‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 104 sur 254 · ALCOOLISME CHRONIQUE · texte numérisé non relu

ALCOOLISME CHRONIQUE

qui va irriter sur place la membrane interne de Tartère, que Vdlcoolisme, qui entraîne la dégradation, puis la déchéance de l'organisme entier.

J'en donne pour preuve ce fait considérable, à savoir : que chez rhomme du n* 1, comme d'ailleurs chez tous les ivrognes que j'ai observés, les désordres si nombreux et si considérables ont été trouvés dans le système de l'aorte (au maximum comme ici dans Taorle ascendante, à sa crosse, à l'origine du tronc brachiocéphalique, de la carotide interne et de la sous-clavière, puis dans l'aorte descendante); tandisqu'il n'y avait rien, sinon des taches athéromateuses presque insignifiantes dans l'artère pulmonaire, c'est-à-dire dans la partie du système circulatoire la première placée sur le chemin de l'alcool absorbé, qui contient cette substance au maximum, et est la plus exposée, par conséquent, à son action topique.

Au contraire, c'est dans le système do la grande circulation, c'est dans le système de l'aorte que ces lésions se produisent, c'est-à-dire après que l'alcool s'est en grande partie évaporé dans son passage à travers les poumons.

Si donc l'alcoolisme chronique produit sur l'endartère les mômes lésions que la vieillesse et aux mêmes points, c'est loin d'ôtre exclusivement par action chimique exercée, mais surtout parce qu'il a rapidement amené l'organisme à la caducité et diminué dans rendarlcro spécialement la résistance à l'usure.

11 faut concevoir d'ailleurs que le sang ne fait que traverser rapidement les gros vaisseaux, qu'il ne séjourne un long temps que dans les petits vaisseaux artériels et les capillaires, de sorte que, s'il exerce sur le système vasculaire l'action chimique invoquée, ce doit être et c'est en effet sur les petits vaisseaux qu'on en voit au maximum les effets.

L'action de l'alcoolisme sur les grosses artères est donc bien autrement complexe; elle est générale plus encore que locale, indirecte bien plus que directe. 11 a dégradé tout l'organisme avant d'avoir dégrade tel organe ; il a amoindri la vitiilité générale de l'iMre avant d'avoir altéré soneudartère. VIU comme nous avons vu la vieillesse untun^lh par la marche nécessaire des choses, par le fait des conditions physiques de la circulation, en-

traîner des lésions habituelles de préférence et au plus haut degré dans le système artériel de l'aorte, et non dans celui de l'artère pulmonaire ; de même nous voyons maintenant la vieillesse artificielle créée par Talcoolisme chronique produire dans le même système et aux mêmes points des lésions analogues. Voilà pourquoi c'est le système aortique et non point le système pulmonaire qui est frappé dans l'alcoolisme chronique comme dans la vieillesse. Quelques faits de lésions de l'artère pulmonaire, cités par Lancereaux, ne prouvent rien contre la règle. Dans les nombreuses autopsies d'ivrognes que j'ai faites, isolément ou sous vos yeux, je n'ai jamais rencontré de lésions de l'artère pulmonaire ; j'ai toujours vu, au contraire, ces lésions aortiques dont je vous parle et que je vous montre.

Cependant, chez le vieillard dont voici les pièces et qui a succombé, à l'âge de soixante-trois ans, aux troubles ultimes d'une dilatation hypertrophique du cœur consécutive à sa lésion aortique, la lésion artérielle exclusivement localisée à l'aorte ascendente et à sa crosse peut être mise sur le compte à la fois de la vieillesse et de l'alcoolisme : il ne répugne pas à l'esprit de comprendre que cette ondée sanguine, qui dégrade au maximum physiquement par son choc la paroi de If aorte, l'altère en partie chimiquement parce qu'elle contient des particules alcooliques. Mais le plus habituellement les lésions dues à cette double cause, la vieillesse et l'alcoolisme, sont autrement généralisées.

Je ne nie d'ailleurs, notez-le bien, ni la possibilité ni la réalité de l'action topique nuisible de l'alcool, mais je dis qu'elle ne s'exerce et ne peut s'exercer au maximum qu'à la condition d'un contact suffisamment prolongé^ aussi bien dans l'organe, où la substance alcoolique est tout d'abord ingérée, l'estomac (où elle produit la gastrite des buveurs et l'état mamelonné),que dans les glandes telles que le foie et les reins, où, pour les besoins de la fonction sécrétoire, le sang plus ou moins chargé de la substance alcoolique traverse- avec une certaine lenteur nécessaire les réseaux vasculaires de la sécrétion, produisant alors dans le foie la cirrhose, comme dans les reins la lésion brightique.

Mais il est difficile de croire que le passage de cette substance dans les vaisseaux qu'elle traverse comme une flèche, y provoque

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