‹ Lecons de clinique medicale, Volume 1Chapitre 109 sur 254 · SYMPTOMES DE VOISINAGE · texte numérisé non relu

SYMPTOMES DE VOISINAGE

tique, et chez la femme du n^ 6, où cette région donne 7 centimètres de matité.

Les phénomènes signalés par le malade — mais qui peuvent manquer — sont la compression des organes voisins et la douleur.

Ce sont des phénomènes de compression trachjéale qui produis saient le comage chez la malade du n« 14. Ce seul symptôme nous fit rechercher et trouver, chez cette femme de soixante* quatre ans : 1® la dilatation de Taorte ; 2« les douleurs rétro-sternales. A la percussion au plessigraphe, nous trouvâmes 8 centimètres de matité transversale à la région des gros vaisseaux, c'est-à-dire plus du double de la matité normale chez la femme. A la pression, nous éveillions des douleurs à la portion supérieure du sternum, à partir du troisième espace, à la région diaphragmatique gauche, et enfin sur le tronc du phrénique gauche. De sorte qu'il n'était pas douteux- qu'il n'y eût dilatation de l'aorte, pas plus qu'il ne l'était que cette dilatation ne fût due à une aortite : les douleurs, en efiet, avaient pour siège le plexus cardiaque d'une part, le phrénique gauche d'autre part. Les autopsies m'ont démontré qu'en pareil cas, ces douleurs sont dues aune névrite, que cette névrite est le résultat d'une périaortite; donc il devait y avoir aortite, et c'était à celle-ci qu'était due la dilatation du vaisseau. D'ailleurs, chez cette malheureuse, qui n'était pas seulement une vieille, mais une vieille ivrognesse, il y avait chaque soir, assez tard, une exacerbation et dans sa dyspnée et dans ses douleurs ; ce qui veut dire, non pas que la compression trachéale augmentât, ce qu'il serait absurde de supposer, mais qu'à la dyspnée de cause mécanique s'ajoutait une dyspnée d'origine spasmodique due à la perturbation fonctionnelle du pneumo-gastrique tout entier, localement afiîecté dans ses filets cardiaques. Quant à l'exacerbation des douleurs, il n'est pas plus nécessaire d'indiquer qu'elle tenait à la même cause, qu'il ne l'est de faire voir que sa périodicité était due à la cause encore inconnue qui, malgré la permanence de la lésion, fait reparaître ou s'exaspérer les douleurs d'une façon périodique seulement.

Au contraire, il y avait compression sans douleur chez un robuste conducteur de locomotive qui nous était adressé pour avoir notre avis. Or, comme sa belle santé excluait la supposition d'une

dl4 ENDÂRTÉRITE Et DÊ6ÉKÈRESCENCBS ARTÉRIELLES.

tùttieiir médiastinè de mauvaise iiature, cotnme d'ailleurs fl n'y avait pas de matité exagérée à la percussion de la région prédôfti^ùe, (ju'on ri'y entendait Mucuïi souffle, ^u'il n'y existait* ni dôulèur spôEltanée ni douleur provoquée, que d'autre part il y atâit du cotnage, noiis conclûmes que èelùi-ci était dû à de la fcè(rîïJïfès^îon trachéale, que la cortipression était due à une tunïeUr aortique, et que celle-ci était située à la partie postérieure de l'aOttè; te qui expliquait comment il n'y avait pas de douleurs (les nerfs cardiaques étant accollés à la face antérieure du vaisseau), pas plus qu'il n'y avait de matité plus considérable à la percussiori. 11 va sans dire qu'on avait examiné le larynx et qu'on n'y avait trouvé ni tumeur polypetise ni paralysie de la corde vocale gauche, comme il a été parfois observé au cas d'une paralysie du récurrent gauche, par suite d'anévrysme de la crosse aortique.

A propos du fait de ce conducteur de locomotive, c'est-à-dire de ce postillon de la machine, je ne peux m'empôcher de vous signaler l'observation de Morgagni, à savoir : qu'il û'y a peut-être aucune classe d'hommes sur lesquels les anévrysmes de l'aorte soient aussi fréquents que sur les postillons, les courriers et généralement les botiimes de cheval. Il est difficile de ne pas.voir là l'influertce des efforts énergiques et des fatigues excessives , celle de l'inspiration habituelle d'un air condensé, en raison directe de la rapidité môme de la locomotion ; d'où résulte une plus grande activité de la respiration et par suite de la circulation ; d'où un choc plus énergique de l'ondée artérielle — influence à laquelle s'ajoute celle non moins incontestable de l'alcoolisme : est-il, en effet, besoin de rappeler leâ locutions qui en témoignent dans les langues les plus diverses, et n'est-ce pas pour ces sortes de gens qu'on a inventé les mots si significatifs de pourboire, de trinkgeld, de cotip de PétPier, etc. ?

