas dans vos recherches ce qui n'est pas isolé dans la nature, c'est-à-dire n'isolez pas l'étude des lésions de l'endartère de celle des lésions du reste de l'organisme ; elles sont les unes et les autres l'expression d'une altération générale de l'individu, survenue lentement, mais naturellement, par le fait même de la vie ; ou naturellement encore, mais prématurément par le fait d'une diathèse ; ou plus prématurément encore et artificiellement par suite de l'alcoolisme.

En effet, les débris organiques que je vous présente en ce moment ne proviennent pas d'un vieillard : l'homme auquel ils ont appartenu n'avait que quarante- trois ans, mais c'était un ivrogne.

Eh bien, son cœur est granulo-graisseux ; l'endocarde en est altéré aux points où nous avons vu {\) qu'il l'était habituellement dans la vieillesse (sinus mitro-sigmoïdien), et son endartère pré-

(5) Us Maladies du cœur, leçon III, p. 106.

sente des altérations surtout calcaires tout le long de son aorte ascendante et & sa crosse, des altérations athéromateuses et calcaires dans l'aorte descendante.

Vakoolwne chronique n'est rien autre chose, en réalité, qu'une vieillesse prématurée. Le chemin de la vie a été rapidement parcouru, et les étapes y ont été les excès.

En ftiit, l'excès bachique, ce qu'on appelle Valcoolistne aigu, produit une suractivité momentanée des fonctions, surtout des fonctions nerveuses, une sorte d'exaltation de la vie ; il en résulte que l'habitude de l'ivresse semble multiplier l'existence : chez l'homme en état d'ivresse, le pouls a plus d'ampleur et de fréquence, la respiration est plus vite et le calorique momentanément exubérant (à moins qu'il ne soit ivre-mort^ auquel cas il n'est pas ivre, il est empoisonné) ; son imagination, continuellement et follement mobile, construit les romans les plus fantastiques ; les membres eux-mêmes ne cessent d'ôtre agités jusque dans les rares instants de sommeil qu'il peut imparfaitement goûter. Ainsi l'ivrogne condense une longue existence en une courte période : il vit vite et vieillit rapidement. Quoi d'étonnant alors à ce qu'il soit un Jeune vieux, dont la sénilité se trahit par le tremblement de ses mains comme par le cercle prématurément graisseux de ses cornées transparentes? quoi d'étonnant enfln à ce qu'on retrouve chex lui les mêmes altérations organiques que chez le vrai vieillard, lentement usé par les ans? L'ivrogne, lui, est fiusépsLV les excès», et des phrases populaires ont consacré cette vérité d!observation : les gens à excès de table sont des « viveurs », c'est-à-dire qu'ils vivent plus que d'autres ; aussi ont-ils « la vie courte et bonne » .

Vous comprenez maintenant que chez ce jeune vieillard, prématurément usé, l'usure générale soit au maximum dans un tissu des moins vivants, l'endartère, et aux points les plus fatigués de celui-ci.

Et vous voyez sur les pièces anatomiques du n<» 4 que l'artérite n'est pas spécialement lo résultat d*une action topique de Talcool agissant comme irritant sur les tissus, mais plutôt la conséquence d'une action toxique, d'un véritable empoisonnement général et plus ou moins rapide. Ce n'est pas tant Yalcool

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