ALCOOLISME AIGU
d'emblée et par elle seule Tartérite ; la rareté de la lésion de l'artère pulmonaire constatée par tous les observateurs, depuis Lob* stein et Rokitansky jusqu'à moi — alors que cette lésion devrait être dans ce cas non-seulement plus fréquente, mais plus grave — la rareté de la lésion de l'artère pulmonaire, dis-je, suffirait pour faire justice de cette interprétation.
Ce serait aussi une erreur considérable de croire que le passage de la substance alcoolique à travers les capillaires du poumon y détermine la pneumonie ou la tuberculisation. Mais j'exposerai la pathogénie de ces lésions pulmonaires de l'ivrogne, qui relèvent de son état général de dégradation organique, dans mes leçons sur la Pneumonie du sommet et la Phtkisie pulmonaire (1).
Cependant les ivrognes peuvent succomber d'une façon rapide aux attaques du delirium tremens, et, bien qu'ils soient alcooliques, on peut ne pas trouver de lésions graves du système artériel aortique. Les lésions viscérales qu'on rencontre alors, et que je vous ai montrées à peu de jours d'intervalle chez un malade du n* 1 , âgé de vingt-huit ans, et chez un autre du n» 14, âgé de trente ans, de notre salle des hommes, sont la stéatose du foie et des reins, en même temps qu'une hypérémie inflammatoire aiguë de la membrane muqueuse de l'estomac.
Chez ces jeunes hommes, les excès alcooliques se répétaient à de courts intervalles ; la cellule hépatique, comme les glomérules de Malpighi, et l'épithélium canaliculaire des reins, comme les méninges cérébrales, étaient, à des intervalles rapprochés, imprégnés d'alcool ; il en était résulté pour les méninges une véritable inflammation, ainsi que le démontraient leur rougeur, leur adhérence à la pulpe corticale, l'exsudat dans les anfractuosités cérébrales, l'épanchement dans la cavité des ventricules latéraux et le ramollissement de la voûte à trois piliers (c'està-dire qu'il y avait une véritable méningite alcoolique) ; il en était résulté, d'autre part, pour la cellule hépatique, une dégénérescence graisseuse, la cellule étant infiltrée de globules de graisse ; et pour les glomérules de Malpighi, ainsi que pour l'épithélium des tubuli des reins ime infiltration de même nature. Dans l'al-
(1) Voir, plu» loin, ces leçons.
coolisme à excès rapprochés, rirritation porte sur le tissu glandulaire môme, qui s'infiltre de graisse, et la lésion organique est la stéatose; dans ce cas, comme chez nos malades, il n'y a pas prolongation suffisante de la vie pour que la caducité prématurée se produise et qu'on observe les lésions artérielles de la vieillesse. Au contraire, dans l'alcoolisme chronique à excès suffisamment espacés pour ôtre compatibles avec une prolongation de l'existence, c'est le tissu conjonctif inter* glandulaire, inter-acineux, qui, dans le foie, s'hypérémie chroniquement, puis s'enflamme au contact du liquide alcoolique charrié avec le sang dans les réseaux do la veine porte, et c'est la rétraction cùrhotique que l'on observe. Pareille lésion peut avoir lieu pour le rein. En môme temps se produisent la déchéance de l'organisme et la sénilité vasculaire, c'est-à-dire l'endartérite chronique.
Qu'on adopte ou non la théorie quje j'énonce, le fait est celui-ci : dans l'alcoolisme chronique on trouve l'endartérite chronique, • et les lésions y sont exactement aux mêmes points que celles de la vieillesse. Elles sont môme plus intenses et plus profondes dans l'alcoolisme que dans la vieillesse : aux causes physiques d'altération s'ajoutant pour une part, si minime soit-elle, une autre cause physique, le contact rapide, il est vrai, d'un sang alcoolisé. J'arrive maintenant à l'influence des diathèses : j'entends par diathke non pas ridiculement un ôtre de raison qui s'emparerait de l'organisme à la façon d'un ennemi, mais une sorte do tempérament pathologique ^ c'est-à-dire une faiblesse native générale de l'organisme, d'où résulte une moindre résistance à l'usure de la vie dans les tissus les moins organisés, qui mettent un long temps à s'altérer chez les bien portants, et un temps plus court chez les mal bâtis, c'est-à-dire les diathésiques — temps qui sera d'autant plus court qu'ils seront plus mal bâtis, ou diathésiques à un plus haut degré. Et notez qu'il en est ici des diathèses acquises comme des diathèses natives ; ainsi il y a caducité précoco des tissus épithéliaux dans certains cas de sj/phih's grave ; on observe prématurément, chez veux qui en sont al teints, le eerclo séiiile de la cornée transparente, comme il ressort des recherches entreprises à mon instigation sur ce sujet par mes amis les docteurs Finot et Guenot. Eh bien, dans ces cas comme dans ceux de