Mais les phénomènes de compression de la trachée-artère, de la bronche gauche, du nerf récurrent correspondant, de l'œsophage appartiennent plus spécialement à la symptomatologie de Tanévrysme de l'aorte, et ce n'est pas ici le lieu d'en parler.

Indépendamment des troubles de voisinage dus à la propagation de l'inflammation à la totalité du tube artériel et par suite aux organes circonvoisins, cette inflammation a d'autres coUséquen-

CONSÉQUENCES SUit LE SANG. 8i5

ces, possibles sur le sang, et certaines sur la double fonction du système artériel, qui est de transporter et de répartir le sang.

Les conséquences sur le sang sont la coagulation de ce liquide et son adultération.

Le sang ne reste fluide qu'à la condition [de circuler sans cesse et sans obstacle. II ne circule de la sorte que si rehdartèî'e a conservé son poli et le tube artériel sa perméabilité ; autrement il se coagule soit au contact d'une plaque alhéromateuse hérissée d'aspérités, soit sur les parois d'un kyste de môme nature qui s'est vidé, soit.'enfln sur celles d'une ampoule artérielle due à la dilatation par perle d'élasticité du Vaisseau, perte qui résulte également d'une lésion primitive de l'endartère. De sorte que partout et toujours nous trouvons cette lésion comme fait initial.

Mais ce que va devenir et provoquer le caillot ainsi formé différera suivant le calibre du vaisseau : s'il s'agit d'un gros vaisseau tel que l'aorte, le caillot y pourra rester adhérent pendant un temps plus ou moins long, et ce n'est pas un grand malheur ; puis, ce qui est trop fréquent, il se détachera quelque Jour et s'en ira, balayé par le courant sanguin, s'emboliser dans quelque organe, créant un infarctus viscéral dans une glande telle que le rein, par exemple, ou entraînant un ramollisseinent daris le cerveau ou la moelle.

Mais si c'est dans un petit vaisseau artériel que la coagulation s'est effectuée, l'adhérence est définitive et l'oblitération de l'artère en sera tôt ou tard la conséquerice par addition successive et nécessaire de nouvelles couches fibrineuses. Ici c'est une thrombose qui a Heu, comme tout à l'heure c'était une embolie. Or, c'est une môme chose pour l'organe ou la portion d'organe ddtit l'artère est ainsi bouchée : la nutrition y cesse conime la fonction, et la destruction, partielle ou totale, par ramollissement èd résulte.

Ce sont là les conséquences possibles et fréquentes de la coagulation du sang au contact de lésions athéromateuses : elles sont destructives pour la portion de l'organisme où elles sont réalisées. Mais il est d'autres conséquences d'ordre plus général et dues à ce même alhérome artériel ; c'est quand un kyste se vide et répand dans le sang l'espèce de bouillie qu'il contient.

Les résultats diffèrent suivant l'abondance du contenu : si le kyste est peu volumineux, la bouillie d'athérome s'en va au loin constituer des embolies capillaires et de très-petits foyers d'infarctus ; mais si le kyste est volumineux, indépendamment de ces conséquences toutes mécaniques, il «n est d'autres plus générales qui sont dues à l'infection du sang. Il se produit alors des phénomènes analogues à ceux qui résultent de l'endocardite ulcéreuse (1): au fond le fait est le même, seul le point de départ de l'infection du sang est différent; dans un cas c'est l'endartère malade, dans l'autre c'est l'endocarde altéré. Certains états typhoïdes de la vieillesse, qui ne peuvent se rattacher à une lésion organique telle que la pneumonie ou à des désordres urinaires, sont dus à l'infection momentanée du sang par rupture d'un kyste athéromateux du système artériel.

Le système'artériel est un canal de transport et de distribution du sang ; les grosses artères charrient seulement le liquide, les petites le répartissent aux organes ; les grosses artères, presque exclusivement élastiques, jouent un rôle circulatoire d'ordre physique : elles transforment en un mouvement continu l'impulsion intermittente du cœur; les petites jouent un rôle nti/riVi/ d'ordre vital. Il s'ensuit que, quand dans les grosses artères la lésion athéromateuse a envahi la tunique moyenne, ou que la tunique interne est devenue calcaire, de graves perturbations se produisent dans l'hydraulique de la circulation : la tension artérielle diminue aux points lésés, et si c'est l'aorte qui est altérée ou que la dégénérescence ait envahi une grande étendue du système artériel, le cœur, manquant du ressort auxiliaire des artères, doit augmenter l'énergie de son effort impulsif, d'où l'hypertrophie de son ventricule gauche et même une lésion générale des cavités par dilatation de celles-ci, comme c'était le cas du malade dont j'ai parlé dans ma II» leçon(2) ; et c'est ce qui est également arrivé au malade du w 18, qui a succombé à tous les désordres d'une affection du cœur. Seulement ici le fait était complexe : l'alcoolisme avait simultanément produit la lésion de l'endartère

(1) Voir, plus loin, la leçon sur V Endocardite. (%) Voir, plus haut, p. t8.

Page 1